COUPLETS
Dans ce modeste et simple asile Nul ne peut commander que moi !
Je suis libre, heureuse et tranquille, Je puis courir partout, je croi, Sans qu'un mari gronde après moi ; Ou si quelque amoureux Soupçonneux Veut faire les gros yeux , Moi , j'en ris £t lui dis:
Liberté chérie , Seul bien de la vie , Liberté chérie, ( mettant la main sur son cœur.)
Règne toujours là.' Tra, la, la, la. Ira la la la, Tant pis pour qui s'en fàciiera!
DEDXIÈME COUPLET.
J'irais, quand je suis ma maîtresse , Me donner un maître!., oui-dà!
Pour qu'à la danse , où l'on s'empresse , Quand un galant m'invitera ^
Mon mari tlise : Restez là! Un époux en fureur Me fait peur , C'est alors que mon cœur Ne dirait Qu'en secret :
Liberté chérie,
Seul bien de la vie, etc., etc.
DANIEL
Tra la la! tra la la!., ce n'est pas des raisons. Dieu! si j'avais assez d'esprit pour en trouver... comme je vou!» prouverais...
BETTLY.
Quoi?
DANIEL
Qu'il faut prendre un mari...
BETTLY.
Et à quoi ça me servira-t-il ?
DANIEL
A quoi?. . . Vous me faites là une drôle de question !.. Ca servirait à vous aimer... n'est-ce donc rien ?
BETTLY.
Si vraimenl!... mais lu vois bien que tu m'aimes sans cela.. . que je puis compter sur ton amitié.. .
DANIEL
Oh! oui, mam'selle...
BETTLY.
Comme toi sur la mienne !.. Car, vois-tu bien, Daniel, je rends justice à tes bonnes qualités... Tu es un brave garçon... un excellent cœur... et si j'épousais quelqu'un , c'est toi que je choisirais.
DANIEL , avec chaleur.
Vraiment?...
BETTLY.
Mais calme-toi... je n'épouserai personne!... c'est plus fort que moi... ainsi ne m'en parle plus... ne m'en parle jamais!., et pour n'y plus songer, tiens , rends-moi un service.
DANIEL
Un service! parlez, mam'selle... Où faut-il aller? que faut-il faire?
SCENK IV. 9
llETTI.Y.
Seulement rae lire cette lettre de mon frère. .. parce que moi , comme je te l'ai dit , je ne suis pas bien forte !.. je ne suis pas comme toi
DANIEL
Qui ai appris à lire, écrire et calculer au cdlicgc de Zurich... la belle avance!... On a bien raison de dire que l'érudition ne fait pas le bonheur... [se reprenant vivement.) Si lait... si fait... dans ce moment-ci!... puisque je peux vous rendre service... Voyons un peu... [lisant.) « Au « camp impérial du prince Charles, ce i" juin.» Et nous sommes au milieu de juillet... il parait que la lettre est restée long-temps en route!..
BETTLY.
Ce n'est pas étonnant... l'armée du prince Charles et celle de Souwarof battent, dit-on, en retraite devant les soldats de Masséna, qui interceptent toutes les communications.
Je comprends... [lisant.) « Rien de nouveau, nia chèic M Bettly, sinon que je me bats toujours ainsi que mon « régiment, au service de l'Autriche, ce dont nous avons « assez... .l'espérais un congé pour aller t'embrasser... »
BRTTLY.
Après quinze ans d'absence !.. quel bonheur!... mon pauvre frère ! . . .
DANIEL, lisant.
« Mais il paraît qu'il n'y faut plus compter. Ce qui me « fâche, ma chère sœur, c'est qu'à mon retour, je comptais « trouver chez toi un régiment de nièces et de neveux , et « je vois par ta dernière que tu n'as pas encore commencé ! « il serait cependant bientôt temps de s'y mettre... une « fille de ton âge ne peut pas rester inutile... »
Ça, c'est bien vrai!
ni;iTLV, avec colère.
Daniel...
i) \ s WA. , ployant la lettre.
Si cela vous déplaît... je n'en lirai pas davantage.
liETTLY.
Eh I non vraiment... achève!
lo LE CHALET,
DAiMEL, continuant à lire.
« Pourquoi n'épouses-tu pas un brave garçon du pays <r dont j'ai reçu une demande en mariage... »
BEÏTLY.
Et qui donc a osé lui écrire?...
DAKIEL, COnjUS.
]Moi, mam'selle. .. il y a deux mois.
liEIlLY.
Sans mon aveu ?
DANIEL
Aussi c'était le sien seulement que je demandais ! il me semble que quand on aime légitimement... c'est d'abord à la famille qu'on doit s'adresser... Faut-il continuer?...
EETTLY.
Sans doute.
DANIEL , lisant.
« Ça me paraît un bon parti : il est d'une honnête « famille, il est riche, il t'aime éperdument... » [s'arré- /a»l.)he bon frère... vous l'entendez! [continuant.) « Il <> a l'air un peu bête... »
BETTLY , d'un air triomphant.
Vu l'entends !...
DANIEL, appuyant.
« Mais ce n'est pas une raison pour le refuser... au con- « traire! Je prendrai du reste des informations et si ça te « convient, il faudra bien , milzieux! que tu l'épouses. ..» BETTLY, arrachant la lettre.
C'en est trop ! ... mon frère lui-même n'a pas le droit de me contraindre... et il suffît qu'il l'exige pour que mon indifférence devienne de la haine...
DANIEL
Mais, mam'selle...
BETTLY.
Finissons, je vais au marché...
DANIEL , voulant V aider à mettre sa hotte. Je ne peux pas vous aider?
BETTLY.
C'est inutile!
DANIEL
Si au moins je vous accompagnais...