PARIS E. PLON ET O', IMPRIMEURS-ÉDITEURS
Tous dioits résm:
4i cherchais en vain le reste De ces jours évanouis.
Je n'ai pas V intention d'écrire l'histoire des 'Pilles qui ont vécu sur le littoral du golfe de JLyon; cette histoire est partout et il faudrait ^^resque des volumes pour en faire une étude .sommaire. Je veux seulement parler des variations successives de ce littoral depuis les épo~ es historiques les plus éloignées jusqu'à nos ^urs.
La mer qui vient mourir sur cette plage a
Atgné et baigne encore tous les rivages fameux,
€)rient, V Egypte, la Grèce, l'Italie, la France;
t , sans sortir de notre territoire, les noms
Narbonne, d'Aiguesmortes, d'Arles et des
inteS'Maries réveillent d'illustres et touchants
souvenirs.
Malgré ses alternatives de calme et de fureur , ^w tnilieu de ses tempêtes et de ses longs som-
meiîs, cette mer éternelle est, depuis des centaines de siècles, restée toujours la même. Le littoral seul a changé; il était hier peuplé et couvert de végétation; aujourd'hui, à l'exception d'un seul point de la côte, qui a absorbé toute l'activité maritime de la région, il est aride et désert. J'ai cependant la confiance que la vie pourra renaître un jour sur ces rivages délaissés.
Comme les hommes et les peuples, les villes ont leurs vicissitudes, leur apogée et leur déclin; elles vieillissent et meurent. On en perd souvent le souvenir et on en retrouve quelquefois à peine les cendres. J'ai cherché à faire revivre ce passé déjà trop oublié.
Alors que la plupart des stations d'un autre littoral sont l'objet de la sollicitude de l'État, et que la spéculation industrielle ou mondaine les a transformées en centres d'affaires ou de plaisirs, ces tristes lagunes du golfe de Lyon, témoins des plus grands événements de notf^e histoire nationale et chrétienne, sont dans un délaissement voisin de la misère. Cet abandon, d'ailleurs, n'est pas sans charme; j'ai passé sur l'une de ces pauvres plages les meilleurs jours
de ma vie; et il faut avoir vécu quelque temps avec soi-même au milieu de ces vastes solitudes pour être saisi par le vague et Vétrangeté de cette nature morne, silencieuse , et qui semble garder avec recueillement la mémoire de son passé.
Je ne sais ce que ce pays deviendra pour les générations futures ; dest peut-être un rivage plein d* espérances; — pour moi, c'est une terre de souvenirs.
Le Grau-du-Roi , près Aigucsmortet Août 1875