A CAMILLE DOUCET
Vous dont les rêves sont les miens, Vers quelle terre plus clémente , Par la pluie et par la tourmente , Marchez-vous, doux Bohémiens?
Hélas ! dans vos froides prunelles Où donc le rayon de soleil?
Qui vous chantera le réveil Des espérances éternelles?
Le pas grave , le front courbé , A travers la grande nature Allez , ô rois de l'aventure , Votre diadème est tombé !
Pour vous , jusqu'à la source claire Que Juillet tarira demain , Jusqu'à la mousse du chemin , Tout se montre plein de colère.
On ne voit plus sur les coteaux , Au milieu des vignes fleuries.
Se dérouler les draperies Lumineuses de vos manteaux î
L'ennui profond, l'ennui sans bornes.
Vous guide, ô mes frères errants !
Et les cieux les plus transparents Semblent survous devenir mornes.
Quelquefois, par les tendres soirs , Lorsque la nuit paisible tombe , Vous voyez sortir de la tombe Les spectres vains de vos espoirs.
Et la Bohême poétique , Par qui nous nous émerveillons , Avec ses radieux haillons Surgit, vivante et fantastique.
Et, dans un rapide galop.
Vous voyez tournoyer la ronde Du peuple noblement immonde Que nous légua le grand Callot.
Ainsi , dans ma noire tristesse, Je revois, joyeux et charmants , Passer tous les enivrements De qui mon âme fut l'hôtesse :
Les poëmes inachevés.
Les chansons aux rimes hautaines , Les haltes aux bords des fontaines , Les chants et les bonheurs rêvés.
Tout prend une voix et m'invite A recommencer le chemin , Tout me paraît tendre la main...
Mais la vision passe vite.
Et , par les temps mauvais ou bons , Je reprends, sans nulle pensée.
Ma route , la tête baissée , Pareil à mes chers vagabonds !