SCENE V
Les Mêmes, LE BARON D'AUBRAY.
LE BARON, f embrassant.
Eh ! bonjour, ma sœur, ma chère Marquise !.. oa a bien do la peine à vous trouver!..
LA MHRQCI6E.
Ah! mon frère! si j'eusse pensé vous voir sitôt...
LE BARON
Ma nièce! chère sœur!.. Qu'il est doux de se retrouver, après tant de malheurs!., la mort a cruellement moissonné dans notre iamilie.
SAINTE-CROIX
Monsieur le Baron veut-il me permettre de lui présenter mes respects?
LE BARON
Eh! c'est Monsieur le Chevalier de Sainte Croix... Bonjour, Monsieur, je vous salue. (^«5 d la Marquise) Toujotirs Taml de la maison? tant pis! mon père ne l'aimait pas^ ni moi non plus.
SAINTE-CROIX, dpart.
11 tire sur moi... à charge de revanche.
MARIE
J'ai voulu faire reposer mon oncle , je lui ai offert de se rafraîchir; il n'a rien voulu accepter.
LE BARUK.
Merci, merci... j'étais impatient de vous voir, de votisetnbrasser, mais il faut que j^- vous quitte ; j'ai des courses à faire . toute la soirée... un rcudi z-vous , chez Mousieur le Procureui- Général.
SAINTE-CROIX
Vous ne le trouveiez pas à oelle heure-ci, il doit être à la Chambre ardente.
LA. AlARQli^lrË.
En effet.
LE BARON
La Chambre ardente !.. déciciément, eile est donc installée ';' Eh bien! dans nos provinces , on ne veut pas j"^ croire, pas plus qu'à ces empoisontiemens dont on fait tant dé bruit.
LA MARQPISE.
Ce n'est que trop viai , ponrîanl... l'air de Paris est iufeclé ,
LE BARON
Parbleu, je le sais bien... et tenez, on ne ni'ôterail pas delà têle que mon pauvre p< re...
SAiKTE-caoïx j à mi-voix.
JMoositur le Baron , j'ai toujours eu la même idée que vous.
LE BARON
Ail ! laissons cela... C'est un séjour horrible que votre ville ; aussi, j'y resteriii le moins possible!., et sous trois jours je repars pour Toulouse !
MARIE, se 7-i'r riant.
Sous trois jours !..
LA MAUQriSE.
Sitôt?
LE BARON
Oui , ma chère; là du irjoins je suis heureux!., on y meurt de «a belle mort ; Je ne crains lien^ je fais un peu de bien à ceux qui m'entourent; vous savez, Marquise... c'est une vertu de lainilie...
su>TE-cnr>ix.
Va ce doit être nu grand plaisir quand on a de la fortune... Comme iMonsieur le Baron. Je conçois qu'avec dtux cent mille livres de rente !
LE BARON
Vous n'y êtes pas, mon cher... mettez le double.
sAiKTii-CHdXX , ye/anf un regard sur la Marquise. Quatre cent mille livres !.. diable ! c'est beau , el je connais .! h'niiêtes g'nsqui -e contenteraient de la moitié.
LA MAiign^r..
Vous êtcj riche, mon Irère... el...
LE BARON
Ah! pjs plus que vous... je ?ais que la ilot de voire fille est
superbe... vou* l'avez gro.-'sie d'iinuée en année... Cela devait
»"lrc , vous avez des goûts simple, des habitudes de dévotion.
MARIE . apercevant la cassette r( à part.
Ah ! le joli coffre!., des bijoux snns doute , des parures pour
njoi !.. (Elle s'en approche.)
LE BARON, continuant . Oh ! votre éloge est ici dans toutes les bouches.
LA MAOQl'ISE.
En vérité!., ['^'oyant Marie près du coffre , elle pousse tni cri.) Ah!
LE BARON
Quoi d'>nc ?
MARIE, se retournant.
.Maman !
LA MARQl'ISE.
Ce n'est rien... j'ai cru que Marie allait «e blesser; rester, près de moi , mon enfant !..
MARIE, d part et revenant.
C'est pour me punir de ma curiosité, et puis c'est p«'ul-Ctrc une surprise qu'on me ménage!
LE BARON , à Marie.
Nou- parlons de toi.
Sainte-Croix f.rme la casseUe et met la clef dans sa pc)ch<". SAINTE-CROIX , regardant la Marquise.
Le fait est que si Mademoi.>elle de Brinvilliers est une riche héiilière, c'est à sa mère qu'elle le devra.
LE BARON
Parbleu! je le sais bien, aussi j'ai toujours pensé qu'elle pauvait se passer de ma fortune, pour être heureuse... {d Marie.) n'est-ce pas, mon enfant?
MARIE, le caressant.
Oh! sans doute... c'est pour vous seul que je vous aime.
LE BARON
C.lière petite ! j'en étais sûr! et ma foi , je me suis occupé de mon bonheur personnel.
LA MARQLisE. inquiète.
(Comment ?
SAINTE CROIX
Moiitieur le Hnr(>ti a placé son bien en viager !
LE BARON
Du loul, du tout. .. mieux que ça !.. Tel que vous me voyei , je viens vous aiuioucer mon mariage.
LA MARQUISE
Vous êtes marié !
Marié !
SAINTE-CROIX
LE BARON
Pas encore; mais bienlùt... Une filleule de Monsieur le Procureur-Général... II y a avait des difiicuUés d'argent, c'est ce qui m'a empêché de vous en écrire... Je vous conterai cela plus tard. {Plus bas.) En attendant , je cours savoir si le contrat tîst dressé... car demain nous le signons. LA MARQUISE, à part Demain! Ah! grand Dieu!
SAINTE-CROIX , jetant un regard de coté. Demain... c'est bien pressé.
LE BARON
On l'est toujours d'être heureux. .. après , je repars pour Toulouse, et je vous emmène... Voulez-vous?
MARIE, souriant.
Oh ! non , mon oncle, vous vous mariez , c'est très bien , mais il y en a d'autres,..
LE BARON
Hein ?.. tu baisses les yeux , est-ce que que toi aussi ?..
Il regarde la Marquise.
LA MARQUISE, regardant S ainie-Croix.
Mais je l'espère... vous saurez tout, mon frère... car vous ne nous quittez pas.. . vous restez avec moi... On va vous faire préparer un appartement...
LE BARON
Non pas , non pas , j'ai mes habitudes , qui me conviennent mieux, et à vous aussi!.. Laissez-moi m'installer comme à l'ordinaire , dans l'hôtel garni , qui est contigu à votre maison , c'est comme si j'étais chez vous... de ma fenêtre , je vois courir cette petite folle dans le jardin ; et c'est plus commode pour moi; je puis sortir, rentrer, sans craindre de déranger personne.
LA MARQUISE
A la bonne heure, puisque cela vous convient... mais du moins nous vous verrons... vous souperezavec nous?
LE BARON
Soit, avec plaisir... En attendant, je cours à mes affaires et je vous laisse aux vôtres.