SCENE X
Les MÊMES, MARIK.
MARIE, vivement, et très-eff rayée.
Ah ! ma mère !..
DESGRAIS, à part.
Elle a bien fait de venir.
MARIE, voyant Sainte-Croix.
MonsieuV- le Chevalier^ vous êtes ici, j'en suis bien conlenle; car ce que je viens vous apprendre, vous regarde aussi.
f\iytK- CROIX.
Moi!
MARIE, regardant Desgrais.
Mais je ne s;ns...
L\ MARQCI?E,
Tu l'eux parlez devant Monsieur.
MARIE
Eh bien! von èle.« menacés tous deux.
Tors.
Que dites-vous?
J'étais anj)ios de la Supérieure, quand une lettre d'un membre du Grand-Conseil lui a appriî que les privilèges de ce couvent étaient violés, que la police de France avait fait pénétrer jusqu'ici un de ses agens, avec mission de t'arracherde ces lieux morte ou vive, ainsi que Monsieur de Sainte-Croix.
SAINTE-CROIX
Un agent de police?
LA. MARQUISE
Prés de moi !
DEïGRAi? , dpart.
Aie , aie ! voilà que ça se gale.
MARIE
La Supérieure a vu mon trouble , mon effroi... je suis tombée à ses pieds... j'ai tout avoué, en lui demandant sa protection pour toi... pour toi . si indignement calomniée !.. Mes larmes l'ont attendrie... elle m'a serrée dans ses bras... elle t»i connaît maintenant; elle ne crois pas un mot de ces infAmos accusniions... elle m'a promis de tout braver pour me conserver ma mère.
ToUS , se rapprochant.
Est- il possible !
MARIE-
Elle a demandé aussitôt des soldais, pour faire respecter les privilèges du couvent... et si cet espion est découvert, l'ordre du Consejl est formel... il sera pendu sur-le-champ ! DESGBAis , à part.
Oh !.. me voilà bien.
LA MARQUISE
Ainsi nous sommes trahis^ découverts!
Heureusement, Monsieur le Chevalier, vous voici... voire cajic est la nôtre... vous nous sauverez.
SAINTE-CROIX
Oui, Marie, c'csl le moment de se rapprocher pour fiiîre tête à l'orage... comptez sur moi. Marquise. [A mi-voix.) nous réglerons plus tard.
DESGBAis, à part.
Et pas une petite porte de derrière...
SAINTE-CROIX
Mais cet agent , quel est-il?
MARIE
Près de toi ?
LA MARQUISE
Je n'ai vu que cet Abbé.
SAINTE-CROIX, le regardant.
Cet Abbé!
DESGRAis , à part.
Ah! mon Dieu ! ils me regardent!., le cœur me manque... et les jambes aussi !
LA MARQCisE, toujours à demi-voix.
C'est un ami de Penautier... il m'a apporté une lettre.
SAINTE-CROIX , de 7nême.
Hé! peut-êlre une ruse! {S' approchant de l'Abbé.) Eh bien ! Monsieur l'Abbé, vous avez entendu!*., que diles-vous de cela ?
DESGRAis , arec compassion.
Ces' une grande abomination!.. Mais je le savais.
TOUS
Vous le saviez.^
DESGRAis, reprenant de l'assurance.
C'est préci<;ement la nouvelle que je venais vous annoncer, quand Mademoiselle est entrée... J'avais découvert qu'il y avait if;i quelqu'un vendu â vos ennemis...
LA MABouiSE, ttu Chevalier.
Vous voyez, bien que ce n'est pas lui.
SAINTE CROIX
Mais qui donc enfin ?
DESGRAIS
Qui ? (u4 part.) Oh ! quelle inspiration!.. {Haut.) c'est une femme...
TOUS
l'ne femme !
Dcsca.iif.
Oui... celle lourière, celle fausse lourièrc , à qui on a promis sa fortune... des monceaux dor... que sais-je?. .
SAINTE-CROIX et MARIE.
La Voisin ?
LA MAB</riSE.
y pensez-vous! poursuivie comme moi...
DESGKAIS.
C'est cela... elle aura acheté sa grâce... h moins... Ditesmoi, La Voisin , qu'est-ce que c'est ?.. Vous êtes sûr que ce n'est pas un Iiomme déguisé ?
TOUS
Non , non !
DESGRAIS
Hé! ce ne serait pas impossible... Mais vous concevez maintenant qu'il n'y a pas une minute à perdre... Nous sommes trop près de la frontière, il faul fuir.
SAINTE-CROIX
Il a raison... en Allemagne.
DESGRAIS, à part.
Ah ! diable! {Haut se reprenant.) j'allais le proposer. (/^ /jarif.) Ce n'est pas trop le chemin de la Conciergerie !
SAINTE-CHOIX
■ II faut partir cette nuit même.
LA MARQUISE
Comment.'
MARIE
Oui, sans doute.
DESGRAIS
Je me charge d'avoir une voiture... des chevaux.
LA MABQnSE.
Mais je veux voir cette malheureuse , la confondre!., car je ne puis croire encore...
Non, non, c'est inutile. .. ah! mon Dieu ! il n'est plus lems... on vient...
MARIE
J'entends les pas de soldats.
SAINTE CfiOIX
Et La Voisin, qui les conduit !
LA MARQDISE.
Quelle audace!
nESCSAIS.
Mftlédiclion sur elle... {A part.) Elle va s'expliquer. Ah? quelle idée... {Tirant un papier de sa poche.) Je n'ai plus que ce moyen... il m'en reste encore un...
Pendant qu'ils remontent tous , il court à la table , et écrit à la hâte quelques lignes sur ce papier.