‹ Les Vignes follesChapitre 17 sur 28 · CONFESSION · texte numérisé non relu

CONFESSION

Je n'avais pas encor de barbe dans ce temps,

Et j'emplissais les airs de rires éclatants;

De blondes visions florissaient dans mon âme ,

Et je rêvais d'amour à vos genoux , Madame ;

Mais vous n'en saviez rien, et moi-même?.. J'avais

Le cœur à vos côtés tout joyeux; je rêvais,

Mais sans but, animé d'une extase sereine.

Le page Chérubin que berce sa marraine

— 9:2 — Et qui dit sa romance en fermant ses beaux yeux Me paraissait alors un grand audacieux.

Vous aimais-je? A présent que votre voix m'enivre, Que votre seul aspect m'enchante et me fait vivre , 0 Madame, je n'ose encore le penser.

Non, ce n'est pas à vous que pouvaient s'adresser Ces aspirations étranges , ces vertiges Sans fin, illusions, miraculeux prestiges. Orages précurseurs des orages du soir ! Non ! j'aimais à venir auprès de vous m'asseoir. Sans me dire pourquoi , sans le pouvoir comprendre ; A voir vos longs regards tout étoiles répandre D'humides diamants où brillaient des clartés ; A sentir doucement tous mes sens agités , Quand votre voix chantait , pure comme les brises Qui baisent, en jouant, la fleur et l'onde éprises ! Mais ce n'était pas vous qu'en vous-même j'aimais. Comment dire ceci ? Ce n'était pas vous , mais Vous étiez une femme, et ma future amante Vivait dans votre corps , adorable et charmante ! Oui, pensais-je, elle aura, celle que j'aimerai. Le front par ces regards limpides éclairé , Cette lèvre d'enfanl où la rose sommeille. Cette gorge lactée à la neige ])aroille. Cette taille semblable au serpent engourdi Qui se ranime et joue alors que vient midi. Et surtout, et surtout cette crinière blonde. Nid de parfums on l'or étincelant abonde !

— 9'S — Vous me parliez alors, el, comme dans l'encens , Mes rêves s'élevaient bercés par vos accents; Presque mort et noyé d'ineffables ivresses, Je sentais sur mon front d'invisibles caresses , Et mon àme, que rien ne pouvait contenir. Te savourait d'avance, amoureux avenir !

Tel l'arbre dont la nuit a rafraîchi la sève Accueille avec bonheur le soleil qui se lève, Sans penser que bientôt ses feuilles se tordront Sous des feux dévorants , que l'écorce du tronc S'écartera brûlée et qu'il restera sombre , Désolé , sans verdure éclatante et sans ombre , Ainsi je saluais cette aube de l'Amour Qui se levait en vous, sans songer à ce jour De sanglots effrayants et d'angoisses amères Que vous deviez m'offrir, ô pâles victimaires ! Euménides du cœur, amantes qui deviez Faire pleurer pour moi les douloureux claviers !

Où donc est-il ce temps de candeur et d'aurore?.

Enfin, après trois ans, je vous revois encore, Madame, et je comprends les souffrances qui font Plonger dans l'infini votre regard profond.

0 ma sœur en amour ! nos deux âmes blessées L'une à l'autre pourront confier leurs pensées; De notre long manteau de douleur recouverts, Aimons-nous, aimons-nous, pour tous les maux soufferts,

Aujourd'hui je comprends, ô femme jeune et douce ,

Ce qui vous fait sourire et ce qui vous courrouce.

Je sais pourquoi je viens auprès de vous, pourquoi

Je vous vois frissonner souvent auprès de moi ;

Pourquoi vous retirez votre main de la mienne ,

Et pourquoi, comme aux jours de l'ignorance ancienne.

Je ne puis regarder, sans en être ébloui,

Votre beau front pareil au lis épanoui.

0 ma terre promise ! aujourd'hui ce que j'aime

En vous , ce ne sont plus des ombres, mais vous-même ;

Le passé dans mon cœur est tout enseveli;

J'ai courbé sous l'amour mon front déjà pâli;

Je connais le néant de la première flamme;

Je sais ce que je fais : -- je vous aime. Madame !

Aimons-nous, aimons-nous, et ni; songeons à rien;

Aimons-nous maintenant, et les dieux pourront bien ,

Au gré de leur caprice et de leur fantaisie ,

A nos cœurs altérés arraclier l'ambroisie;.

Nous séparer encor: qu'importer? N'eussioiis-nous

Respiré qu'un inslaiil les parfums purs el doux

~ De la coupe céleste où fermente Textase,

L Cet instant suffira pour épuiser le vase ,

Pour embaumer longtemps nos souvenirs , et pour Nous faire au moins bénir toute une heure TAmour !

Madame, je vous parle, et c'est de la folie ; Sans doute vous allez me repousser; j'oublie Que vous m'avez aimé comme on aime un enfant. Et qu'un tel souvenir, peut-être, vous défend A présent cet amour que de vous je réclame : L'amour impérieux et qui ravage l'âme.

Mais pourtant cet enfant vous aime et n'a plus rien De ses désirs confus , et vous le savez bien , Puisque vous refusez vos lèvres à mes lèvres Et que vous rougissez , et que les mêmes fièvres Nous brûlent ; que toujours nos rêves hasardeux , Ainsi que deux ramiers épris , vont deux à deux ; Que mon regard se voile , et que tu t'es pâmée L'autre jour dans mes bras, ô chère bien-aimée î

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