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CHAPITRE VII

La génération actuelle, même celle qui se pique de connaître rhistoire de la période romantique, ne semble pas avoir conservé un vif souvenir d'Hippolyte Monpou. Le compositeur appartient à cette classe qui n'a pas encore bénéficié de la conversion du démodé en archaïque, et qui, avant d'entrer dans les ^Champs- Elysées de l'art, flotte dans des pénombres mystérieuses ou doit rentrer dans la nuit éternelle de l'inconnu pour n'en plus sortir.

Pourtant Monpou fut un des sectaires le plus en vue du romantisme. Son nom se rattache étroitement à ceux de Victor Hugo, d'Alfred de Musset, de Gérard de Nerval. Monpou fut le musicien des romantiques de même que Célestin Nanteuil en était le graveur.

En tant que compositeur, Hippolyte Monpou entrevit certains horizons nouveaux et, s'il n'a pas laissé d'œuvre éclatante, il improvisa une page amoureuse et vibrante que peut-être le public écoutera un jour, étonné de la passion qui s'en échappe.

D'abord, et sans prétendre donner une chronologie bien rigoureuse, ce sont, dans un intervalle de i832 à i835, les poésies de Victor Hugo qui servent de trame aux mélodies du compositeur : le Beau Moine, les Deux Archers, la Chanson du fou de Crom^ jpellj le Fou de Tolède, etc.

Monpou semble avoir été le musicien des salons de la place Royale, comme Louis Boulanger en fut le peintre. Là sans doute Monpou fit connaissance avec tout un monde de poètes, de con-

teurs, d'auteurs dramatiques qui ne demandaient qq'à s'associer à sa gloire.

A la même date il faut placer les mélodies pour un jeune et brillant dandy, Roger de Beauvoir, qu'une vie de plaisirs excessifs empêcha peut-être de donner tout ce qui était en lut. Monpou compose pour le poète la musique des romances le Noir, le Vœu sur mer, qui ne sont pas restées ; mais la cantatille la Tour

KIPPOLVTE HONPOU.

FiE-limiM d'un t>oi> dcuiné par Gigoux liera i835|.

de Nesle, ballade tirée du roman de l'Écolier de Cluny, fit sensation.

Deux mois avant la représentation du fameux drame de la Tour de Nesle, de Gaillardet, Roger de Beauvoir avait conté les aventures de Marguerite de Bourgogne qui faisait monter chez elle les beaux cavaliers et au matin les envoyait tenir compagnie aux goujons de la Seine'.

I. MoUFÈeolier deCtunr ou le Sophisme, par Roger de Beauvoir. Pari», Fournier, i832. In*.

6o LES VIGNETTES ROMANTIQUES

De ce sujet, qui préoccupait divers esprits, Monpou s'empara et, s'inspirant du texte de Roger de Beauvoir, il adapta une mélodie à la ballade suivante qu'une voix chantait, andante con stupore, dans une « pâle embarcation » de seigneurs et d'hommes d'armes passant devant la Tour de Nesle :

II est un sombre manoir Où se balance nuit et jour

La lance d*un archer noir.

Des créneaux que la Hammc est terne I Un vautour plane à la poterne.

Votre bâton blanc à la main, Vous qui passez par le chemin, Pèlerin, Que Dieu vous gouverne 1 Voici la tour Sans retour.

Cette composition musicale, de même que d'autres, avait sans doute paru assez hardie pour que Monpou s'en expliquât; aussi la romance du iVb/r, publiée par Meissonnier en i834, contient-elle une note-manifeste dans laquelle le musicien, en même temps qu'il se défend, fait sa déclaration de principes :

Des gens chagrins ne manqueront pas de dire que c'est pour faire niche aux règles que j'ai fini cette chanson sur le troisième temps de la mesure, et l'occasion étant belle pour m'appeler romantique, ils s'empresseront d'en profiter. J'attendrai pour en finir avec cette qualification que je repousse, car je ne la comprends pas, qu'une plus grave occasion se présente d'en parler un peu longuement ; jusque-là, je ne veux rien être, persuadé que les deux épithètes qui divisent encore quelques esprits dans les arts n'ont plus que peu de temps à avoir cours dans le public, et qu'il n'y a plus que des intérêts personnels qui les maintiennent pour en profiter. H. M. 1834.

Monpou, ainsi que quelques-uns de ses compagnons, était peut-être de bonne foi en repoussant le titre de romantique; il le

HIPPOLYTE MONPOU 6i

fut pourtant à outrance, et rien que la typographie bizarre des titres de ses ouvrages, les poésies qu'il mettait en musique, la collaboration permanente de Célestin Nanteuîl pour chacune des productions du compositeur, le choix des épigraphes, indiquent un Jeune-France fervent.

VIGNETTE DE TO pour l'Écolier de Cluay, de I

Frédéric Soulié écrit pour Monpou les Trois Manteaux, chanson des compagnons orfèvres du temps de la Fronde, et les RésurrecHonnistes, en tête duquel sont amassées toutes les herbes romantiques de la Saint-Jean : i° épigraphe d'Hamlet; 2° épigraphe du Bertram de Mathurin, qui a son prix : « Viens donc, je te chanterai des chansons que les esprits des cimetières m'ont apprises »; 3" titre dessiné à la plume par J. G. [Jules Goddé],

s'inspirant des deux épigraphes; 4® à l'autre page, en tête de la mélodie, troisième épigraphe tirée des Deux Cadavres, de Frédéric Soulié :

Ce chant semblait d'abord monotone et ennuyeux à écouter; mais, à mesure qu'on l'entendait, la modulation lente et régulière qui le composait prenait quelque chose de solennel et de triste; puis, peu à peu, cette phrase musicale qui revenait toujours, cette mélodie, pour ainsi dire inflexible, qui reparaissait sans cesse à Toreille comme un fantôme aux yeux, uniforme et implacable, finissait par saisir Tâme, Timportuner et la remplir enfin d'une terreur inexplicable, mais réelle.

Voilà bien TefFet musical que cherchait Monpou dans quelquesunes de ses compositions.

Tout un petit groupe de poètes de second ordre se tournait en même temps vers Monpou, Êdovard Thierry, qui devint plus tard plus correct sous le nom d'Edouard, Bernard Lopez, Alfred Vannault, et bien d'autres oubliés.

Il faut dire quelques mots de la Madonna col bambîno que mettait en musique Monpou pour ce dernier. Le chant est dédié par le compositeur à Célestin Nanteuil; une double épigraphe flanque un dessin à la plume de J. G., le modeste Jules Goddé qui ne croit devoir signer que d'initiales ses croquis dans la manière de Camille Rogier. La première épigraphe est empruntée au Mystère de la conception de Jehan Michel, poète du xv* siècle; la seconde est tirée de VÉpangile selon saint Luc.

Monpou fut entraîné par divers courants : sensuel et espagnol avec Alfred de Musset et Roger de Beauvoir, il se plie par moments au moyen âge de Victor Hugo, de Frédéric Soulié; à d'autres instants les vieux poètes naïfs le tentent; ou employant tout à coup la grave mélopée il s'associe à Edgar Quinet qui venait de prendre texte des paroles : « Tu seras l'homme qui ne

l4 du frontispice de j. g

our 11 UiHTi de Monpou (ren iS35).

meurt jamais », pour en faire le thème d'une conception bizarre*. A son imitation, Monpou met en musique — pour voix de basse naturellement — une scène en prose d'Ahasvérus le Juif errant. Il avait préludé dans le même sens en enveloppant dans le manteau d'une mélodie solennelle certaines strophes en prose des Paroles d'un croyant de l'abbé de Lamennais.

Je n'ai pas l'intention d'entrer dans le détail de cette conception lyrique; les indications données par le compositeur suffisent. Le mouvement de la ritournelle est marqué : « Andante triste, résigné, fatal » ; pour l'ensemble : « // faut chanter cela comme une lamentation de Jérémie », a écrit Monpou.

Quoique les hôtes des salons romantiques fussent habitués à bien des singularités, les Paroles d'un croyant en musique ne s'imposèrent pas dans un monde littéraire et artistique, plongé dans le moyen âge et ne s'inquiétant guère des modernes imprécations démocratiques de l'abbé de Lamennais.

Monpou, et c'est là ce qui indique une nature à part, inquiète et pleine de soubresauts, ne s'en tint pas à ces divers essais. Dès i835 la poésie populaire le tenta : une Chanson de nourrice ^ une Chanson des fileuses du pays de Caux,

Il était trois chasseurs,

lui semblèrent des thèmes propres à recouvrir de mélodies naïves. En cela il se trompait. La poésie populaire fait corps avec le chant populaire. Un poète qui touche à la conception, un musicien qui croit pouvoir régulariser la mélodie enlèvent les tons crus des ailes de ce papillon sauvage.

Ce que la critique pensait alors des débuts du compositeur

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