‹ Les vieux péchés; comédie-vaudeville en un acteChapitre 35 sur 403 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

PAULINE, puts SOUBÎSE.

PAULINE, d elle-même.

Oh ! il ne se baltra pas., je ferais plutôt mettre tous les Augtais à la Bastille. ( approchant ta toilette , et avec agitation. ) Et s'occuper de bal, de toilette dans un pareil niomenl!.. Ah ! mon dieul quel moyeu employer. . . il l'aut que j'aie encore recours au prince... que lui dire?., si je le brouillais avec l'inglelerre?.. si je pouvais faire renvoyer tous les Anglais de Paris!. .. mais comment ?.. ce n'est pas facile. .. ce maudit Baronnet avait bien besoin de tenir des propos sur mon compte... [Elle aperçoit Soubise du coin de Cœil. ) C'est le prince. .. eh ! mais , peut-être qu'en le piquant luimême... (^Elle s'assied d latoiletle et y prend des fleurs qu'elle place dans ses cheveux, en ayant l'air d'achever sa coi [fur e. )

socBisE, sortant de l'appartement à droite , et arrivant sur la pointe des pieds.

Elle est là.

PAULINE, dpart.

Oui, cette idée ! c'est le ciel qui me l'envoie. SOUBISE , s' appuyant sur le dos de sa chaise et la regardant se coiffer. Encore quelque conspiration contre nous !... PAULINE , feignant la surprise.

Ah ! c'est vous, monseigneur!., vous m'avez fait peur!. .

SOUBISE

Dieu m'en garde, ma toute belle, je guettais le moment de reprendre notre conversation... la baronne est allée"au cercle de sa chère parente !.. . le comte au grand couvert... Mademoiselle .Julie se fait éblouissante pour le bal... [la regardant.) Et toi-même , tu essayes de te rendre plus jolie, comme si tu en avais besoin !..

PAULINE

C'est bien machinalement, car je suis d'une humeur , d'une colère!...

SOCBISE, souriant.

Contre moi ?

PAULINE, de même.

Contre tout le monde!., et surtout contre le gouverneaient!. .

SOCBISE , riant plus fort. Ah! moD dieu '■. . .

PAULINE. 3g

fAl'LINE.

Je trouve que cela va tiès-mal •'...

socBisE, (/(' même.

En vérité '. . .

PAULISE.

Oh •' vous allez vous moquer de moi. . . une petite fiilc qui se permet d'avoir une opinion... c'e-t fort ridicule... ni;»is ce n'est pas ma faute si je ne puis voir dt; sanj^-lroid humilier mou pays... soi'BiSE, riant toujours.

Qu'est ce qu'elle dit donc ;'...

{Il s'assied auprès de ta toilette d la droite de Pauline, ci lui faisant face. )

PACLINE.

Attaquer les plus grands noms!... les meilleurs amis du roi!...

sovBisE , relevant ta tête.

Les meilleurs amis!... Comment, il serait question de moi?. . .

PAULINE

Et de qui donc?

sofBiSE, fièrement.

Ah! parbleu! celui-là est un peu fort! et qui oserait se permettre ?. . ,

PATLINE.

Eh! mon Dieu , ces Anglais si fiers, si bouiïis d'orgueil, qui nous traitent avec un déd'iin, depuis qu'ils se croient sûrs de l'emporter sur l'Autriche... Savei-vous ce qu'ils disent ?... que cette alliance était forcée... que nous ne pourrions leur faire la guerre, que nous n'avons pas un seul général !

SOVBISE, piqué.

Hein?...

PAtJLiNE , tournant la tête vers lui Comment trouvez-vous cette fleur?

souBisE, distrait.

Charmante... Aii ! ils prétendent que nous n'avons pas un seul général?

PAULINE , d part.

Il est blessé. . . très-bien. . . (Haut et en se coiffant.) Excepté vous... qu'ils appellent un héros de boudoir... un maréchal sans victoires...

SOTTBISE.

Plaît-il?...

PAULINE

Comme si le siège de Fribourg , la prise de Malines , s'étaient faits à la toilette d'une jolie femme!... Voulez-vous me passer ce pœudj monprÎQce? i nsiàir.

,u PA*IH/IMÎ.

soDBisn , flatte.

Elle sait tout cela, celle .chère enfant!... Pour en revenir à ces Ar.glais ..

PAtLiNE , se mettant une mouche.

;Croycz- vous çju'une inQiiche. . . ;\ celle place i'. . .

^SpUBlSE.

,U,n peu plus bas .. et plus de ronce .de ce côté pou,r donner plus de vivacilô... Ils me connaissent bien peu, s'ils croient que je m'occupe de futilités. .. Encore un peu de jL;uuge... Tu di^sais donc que ces Anglais?. ..

Ils ajoutent qu'ils aurontbon marché de nous, tant que le Coose,il sera aussi mal composé... Vous comprenez... tous venez d'y entrer!...

sox;bise, outré, st levant.

Pas possible !...

PA.vjMiE,.ioujour.s assise.

Trlonsieur llozier l'a entendu... Vous savez. . . ce jeupe>ha«ime que vous avez l'ait nommer. . . il en était si indigné, qu'il voulait se'taUre.

SOVBISE.

Ah! bah!...

.pj^rijiNp, joga,iit ^^ ibonàornif.

Ah'! un bien brave garron !.. . il vous est si djévoué. . . iï-Sa mettrait au feu pour vqus! . . . moi , je lui ai .dit que cela nfi 4*^ regardiiit pas. . . qu'il -ne derpitpas s'en .oiêlea-, . . ij'ai hi&i} iiait, n'est-pas, monseigneur?

StOKiUSEj ç£iAé-

Sans doule, sans doute. . . je ne laisse à personne le ^\^ de venger mes offenâe^. . . ,ôt ^èScqUî^ ^je,C9^pi^^^tç£Si l'impertinent. . . Qui tient donc ces propos ?...

'EAii -mon dieu , 4out<l^ monAe. . . etiee.gens de J'^unbasâade même !. . . ce qui prouverait que le cabinet de SaiiU-Janacs n'est pas étranger...

.sofiBi^, se..f}.r^nieiiant an^jfi^ation.

rQ.ueUe iixfamie,!... ,io^4 AU^ej-çaale. . . {e^tre ^es ,({e^) Je ffiC suis toujours douté qu'il m'avaitgardéraDCunepour sa ip aU4^&^..- • cette jolie Lolotte.

Quoi donc, monseigneur?

Miiic! »■•'} , >,Jfli! §0!,V^,i^. , .,{, .,;v',:,. al |g -i,i,

flieiY: . .Mne ancienne quereiU:. . . .une alEaiccde ^fûoôsè^DceL.»

Mais parbleu ! je vais lui demander raison. •.<

PAULINE. 4i

PACLINE.

Y pensez-vous?. • • ( d part. ) je serais bien avancée... (haut. ) Il réinséra... les (Hplonnat s ne se battent jamais.

soiiniSE.

C'est vrai!...

PAt'LINE.

Va, cependant, il faut punir ces insolens.

SOrBISE.

Sans doute; mais comment faire.''. . . . Après tout, je ne peux pas m'en prendre à toute l'Angleterre.

PACLINE.

Pourquoi pas?... [Lentement et le regardant. ) Si j'étais le prince de Sonbise, moi. . . . dans deux heures, il n'y aurait plus un seul Anglaisa Paris. .. je n'en excepterais pas un seul!... des passeports pour Londres, et. . . bon voyage.

sorBisE.

Des passeports à l'ambassade; [sérieusement.) mais c'est la guerre que lu proposes ?

PA€Li>E , d'abord étonnée.

La guerre ! ( J part. ) Ah ! mon Dieu ! j'étais loin de me

douter... [Haut.) Eh bien ! après tout, s'il n'y a pas d'autre

moyen Eh bien! oui, la guerre, mon prince, voilà où j'en

voulais venir.

AiB : Quand l'Amour naquit à Cythére.

Oui, c'est le seul moyen, peut-être , De bien venger l'honneur du nom françai!>;

Ils apprendront à vous connaître Au champ d'honneur, sous le l'eu des boulets.

sot'BisE , souriant.

Mais tu m'enflammes par ton zèle, Et je te permettrais, je crois.

D'être une Jeanne-d'Arc nouvelle , Si je pouvais être le beau Dunois.

PAtLINE.

Ah ! si j'étais homme. . .

SOUBiSEj riant.

Oh! si tu étais homme !

PAULINE

Oui. . . oui, mon prince... Que vonlez-vous? j'aime la gloire, c'est mon faible!. . . c'est si beau, nn vainqueur!. . . personne ne peut lui résister. (Elle le regarde tendrement. ) socBiSE , lui prenant la main.

Tu crois? 6

4a PAULÏXE.

PAVLiNE, ."^ouriant.

Et TOUS le croyez bien aussi, mon prince. . . . Tant de lauriers qui vous attendent. . .

souBisE , pensif.

Allons donc, c'est une folie!

PAULINE, d pari.

II y viendrai. . . [Haut. ) Oh ! sans doute, je suis folle; je veux que la France soil glorieuse. , . que voire nom soil respecté. . . . je suis ridicule, ça n'a pas le sens commun.

SOlîBlSE.

Je ne dis pas; mais rompre avec l'Angleterre. . .

PArLINE.

Eh bien ! nous aurons l'Autriche !... celte bonne Marie-Thérèse qui nous tend les bras !

sonBiSE , cherchant déjà.

Ah! parbleu ! son ambassadeur, le comte de Staremberg, me fait assez de révérences. . . mais je me suis prononcé, chei le roi, d'une manière positive.

PAULINE

Vous changerez d'avis. . . est-ce donc si difficile ?

SOUBISE

Non, sans doute, ce n'est pas difficile; mais si tu raisonnais un moment. . .

PA.TJLINE , frappant du pied et tes larmes aux yeux.

Je ne veux pas raisonner, je m'écoute rien. . . si vous ne faites pas la guerre, si les Anglais ne partent pas tous cette nuit. .. j'en tomberai malade, j'en mourrai de chagrin !. . . mais ça vous est bien égal !..

SOTBISE, très-inquiet.

Tu en mourras de chagrin!. . . comment.? mais il y a doue autre chose ?

Sans doute. . . puisque vous ne devinez rien. . . celui que l'on veut me forcer d'épouser dès ce soir. . . c'est un Anglais !. .

SOUBISE

In Anglais!. .

PAULINE, avec un regard.

Comprenez-vous mainlemenl pourquoi je veux qu'ils partent tous. (Elle va d la toilette et arrange sa coiffure. ) SOUBISE, vivement Eh! que ne pailais-lu? [Haut et se promenant avec agitation.) Mel'eulever. . . ce soir... après tout ce que j'ai fait. . . ah! ça, décidément c'est à moi qu'ils en veulent!... et je souffrirais... Au fait, tout ce qu'elle vient de me dire. . . ralliance arec Marie-

PAULINE. 43

Thérèse. . . cl puis la conduite de l'Aûglcterre!. . . un héros de hoiidoir. . . un maréchal sans victoire.'. . il est clair que la France est insultée.

PAULINE

Sans doute.

SOtBISE.

I.e plus terrible ! c'est que madame de Ponipadour est aussi (.oifléc de l'Angleterre .'. • mais il y aurait moyen. . . oui , en me lapprochant de Choiseul et de Richelieu, qui étaient pour l'Auiriclii;. . . en faisant agir Staremberg, çn flattant les uns. en cflVayant les autres , on pourrait peut-être essayer. . .

PAULINE, les bras ouverts, et se iournanl vers lui avec grâce.

Ah ! TOUS êtes charmant.

souBiSE, s* arrêtant.

.\h ! qu'elle est jolie !. . . j'y vais. . . j'y cours. . . mais un monitMit, faisons nos conditions., je vais peut-être jouer mon crédit, pour t'arrachera un hymen que lu détestes, aussi j'exige une réronipense. . .

PAULINE

Ah! monseigneur!. . . ma reconnaissance...

SOUBISE

Ta leconnaissance. . . c'est bien... mais ce n'est pas tout.

PAULINE

Comment?

«OUBISE.

Tu sais, ce que je te demandais tout bas à diner?

PAULINE , baissant les yçux.

Ali ! monseigneur. . .

SOI BISE , à mi-voix.

Celle visite. . .pendant le tumulte du bal, <;'eïit si fncile... ma voilure sera dans !a petite (.oiir... [Haut ) Kh bien, In viendras...; tu me le promets? '^'

PAULINE, de niême.

Oh ! je ne promets rien. . .

SouBiSE, d'un ton pressant.

Air du Vaudeville des Blouses.

A mon .iinciur que ton cociir se confie. PAULINE, avec embarras.

Mais. . . nniKS voirons. . .

soiBisE, à part.

J'entends!... elle f st à inoil PAULINE.

Courez venger voUe nom, la patrii-. . . Mon sort dépend des ministres du roi.

SOrBISE.

Au reudei-TOUs qu'aujourd'hui je te donne. ..

PAULINE

Quoi! monseigneur...

SOCBISE.

Songe bien, désormais, Â mi-voix.) Que Jeanne-d'Arc payait de sa personne, Quand il fallait renvoyer les Anglais.

SOCBISE , d part et parlant .

Elle viendra!.. .

ENSEMBLE

PACLINE.

A votre honneur mon espoir se confie ; Votre amitié saura veiller sur moi.

Allez, courez, en vengeant la patrie.

Faire signer mon bonheur par le roi.

(7/ l'embrasse au front; elle te repousse et se sauve. )

SOtiBISE.

A mon amour que ton cœur se confie !

[A part. ) Elle viendra ce soir ; elle est à moi. Allons, vengeant mon nom et la patrie.

Faire signer mon bonheur par le roi.

. {Il sort.)

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