SCENE Vî
PAUL, ALICE, conduite par CÉLESTE.
CÉLESTE, d Alice, lui montrant Paul. Oui, mamzelle , c'est lui qui vous a sauAâ* la vie.
ALICE, atec embarras. * Ah! monsieur... je viens d'apprendre tout ce que je vous dois... et il me tardait...
PAUL, de même. Moi aussi, mademoiselle... il me tardait...
ALICE, balbutiant. Vous ne devez pas... douter
PAUL, de même. Ni vous non plus... assurément!,.
Ils restent un moment interdits.
CÉLESTE, les regardant. Eh ! bien... qu'est-ce qu'ils ont donc? ils n'osent plus se dire un mot... eux qui étaient si impatiens!.. (Bas à Paul.) Hein?., quels beaux yeux!..
PAUL, bas. A cjui le dis-tu?
CÉLESTE, /'as à PrtM A Elle s'appelle Alice!.. (Bas à Alice.) Un joli garçon !
ALICE, baissant les yeux. Je ne l'ai pas bien regardé...
CÉLESTE. Laissez donc, vous ne faites que cela... {Bas.) Mais parlez lui donc... quand on vous sauve la vie, c'est bien le moins qu'on dise : En vousremerciant !
Elle fait passer Alice auprès de Paul.**
• Paul , Céleste , Alice.
"Paul, Alice, Céleste.
ALICE, timidement. Et puis-jo savoir, monsieur, à qui j<; bui^ reclcvablc ?..
PAL'L. Paul Louet, aspirant de première classe.
CÉLESTE, à elle-même. Qui peut aspirer à bien des choses!
PAUL. Sur la corvette... la iSalamandrc , que je vais rejoindre à l'instant...
ALICE. Croyez, M. Paul... que ma reconnaissance...
V \.\}\j , vivement . De la reconnaissance!., ah!., vous ne m'en devez aucune... du premier moment que je vous ai vue, il m'a semblé que je retrouvais quelqu'un qui m'était bien cher !.. ([uelqu'un que j'aimiiis depuis long-temps !. .
CÉLESTE. A la bonne heure!., voilà qu'il s'y met celui-là...
PAUL. Et quand je vous ai sentie là... sur mon cœur!., dans mes bras... pâle, inanimée... oh! alors, je priais le ciel comme pour une sœur, pour un ami, pour mon père , pour ce que j'aime le plus au monde...
CÉLESTE, attendrie. Est-il gentil?.. Ah! que les aspirans de première classe sont aimables!..
PAUL, voyant qu^ Alice garde le silence. Vous aurais-je offensée?..
ALICE. Oh! non, mais... vous partez!., nous ne nous reverrons peut-être... jamais...
PAUL. Jamais?..
ALICE. Et je ne puis vous offrir un gage. . de mon amitié. . . car je n'ai rien... je ne possède rien... (Apercevant sa petite croîœ à son cou.) Ah ! cette croix de ma bonne mère?., c'est tout ce qui
me reste...
Elle la détache.
Air : De NolH-Damedc Bon-Secours.
fd'Amédée de Beauplan.j Oui, c'est d'une mère chérie, Qu'elle me vient... ainsi que cet anneau !.. Cette noix me sauva la vie , Dès le berceau ! bis.
Quand le mal fermait ma paupière , • (Montrant sa croix.)
Devant elle... et paie d'effroi...
Souvent , la nuit , ma bonne mère !
Priait pour moi ! bis.
Le ciel , touche de sa souUrancc...
De la mort suspendait les coups !..
Qu'il daigne encur, dans sa puissance,
Veiller sur vous... bis.
Au milieu des flots, d'un orage , Gardrz. toujours ce présent... d'une sœur !.. D'amitié le plus simple gage
Porte bonheur! bis.
Dieu veillera sur vous, j'espère ; 11 lit dans mon cœur, {Hcsitant.) et je croi... Quion le priant pour vous !.. ma mère , {Baissant les yeux.) Priera pour moi !. . bis.
PAUL prenant la croix et la couvrant de baisers. Elle ne me quittera plus... et vous ne m'oublierez pas ?
ALICE. Oh! jamais!..
CÉLESTE, s'essuya7it les yeux. Je crois bien ; je ne vous oublierai pas non plus, moi, à qui vous n'avez rien sauvé. {Bas à Alice.) Quel dommajje que nous ne demeurions pas ensemble... je vous en parlerais à chaque minute. (Haut.) D'abord, je lirai le journal tous les matins pour avoir de vos nouvelles. On y met les officiers, dans le journal, n'est-ce pas .^
PAUL, souriant. Oui, lorsqu'ils sont morts en combattant.
ALICE. O ciel !
CÉLESTE. Eh bien! je n'y regarderai pas.
UN PARTICULIER, dans la boutique. Ohé! la boutique !
CÉLESTE. Allons, au moment le plus intéressant, v'ià qu'on demande une once de tabac... si ce n'est pas insupportable !
LE PARTICULIER , avec impatience. Ohé! la boutique!
CÉLESTE. On y va... {Aux jeunes gens.) Je reviens dans la minute.
Elle sort par le fond.
SCEJVE Vïl.