ÉGLISE DE LALA.TJDE-DE-CUBZAC
A l'extérieur, le chevet est soutenu par des faisceaux de deux colonnes accouplées, ressortant sur un pilastre dont les angles sont arrondis. Les chapiteaux, qui concourent avec des corbeaux romans à porter une corniche refaite, offrent un exemple, très rare dans le pays, « peut-être unique dans le département, » au dire de Drouyn, de sculptures méplates, dont le sentiment est d'une barbarie extrême.
La porte a été réparée et il faut l'étudier avec circonspection :
c'est ainsi que deux chapiteaux ont été changés en i863. Les chapiteaux formés d'une grosse tète sont à mentionner, aussi bien que certains autres chapiteaux décorés d'entrelacs et la main bénissante placée sur la clef de la voussure de plus petit rayon.
Les feuilles qui ornent la fausse porte Sud sont d'un fort beau dessin. L'ornementation de l'ensemble du portail est riche et l'effet général, agréable.
Lalande-de-Gubzac, arrondissement de Libourne, canton de Fronsac. — Eglise paroissiale. Vocable : saint Pierre. Décimateurs : l'abbé de Guîtres et le curé.
L'église de Lalande comprend une abside, un chœur profond et une nef de quatre travées; sur la travée de l'Est, plus allongée et sensiblement carrée, est monté le clocher. On a ajouté un bas-côté gothique sur le flanc Nord, au droit de la travée du clocher et de la travée qui suit vers l'Ouest. Le chœur et l'abside sont voûtés d'un berceau et d'un cul-de-four qui paraissent modernes; toute cette partie de l'édifice semble, d'ailleurs, avoir été remaniée en dedans. La nef est couverte de croisées d'ogives. La croisée d'ogives qui est sous le transept est seule ancienne; les autres, qui s'étaient effondrées, ont été, en i854, l'objet d'une réfection radicale.
Les quatre piles qui soutiennent le clocher sont formées d'un faisceau de cinq grosses colonnes engagées tangentes; les chapiteaux portent une ornementation romane; mais le tailloir qui est destiné à l'ogive est posé de biais. Entre la deuxième et la troisième travée, la retombée des nervures est reçue sur un cul-de -lampe ; enfin, entre la troisième travée et la travée Ouest, les piles sont plus découpées et les chapiteaux sont à crochets.
Le chevet est, intérieurement et extérieurement, décoré d'une arcature; les arcs de l'abside sont tournés sur un plan courbe. La corniche du chœur et de l'abside, un bandeau non chanfreiné, est posée sur colonnes et corbeaux et porte un exhaussement destiné à la fortification.
Les fenêtres du chevet ont été reprises. Dans la travée qui est à l'Ouest du clocher, deux fenêtres, étroites et longues comme des meurtrières, s'ébrasent en dedans et Je haut de ces deux fenêtres dessine sur le parement intérieur un arc trilobé.
Brutails phologr.
FlG. Gl. — ME DL PORTAIL.
MONOGRAPHIES
Le morceau le plus précieux de l'église est la porte percée au Sud et près de la façade1. Les pieds-droits intérieurs ont été refaits à l'époque gothique. Le tympan représente une scène de l'Apocalypse, annoncée par une inscription : Jésus- Christ debout tient de la main droite sept étoiles disposées clans un disque; un glaive sort de son oreille gauche; à sa droite, saint .lean, la tête lournée vers le Fils de l'Homme, est près des sept églises, dont le byzantinisme donne à croire que l'imagier travaillait sur un modèle oriental. Quant aux chapiteaux des colonneltes et aux voussures, ils sont couverts d'une ornementation sauvage: entrelacs, bâtons brisés, monstres, personnages mystérieux.
Dans l'ensemble, cette porte est bien l'œuvre la plus rude et la plus émouvante que la statuaire romane ait laissée en Gironde.
Lalande-de-Libourne, arrondissement et canton de Libourne. Vocable: saint Jean.
Église de l'ordre de Saint-Jean
Cette église, de lignes très simples, de construction soignée, est, dans le département, l'un
des plus jolis spécimens de l'architecture des Hospitaliers. Avant l'addition de deux chapelles latérales, qui sont mentionnées au xvm' siècle3, l'édifice se réduisait, en plan, à un rectangle de
maçonneries épaisses, avec colonnes engagées en dedans et contreforts en dehors, ceux-ci ne correspondant pas à celles-là. Ces colonnes portent des doubleaux bandés sous la voûte en berceau brisé. A l'extrémité Ouest, un autre doubleau, dont une tète adhère au mur de fond, retombe sur de simples dosserets. Les arêtes des doubleaux sont profilées en boudin. Les chapiteaux appartiennent à des
Brulails delin.
OLPE — - 1 lt l\ NEF lu; L.VL.ODE-DE-LIBOIRSE.
types que l'on renconlre dans plusieurs autres églises de ce même ordre des Hospitaliers.
i. Dessin dans Caumont, Irchilecture religieuse, 5* édition, p. 2(ii;Drouyn avail publié ce dessin et une étude dans le lîulletin monumental, t. \V, pp. 180-1S8; simili-gra\ ure dans {'Histoire de l'Art, d'André Michel, t. I, p. (H7. — 2. 1:189. Rôles gascons, t. Il, n° i3.'u. On a donc tort de l'aire honneur de celle église aux Templiers, suivant une tradition qui a été recueillie notamment dans le Compte-rendu des Monuments historiques, 18^8, p. iO; mais j'avoue être embarrassé par un mandement du roi d'Angleterre, daté de Castillon en ia55, et qui mentionne « les religieux de Lalande, de l'ordre de Grundmont, près Saint-Ëmilion » ( Il les gascons, t. 1 supplément, u° V107). — 3. 11, Fonds de Malle, registre des visites de 1772.
ÉGLISE DE LANGOIRAX
Le mur oriental est percé de cinq fenêtres, deux en haut, plus larges, trois en bas, plus étroites. Les murs de flanc sont, dans leur partie Est, couronnés d'une corniche sur modillons.
La façade Ouest1 est disposée en trois étages: dans le bas, qui est très restauré, une porte, dont la voussure interne est polylobée, et deux fausses portes; au-dessus, une fenêtre, agrandie pendant le xix' siècle, et deux fenêtres feintes, lés trois posées sur une tablette en saillie que portent des corbeaux; en haut, un clocher-pignon refait. Toute cette façade a subi des restaurations profondes: on n'est guère fondé à en retenir, pour une étude d'archéologie, que l'ordonnance générale, à l'exclusion des parties supérieures.
Langoiran, arrondissement de Bordeaux, canton de Cadillac. — Eglise paroissiale. Vocable: saint Pierre 2.
L'église de la côte à Langoiran, ainsi nommée par opposition avec l'église du port, qui a été construite par Abadie, comprend plusieurs parties d'âges différents : la nef est peut-être du xi' siècle, tandis que le chœur et l'abside sont du xn' ; un bas-côté qui couvre le flanc Sud a été édifié au xvif ; enfin, le clocher élevé à l'Ouest était daté par une inscription de i6o/|3.
La nef est de petit appareil, avec des contreforts plats montant jusqu'au toit et des fenêtres très haut placées, ébrasées en dedans, à ressaut en dehors. Cette nef était sûrement dépourvue de voûte.
Le chevet compte parmi les plus beaux chevets romans du pays; Drouyn estimait qu'il en était, avec celui de Saint-Vivien, le plus riche. L'ordonnance extérieure est plus largement conçue à Bayon, où les trois arcatures superposées et décroissant de bas en haut produisent un excellent effet; mais Bayon a été très remanié, aussi bien que Saint-Vivien et, en outre, le chevet de Langoiran, de neuf travées au lieu de sept, est plus important.
Le soubassement est relevé de dents-de-loup et, dans la scotie, de dents-de-scie; le bandeau chan freiné, sous l'appui des fenêtres, et la moulure qui court à la hauteur de l'imposte de ces mêmes fenêtres, le cordon placé sous l'arcature supérieure portent des feuillages stylisés ou des ornements divers. Dans les groupes de colonnes on a ménagé, de chaque côté du fût principal, un bandeau vertical qui est couvert, jusqu'au niveau de l'imposte des fenêtres, de décors gravés très variés. Si on ajoute la sculpture des chapiteaux et des corbeaux, on obtient un ensemble luxueux, auquel on pourrait reprocher une certaine gaucherie dans la répartition de tous ces ornements: le bas est plus soigné, le haut est plus sévère; le contraire eût été préférable.
A l'intérieur du chevet, une arcature trop compliquée et dont le parti manque de franchise se combine avec les fenêtres. Il n'y a pas d'arc doubleau entre l'abside et le chœur.
On a plusieurs fois publié une inscription en gothique fleurie gravée sur le pilier entre le bas côté Sud et la nef, et qui fixe à i64i la construction de ce bas-côté; mais elle donne le nom du maître maçon, Martial Bous, et nous savons que Martial Bous travaillait en i538 à Créon, en i5/j/i à Faleyras. Il faut donc rectifier la date et, au lieu de MDCXLI, lire MVCXLI ou MD & XLI. Les arcades en arc brisé, les fenêtres flamboyantes, les ogives, où l'inspiration classique se mêle à l'idée gothique en un profil original, les caractères même de l'inscription, tout cela convient au xvi" siècle.
i. Le plan et la façade ont été publiés dans le Compte-rendu des Monuments historiques, 1867, avant la p. i3; le haut de la façade dans le Dictionnaire d'architecture de Viollet-le-Duc, t. 111, p. 4o3. — 2. Des documents de i32G (Archives historiques, t. XIX, p. il)5), i338 (Archives historiques, t. XXVI, pp. 235 et 2/10), 1467 (H 738), etc., signalent un prieuré de Saint-Germain de Langoiran, lequel dépendait de l'abbaye de Vaux, au diocèse de Saintes (H 738). Ce prieuré était distinct de l'église paroissiale, dédiée à saint Pierre depuis le xiii* siècle au moins (Archives historiques, t. XLIV, p. 10). — 3. Compte-rendu des Monuments historiques, 18/17, P- 38. J'ai copié cette inscription chez un voisin de l'église. Drouyn a donné dans la Revue Catholique de 1881 une eau-forte où l'on voit ce clocher, depuis réédifié.
MONOGRAPHIES
La Réole, chef-lieu d'arrondissement.— Église d'un prieure de Bénédictins, paroissiale depuis i83g. Vocable: saint Pierre.
Le prieuré de La Uéole passe pour avoir été fondé par Charlemagne 1 . Un chroniqueur du monastère, qui écrivait au xvme siècle, D. Maupel, raconte que les Anglais, vers 1186, construisirent le château et déplacèrent l'église Celle-ci était encore trop près du château: elle
Fig. 63. — plah de l'église de la réole. Cliqué, sauf l'indication dos époques, sur un dessin gardé au Sous-Secrétariat «les Beaux-Arts.
avait joué un rôle militaire au cours des troubles dont La Réole avait été le théâtre, et le Roi prit le parti, le 29 septembre 1 a 5 ^ , d'en renverser une portion, « partem monasterii » ; il s'engageait, d'ailleurs, à payer l'indemnité qui serait fixée par deux prélats, dont l'évèque du diocèse3. Or, le 23 octobre i2o5, il prescrivit de remettre 900 marcs d'argent « ad construendas capellas in A illa de Régula » ; le service des finances fit des difficultés5, et en 1289 i' restait à acquitter une notable partie de la dette6. Un legs de i2837 donne à penser qu'à cette date un chantier était ouvert à Saint Pierre ou, du moins, que les religieux s'assuraient des ressources pour l'ouvrir. Les travaux étaient en train sous Clément V8. Vers la fin de la guerre de Cent ans, le monastère était dans le plus triste état'1.
On a dit que l'église, presque entièrement renversée par les Protestants, fut relevée en 1608. 1). Maupel10 parle d'un arrêt du Parlement de cette année pour la réparation de l'église et des lieux réguliers : «ad sarta tecla », ce qui indique des travaux superficiels plutôt qu'une réfection. Kn 1611, on renouvelait la charpente11.
En 1681 , les religieux décidèrent Je lambrisser la nef; mais la charpente était « fort basse»,
1. Mérimée, Peintures de Saint-Savin, p. s5. — 2. Acta rnemorabilia monasterii S. Pétri de Hegula, E suppl. 3904; public en léle «lu t. XXXVI des Archives historiques. — 3. Cbampollion, Lettres des fiais, t. I, p. 90 ; Archives historiques, t. XXXVI, pp. 3G-27 ; fioles gascons, t. I, n"' h i53-4i54 ; cf. l'introduction de M. Bémont au t. 1 supplément, p. lxix. — 4. Rôles gascons, t. I suppl., n* 164 1. — 5. 23 mai 1 378 (Archives historiques, t. VI, pp. 352-353). — 6. Rôles gascons, t. Il, n° 1107. — 7. Archives historiques, t. VII. |>. 385. — «. Lacoste, Revue Catholique, i8g5, p. 627. — 9. 19 octobre 1 'i4o (l)eiiitle, La désolation des églises, t. I, p. 207). — 10. Archives historiques, t. XXXVI, p. 6g. — 11. K suppl. 2780.