SCENE XV
PAUL, GARNIER, ALICE et CÈLES1:E cachées.
Paul va ouvrir la porte à {gauche, et de suite il va à la table et se met à travailler sur une carte marine.
GARMER. Comment?., tu es seul?
PAUL. Oui, j'étais là... à mesurer mes distances...
Il pique sa carte.
GARNIER. Pourquoi t'enfermer?
PAUL. Pour ne pas être dérangé.
GARNIER. Et ces dames, où sont-elles?
PAUL , tranquillement. Ces dames ? elles sont parties.
GARNIER. Parties!..
PAUL. Oh! il y a long-temps...
GARNIER. Ce n'est pas possible! je venais justement les chercher parce que le capitaine a donné l'ordre de renvoyer à terre tous les étrangers!
PAUL. Il faut qu'elles aient deviné cela... {Lai montrant la fenêtre.) Tenez!., voyez-vous leur chaloupe... là bas... dans la vapeur?..
GARNIER, regardant. Hein!.. En effet... je crois voir... [Ici Alice et Céleste entr^ ouvrent la porte.) C'est-à-dire, c'est si loin , que je ne peux pas distinguer.
PAUL. Eh bien... c'est ça.
GARNIER. C'est un tour indigne que me joue le capitaine...
PAUL. Un tour infâme !
GARNIER. J'irai les rejoindre ! . .
PAUL, vivement, et faisant signe à Céleste de refermer sa porte. Je vous le conseille.
GARNIER. Je ne peux pas... il faut d'abord que j'assiste au punch qu'il donne à tout l'état-major...
PAUL. Un punch!..
GARNIER. Ici, dans la chambre du conseil... nous sommes tousinvifés...Hé parbleu! voici déjà nos officiers.
II va au devant d'eux.
PAUL, à part. Ah mon Dieu!., les voilà bloquées...
ALICE, paraissant à la petite porte. Qu'allons-nous devenir?,.
PAUL, repoussant la porte. Ne vous montrez pas...
CÉLESTE, rouvrant la porte et se montrant. Est-ce que nous allons rester là jusqu'à demain ?..
PAUL, la repoussant encore. Silence!..
Il se tient toujours contre cette perle pendant la scène suivante.
SCÈIVE XVI.
Les MOmos, OFFlCIiaiS, ASPIRANS, MATELOTS, /9or/««^ des bols de punck allumé, ptùs l'IlOMONT enrobe de chambre <h en casquette.
CIIOEUB GliRGUAL.
Air de la Mansarde du Pré-aux-Cicrcs,
Au rcnclc7.-vou.s que notre chef nous donne, Jaui.iis d'absent ; dès qiin le signal sonne , Avec ardeur on nous voit accourir Pviur le combat ou bien pour te plaisir!..
LBS OFFICIKBS.
Du puDch fumant déjà la flamme enivrante A nos regards...
Vient briller de toutes parts... ÏjC feu divin do cette liqueur brùlanti! , Comme un éclair.
Se réfléchit dans la mer.
LES OFFICIbBS Ci LES ASPIHANS.
Loin d'un ami, loin de sa belle.
Avec le punch point de chaprin !..
Car c'est le compagnon fidèle Et du soldat et du marin...
On emplit Ica verres.
CUCeUBGliNBBAL.
Au rendez-vous que notre chef nous donne, etc.
Froniont entre par la porte à droite ; tout te monde ! en le voyant, s'écrie : Ah ! voilà noire capitaine,
FKOMONT, avec galté. Me voilà ! nie voilà!.. Ah! ça, on se met à son aise, n'est-ce pas, messieurs... entre camarades?.. [A part, et regardant de tous côtes ) Elles sont parties... à merveille.
GARNIER, bas aux officiers. A-t-on jamais vu!., un capitaine en pet-cn-l'air 1. .
BIDOT, présentant un verre plein d Fromont. Allons, capitaine, à la santé du commandant!..
TOUS, élevant leurs verres. A la santé du commandant !..
FUOMOKT, arme d^un verre. C'est ca^ mes amis... Allons, docteur... allons, mon petit aspirant... [Le menaçant du doigt.) Ah! ah! drôle, je sais de vos nouvelles...
Il boit.
PAUL, intrigué. Quoi donc, capitaine?..
FROMOXT. Kien, rien... suffit... je suis di,scrct... Le punch est délicieux!.. Et le lieutenant, où est-il donc?.. Encore Un verre... [On le lui verse. — A part.) Eh bien! apiès tout, d'être capitaine de vaisseau , ce n'est pas la mer à buirc. (Il avale son second verre.) Ah! ça, docteur, nous n'allons pas..-.
Le Capitaine.
GARMER, souriant. Ah ! dam !.. quand on est à la veille de se marier, capitaine, il faut prendre garde...
FROMONT, un peu échauffé par le punch. Oui, oui... il faut prendre garde... parce que... {Regardant Faut.) Il y a des gaillards!.. C'est tout simple, on est jeune... (// boit.) On rencontre un joli minois... dans un cabriolet... c'est-ù-dire... non !.. c'est le cheval qui prend le mords aux dents... et puis on se retrouve... en pleine mer!..
PAUL, à part. Que le diable l'emporte!
GARMER. Qu'est-ce qu'il a donc?., un cabriolet... en pleine mer!..
PROVENÇAL, d ses camarades. Je crois que le commandant commence à battre la breloque.
FKOMO^T, s' échauffant et buvant. Ah! ça... débauche complète!., nous passons la nuit ici!..
PAUL , d part. Ici ! . .
CÉLESTE , enir' ouvrant la porte. Ah ! bien, dites donc?..
PAUL, lacachant. Chut!..
CÉLESTE, à mi-voix. C'est que nous mourons de faim, et vos biscuits sont durs comme des pierres.
PAWi. Tenez , tenez. . .
11 lui passe du punch et des gâteaux.
FROMONT, s'' animant. Il faut dire des bêtises, des gaudrioles... Bah ! entre hommes !..
TOUS. Ça va!..
PAUL, à part. Miséricorde!., qu'est-ce qu'elles vont entendre... {Haut.) Pardon , capitaine... ça peut faire de la peine au docteur , qui va se marier.
GARKIER. Moi!., du tout... puisqu'il n'y a pas de femme.
CÉLESTE, d part. C'est ça... il n'y a pas de femme!., pour qui nous prend-il donc ?
FROMONT, buvant. Je vais vous conter une petite gaillardise.
PROVENÇAL, à ses camarades. Fameux luron le capitaine!
FROMONT. Faut vous dire... Il y avait une petite Bourguignote... qui était folle de moi... Un jour, elle s'était cachée dans un cabinet , comme qui dirait là. . .
Montrautla porte où sont cachées les deux femmes.
PAUL, effrayé. Ah! mon Dieu!..
FROMONT. Parce qu'il y avait un rival... qui était présent, et qui ne se doutait pas... Vous allez voir. . vous allez rire...
Air : Dicyi courte est la vie.
Ma tendre bergère, En petit corset , En robe légère, Ed simple bonnet...
Dans cette cbatnbrcttc , A minuit sonnant , Venait en cacbelte , Me dire souvent :
Sans le plaisir, les amours^ Qu'ils sont courts Nos beaux ans , nos beaux jours.
Quand je vois court jupon , Et petit pied mignon, Ma Snzon , ma ïoinon , Moi j'en perds la raison.
CHCEDB.
Sans le plaisir, les amours, Qu'ils sont courts , Nos beaux ans, nos beaux jours.
Quand je vois court jupou , Et petit pied mignon , Ma Suzon , ma Toinon , Moi j'en perds la raison.
CÉLESTE, d la porte. Il a une bien belle voix, le capitaine ça rac rappelle ce pauvre M. Fromont , rue du Mail. TOlS. La suite, capitaine, la suite...
FROMONT. Oui, oui, soyez tranquilles: il y a dix-neuf couplets.
Mon cœur plein d'ivresse, Soudain prend l'essor; Sa main que je presse Me rep(>usse encor; Puis la tourterelle Me dit en tremblant :
« Seras-tu Cdèlc » A ce doux serment ?
Si je serai fidèle?., m'écriai-je en couvrant sa main d'un déluge de baisers de l'eu... Ah! crois-moi;
Sans le plaisir, les amours , Qu'ils sont courts Nos beaux ans, nos beaux jours.
Quand je vois court jupon Et petit pied mignon, Ma Suzon , ma Toinon , Moi j'en perds la raison.
CHCCl'R OK.NÛnAL.
Sans les plaisirs, les amours , etc.
Ils boivent tous et dansent sur ta ritournelle. TOUS. La :Hiitc, capitaine, la suite.
FROMONT. M'y voici... Pas du lout... le rival arrive... il s'approche du cabinet.,. Vous allez voir, vous allez rire... PAUL, inquiet. Que va-t-il faire?
FROMOIVT, s' approchant doucement de la porte du cabinet en chantant. Le pied lui glisse...
Un mouvement brusque et violent du navire fait chanceler tout le monde : Fromont tombe à terre.
TOUS, jetant un cri de surprise. Ah ^
FROMONT, à terre. Il est tombé quelque chose là-haut!