‹ Les vignettes emblématiques sous la révolutionChapitre 4 sur 42 · LES DEVISES — LES PREMIERS EMBLEMES · texte numérisé non relu

LES DEVISES — LES PREMIERS EMBLEMES

Sous l'ancien réfjime, les papiers qui servaient à la correspondance administrative n'étaient ornés d'aucun en-tête. Seuls portaient un frontispice imprimé ou gravé, certains documents comme les ordonnances royales, les brevets militaires d'engagement et de congé, les papiers-monnaie. L'Assemblée nationale de 1 78g revêtit les documents qui émanaient d'elle d'une marque distinctive dont l'emploi se généralisa rapidement. Les insignes de la monarchie y étaient représentés avec une devise (pl. n" i) dont les termes seuls indiquaient les graves événements qui venaient de se produire en France : La Loi, Le Roi. A ces mots s'en ajouta bientôt un autre : La Nation (pl. n" 2). En même temps les ornements qui entouraient l'inscription se modifiaient. Un décret du 1 9 juin 1790 avait en effet proscrit les insignes de la féodalité. Les armes royales

étaient seules autorisées (pi. n" 3) et elles accompagnèrent, pendant quelque

temps, les devises si variées imaginées au début de la Révolution pour exprimer les grands sentiments qui animaient alors, dans un même élan, toutes les classes de la société. Les devises forment à ce moment le véritable en-tête des papiers de correspondance.

Les premières n'étaient inspirées que par des idées de générosité et d'humanité (pi. n° 4)> mais les mots : La liberté ou la mort allaient bientôt remplacer ceux de Vivre libre ou mourir que nous voyons figurer quelque temps, au début de la Révolution, en tête des actes du Club des Jacobins (pi. n" 5). Se conformant aux mouvements de l'opinion et presque aux discussions quotidiennes de la Convention, la devise était tantôt patriotique, tantôt simplement révolutionnaire. On lisait sur certaines :

Nous jurons de vaincre. — La victoire ou la mort. — Mourir pour son pays c'est vivre pour la gloire. — Qui sert bien sa patrie n'a point besoin d'ayeux.

Pl. no 4.

Société des Amis de la Conslitulion

de Sèvres.

Pl. n» 5. — Société des Jacobins avant te 22 septembre ijg2.

Sur d'autres :

Guerre aux châteaux, paix aux chaumières. — Guerre aux tyrans. — Guerre à mort

LES DÉBUTS DE LA VIGxNËTTE

aux tyrans. — Mort aux intrigants et aux inutiles. — Guerre à tous les vices ('). — Soyez dignes d'être des républicains. — Guerre aux accapareurs, aux modérés, aux traîtres (^). — Guerre aux tyrans et aux traîtres ('). — Vive la Montagne (+).

Le représentant du peuple Boursault inscrivait en tête de son papier : Justice à tous. Paix aux bons. Guerre aux méchants.

« II importe à la République que les méchants soient connus » (Cicéron), proclamait la Section de l'Arsenal Q.

Une phrase d'un des discours de Saint-Just fut adoptée par un grand

Pl. n» 6. — Extraits des procès-verbaux de la Convention nationale (lyga).

Pl. no 7. — Extraits des procès-verbaux de ta Convention nationale {ijgS).

nombre de représentants du peuple : « La probité et la justice sont à l'ordre du jourC). »

Après le 9 Thermidor, on grava sur les papiers : Guerre aux partisans de la Terreur. Ce fut le moment où partout on se hâta de faire disparaître, de

(i) Ces deux dernières devises sont celles du général d'Utruy.

(2) Adjudant général Colinet.

(3) Devise employée notamment par le constitutionnel Périès.

(4) Hazard, chef de l'état-major de l'armée des côtes de Brest, an II.

(5) Les tètes de lettres des 4^ sections de Paris ont figuré à l'Exposition de igoo, pavillon de la ville de Paris.

(6) C'est une des devises d'Euloge Schneider.

gratter, d'effacer ces mots ou la mort que tout le monde avait dû un instant adopter et inscrire à la suite de la devise officielle : Liberté, Egalité, Fraternité. Les devises personnelles disparurent alors peu à peu, et ceux qui en employèrent ne se servirent que de pensées très générales :

In legibus salas. — Force à la loi, obéissance aux lois. — Le Peuple seul est souverain.

expressions que nous trouvons usitées jusqu'à l'Empire.

Les insignes de la royauté qui avaient accompagné les premières devises, et qui avaient figuré sur les marques de l'Assemblée, furent, proscrits après la proclamation de la République. Tandis qu'on les effaçait sur tous les documents où ils avaient été placés à côté des emblèmes naissants de l'ère nouvelle, l'en-tête de la Convention paraissait, sans aucun attribut, avec cette seule inscription : République française (pi. n" 6).

On allait bientôt y voir figurer les emblèmes qui étaient appelés à remplacer ceux de l'ancien régime (pi. n° 7).

L'allégorie s'était en effet peu à peu associée à la devise et avait donné naissance à de nouveaux emblèmes, que des textes de lois étaient venus reconnaître officiellement.

Dès 1 791, le jury du concours qui avait été chargé de fixer le nouveau type monétaire avait décidé qu'au modèle choisi, le Génie de la France écrivant sur un autel, dessiné par Augustin Dupré, on ajouterait un coq, symbole de la vigilance; un faisceau, emblème de l'union et de la force armée.

Le 21 novembre 1792, la Convention, en remplaçant les billets de banque de l'ancien gouvernement par un nouveau papier-monnaie, décida que les assignats porteraient à l'avenir :

« Une gravure représentant un aigle, les ailes déployées, les serres sur la foudre, supportant un faisceau d'armes surmonté d'un bonnet de la Liberté et entouré d'un serpent en cercle, symbole de l'éternité, rayonnant de lumière ; le faisceau étant orné de branches de chêne, de laurier et d'olivier, pour caractériser la force, la victoire et la paix ('). »

(i) Ce texte est publié avec la reproduction de la gravure de Gatteaux dans la réimpression faite à Lyon, en i846, par M. P. M. Gonon, d'une brochure révolutionnaire intitulée : f^es Ciloyennes de Ville-Affranchie aux représentants cla peaple, le Jour île l'inauguration du Temple de la Raison (décadi frimaire an II).

LES DEBUTS DE LA VIGNETTE

Dessinée et gravée par Galteaux et Tardieu('), la vignette des assignats devint rapidement populaire; un grand nombre de départements l'adoptèrent (pi. n" 8).

Parmi les nouveaux emblèmes, le plus employé fut d'abord celui de la Liberté, le bonnet, si attrayant dans la belle vigneKe de la Société des Amis de la Constitution républicaine de Sceaux (pi. n° 9), il prend un farouche

mior>^

Pl. no 8.

aspect sur la tête du sans-culotte qui, dans l'en-tête de la Société des Hommes révolutionnaires du 10 août, foule aux pieds la couronne royale (pi. n° 10).

(i) Gatteavx (Nicolas-Marie), né en lySi, mort le 24 juin i832. En même temps qu'il exécutait les médailles qui ont fait sa réputation, Gatteaux fut chargé, par les différents régimes qui se succédèrent en France, de faire les sceaux de l'État, ceux des assemblées et des ministères, les assignats, les timbres des papiers de l'enregistrement, les billets de loterie, etc. Il reçut le titre de graveur du ministère des affaires étrangères, dont il fit les sceaux, les cachets et les passeports des ambassades, légations et consulats, et même les étiquettes des cartons des archives. Voir, au Cabinet des Estampes, l'œuvre de Gatteaux et la collection des timbres gravés par lui pour les administrations. Voir aussi : Miel, /Vo//ce «ur P. -M. Gatteaux, graveur en médailles. Paris, i832.

Tardieu (Pierre-Alexandre), né en lyôO, mort en i844. fut le collaborateur habituel de Gatteaux. Il devint graveur du ministère de la marine. (FVenouvier, Histoire de l'Art pendant la Révolution, p. 287-289.)

Surmontant toujours la pique, emblème de l'homme libre, il est d'abord

Pl. n" 9. — Société des Amis de la Constiiulion républicaine de Sceaux.

représenté tantôt seul, tantôt uni au faisceau, à la couronne de laurier et de chêne (pl. n"' 1 1 à i4).

Pl. n» 10.

Puis à ces premiers emblèmes on en ajoute d'autres, et l'on voit la Force, l'Egalité, la Justice, représentées par l'épée, le niveau, la balance; l'Unité, l'Indivisibilité et la Fraternité, par des mains se serrant ; la Surveillance, par l'œil

LES DEBUTS DE LA VIGNETTE

rayonnant ('); l'Elernilé de la République, par le serpent en cercle (pi. n"' i5, 1 6 et 1 7).

Pl. n« 1 1 . — Société des JacMns après le as septembre i^ga.

Pl. n» 12.

Pl. n» i3. — Ecole de Mars.

Pl. n» 14. — De Lagau, consul général à Hambourg.

(Arch. Aff. élrang.t

La plupart des en-têtes ainsi composés pouvaient être employés indifféremment par n'importe quelle administration, aussi l'usage s'introduisit-il de mêler aux emblèmes destinés à traduire d'une manière abstraite les principes qui n'avaient d'abord été exprimés que par des devises, d'autres signes indiquant l'autorité dont le papier de correspondance émanait.

C'est ainsi que nous voyons figurer sur l'en-lête de la Commission des rela-

(i) L'œil était l'emblème qu'avait, dès sa fondation, adopté le Club des Cordeliers. M. G. Cottreau possède dans sa collection une vignette gravée sur bois, représentant un œil, sur la paupière duquel est inscrit le mot : Surveillance. En guise de sourcil, il porte la légende : // se fronce devant la tyrannie. Cette vignette fut employée par P.-A. Lozeau, député de la Charente-Inférieure à la Convention, pendant sa mission dans le Calvados (an III). Sur une médaille conservée à la Monnaie se trouve cette devise : Liberté, ton soleil, c'est l'œil de la Montagne.

I'l. n" iô. — Barihéleinij, minisire

plénipotenliaire à Berne,

(Arch. Aff. étrang.)

EPJ^

Pi., no iO. — Représentants du peuple près les armées; Alquier, PJlieger, etc., etc.

Consulat de Rotterdam. {Arcli. Aff. étranij.)

lions extérieures les attributs ordinaires du commerce, et sur celui de l'administration de la grosse artillerie (') [pl. n" 18], un mortier, un canon, des boulets.

L'en-tête devenait ainsi personnel ; la régie générale des poudres et salpêtres, par exemple, au moment où elle faisait au concours de tous les citoyens le plus pressant appel, imprim.ait sur son papier, au-dessus de ces mots : Français, tout le salpêtre, vélocité! le bonnet supporté par la foudre et orné de deux ailes (pl. n»i9).

L'image de la Liberté vint varier et animer ces vignettes abstraites. Le modèle en était donné par les sceaux de l'Etat où elle avait été représentée « afin que nos emblèmes, circulant par le globe, présentassent à tous les peuples les images chéries de la Liberté et de la Fierté républicaines ('') ».

Pl. n» 18

(i) Cet en-lête, gravé sur bois, qui servit aussi à la Commission des Armes et Poudres, fut employé par un grand nombre d'officiers; nous l'avons trouvé notamment sur les lettres écrites en l'an III et en l'an IV par les généraux Reneauld (armée de la Moselle), Boyé (armée de Sambre-et-Meuse), etc.

(2) Rapport de Grégoire sur les sceaux de la République. (Voir Renouvier, p. 4o' et suiv.)

LES DEBUTS DE LA VIGNETTE

Celle figure de la Liberté, debout, s'appuyant sur le faisceau et tenant de

LIBERTÉ

Pl. no 19. — Régie générale des poudres el salpêtres de la République an II.

la main gauche la pique surmontée du bonnet, avait été dessinée par Gatteaux. On en fit d'innombrables imitations ; dans beaucoup d'en-t(^tes, elle fut emp'oyée

Pl. no 21.

Pl. n" 22.

seule (pl. n°* 20, 21, 22); dans un plus grand nombre, ce fut autour d'elle que l'on groupa tous les attributs qui avaient jusqu'alors sei'vi à composer les vignettes.

Les différents en-têtes que la Convention fit faire pour la plupart de ses comités nous montreront quelle variété on sut apporter dans l'arrangement de ces attributs.

C0.MITÉ DE SALLT PUBLIC ('), — 1° Médaillon ovale, gravé sur bois : au centre, le fais-

(i) Plusieurs des comités de la Convention n'eurent pas de vignette, mais seulement un en-tête imprime; ainsi la Commission centrale, celle des dépêches, les comités de l'examen des marchés, de corre..-

lO

ceau surmonté du bonnet dominé par l'œil; sur le faisceau, en quatre banderoles, l'inscription : Liberté, Égalité, Fraternité ou la mort. A çjauche, la foudre croisée avec une massue ; à droite, le glaive et les balances. Derrière le faisceau, un canon sur son affût, une pile de boulets et une ancre marine.

2° Médaillon ovale, gravé sur bois : couronne entourant le faisceau surmonté du bonnet. Au milieu, l'œil rayonnant. La même vignette servait aux procès-verbaux de la Convention. Elle est reproduite sous le n° 7.

3° Médaillon ovale, gravé sur bois : au centre, la Liberté s'appuie d'une main sur le faisceau, de l'autre elle tient la pique; à gauche, massue et foudre; adroite, glaive et balance; au fond, à gauche un vaisseau, à droite des canons. Au bas, la légende : Activité, Pureté, Surveillance (pi. n° 28).

Comité de sureté générale. — Les premiers documents émanés de ce comité ne portèrent pas de vignette. Ils reçurent ensuite un médaillon ovale, gravé sur bois, représentant la Liberté assise tenant dans la main gauche un flambeau surmonté d'un œil ; dans la droite, une longue pique. Légende : Comité de sûreté générale.

Après le 9 thermidor, cette vignette fut modifiée : Liberté tenant dans la main droite une clé; dans la gauche une pique. A côté d'elle, à gauche, un flambeau surmonté d'un œil. Légende : Guerre aux partisans de la Terreur, Guerre aux partisans des émigrés et de la royauté.

Comité des décrets et des procès-verbaux. — Médaillon ovale, gravé sur bois : la Liberté debout, le bras droit appuyé, sur le faisceau, tient un rouleau sur lequel on Ut : Lois; le bras gauche tient la pique surmontée du bonnet. Légende : Comité des décrets.

Cette vignette a servi aussi au Comité de législation et a été employée par plusieurs représentants, notamment par Dufay, sous le Directoire.

Comité des assignats et des monnaies.

blique.

Dans un médaillon, le sceau de la Répu-

pondance, des pétitions, des secours publics, de division, de liquidation et examen des comptes, d'aliénation de domaines. Ceux dont nous décrivons la vignette ici avaient également une vignette commune : la couronne de chêne, au milieu de laquelle passe le faisceau surmonté du bonnet.

La plupart de ces vignettes sont dues aux graveurs sur bois Dugourc et Duplat, sur l'œuvre desquels on trouvera des renseignements plus loin. Elles furent employées avec quelques modifications par de nombreuses administrations. En l'an X, le général de brigade Pinon se servait encore de l'une d'elles, celle du Comité de la guerre, dont il avait remplacé les inscriptions par les mots : .1 ma Patrie, dévouement.

La vignette n° 3 du Comité de salut public porte la signature d'Ambacher. Le nom de cet artiste se retrouve au début de la Révolution sur un grand nombre d'en-tètcs gravés sur bois. L'un d'eux, signé : Ambaciier, 1789, est reproduit dans l'ouvrage de M. Monceaux sur le département de l'Yonne pendant la Révolution, p. 245.

LES DEBUTS DE LA VIGNETTE n

ComTÉ DE LA GLEiuiE. — Médaillon rond, gravé sur bois : Liberté assise ; dans la niaindroite, une Victoire ailée; le bras gauche, tenant la pique surmontée du bonnet, est appuyé sur un cartouche dans lequel on lit : Code militaire. A ses pieds, un trophée ; dans le fond, le faisceau.

En exergue : République française. Liberté, Unité, Égalité. Au bas : Comité de la Guerre, et au-dessous un canon (pi. n° 24).

Comité des finances. — Médaillon ovale, gravé sur bois : la Liberté, coiffée du bonnet, est assise sur un coffre-fort dont on voit les ferrures et la serrure ; elle tient dans la main droite un globe; dans la gauche, une longue baguette. Un dragon est enchaîné au Trésor. Légende : Comité des finances.

CosuTÉ DE LÉGISLATION. — Médaillon ovale, gravé sur bois : la Liberté assise, le bras droit appuyé sur le faisceau, retient de la main droite les tables de la loi posées sur ses genoux. L'œil rayonnant au-dessus. Légende : Comité de Législation.

Comité des inspecteurs de la salle. — Médaillon ovale, gravé sur bois : Deux femmes se donnant la main; celle de gauche tient une bannière dont la hampe est surmontée d'une pique laurée ; celle de droite tient le niveau. Légende : Comité des inspecteurs du Palais national, et au-dessous le faisceau couché.

Les membres de ce Comité avaient une carte d'identité ronde, gravée par Morret et représehtant une Liberté debout.

Comité d'instruction publique. — Médaillon ovale, gravé sur bois : la Liberté, assise, lit un livre posé sur ses genoux. Devant elle, le faisceau surmonté du bonnet. Légende : Instruction nationale.

Comité de la marine et des colonies. — Médaillon ovale, gravé sur bois : un vaisseau, vu de la poupe ; une voile, enflée par le vent, d'un côté ; de l'autre, un immense drapeau ; un grand trident s'élève à côté du mât. Sur le champ, à droite et à gauche, une ancre ; le tout dominé par l'œil.

Commission des colonies. — Médaillon ovale, gravé sur bois : un vaisseau de guerre, les voiles gonflées par le vent.

t'i.. N" ai.

■/ô^ I C . jffL/Tviju^^ -t^n. Ja^iM^^^yL^^éiOua/te^tJ^^^

Pi. N<^ 2C. — Vignette employée par des Représentants du peuple.

I'l. no 2O.

(Cab. des Estampes.)

Les en-lèles que la Convention avait fait faire pour ses comités ne pouvaient lui suffire; il lui fallut pour les institutions qu'elle créa en si grand nombre des en-têtes qui pussent donner à ceux qui les verraient, en même temps que l'idée de l'utilité des institutions nouvelles, celle de la grandeur et de la stabilité du Gouvernement. Pour les commissions qui remplacèrent les minis-

lères, pour les institutions de tout genre qui se constituèrent en France, que

pouvait signifier la première allégorie adoptée sous l'Assemblée nationale (pi. n° 27)?

Son dessin rappelait trop l'ancien régime. On eut beau le modifier, supprimer le sceptre et la couronne qui accompagnaient le faisceau, ajouter à la pyramide, symbole de la force, le bonnet, symbole de la liberté, gratter certaines inscriptions, en graver d'autres, la vignette, au fond.

restait la même('). La Convention demandait autre chose.

Les artistes étaient prêts à répondre à son appel. Ils avaient trop longtemps, au cours du xvui* siècle, cultivé l'allégorie pour ne pas chercher à l'employer pour traduire les nouveaux sentiments que la Révolution avait fait naître. Les uns par conviction — la plupart des anciens membres de l'Académie étaient en effet devenus les plus fervents adhérents de la Société républicaine des arts — d'autres par reconnaissance pour les encouragements que la Convention ne cessait de prodiguer aux arts, d'autres encore par nécessité ou par désir de faire oublier les travaux exécutés pour la monarchie déchue, tous accoururent. Peintres, sculpteurs, graveurs de médailles, graveurs d'estampes, s'adonnèrent aux inspirations nouvelles, recherchèrent les commandes de la Convention, et se mirent à illustrer les papiers de correspondance des administrations.

Quelques-uns ne se dégagèrent pas sans difficultés de leurs anciennes traditions. Certaines de leurs vignettes auraient pu servir avant la Révolution;

(1) Il existe plusieurs états de cette vignette qui, après avoir servi sous Louis XVI pour les décrets de l'Assemblée nationale, fut employée sous la Convention par le Conseil exécutif provisoire. On la trouve également sur des brevets d'officiers, sur des correspondances de départements et d'armées. Brune l'employait encore à l'armée de l'Ouest en l'an VIII. Quelques-unes de ces épreuves sont signées : Moisy sep.

par exemple celle que grava Moreau le Jeune pour le Lycée des Arts (pi. n° 28), ou celle qui fut composée pour le Conservatoire des Arts et Métiers (pi. n" 29). Ces allégories, pour ainsi dire classiques, semblent extraites de l'ouvrage de Gravelot et Cochin dont la publication, faite en 1791 sous le titre : Iconoloffie par figures ou traité complet des allégories, emblèmes, etc., ouvrage utile auœ artistes, auœ amateurs et pouvant servir à l'éducation des jeunes personnes, donnait comme un manuel de cet art au moment même où il allait se transformer.

Malgré son inscription « Le Peuple français est l'ami et l'allié de tous les

Pl. n° 28. — • Lycée des Arts.

peuples libres de l'Univers », la pour la Section des Droits de deux femmes ailées planant aude l'ancien régime. Elle petits amours « Unis dessinés par Durig (') Amis de la Conslitu (pl. n" 3o), servir de du r^gne de TiUiard (^), sujets mytho Boucher, des

vignette gravée par Hennequin (') l'Homme, de Lyon, est, avec ses dessus du globe, une composition

aurait pu , comme

les

pour la Constitution »

pour la Société des

Valenciennes

tion de fleuron à

Pl. n» 29. — Conservatoire des Arts et Métiers. (Coll. F: .Vasson.)

un ouvrage Louis XVI.

graveur des logiques de vignettes de

(1) Sur Philippe-Auguste Hennequn, né à [Lyon en 1768, mort à Toumay en i833, voir Renouvkr, p. 85-87.

(2) Durig (Jean-Joseph), né à Strasbourg en 1700, mort à Lille en 181O. Plusieurs de ses petites estampes sont citées par M. Léon Maillard, Les Menus et programmes illustrés, p. 46.

(3) Jean-Daptiste Tilliard, né en l'jliO.

Gochin et de Fragonard, devenu sous la Révolution l'auteur d'une estampe célèbre : Vive la République .' Nous la maintiendrons cette belle Constitua

tion, nous la défendrons jusqu'à la dernière goutte de notre sang, ne trouvait pour servir d'en-tête à la Commission du commerce et des approvisionnements qu'une allégorie banale (pi. n" 3i) où ne paraissaient comme emblèmes de l'époque que le coq et le bonnet de la Liberté (').

Mais d'autres artistes surent mettre l'allégorie en rapport avec les idées de la Révolution ; ils créèrent toute une iconologie nouvelle, où l'on vit, à côté des attributs essentiels comme le bonnet, le faisceau, le niveau, l'œil et le coq, prendre place les tables de la Constitution, l'arbre de la Liberté, l'hydre aux cent têtes, symbole de la tyrannie, les chaînes brisées, la couronne renversée, et toutes les images qui pouvaient personnifier les idées politiques de l'époque. Une des premières productions de ce genre fut l'en-tête composé en l'an II par Moilte et PauquetQ [[)1. n" 26].

Garneray et Quéverdo furent pour ainsi dire les créateurs de cette nouvelle école de la vignette. Jean-François Garneray, né à Paris en 1765, ne se contentait pas d'être peintre, dessinateur et graveur ; il s'occupait aussi de politique et le Moniteur enregistra un jour les propositions qu'il adressa à la Convention au sujet d'un nouveau mode pour faire rentrer les impôts Q. Ses vignettes sont la traduction exacte des idées et du langage de l'époque, aussi ne doit-on

Pl. no 3o.

Société des Amis de la Constitution de Valenciennes.

(i) Supprimée le i5 fructidor an III (i" septembre 1795), la Commission du commerce et des approvisionnements fut rattachée à la Commission du mouvement des armées.

(2) Cet en-tèle, que nous avons retrouvé au Cabinet des Estampes, porte la signature : « Dessiné par Moitte, an II de la République, gravé par Pauquet. » Nous ne savons pour quelle administration ces deux artistes l'exécutèrent. Sur Jean-Guillaume Moitte, né en 1745, mort en 181 0, et sur Jean-Louis-Charles Pauquet, né à Paris en 1759, voir Renouvier, p. 45-48 et p. 338, 339.

(3) Moniteur, XI, p. 3q5. Sur Garneray, voir Renouvier, p. 210.

pas être surpris de les retrouver de l'an II à l'an IV sur les principaux papiers officiels (pi. n° 36). Quéverdo (') fut toujours chargé de les graver. Après avoir illustré la Beni'iade de Voltaire, les Fastes d'Ovide, les Baisers et bien d'autres ouvrages, après avoir peint plusieurs compositions légères qui ne le cédaient

LIBERTE

Page 1