‹ Les vignes américaines, leur greffage et leur taille. Étude raisonnée de la possibilité de reconstituer les vignobles et des moyens de défense pour les conserverChapitre 35 sur 132 · FRUCTIFICATION DU JACQUE · texte numérisé non relu

FRUCTIFICATION DU JACQUE

prospérité sans égale dont nous avons joui pendant une vingtaine d'années.

Pour soutenir la fructification, il conviendra, sans doute aussi, de pratiquer d'abondantes fumures, beaucoup plus qu'on ne le faisait pour nos cépages earopéens ; ceci peut s'appliquer, d'une manière générale, aux vignes américaines, qui sont à peu près toutes beaucoup plus exigeantes sous ce rapport que ne Tétaient nos vignes européennes, et dont la végétation a besoin d'être soutenue plus énergiquement, parc3 qu'elles dépensent encore davantage que ces dernières.

Peut-être aussi sera-t-il utile, afin d'accroître la fructification, d'augmenter le développement arborescent des souches AeJacquez^ soit en les palissant sur des fils de fer, soit en laissant, au moment de la taille, un ou deux rameaux, c'est-à-dire des sarments, taillés à 75 centim. ou 1 met. de long, qui produiraient de nombreuses grappes sur toute leur longueur. On assujettirait ces rameaux de chaque côté du cep à de petits piquets qui les maintiendraient dans une position aussi rapprochée que possible de Thorizontale ; ils seraient renouvelés chaque année par des rameaux de remplacement qu'on aurait fait développer sur un courson spécial et palissés verticalement, sans les pincer, sur un tuteur assez long, comme on le pratique dans la taille Guyot. Ces rameaux de remplacement devraient être. de préférence assujettis sur les piquets dans le sens des

écaftements à 1",50 indiqués par les fig. 3, 4 et 5.

Enfin, il conviendrait de placer encore, au pied de ehaque souche, un fort piquet sur lequel on élèverait le cep en lige de i",50 à 2 met. de hauteur, elle long de laquelle on laisserait de nombreux coursons qui viendraient s'ajouter en supplément à ceux de la base du cep. On pourrait essayer ces divers moyens et connaître ainsi, par l'expérience, quel est celui qui présenterait le plus d'avantages pratiques, selon les conditions dans lesquelles on se trouverait et les facilités dont on serait à même de disposer.

Ces opérations entraîneraient certainement un accroissement considérable de dépenses, avec lesquelles il faudrait nécessairement compter dans la grande culture, et il y aurait lieu d'examiner si l'on trouverait une compensation suffisante et rémunératrice dans un accroissement correspondant de la production. C'est une étude économique de la question qu'il convient de faire et que Texpérience directe pourra seule approfondir, d'autant plus que le traitement à suivre sera susceptible de varier selon les conditions dans lesquelles on devra opérer. J'essayerai, du reste, dans le chapitre spécialement consacré à la taille de tous les cépages américains, d'entrer à ce sujet dans des développements qui seraient incidemment déplacés ici, où il n'est question que du Jacquez^ c'est-à-dire d'un seul et unique cépage.

On se plaint généralement que les plantations de Jacqvsz sont lentes à se mettre convenablement à

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fruit, c'est à-dire que la fructification de ce cépage se fait un peu trop attendre. Autrefois, en effet, nos cépages européens, quand ils étaient traités conveoablement, fournissaient, dès la troisième année de plantation, une production déjà satisfaisante, qui augmentait encore pendant les deux ou trois années saivaotes. Chez le Jacquez, au contraire, tandis que la végétation en bois est pourtant beaucoup plus active pendant les premières années qui suivent la plantation, nous voyons la fertilité de ce cépage no se manifester que plus tardivement ; quelquefois à la troisième, et même souvent à la quatrième année, la fructification est encore peu abondante, et sur certains points même elle est presque insignifiante.

Cette fertilité, qui augmente fort heureusement avec l'âge, est bien loin, cependant d'égaler jamais celle de la plupart de nos anciens cépages européens.

Toutefois on a signalé en faveur du Jacqucz des exemples de rendements considérables, tellement considérables même qu'on les taxait d'exagération. Peut-être que dans ces cas on jugeait de la production à l'hectare par quelques pieds isolés ou très distancés, et c'était là un calcul erroné, puisque chacun de ces pieds occupait un espace bien plus grand que dans les plantations ordinaires à l'",50 en carré. Il y a à Lattes près de Montpellier, palissés devant la station, deux pieds de Jacquez qui ont produit ensemble cette année (septembre 1886) 522 grappes de raisin. Il est évident que si Ton cal-

culait la production à l'hectare en multipliant celle d'un de ces pieds par le nombre de ceps que contient ordinairement un hectare, soit par 4,444, on arriverait à une production aussi inexacte que fabuleuse. D'ailleurs, il peut bien se faire que, dans des conditions exceptionnelles de sol très favorable à ce cépage, de fumures copieuses et de taille allongée, il soit possible d'obtenir une production assez abondante, quelquefois même très abondante.

On cite très souvent les belles plantations de Jacquez de M. Azaïs-Marès, dans sa propriété de la Grand-Grange, près de Mèze, comme étant d'une végétation splendide et d'une fructification sans égale. Sans douteque ce cépage a trouvé là,comme d'ailleurs surde nombreux autres points, des conditions exceptionnellement favorables de sol et d'exposition qui lui conviennent merveilleusement, ainsi que des soins culturaux admirablement appropriés à sa nature.

Je n'ai pas visité l^^Jacquez de M. Âzaïs; mais dernièrement, en observant ceux de M. le baron de SeizieuàFlaugergues près de Montpellier, je fis cette remarque qu'ils se rapportaient tous ou presque tous à la forme particulière dont j'avais déjà signalé la supériorité sous le nom de Lenoir. Elle est caractérisée, comme je l'ai indiqué, par ses feuilles beaucoup moins découpées et de couleur plus foncée. Quelle ne fut pas ma surprise quand M. de Seizieu me dit que les boutures avaient été prises chez M. Azaïs î Je m'expliquai alors la supériorité reconnue de la

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plantation de Jacquez de la Grand-Grange, puisque les plants qui la composent étaient réellement des lenoir.

D'ailleurs, il ne serait pas nécessaire d'exiger du Jacques les rendements exceptionnels qu'où lui assigne parfois, pour que la culture de ce cépage puisse être considérée comme suffisamment rémunératrice. N'obtiendrait-on que 35 à 40 hectolitres par hectare, qu'on devrait se déclarer satisfait, car, tout compte fait, en portant en déduction les frais de culture et de fumure, on aurait encore un revenu net paF hectare qui rendrait celte culture suffisamment avantageuse.

Il n'y a pas sans doute à espérer pouvoir arriver, avec le Jacquez, aux rendements considérables qu'on obtenait autrefois avec VAramon. On pourra peut-être s'en approcher, avec des vignes greffées, mais alors seulement dans quelques terrains excepiionnellement privilégiés. Il faut en effet se rendre compte (Qu'avec les vignes américaines nous n'en sommes plus aujourd'hui au temps des illusions dans lesquelles on aimait encore à se bercer il y a quelques années. Nous devons maintenant envisager sainement la véritable situation des choses, et si Ton arrive, dans la généralité des cas, à obtenir avec le Jacquez^ ou tout autre cépage américain greffé ou non greffé, un produit net annuel de 500 à 600 fr. en moyenne par hectare, je crois qu'on devra s'estimer très heureux. Il y a sans doute fort

loin de là aux magnifiques revenus que donnaient autrefois nos fertiles cépages européens, là surtout, comme à Gigean ou dans la vallée de THérault, par exemple, où la Vigne était par excellence dans le milieu le plus favorable et où Ton obtenait des rendements de 200 à 300 hectolitres à l'hectare. Toutefois il n'est certainement aucun propriétaire qui ne préférera cent fois ce résultat, quoique modeste, aux produits plus que problématiques que donnent les cultures de céréales, de fourrages, et on peut même dire, d'une manière générale, toutes les cultures autres que la Vigne.

Si Ton tient un compte suffisant des conditions climatériques de notre région méridionale et particulièrement de sa partie méditerranéenne, on ne larde pas à se convaincre que la culture de la Vigne est ici la seule possible. Tous nos agriculteurs s*accordent à reconnaître qu'en dehors de celle-là ils ne trouvent que déceptions sur déceptions, amenant bientôt la ruine et la misère pour ceux qui veulent s'obslinar à entreprendre d'autres culture?, au moins dans la généralité des cas. On rencontre bien en effet, mais de loin en loin, des terrains très fertiles, quelquefois même irrigués, ou heureusement placés dans des conditions toutes spéciales, qui donnent encore au cultivateur un revenu raisonnable ; mais ce sont, dans nos contrées, des exceptions tellement rares qu'elles ne peuvent guère entrer en ligne décompte.

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C'est bien, du reste, parce qu'on avait la certitude que la culture de la Vigne était la seule possible dans nos contrées, qu'on s'est lancé tète baissée, comme on l'a fait, dans l'expérience des vignes américaines. On savait que toutes les autres cultures, surtout avec les conditions économiques dans lesquelles se fait aujourd'hui l'exploitation agricole, laissaient le cultivateur en perle, et, comme on se trouvait ainsi acculé dans une impasse dont on voulait sortir à tout prix, on se disait qu'il y avait tout avantage à essayer la culture des cépages du Nouveau-Monde. S'il en eût été autrement, sans doute qu'avant d'entrer dans cette voie, avant d'entreprendre des plantations tant soit peu importantes, on aurait voulu savoir à quoi s'en tenir et mis un peu plus de temps pour se décider. De même que le rat de la Fable, on n'aurait pas été éloigné de dire, en examinant les vignes américaines :

Ce bloc enfariné ne médit rien quivaille,

et, de fait, on n'eût pas eu tout à fait tort, car Texpérience souvent ruineuse de tous ceux qui en ont été les victimes ne l'a malheureusement que trop bien démontré.

Et, ce qu'il y a de plus curieux dans tout ceci, cest qu'il est maintenant reconnu, après une expérience déjà longue, puisqu'elle date de douze et même de quinze années, que les cépages américains 8ur lesquels on fonde aujourd'hui quelque espoir

d'avenir sont justement, soil d'origine espagnole, comme le Jacquezy soit des hybrides tenant beaucoup de nos cépages européens, comme V Othello et la plupart de ceux qui donnent, de nos jours, les plus belles espérances. De sorte qu'on paraît avoir une tendance manifeste à abandonner les espèces ou variétés de vignes véritablement américaines^ pour adopter de préférence la culture des variétés qui se rapprochent de plus en plus de nos cépages européens. Il est évident que, sous ce rapport et d'une manière générale, nous gagnerons en fertilité, en qualité et en résistance au sol, mais ce sera toujours au détriment de la résistance au Phylloxéra. De sorte que nous tournons dans un cercle vicieux en revenant petit à petit à Eotre point de départ. Estce un bien ou un mal ? L'expérience se chargera par la suite de nous le dire ; mais, pour le moment, il convient de se borner à signaler cette tendance et à constater ce fait, qui ne manque pas d'être fort intéressant.

SÉLECTION DU JACQUEZ.

Quelques viticulteurs ont parlé souvent de sélection à faire parmi les plants de Jacquez ; beaucoup pensent qu'il faut distinguer les Jacquez fructifères de ceux qui ne le sont pas. Il y a là un fait qui, pour

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n'être qu'un détail, ne doit pas cependant être négligé, quand il s'agit d'une plantation ayant pour objet la production directe.

Autrefois en efifet, quoiqu'il y ait déjà bien longtemps de cela, on cultivait de préférence le cépage désigné sous le nom de Terret, qui était alors l'un des plus estimés en grande culture, mais qui fut plus tard remplacé par VAramon. On remarquait souvent, sur quelques-uns des pieds qui composaient les nombreuses plantations de Terret, se produire accidentellement des formes dégénérées, désignées alors sous les noms particuliers de Terret coulayre et de Terret avalidouyre ; sur ces pieds, et par des causes qu'il est inutile de développer ici, la fécondation s'opérait mal ou ne s'opérait que d'une manière incomplète, de sorte que les grappes ne se composaient souvent que de quelques grains. On désignait alors cette particularité sous le nom de coulure, et c'est de là que venait celui de Terret coulayre donné aux ceps présentant accidentellement cette marque d'infertilité. Si, par mégarde, on prenait des boutures sur les pieds qui offraient cette particularité appelée scientifiquement du nom de dimorphisme, la dégénérescence était ainsi fixée, et se multipliait de la sorte dans la nouvelle plantation. Aussi les viticulteurs soigneux et intelligents prenaient-ils la peine de marquer, à l'époque de la fructification, les pieds dégénérés, d'abord pour se garder d'en prendre des boutures, et en-

suito pour les greffer, a6n de ne pas conserver inutilement des ceps improductifs.

Ce qui se passait alors pour le Terret peut s'appliquer à tous les cépages indistinctement. Il est toujours utile de faire une sélection intelligente des pieds qui doivent servir à multiplier la variété du cépage choisi pour les nouvelles plantations à effectuer. Ainsi, par exemple, pour ce qui est du Jao quez, on ferait bien de marquer, dans chaque vignoble, les ceps qui se seraient montrés les plus fertiles, pour prendre, sur ceux-là de préférence, les boutures nécessaires à la plantation. De cette façon, on pourrait espérer améliorer la variété et assurer une fertilité aussi grande que possible.

De même aussi conviendrait-il d'observer avec soin tous les ceps dont la fructification laisse à désirer pour éviter d'en prendre des boutures. Il serait bon de les marquer également, mais de manière à ne pas les confondre avec les premiers, afin de les observer attentivement Tannée suivante: si^ en effet, ce défaut de fertilité n'était pas accidentel, mais se continuait deux années de suite, on ferait bien alors de ne pas conserver ces ceps inutiles, mais de les greffer, soit en J%cque2 fertiles, soit en tout autre bon cépage. Ces précautions seront d'ailleurs toujours utiles à prendre pour toutes les autres variétés de vignes américaines et européennes cultivées également peur la production directe.

L'un des pieds de Jacquez du mas de Las-Sor-

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res a présenté justement un cas de dimorpbisme assez intéressant L'une de ses branches produit depuis trois ans des grappes dont les baies sont le double plus grosses que celles de la variété type. J'ai engagé mes Collègues de la Commission à fixer et à multiplier par la greffe et le bouturage cette nouvelle forme, qui, à l'exemple du Terret* Bourre t obtenu dans des conditions identiques, pourrait fournir un nouveau cépage présentant peut-être quelques avantages pour l'avenir.

MALADIES DU JAGQUEZ.

Le Jctcquez avait montré en Amérique une tendance particulière à être atteint par le Mildew et la Carie noire, maladies vulgairement connues par les vignerons des États-Unis sous les noms de Moisislureet de Bot.

D'après M. Bush, les Américains donneraient le nom de Mildexu tout à la fois à notre Oïdium ainsi qu'au Peronospora viticola, tandis qu'ici nos viti* culteurs savent tous au contraire établir cette distinction. C'est seulement ce dernier parasite végétal que nous désignons ici sous le nom de Mildew (prononcer Mildiou)^ dont on recherche le moyen de se défendre eflBcacement, tandis que tout le

monde connaît parfaitement VOïdiumj dont nous avons si facilement raison par le soufrage. Jusqu'à présent le Mildew, qui dans nos vignobles s'est montré d'abord sur les vignes américaines, n'a pas tardé malheureusement à infester nos cépages européens. Malheureusement aussi le Jacquez est fort souvent sujet à ses atteintes.

En 1885, la récolte des Jacquez a été sur beaucoup de points compromise et souvent même perdue entièrement.

Pourtant les Américains reconnaissent que chez eux les Mstivalis résistent eflBcacement au Mildew. Ceci nous démontre une fois de plus que le Jacquez n'est pas un cépage américain proprement dit, mais un hybride rappelant par plusieurs de ses caractères quelques-uns de nos cépages européens.

En 1885, le Mildew avait tellement attaqué les Jacquez producteurs directs, que dans la plupart des vignobles méridionaux la récolte fut considérablement diminuée, sinon perdue totalement. Néanmoins les ceps n'ont pas paru se ressentir beaucoup de cette épreuve. Cependant on a vu, sur d'autres points, des vignobles de Grenache^ par exemple, fortement atteints par le Mildew y être bien affaiblis et perdre môme un assez grand nombre de pieds.

Beaucoup de viticulteurs qui avaient des Jacqitez déjà en pleine production, effrayés de voir leur récolte entièrement perdue en 1885, s'étaient déci-

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dés à les greffer au prinlemps dernier. La plupart regrettent aujourd'hui d'avoir pris cette résolution, quand ils voient chez leurs voisins les plantations de ce cépage chargées d'une belle récolte, à laquelle on était loin de s'attendre après Tinvasion de Mildew de Tan dernier.

Nous consacrerons un chapitre spécial à tout ce qui est relatif au Mildew, en examinant la valeur comparative des principaux traitements qui se sont montrés les plus efiBcaces pour combattre cette invasion cryptogamique.

Le Jacqvsz est également fort sujet à VAnthracnose. Cet autre parasite tache les sarments sous la forme de plaies ayant une certaine ressemblance avec celles produites quelquefois par la grêle, et qui empêchent ainsi d'utiliser ces mêmes sarments pour le bouturage. Cette maladie, quand elle prend une intensité considérable, nuit beaucoup à la végétation et peut même amener quelquefois la mortalité du cep.

Dans la Gironde, ainsi d'ailleurs que dans le sudouest et môme le centre de la France, le Jacquez s'est tellement montré sensible à VAnthracnose et 2l\ï Mildew qu^ on a dû abandonner sa culture comme producteur direct ; mais dans quelques unes de ces r^ons on commence à l'apprécier à toute sa valeur comme porte-greffe de nos cépages européens.

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