‹ Les Vignes follesChapitre 25 sur 28 · A CAMILLE DOUCET · texte numérisé non relu

A CAMILLE DOUCET

Vous dont les rêves sont les miens, Vers quelle terre plus clémente , Par la pluie et par la tourmente , Marchez-vous, doux Bohémiens?

Hélas ! dans vos froides prunelles Où donc le rayon de soleil?

Qui vous chantera le réveil Des espérances éternelles?

Le pas grave , le front courbé , A travers la grande nature Allez , ô rois de l'aventure , Votre diadème est tombé !

Pour vous , jusqu'à la source claire Que Juillet tarira demain , Jusqu'à la mousse du chemin , Tout se montre plein de colère.

On ne voit plus sur les coteaux , Au milieu des vignes fleuries.

Se dérouler les draperies Lumineuses de vos manteaux î

L'ennui profond, l'ennui sans bornes.

Vous guide, ô mes frères errants !

Et les cieux les plus transparents Semblent survous devenir mornes.

Quelquefois, par les tendres soirs , Lorsque la nuit paisible tombe , Vous voyez sortir de la tombe Les spectres vains de vos espoirs.

Et la Bohême poétique , Par qui nous nous émerveillons , Avec ses radieux haillons Surgit, vivante et fantastique.

Et, dans un rapide galop.

Vous voyez tournoyer la ronde Du peuple noblement immonde Que nous légua le grand Callot.

Ainsi , dans ma noire tristesse, Je revois, joyeux et charmants , Passer tous les enivrements De qui mon âme fut l'hôtesse :

Les poëmes inachevés.

Les chansons aux rimes hautaines , Les haltes aux bords des fontaines , Les chants et les bonheurs rêvés.

Tout prend une voix et m'invite A recommencer le chemin , Tout me paraît tendre la main...

Mais la vision passe vite.

Et , par les temps mauvais ou bons , Je reprends, sans nulle pensée.

Ma route , la tête baissée , Pareil à mes chers vagabonds !

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