NOIX POUR LE DESSERT
Noix mayette {fig. 332) du Dauphiné.— Grosse, allongée, aplatie à la base, vers le pédoncule, s'effllant au sommet, assez grossièrement et assez pro-
Fig. 332. — Noix^mayette.
Fig. 333. — Noix parisienne,
fondement rustiquée; présentant de fortes protubérances à la base, vers la suture ; très-fertile.
Noix parisienne {fig. 383) du Dauphiné.— Grosse, allongée, de forme ur peu carrée, finement rustiquée.
. Noix franquette [fig. 335) du Dauphiné. — Grosse, très-allongée, terminée
en pointe ; assez nistiquée, avec des creax profonds près des sutures, qui sont très-minces.
rig. 334. — ?ioix à coque tendre. Fig. 335. — Noix franquette.
Noix à coque tendre^ d'amande^ de lande {fig. 334) de la Dordogne.— Trèsbonne aussi pour l'huile, mais souvent atteinte par les froids tardifs.
Noix mégange, petite ente {fig. 336) de la Dordogne.— Fruits petits, à coque très- tendre, bien remplie; également très-bonne pour la production de
Fis:. 337.— Noyer ^^ àpetitfiuil, '^^
Fig. 336.-NOIX mésange, noyer-noisette. Fig.338.Noyer tardif de la St-Jean.
Thuile; souvent atteinte par les derniers froids. La fragilité de la coque rend son transport lointain difficile.
Noyer tardif de ta Saint-Jean (fig, 338). — Les feuilles et les fleurs de cette variété ne commencent à se développer qu'à la Saint-Jean. Il échappe ainsi à l'action des gelées tardives, qui détruisent souvent la fructification dans les autres variétés. Noix arrondie; coque peu dure, bien pleine; arbre vigoureux, pas très- productif; beau bois. Cultivé surtout dans le
voisinage des grandes villes, où ses fruits, qui mûrissent mal, sont consommés à rétat de cerneaux à la fin de septembre.
Noyer à grappe, — Noix aussi grosses que celles du noyer commun et réunies on grappe au nombre de 12 à 28. Variété très-fertile et digne d'ôtre plus répandue qu'elle ne l'est.
Noyer àpetitfruit,noyer-noi$eite(/ig.ZZi), — Fruit très-petit, globuleux ; coque bien pleine; amande très-bonne; arbre trèS' fertile.
Noyer à Irès-gros frait, noix de jauge, noùv à bijoux (ftg, 339). — Noix deux ou trois fois plus grosse que celle du noyer commun; amande plus petite que la cavité de la noix. Recherchée seulement par les bijoutiers, qui en font de petits nécessaires. Végétation rapide, mais bois plus mou. On doit les manger fraîches seulement. Se reproduit de semis.
Noix de Barthère {fig. 3i0).— Cette va
Fig. 339.— Noyer à très-gros fruits, noix de jauge, noix à bijoux.
riété a été récemment obtenue par M. Barthère, pépiniériste à Toulouse.
Fig. 340.— Noix de Barthère.
Fig. 3'n.— Noix gibbeuse.
Noix gibbeuse {fig. 34i).— Variété intéressante pour l'ornement de la table, par suite delà monstruosité de ses fruits, mais de médiocre qualité.
nialtipliCAtloii. — On multiplie le noyer au moyen
des semis et de la greffe. Lorsque les noyers sont surtout destinés à la production du fruit, et c*est le cas le plus ordinaire, on greffe les meilleures variétés sur des sujets venus de semis. On obtient ainsi des arbres plus fertiles, et qui se mettent plus tôt à fruit. Si Ton n'avait en vue que la production du bois, il serait préférable de les élever francs de pied, car ils se développent alors plus vigoureusement et prennent de plus grandes dimensions. C'est le plus souvent en pépinière que Ton élève les jeunes noyers.
On choisit les noix des variétés les plus vigoureuses, puis on les stratifié jusqu'en mars (voir cette opération à la page 315). A cette époque, on ouvre dans la pépinière des sillons profonds et larges de 0™,30, et placés à 0°*,70 les uns des autres. On place au fond de chacun d'eux un double rang de tuiles à plat, qui, arrêtant l'allongement du pivot de la racine, le forcent à se ramifier et assurent la reprise de l'arbre lors de sa transplantation. On rempUt ensuite ces sillons, et Ton y plante les noix, la pointe en bas, à0°>50 les unes des autres, et à 0",06ou0™,09 de profondeur, selon que le sol est plus ou moins léger.
Ces jeunes plants reçoivent, pendant les trois premières années, les soins qu'on donne aux autres espèces dans la pépinière pour former la tige {voir la page 324). Mais on ne les soumet pas au recépage. Au bout de ce temps, et à la fin de l'hiver, on cerne le pied de chaque noyer en enfonçant verticalement le fer d'une bêche tout autour et à environ 0™,40 de la tige. Les racines latérales, ainsi tranchées, se ramifient beaucoup et donnent meilleur pied à l'arbre. On continue de former la tige jusqu'à l'âge de cinq ou six ans, époque oîi elle offre une circonférence de 0™,12 à C^jlô et une hauteur de 3 à 4 mètres ; on peut alors planter à demeure.
Parfois aussi on place les noix à 0",16 les unes des autres dans des rayons séparés par un mtervalle de 0«n,33
seulement, et au fond desquels on néglige de placer les tuiles dont nous venons de parler. Mais alors on est obligé de transplanter ces jeunes arbres au bout d'un an dans là pépinière, et de raccourcir le pivot à 0'^,24 environ, afin de le forcer à développer des racines latérales. Les jeunes plants ainsi traités sont moins bien constitués que les premiers. .
Plantation. — La plantation du noyer est pratiquée avec les soins prescrits pour les autres arbres à haute tige, page 358, et aux époques indiquées plus haut pour les arbres à fruits, à cidre. Si les noyers étaient plantés sur un terrain rocheux, on pourrait, pour facihter Touverture des trous et rendre ce terrain plus pénétrable aux racines, faire usage d'une cartouche de dynamite, comme nous Tavons expliqué plus haut, page 446, pour Tolivier. Ces arbres, plantés en bordures ou en avenue, sont placés à 15 mètres dans les terrains les plus médiocres et à 20 dans les bons fonds. Ces distances sont augmentées de 2 mètres si les arbres ne sont pas destinés à être greffés, parce que ceux-ci prennent un plus grand développement. On les place à 25 mètres dans les plantations en plein.
Un reproche que l'on fait au noyer, c'est Ja lenteur de sa croissance ; on ne saurait y remédier ; mais on peut en atténuer les fâcheux effets, en plantant, par exemple, 80 noyers au heu de 20, sur 400 mètres de longueur. A la quinzième année, on en arrachera la moitié, soit les numéros pairs, ce qui procurera un fagotage appréciable déjà. Dix ans après, on opérera de la même manière, et alors, outre le bois pour saboterie que l'on en aura retiré, ainsi que les menues branches, on aura, des sujets enlevés, obtenu de plus quelques récoltes de noix qui auront xme certaine valeur. Il ne restera plus alors sur les bordures que les pieds de noyers qui doivent y fournir leur carrière^ et que l'on aura eu s6in, lors de la plantation, de
choisir de manière à ce que les plus beaux soient placés aux points qu'ils doivent occuper définitivement.
Une fois la plantation terminée, les noyers ne réclament pas d'autres soins, sauf le greffage, que ceux prescrits pour toutes les jeunes plantations (page 380 et suiv.).
Greffage . — Les noyers sont le plus souvent gref»fés après leur plantation à demeure. C'est là un travail assez délicat et qui exige une grande habitude de la part du greffeur, car le noyer est un des arbres les plus rebelles à cette opération. Les greffes ([ui ont donné jusqu'à présent les meilleurs résultats sont celles en flûte et *en couronne; encore les meilleurs praticiens n'ont de succès que dans la proportion de 50 à 60 p. 0/0. Voici quelles sont les principales conditions à remplir :
Préparation des sujets. — Les noyers no sont soumis au greffage qu'après deux ans de plantation, alors qu'ils sont bien repris. Les greffes en flûte et en couronne ne pouvant être convenablement pratiquées que sur de jeunes rameaux développés pendant l'été précédent, il faut faire naître ces productions sur la tige à une hauteur suffisante au-dessus du sol. Pour cela, vers la fin de février, on coupe le sommet de la tige à enviroi\3 mètres du sol. On ne conserve que les ramifications placées à0™,40 au plus au-dessous de ce point, et on laisse à celles-ci une lor»gueur d'environ 0"",30. Ces diverses parties se couvrent bientôt de bourgeons vigoureux; aussitôt qu'ils ont atteint une longueur moyenne de 0*"25, on n'en conserve que 6 ou 8, en choisissant de préférence ceux qui rayonnent régulièrement autour de la tige et sans confusion. C'est au printemps suivant que ces jeunes rameaux sont soumis au greffage.
Choix des greffons, — Il est important de bien choisir les rameaux qui doivent fournir les greffons. Ces rameaux doivent être sains, vigoureux, bien coûtés, pris sur les arbres qu'on veut multiplier et offrir une grosseur à peu
près égale à celle des rameaux à greffer. On les coupe au moment où la végétation est assez avancée pour que . Fécorce se détache facilement du bois, mais avant que les boutons de la base aient commencé leur évolution. Dans tous les cas, ils ne doivent être détachés de leur piedmère qu'au moment du greffage.
Greffe en flûte {fig. 342). — Cette greffe est pratiquée au printemps, au moment où la circulation de la sève est assez active pour que Técorce se détache bien du bois. On devra choisir pour cela un temps doux et beau et éviter la pluie ou un soleil ardent ; le matin et Taprèsmidi sont le meilleur moment. Tous les rameaux vigoureux de Tarbre à greffer sont alors soumis à l'opération suivante. Conserver à chacun d'eux une longueur d'environ 0^20 ; partager l'écorce de chacun d'eux à l'extrémité, à l'aide de la lame du greffoir, en quatre lanières longues d'environ 0"06. Détacher ces lanières en les laissant pendantes, comme le montre notre figure.
Détacher sur le rameau qui doit fournir les greffons un cylindre d'écorce pourvu d'un ou deux boutons, de même longueur que les lanières d'écorce et de même diamètre que le rameau qui doit le recevoir. Prendre ces cylindres seulement sur le tiers inférieur des rameaux où on les détaché; au delà de ce point, les tissus sont mal aoûtés, puis les boutons sont attachés sur des saillies ligneuses qui s'opposent à l'enlèvement des cylindres par la torsion. Ces greffons sont détachés du rameau, d'abord en pratiquant à0"06 au-dessous du sommet de celui-ci une incision circulaire sur l'écorce, puis en pratiquant sur
Fig.
3'i2. — Greffe ea flûte.
cette partie quelques mouvements de torsion. Le cylindre ainsi préparé, le glisser sur le sommet dénudé de la branche à greffer en le faisant pénétrer à la base un peu au-dessous de Técorce non détachée. Si ce cylindre offre un diamètre un peu plus petit que le sujet, on le fend, et on conserve, sans la détacher, la partie de l'écorce du sujet nécessaire pour couvrir la portion de bois qui, sans cela, resterait découverte. Si au contraire le cylindre est un peu trop large, on lui enlève une lanière de façon à le réduire au diamètre du sujet.
Les choses étant ainsi disposées, redresser les lanières d'écorce du sujet, de manière à ne pas aveugler les boutons du greffon, puis les ligatures ; couvrir le sommet de mastic à greffer (page 329) ainsi que la base, pour soustraire les plaies aux eaux pluviales, et enfin envelopper le tout d'un cornet de papier blanc (page 333).
Greffe en couronne perfectionnée (page 340). — Cette autre greffe, que nous avons décrite plus haut, exige les mêmes soins que la précédente quant à la préparation des arbres à greffer et au choix des greffons. Mais ceux-ci auront dû être coupés un peu à l'avance et enterrés pour retarder leur végétation. Cette sorte de greffe, faite avec soin, réussit dans la même proportion que celle en flûte.
Si Ton veut greffer les jeunes noyers dans la pépinière, on procède comme nous venons de l'indiquer, lorsque les tiges ont au moins 0^0^ de diamètre, et on les plante à demeure après deux années de développement du greffon.
Non-seulement les jeunes noyers peuvent recevoir l'opération de la greffe, mais on peut l'appliquer aussi aux arbres âgés de 40 ans et plus. Pour cela, on coupe à la fin de février les branches principales à environ 2 mètres du tronc, et l'on recouvre les plaies avec du mastic à greffer. Pendant Tété, le sommet de ces branches développe de nombreux et vigoureux bourgeons. Ceux qui
sont les mieux placés reçoivent,dès le printemps suivant, Tune ou Tautre des deux greffes que nous venons de décrire. Les autres rameaux sont supprimés. Si Ton vou^ lait gagner du temps, on pourrait appliquer directement, sur les tronçons des grosses branches, la greffe en couronne Théophraste décrite à la page 339.
Soins à donner aux noyers après le greffage. — Pour assurer le succès des greffes dont nous venons de parler, il est rigoureusement nécessaire d'empêcher le développement trop vigoureux des nombreux bourgeons qui apparaîtront sur les arbres et absorberont la plus grande partie de la sève au détriment des greffons qui, dès lors, succomberont bientôt. Pour cela, il conviendra de couper l'extrémité herbacée de tous ces bourgeons aussitôt et à mesure qu'ils arriveront à une longueur d'environ 0°»,20. L'année suivante, tous les rameaux qui en résulteront seront supprimés, sauf ceux placés dans le voisinage des greffons qui n'ont pas réussi. Ces rameaux conservés serviront à recommencer l'opération dès le printemps. Les bourgeons des greffes réussies se développeront avec une grande vigueur, et beaucoup d'entre eux pourront être détachés par les vents violents. Pour prévenir cet accident, il sera utile, aussitôt après le greffage, d'appliquer le procédé décrit à la page 334.
Soins d'entretien et rajeunissement des noyers. — Le noyer est peu exigeant quant aux soins d'entretien. S'il s'agit de plantations bordant des terrains en culture, ses longues racines profitent des cultures données à ces terrains et des engrais qu'on y applique. Lorsque ces arbres formeront des plantations en plein, il sera bon de donner au sol quelques façons et d'y répandre quelque engrais. Les arbres payeront largement cette dépense par un développement plus rapide et un produit plus abondant.
Il sera également utile de leur appliquer, de temps en
temps, quelque élagages destinés à empêcher la confusion dans les branches, afin que la lumière puisse arriver jusqu'au centre de la tête. Enfin, on enlèvera avec soin les branches desséchées ou dépérissantes, et toutes les plaies un peu étendues seront soigneusement mastiquées. Lorsque les noyers sont âgés d'un siècle, ils se couronnent; Textrémité des branches se dessèche; si ron tient à la valeur des troncs* c'est le moment de les exploiter. Mais, si Ton attache plus d'importance au fruit, on rajeunit ces arbres. Pour cela on coupe les branches principales à i mètre du tronc environ, on mastique les plaies avec soin, et Ton voit bientôt se développer de nombreux bourgeons qui donnent lieu à une nouvelle tête.
Gomme tous nos arbres, le noyer est exposé à la carie. Dans ce cas, il faudra l'opérer comme nous l'avons indi- ^qué à la page 339. Si la carie coïncidait avec la décrépitude de l'arbre, on le soumettrait en outre au rajeunissement de la tête dont nous venons de parler.
Réeolte. — Ce n'est qu'à l'âge de vingt ans que le noyer commence à donner un produit passable, et à soixante qu'il atteint le maximum de ses récoltes, qui peut s'élever à deux hectolitres environ par arbre. L'hectolitre est vendu, en moyenne, 9 francs.
Les noix arrivent à maturité depuis le milieu de septembre jusqu'à la fin d'octobre, selon que les variétés sont plus ou moins précoces. Elles sont mûres lorsque le brou ou péricarpe qui les recouvre se crevasse et se détache facilement de la coque. Après les avoir détachées de l'arbre à l'aide de perches longues et flexibles, on les dépouille de leur brou, puis on les étend dans de vastes greniers bien sains et aérés, où on les remue deux fois par jour, afin de les faire sécher plus promptement. Cette dessiccation est complète au bout d'un mois environ. Si l'on- n'a qu^me faible récolte, on l'étend sur des draps ou
des claies au soleil; la dessiccation est alors plus prompte et plus facile.
Conservation. — Les noix que Ton veut conserver pour l'usage de la table doivent êlre réunies, après dessiccation, dans des caisses ou des tonneaux bien fermés et placés dans un endroit analogue à la fruiterie. (Voirie volume relatifaux arbres à fruits de table.) L'amande se conserve ainsi parfaitement blanche et sans rancir, d'une année à l'autre. Si, vers la fin de Thiver, on veut leur rendre leur premier état de fraîcheur, on les fait tremper pendant cinq ou six jours dans de l'eau pure.
Quant aux noix destinées à l'extraction de l'huile, on ne doit les livrer au pressobqne deux ou trois mois après leur récolte, attendu que l'amande fraîche ne contient (ju'une sorte de lait émulsif, et que l'huile continue à se former après la récolte.
C'est pendant les soirées d'hiver que les familles se réunissent dans les métairies pour monder les noix, c'est-à-dire pour briser la coque et en extraire l'amande. Ces amandes sont ensuite portées au moulin pour en extraire l'huile. Cette huile présente diverses qualités suivant le mode d'extraction employé. Il y a d'abord V huile vierge obtenue par la simple pression à froid des amandes ; elle est d'une grande finesse et d'une saveur très-délicate, égale même, d'après des gourmets, à celle d'olive. Mais comme elle ne saurait se conserver longtemps sans altération et sans rancir, on n'en extrait que fort peu. Vient ensuite V huile ordinaire comestible^ dite huile blanche, qui se fait avec les amarides concassées, chauffées une première fois et choisies parmi les meilleures ; et enfin Vhuile à brûler, appelée huile noire, que l'on fabrique en divisant et réchauffant le tourteau déjà soumis au pressoir, et qu'on y repasse une seconde fois après y avoir ajouté les noix de rebut, mises précédemment de côté.
■ Si les noix sont de bonne qualité et que le moulin soit bien outillé, 2 kilogrammes d*amandes doivent donner 1 kilogr. 200 d'huile. Ces huiles ont une valeur d'environ 1 franc le kilogramme.