‹ Les Vilains dans les œuvres des trouvèresChapitre 40 sur 41 · D'UN VILAIN · texte numérisé non relu

D'UN VILAIN

Une femme, mariée depuis sept ans à un vilain, s'aperçut au bout de ce temps que son mari portait sur son corps une tache qui le déparait ; elle le fit

citer devant l'offîcialité de Paris; l'évêque prononça un jugement d'une sagesse exemplaire. (Barhazan^ III, 440),

LA CHATELAINE DE SALNT-GILLES

Cette charmante chanson, d'une donnée fort simple, fait voir que les vilains qui consentaient à redorer le blason des nobles ou à les débarrasser de leurs filles, avaient toujours lieu de regretter d'avoir voulu prendre une alliance au-dessus de leur classe.

Un châtelain fort pauvre avait une fille qu'il voulut marier à un riche vilain. La damoiselle essaya de résister à son père en lui faisant connaître qu'elle aimait le fils d'un comte ; elle trouvait étrange qu'un vilain recherchât la fille d'un châtelain.

Le père ne voulut rien entendre ; il fit valoir les avantages d'être riche et dit à sa fille :

Siarez a plenté monoie, Çainture d'or et dras de soie.

La damoiselle, que cette perspective ne tentait Point, répondit :

Quanques vous dites rien ne vaut. . .

S'il a du blé plein ses greniers.

S'a char de bacon crue et cuite,

Si la nienjnst, je li daim cuite, Je garderai mon pucelage.

« J'aim miex un chapelet de flors

« Que m,auvès mariage»»

La jeune fille continua de se défendre. Elle accusa le vilain d'être avare et ajouta que tous les biens du monde ne valent point un amour partagé. Lorsque son père lui eut fait observer qu'il arrive souvent malheur aux enfants désobéissants, la fille se rendit :

Père, je ferai vo valoir.

Le mariage étant décidé, le vilain arriva aussitôt et s'écria triomphalement :

L* avoirs donc au vilain Fille à chastelain.

Le fiancé exhala sa joie dans plusieurs couplets. Il alla trouver le prêtre Nicolas et se montra impatient de n'être point encore marié.

« Ce serait fait, dit le curé, si je connaissais le nom de l'épousée.

— La voilà ; demandez-lui si elle consent au mariage proposé ».

Sire Nicolas, s'adressant à la damoiselle :

« Consentez-vous à prendre ce vilain pour mari ?

— Je n'ose désobéir à mon père, mais je ne garderai point ma foi à celui qu'il m'impose.

— Que m'importe !. répondit le prêtre. Vous ferez ce que vous voudrez, mais vous êtes mariée ».

La cérémonie terminée, la fille du châtelain se pri

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à regretter de n'être point unie à celui qu'elle aimait. Mais son « douz amis » arriva dans la salle du festin ; il fut accueilli avec les plus vifs transports par sa maîtresse, qui lui demanda de l'enlever ; il la mit en croupe sur son cheval et traversa ainsi montagnes, bois et vallées pour se rendre dans son château.

Le châtelain et son gendre, portés sur le même cheval, se mirent à la poursuite des fugitifs. Ladamoiselle criait à son mari : « Vilain, c'est par force que vous m'avez épousée, mais vous ne m'aurez pas. Vous m'avez achetée à mon père comme si j'étais une bête »... Son ravisseur chantait :

Bêle, qiiar halez et je vos en pri, Et je vous ferai le vïre7ili.

En entendant ces imprécations et ces moqueries, le vilain se mit à pleurer et retourna sur ses pas. Aussitôt qu'il fut rentré chez lui, il réunit ses parents et leur raconta sa mésaventure ; on lui reprocha avec raison d'avoir voulu prendre femme dans une condition supérieure à la sienne ; il promit de se remettre au travail pour

Gaignier novel avoir,

et il ajouta :

Si j'ai fait via foliete, Nus n'en ara pis de mi.

Dans le couplet suivant, il disait :

De mi, ne cuit je qu'il ait homme Oui soit ma 11 an z de ci à Rome

A cui il soit pis avenu ; Mes encor m'a Diex secoru, Quant reve7iuz sui en meson; S'en doi bien dire par reson Les vers que j'ai tant violé :

« y ai trové le ni de pie « Mes H piot n'i sont mie, « Ils s'en sont trcstuit volé».

Quant à la fille du châtelain, elle paraissait heureuse d'avoir quitté son mari légitime pour suivre son amant, car elle chantait ce couplet, qui termine la chanson :

A gironée ai mon voloir.

Li vilains s'en puet bien doloir.

L'escuiers, devant la pucele Qui tant estoit cortoise et bêle, Dist ' y ai en biau lieu mon cuer mis... Ne sera que ne face joie.

« J'ai amiete « Sadette « Blondete « Tele com je voloie. »

(Barbazan , III, 36g).

1lœ îMi mim MiiÉiïmiimmmi

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