‹ Les vieux péchés; comédie-vaudeville en un acteChapitre 333 sur 403 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

l'AUL, FROMONT.

PAUL, regardant Alice s'éloigner. Ah!., je donnerais ma vie...

FROMOKT. C'est votre sœur?

PAUL , distrait et regardant la porte. Non , monsieur. . .

FROMONT, prenant une prise de tabac. Votre parente ?

PAUL. Non, monsieur...

FROMONT, souriant. J'entends; c'est mieux que cela?..

PAUL, le regardant. Non, monsieur, vous vous trompez; je la vois aujourd'hui pour la première fois; mais je sens que désormais mon sort, mon bonheur, mon existence ne dépendront que d'elle seule.

F^OMOTiT, souriant. Amoureux... à la première vue?..

PAUL. Dans notre état, nous n'avons pas de temps à perdre...

FROMONT, regardant son uniforme. Au fait!,, un militaire... car vous êtes militaire ?

PAUL. Je suis dans la marine.. . aspirant de première classe.

FROMONT, avec un peu. d'ironie. Joli grade!.. Eh bien! qui vous empêche d'épouser votre belle inconnue?..

PAUL, étourdiment. Je suis tout prêt! {S' arrêtant.) Mais...

FROMONT. Vous ne savez pas son nom?.

PAUL. Ce n'est pascelaqui m'arrêterait..

FROMONT. Vous ignorez si sa famille?..

PAUL. Qu'est-ce que cela me fait, sa famille ! il n'y a qu'une difficulté... c'est que dans une demi -heure il faut que je sois parti pour Toulon... ma place e.st retenue à la diligence, ici près...

FROMONT, lùant. Je conçois !.. ça serait un peu court... pour publier les bancs, (/^ part.) Drôle de petit bonhomme !...

PAUL. Ou plutôt... Oh! non, non!., je ne partirai pas... {Se frappant le front.) car, je n'ai plus qu'à me brûler la cervelle !

FROMONT, effrayé. Qu'est-ce que c'est? vous plaisantez, j'espère?..

PAUL. Du tout !..

FROMONT. Parce que vous êtes amoureux?

PAUL. Si cr n'était que cela ; mais parce que je... suis perdu.., iléslionoré. ..

FROMONT. Vous?..

PAUL. Je n'y survivrai pas !

FROMOXT. Ail! mon Dieu!.. Pauvre enfant!., il m'intéresse... Voyons, jeune homme, qu'y a-t-il donc ?.. que vous est-il arrivé?., vous avez commis quelque faute?..

PAUL. La plus impardonnable... Mon père, lieutenant de corvette, et notre commandant /;«?• t/»<<f;mj, m'avait envoyé ici, a'ïcc ime mission particulière près du ministre; je venais de recevoir les ordres cachetés que je devais reporter à Toulon, lorsque, pour, mon malheur, en sortant du ministère, je rencontre des jeunes gens, d'anciens camarades, un surtout, qui m'entraînent à un dîner d'adieu.

FROMOXT. Je comprends... le Champagne a fait des siennes...

PAUL. On s'est mis ù jouer.

FROMOXT. Ah! pauvre petit!

PAUL. Et j'ai perdu non seulement ce que j'avsii , mais sur parole, un argent que je n'avais pas, que je ne pouvais pas donner... Comme un fripon... (^/ivec un Diouvcmeiit.) il le croira. du moins... je lui ai donné rendcz-v«us aux diligences... j'espérais avant mon départ, pouvoir lui rendre. {Avec agitation.) Ktrien!.. rien!., et ces ordres qui n'arriveront pas !... et mon père , mon pauvre père, qui n'a plus que moi au monde...

Air : Un page aimail la jeune Adèle.

Son espérance hélas ! sera trompée!..

Lui qui n'avait, dans son malheur, De fortune que son épéc ,

Un nom sans tache et son honneur...

Mais cet honneur , je crois déjà l'entendre: Quoi ! dira-t-il : mon fils , nion fils chéri...

C'est toi qui devais le détendre ;

Et c'câttoi qui me l'as ravi...

Vous voyez bien que je n'ai plus qu'à me tuer...

FROMOXT, essuyant une larme. Fi donc 1 ù votre Cige ! avec un si bel avenir! [Lui serrant la main.) Car vous êtes un brave jeune homme, j'en suis sûr ; vous m'avez tout ému... et puis ce pauvre père... qui est seul!.. Combien avez-vous perdu sur parole?..

PAUL, tristement. Cent écus!..

FROMOXT, avec joie. Ah!., que c'est heureux?., si vous m'aviez demandé un sou déplus... je n'aurais pas pu!., c'est juste le montant de mon petit boursicot... je vais vous les chercher.

PAUL. Quoi, vous voulez?..

Le Capitaine *•

lO

FROMONT. Pardi! vous empêcher de vous brûler la cenrelle.

PAUL. Sans me connaître!., sans savoir si je ne vous ai pas trompé?..

FROMOIVT. Laissez donc. .. {Montrant son uniforme.) avec cet habit-là... on ne ment jamais !.. Bailleurs, je rends un fils à son père , un jeune homme à ses devoirs.,, je me fais un ami... ma femme n'en saura rien... tout cela pour cent écus... vous voyez bien que c'est un marché d'or. {^A son oreille.) Restez là. {En riant.) Il faut que je descende à la cave ; c'est caché dans un pot de Macoubac ?..

II sort de côté , à droite de l'acteur.

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