LÉON, LEFÈVRE, DUMESNIL
DLMESIVIL, entrant avec un peu d'humeur. Quelqu'un me demande? quelque vol domestique... quelque flagrant délit... Ah! que c'est ennuyeux. (A part.) Et n'avoir pas encore pu lire cette lettre de ma chère Agathe. LEFÈVRE, monirant Léon.
Voilà la personne.
DUMESKIL, regardant.
Eh! Dieu me pardonne, c'est Léon!
LÉON
Moi-même, mon cher Dumesnil.
DUMESNIL , lui sautant au cou.
Quelle aimable surprise, mon meilleur ami, mon ancien camarade de collège. Laisse-nous, Lefèvre. [Lefèvre rentre dans son pavillon.) Ce cher Léon! nous ne nous étions pas vus depuis cette fameuse mascarade de Montargis.
Oui, où nous faisions les trois Grâces, avec le gros Dubouloir; je n'étais pas mal en femme.
DUMESNIL
Eh bien! qu'est-ce que tu fais? es-tu enfin devenu raisonnable?
LÉON
Je suis capitaine de hussards , et amoureux comme un fou.
DUMESNIL
Jolie convei'sion.
LÉONjWanf.
Et toi, es-tu toujours la terreur des maris?
DUMESNIL
Je «uifi substitut , mon cher I
LÉON, riant.
Toi, substitut!
DUMKSXIL.
Oui, c'était une bonne plaisanterie de plus ; mais ça n'aura pas de suite : je jette le Troc aux orties; j'ai envoyé nui démission à Paris, et d'un moment à l'aulrc. ..Tu ne te figure» pas ce métier-là! toujours écouler le proeureur-généial ! c'était à n'y pas tenir, j'en serais lomhé malade. Ah fa! qui t'amène dans notre pays?
LÉOX.
Toi, mon ami, loi seul.
DLMESNIL.
Ah! Diable I entendons-nous, je t'en prie! c'est que je suis amoureux aussi, moi... depuis deux heures... du moins, je le crois.
Ll^:0\', riant.
Ah! sois tranquille, je ne viens pas te demander ton cœur, mais ton zèle, ton éloquence.
DUMESIVIL.
C'est peu de chose : je connais donc la dame de les pensées?
LÉON
Beaucoup !. .
Elle habite cette ville?
Cette maison.. .
Bah!
DUMESNIL
LÉON
DUMESNIL
LÉON
En un mot, c'est ta cousine, la charmante Agathe.
DUMESNIL, étonné.
IVla cousine! et où diable l'as-tu vue?
LÉON
A Paris, l'année dernière, quand sa tante, madame de Selmar, la femme de mon colonel, l'amena passer deuxmois, pour la distraire de la pcitc de son père.
DUMESNIL
Ah ! oui , ma tante était restée ici pour les affiaires de lâi succession.
LÉON
Moi, qui suis au mieux avec mon colonel , quand il ne m'envoie pas aux arrêts, ce qui arrive à peu près tous les huit jours, j'étais chargé de donner la main à ces dames, de les conduire aux bals, aux concerts, juge s'il m'était possible de voir impunément la plus jolie, la plus aimable personne, moi, surtout, qui deviens amoureux. . .
DUMESÎVIL.
Aussi souvent que tu vas aux arrêts.
LÉOIV.
Oh! cette fois, quelle différence! j'osais à peine lui parler! je voulus cependant un soir lui faire ma déclaration ; j'arrive bien préparé, elle était partie du matin! sa mère l'avait rappelée.
DUMESMIL.
Pauvre garçon...
LÉON
J'étais furieux! je cours chez le colonel, qui avait la goutte dans ce moment-là, et qui jmait... Mon colonel, lui dis-je , j'adore votre charmante nièce. — Qu'est-ce que ça me fait?^ — Je vous demande sa main! — Va-t-en au diable! — Si vous me la refusez , je n'ai pas huit jours à vivre. — Te donner ma nièce , à toi! un étourdi, un écervelé, le plus mauvais sujet de l'armée. — Je suis corrigé !.. d'ailleurs, les mauvais sujets font les meilleurs maris. Voyez comme votre femme est heureuse! — Ta, ta, ta... jamais je ne donnerai mon consentement. — Alors, je serai obligé de l'épouser malgré vous. — Toi?' — Moi-même. — Je t'en défie ! — Vous verrez ! Là-dessus , un pari ; il s'échauffe, je m'emporte ; il m'envoie aux arrêts ; je prens la poste, et me voilà.
DUMESNIL, froidement.
Sans savoir si elle t'aime ?
LÉON
Oh! j'en suis presque sûr?
DUMESNIL , froidement. Et moi, mon pauvre ami, je suis sûr que tu en seras pour tes frais de voyage.
LÉON , étourdi.
Comment ?
DUMESNIL
Je ne te parle pas des autres obstacles ; mais il en est un insurmontable; ce que nous appelons une fm de non-recevoir. Agathe en aime un autre !
LÉON, frappé.
O cïéll elle te l'a dit ?
DUMESNIL, avec aplomb.
Pas précisément! mais nous autres magistrats, nous avons tellement l'habitude de lire dans le cœur humain.
''■ '■ LÉON, agité. ', "■ .
Et ce rival, tu Te cbnnais?
DUMESNIL , arrangeant sa cravate.
Assez particulièrement.., c'est moi.