‹ Les vieux péchés; comédie-vaudeville en un acteChapitre 39 sur 403 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

Les Mêmes, Le COMTE.

LE COMTE , qui a entendu tes derniers mots. * Qu'appelez-vous des propos en l'air. Monsieur le Marquis, quand il y a insulte à la couronne !... [Il donne son épéed un laquais. )

l'officier.

A la couronne, jusqu'à un certain point! ce qu'on vient de nous dire. . .

LE COMTE

Tête bleu, je m'embarasse bien de ce qu'on vous a dit!. .. j'étais dans le cabinet du Roi. . . . Moi. . . moi., comte de Vermenton. . . de ma personne. . . . lorsque Madame de Pompadour est entrée pâle et échevelée, baignée de larmes, et lui a dévoilé la manière injurieuse dont lord Albermale, l'ambassadeur luimême, osait liaiter Sa Majesté chrétienne!

TOtfS.

L'ambassadeur

PAULINE, à part. Encore du nouveau!

LE COMTE

Oui, sire, s'est écriée la pauvre femme, en sanglottant , si c'était moi que l'on eût insultée, je ne me plaindrais pas, je ne demanderais rien ; mais voir ainsi outrager le meilleur des souve-

* L'Abbé, la Présidente , l'Officier; le Comte, la Baronne, Julie, Pauline.

PAULINK. 4g

tains, c'est au-dessus de mes forces ! Quand on cherche i\ lui aliéner le cœur de ses *iijuts, en n'-pétunt que c'est un roi sans volonté, qui ne sait prendre les armes que pour chasser le chevreuil , el qui |)asse sa vie à dépeupler les forêts et à peupler le Parc-aux-Cerfs.

TotJS, avec indignation.

Ah'...

PAtJLINE , à part.

Pour le coup, je n'avais pas pensé à tout cela.

LE COMTE

Vous concevez.'. . les têtes sont dans une effervescence. . . le

conseil est en permanence ; les secrétaires-d'Etat courent çà el

là. .. Je crois même avoir vu doubler les sentinelles, el je parie

qu'avant deux heures tous les Anglais auront reçu leurs passeports.

PAULINE, dpart.

Ah ! j'en ai fait de belles.

l'officier.

Je ne puis croire cependant que l'Angleterre. . .

LE COMTE , d'un air capable. Hum! Monsieur, c'est une nation bien cauteleuse! nos ennemis naturels, comme je le disais ce malin.

Pauline et sa fille le regardent.) LA BARONNE.

Une nation qui vou? fait bonne mine tant qu'elle a besoin de vous.

LE COMTE

Et qui, au premier moment, vous brûle la politesse et vos vaisseaux!

l'abbé.

Cela peut devenir une guerre générale !

LE COMTE

Je le voudrais •

LA BARONNE

Moi aussi.

l'officier .

La Hollande s'en mêlera.

LE COMTE

Mais , nous avons l'Autriche.

l'abbé.

Et l'Espagoe.

LE COMTE

Et , en tombant sur le Hanovre à l'improviste. . .

PAULINE , d pa'-t.

Allons ; Toilà que j'ai bouleversé toute l'Europe. {Tout ce mouvement de scène très-vif.)

5o PAULINE.

LE COMTE, apercevant Colas qui se provxène en causant avec quelqu^un. Tenez. . . tenei. . . M. Rozier. . thel aux affaires étrangères. . . le bras droit du ministre ; il nous dira ce qui en est. PAULINE , d part.

11 s'adresse bien.

LE COMTE, allant à Colas.

Ah! ah!... mon chitr Ilozier , il paraît que les cartes se brouillent.

COLAS, regardant de tous côtés.

Ah .' est-ce qu'on jouo déjà ?

LE COMTE , au.T autrcs.

Il fait le discret. [Haut). Non ; je veux dire. . . que l'Anglaisa trouvé enfin à qui parler. . .

COLAS , à part.

Ah ! mon Dieu .' il est instruit de mon duel. . . (Haut.) Dame , écoutez donc, c'est lui qui l'a voulu. [Il s'éloigne avec quelques personnes. )

LE COMTE , bas aux autres.

Voyez-vous ?. . . [Haut, montrant Colas qui se perd dans la foule.) La guerrre est imminente !.. il va y avoir des changemens. . . des mutations dans les ambassades.

l'officier.

Justement, il y a la place de chargé d'affaires près l'Electeur de Saxe qui est vacante ; il faut que j'en parle pour mon beau-frère. le comte, à part.

Chargé d'affaires près l'Electeur. . . Diable! diable! ça m'irait bien. . .

PAULINE , de même.

Chargé d'affaires. . . c'est ce qu'il faudrait à ce pauvre Colas !

l'officier.

Je verrai demain M. do Bernis, et. . . LE COMTE, à part.

Et moi, j'écrirai dès ce soir. .. {Haut.) Allons, allons, sambleu ! il ne faut pas que la politique nous empêche de nous amuser. . . Passez donc au salon. . . madame la présidente. . . un brelan on le biiibi. . . iMa sœur... faites commencer les danses. . . [Bas) et glissez adroitement dans les groupes que mon bal est pour célébrer l'alliance avec l'auguste iMarie-Thérèse... [Haut) Je vous suis. . .

LA BARONNE, aux invités.

Allons , M-esdames. {Ils sortent par la gauche.)

PAIUNE. $i

Page 1