SCÈNE XïlI
Les Mêmes, PAUL en dehors et suspendu au câble.
ALICE, effrayée. Mon Dieu!., il va tomber!..
CÉLESTE. Bah! les amoureux ça ne tombe jamais!.. [A Paul.) Vous v'ià enfin, monsieur; vous osez nous regarder en face...
PAUL, froidement. Moi? du tout; je visite l'extérieur du bâtiment, comme c'est mon devoir...
CÉLESTE, allant à Alice. Oh ! que c'est fin !
PAUL, àpart. C'est égal, j'ai renvoyé leur canot... les voilà obligées de rester ici toute la journée, et il faudra bien qu'elle me parle...
CÉLESTE, à Paul. Allons! entrez donc, mauvaise tête!..
PAUL. Non... j'ai promis ù mon père de ne pas mettre le pied dans cette chambre : d'ailleurs, je n'ai rien à y faire...
ALICE , à part. Quel air dédaigneux ! . .
CÉLESTE, à Alice. Dites-lui donc un petit mot...
ALICE, offensée. Jamais!..
CÉLESTE, d Paul. C'est que vous ne savez pas que mamzelle...
PAUL. Je n'écoute rien ..
CÉLESTE, à elle-même. Bon moyen de de s'entendre; mais moi, qui ne vous ai pas trahi...
PAUL , vivemejit. Oh! toi, Céleste... c'est différent, je l'aime beaucoup, je l'écoute!
CÉLESTE. Vous êtes bien bon ! Pour lors, voilà l'événement : vous croyez que nous allons épouser le chirurgien, parce que nous sommes des jeunes personnes bien élevées qui ne pouvons pas dire à un homme en face : Monsieur, vous êtes bien gentil, mais vous nous êtes insupportable...
PAUL. Il fallait le détromper.
ALICE, « Céleste, sans s^ adresser d Paul. Un ancien ami de mon père !.. n'ai-je pas fait tout ce que j'ai pu?..
CÉLESTE, d Paul. C^est vrai ! ces vieux ont l'oreille dure, ils ne veulent rien comprendre; mais, la preuve que nous sommes innocentes, c'est que nous lui avons écrit une belle lettre de refus... qu'il trouvera en retournant à terre.
PAUL. Est -il possible ?.. quoi, chère Alice!
ALICE, essuyant une larme. Que m'importe, monsieur; j'espère bien qu'il ne la recevra pas cette lettre, que j'arriverai à tem-ps pour la reprendre ; car maintenant je l'aime, je l'aime beaucoup ! Oui, monsieur.
PAUL, vivement. Ah ! pardon ! pardon ! c'est moi seul qui suis coupable; j'ai pu soupçonner... {Tendant lebras vers elle. ) Alice, votre main...
CÉLESTE, la faisant passer de son côté. Allons, donnez-lui votre main.
ALICE. Moi! après une pareille injustice... j'aimerais mieux mourir... (-E//e voit Paul qui lâche le câble dune main, comme s^il allait tomber.) Ah !..
Elle se précipite pour le retenir, en lui tendant la inain , qu'il saisit et couvre de baisers.
PAUL. Alice!
CÉLESTE. Allons donc... on a bien de la peine... Sont-ils heureux... ça me rappelle ce pauvre M- Fromont,rue du Mail. {Elle va regarder d ta porte de droite comme pour faire sentinelle.) Mai? prenons garde qu'on ne les surprenne.
Elle entre nn mcunent dans la chambre à gauche.