NUIT D'ÉTÉ
A PHILOXÈNE BOVER
Nuit d'été ! Nuit d'été ! — La forêt des Ardennes
Va resplendir de feux; des visions soudaines
Ont éclairé les pas de la Rosalinda ,
Le cygne avec amour s'approche de Léda ,
Et là-bas voyez-vous ces formes incertaines
Qui s'éloignent sans bruit des murs sacrés d'Athènes ?
Holà! Démétrius ! — Lysandre ! — Me voici !
Tilaiiia la blonde et Farfadet aussi.
C'est la nuit des amours qui s'égarent en route ;
Bottom, ivre de joie et de bonheur , écoute
La reine qui lui dit : — Mon beau fils ! cher mignon î
— Obéron rit tout bas. — Au lieu d'un champignon ,-
C'est un sonnet galant qui vient au pied du hêtre.
Tous ces gens sont heureux. — A l'aurore peut-être
Tout s'évanouira : Bottom désenchanté
Verra sa tête d'âne , et le père irrité
Mènera nos amants devant le duc Thésée.
Mais qu'importe ? la fleur frémit dans la rosée ,
Et la nuit sera longue et bonne pour l'amour.
Donc, aimez à plein cœur, il n'est pas encor jour !
Nuit d'été! Nuit d'été ! — La chaleur endormie Nous guette sourdement ainsi qu'une ennemie Qui se masque, et de loin nous décoche ses traits; Le soleil a brûlé la cime des forêts : Nuit d'été ! nuit d'été! tu pèses sur mon âme Comme sur l'estomac un cauchemar infâme !
Cybèle a secoué ses blonds cheveux d'épis ,
Et tous les vers luisants , dans la mousse tapis ,
Promènent lentement leurs robes de lumière ;
La flûte a soupiré , hi robuste fermière
Danse avec ses garçons, hâlés par l'air des champs !
~ 33 — Nuit d'été ! Nuit d'été ! — Des souffles desséchants Ont jauni les roseaux dans la source limpide Où venait s'abreuver le cerf au pied rapide; Sur l'haleine du soir passe un vol de démons, Et l'haleine du soir embrase mes poumons !
Nuit d'été ! Nuit d'été ! — La cuve sera pleine , Et nous pourrons rougir la face de Silène ! ^gypans et Sylvains, chantez le dieu Liber, Le dieu fort, le dieu jeune à qui le cep est cher , Le noble Lyœus , que la femme jalouse !
La pâquerette était morte dans la pelouse.
Elle attendait en vain la fraîcheur de la nuit.
Le temps est lourd et chaud , et la fraîcheur s'enfuit !
Nuit d'été ! Nuit d'été ! — De lumineux sillages Illuminent le dôme assombri des feuillages ; Un immense soupir s'élève des gazons Et monte en saluant les vastes horizons : Plainte d'amour, chanson joyeuse d'une fée, Par tous les rossignols du bois presque étouffée
Nuit d'été ! Nuit d'été! — Le silence absolu. Et la terre fumante : encor s'il avait plu !
__ 34 — Amour, écho du cœur! baisers, écho des lèvres ! La vierge , interrogeant le secret de ses fièvres , Lève ses grands regards par Textase éblouis Vers les astres sans nombre au ciel épanouis; Sa chevelure blonde a des reflets d'étoiles ; Doux avenir, sa main va déchirer tes voiles ! Un jeune homme Ta vue , un cavalier hautain , Et sur ses traits la rose a caché le satin : Nappes d'azur, et toi blanche lune au front pâle, Escarboucles , rubis des cieux , neigeuse opale , Quel est ce beau jeune homme ? Est-ce l'époux rêvé ? Parlez-en à son cœur parmi vous soulevé.
Dans cet air dévorant, pour rafraîchir mon àme ,
Si je voyais couler une larme de femme !
Non , je suis seul ; la nuit m'écrase comme un plomb !
A monter sur son char que le soleil est long !
Il vous soulage seul , angoisses infinies ,
Lui seul vient terminer mes noires insomnies ;
Sur ses rayons sanglants je veux voir emporté
Jusqu'à ton souvenir, nuit d'été, nuit d'été !