‹ Les Vilains dans les œuvres des trouvèresChapitre 38 sur 41 · CONDITION · texte numérisé non relu

CONDITION

La mésintelligence, avons-nous dit, existait presque toujours dans les ménages de vilains. Nous raporterons à ce sujet quelques-unes des anecdotes les plus répandues au moyen âge.

Un ménage avait invité un certain nombre de parents et d'amis à un repas. Vu la bonne saison, la table du festin fut dressée dans le jardin. Plus le mari pressait sa femme de s'approcher de la table, plus elle s'en éloignait; elle recula tant qu'elle tomba à la renverse dans une rivière.

Un mari et sa. femme, cheminant ensemble aperçurent un lièvre.

« Quel beau lièvre ! s'écria l'homme. Je

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m'en régalerais bien s'il était frit avec du saindoux et des oignons.

— Il serait bien meilleur avec du poivre, dit la femme.

— Non pas.

— Mais si.

— Mais non. »

Bref, à force de disputersur la manière d'accommoder un lièvre qu'ils n'avaient pas, ils en arrivèrent aux coups.

Sur la ruse et la méchanceté des femmes, on racontait que le diable avait essayé en vain, durant trente années, de brouiller deux époux tendrement unis, et qu'une vieille blanchisseuse en était venue à bout en très peu de temps.

On rapportait aussi que, pendant une tempête, les matelots avaient décidé de jeter à la mer tout ce qui surchargeait le bateau. « Commencez par ma femme, dit un mari, elle est d'un poids insupportable ».

Les sermonnaires rappelaient souvent une anecdote que Marie de France a mise en vers sous le titre de la Contralieuse. Le mari prétendait qu'un pré était fauché ; la femme disait qu'il était tondu et n'en voulut point dé-

mordre ; sa langue arrachée, elle imita avec ses doigts le mouvement des ciseaux.

D'après un autre fabliau, un mari appelé pouilleux par sa femme, la descendit dans un puits à l'aide d'une corde qu'il lui avait passée sous les aisselles. Il l'enfonça graduellement dans l'eau, mais elle n'en continua pas moins de l'appeler pouilleux ; lorsqu'elle eut de l'eau jusqu'au front, elle éleva les mains au-dessus de sa tête et fit avec ses deux pouces le geste de quelqu'un qui écrase des poux.

SIRE HAIN ET DAxME ANIEUSE

Sire Hain, qui excellait à raccommoder les cottes et les manteaux, avait pour femme la créature la plus contrariante que l'on puisse rencontrer. Il fut un jour décidé entre les deux époux qu'ils se «combattraient à qui porterait les braies >^, signe de l'autorité en ménage . Un duel d'un nouveau genre eut lieu dans la cour ; ils devaient, en présence de deux témoins, se disputer une culotte sans autres armes que les pieds et les mains.

Après une lutte acharnée, la victoire, longtemps indécise, se tourna en faveur du mari, erâce à un accident. Dans l'ardeur du combat, dame Anieuse ayant été repoussée par son mari, oublia qu'un baquet plein d'eau se trouvait derrière elle ; ses talons

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rencontrèrent le baquet, et elle tomba à la renverse. Sire Hain profita de ce contretemps pour ramasser les lambeaux des braies. Les témoins le proclamèrent vainqueur. Dame Anieuse promit, non sans peine, d'obéir à l'avenir à celui qui porte les braies (Barbazan, III, 380).

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