CHAPITRE m
DESTRUCTION ARTIFICIELLE DE LA. VIRULENCE HORS DE l'organisme DES MALADES
On éteint plus promptement une épidémie si Ton >ient en aide aux agents destructeurs naturels de la virulence par remploi de moyens artificielSj tels que la chaleur et les antiseptiques.
§ l". — Destruction par la chaleur.
Considérations fçënéraies. — En étudiant l'influcnce de la température sur les végétaux, on constate qu'au-dessous et au-dessus d'un certain optimum la végétation languit, puis se suspend ; si Ton s'en éloigne davantage, on parvient à un degré incompatible avec la vie de ces êtres.
On peut donc détruire les agents animés de la virulence, microorganismes d'origine végétale, en les soumettant à des températures basses et élevées.
Mais, si des considérations scientifiques nous montrent deux voies pour atteindre le même but, la pratique nous enseigne à adopter Tune de préférence à l'autre. En effet, la vitalité des microbes aux basses températures est d'une ténacité désespérante. Nous avons vu la sérosité virulente du charbon symptomatique se congeler plusieurs fois de suite à une température de — 25 degrés sans perdre son activité. Celli a fait une observation analogue, à — 20 degrés, sur le virus rabique.
Les plus grands froids qui régnent à la surface du globe sont incapables de tuer les microbes. On en jugera par l'expérience suivante faite à Genève, en 1884, par MM. Raoul Pictet et E. Yung. Ces deux savants résolurent d'étudier l'influence du froid sur les œufs de plusieurs invertébrés, sur des graines et sur des végétaux inférieurs. Je leur ai adressé, à cette occasion, des
échantillons de deux microbes, le Bacillus anthracis et le Bacterium Chauvsei, enfermés dans de petits tubes en verre. Grâce au concours de plusieurs équipes de préparateurs, tous ces objets furent soumis :
!*> Pendant vingt-quatre heures, à un froid de — 70 degrés, produit avec de l'acide sulfureux liquide ;
2* Pendant quatre-vingt-quatre heures, à un froid de — 70-76 degrés, produit avec de Tacide carbonique solide, à la pression ordinaire ;
3* Pendant vingt heures, à un froid de — 120-130 degrés, produit avec de l'acide carbonique sohde et une certaine dépression.
Les échantillons de Bacillus anthracis et de Bacterium Chauvœi me furent renvoyés après la réfrigération. J'ai observé, à l'aide de plusieurs essais, que la végétabilité et la virulence de ces deux microbes étaient encore parfaitement conservées.
Comme il est déjà extrêmement difficile de produire ces basses températures, et, à plus forte raison, de les dépasser, il est indiqué de procéder à la destruction des germes virulents par l'emploi de températures supérieures à Voptima.
Dans ces conditions, la tâche est infiniment plus commode, car à l'état d'organes de végétation, les microbes ne résistent pas à une température supérieure à -f- 100 degrés. Sauf de rares exceptions, les microcoques sont tués entre -|- 50 degrés et 4- 60 degrés, les bacilles entre -f- 70 et -|- 100 degrés.
Si les microbes renferment des spores ou des arthrospores, ils ne sont tués qu'entre + i^O et -f ^25 degrés.
M. Tyndall a fait ressortir, dans une expérience très curieuse, la différence qui vient d'être signalée. Il a remarqué que trois heures d'ébullition consécutives ne stériHsaient pas une infusion de foin dans laquelle plusieurs germes étaient sporulés ou à l'état de spores, tandis que trois minutes d'ébullition répétées pendant trois jours consécutifs, une fois par jour, suffisaient à en assurer la conservation. Ce résultat paradoxal tient à ce que, dans l'intervalle des ébullitions, les spores germaient et passaient à l'état de mycélium incomparablement moins résistant à la chaleur que les formes de repos.
Lorsqu'on applique la chaleur à la destruction des virus, il faut tenir compte de la température et de la durée du chauffage.
Nous dirons plus tard qu'une même température modérée imprime à la plupart des virus une atténuation d'autant plus grande qu'elle est appliquée plus longtemps. La durée de la sui-vie chez les animaux inoculés avec ces virus est plus ou moins régulièrement proportionnelle à la durée du chauffage.
A un moment donné, le chauffage imprime aux virus une atténuation vaccinale, c'est-à-dire compatible avec la conservation de la vie. Au delà, l'atténuation est telle que le virus ne jouit même plus de propriétés vaccinantes. On sait, par exemple, qu'en chauffant la bactéridie charbonneuse à 55 degrés pendant plus de dix minutes, on ne peut plus la faire servir de vaccin.
Ainsi en est-il de la destruction. On l'obtient rapidement à l'aide d'une température très élevée; on l'obtient aussi avec une température relativement moindre appliquée pendant plus longtemps. Dans nos expériences sur le charbon symptomatique, nous avons noté, avec MM. Cornevin et Thomas, que la sérosité fraîche était anéantie au bout de vingt minutes, par une température de 100 degrés ; après deux heures, par une température de 80 degrés ; après deux heures vingt minutes, par une température de 70 degrés.
Cette particularité est loin d'être indifférente à la pratique, car tantôt on a beaucoup de peine à obtenir des températures élevées, tantôt à les faire supporter aux objets soumis à la désinfection. Dans quelques circonstances, on conciliera tout en usant méthodiquement de températures modérées.
Il faut aussi tenir compte de l'état sous lequel se trouve le virus dans les objets à désinfecter. A l'état frais, les virus sporulés sont toujours plus facilement détruits par la chaleur. On devra donc éviter autant que possible de les laisser se dessécher avant les tentatives de désinfection.
Si la dessiccation n'a pu être évitée, on fera sagement d'employer une température supérieure à celle qui tue le virus frais et de l'employer plus longtemps que ne l'indiquent les recherches de laboratoire.
Nous fixerons les idées par un exemple. Nous écrivions plus haut que la sérosité virulente du charbon symptomatique était stérilisée par la température de 100 degrés appliquée pendant vingt minutes; si la sérosité a été desséchée, puis hydratée avant d'être soumise à l'action de la chaleur, il faut, pour la stériliser, la chauffer à 110 degrés pendant six heures.
On est parfaitement pénétré de ces différences dans tous les laboratoires de bactériologie ; aussi les bouillons, les milieux de culture en général, y sont stérilisés par des températures de 100 à 115 degrés; les objets en verre, par des températures supérieures à 200 degrés.
Nous avons été des premiers à faire remarquer, dans notre étude sur le charbon symptomatique, que le pouvoir destructeur de la chaleur dépend largement de la nature du corps qui
la transmet aux virus. Dans un bain d*air chauffe à 100 degrés, il faut vingt minutes pour stériliser i centimètre cube de sérosité virulente du charbon symptomatique ; dans un bain d'eau bouillante de même volume, il suffit de deux minutes. A iOO degrés, le pouvoir destructeur de l'eau est donc dix fois plus rapide que celui de Tair. Cela tient évidemment à la capacité calorifique des intermédiaires. La capacité calorifique de Teau à Tétat de vapeur étant moins élevée que celle de Teau à Tétat liquide, remploi de la vapeur serait donc moins avantageux que celui de Teau chaude, si Ton ne pouvait pas compenser et au delà ce désavantage en combinant à Faction de la vapeur celle de la pression qui élève la température au delà de 100 degrés et la rend plus destructive.
Ces considérations générales étant exposées, engageons-nous sur le terrain de la pratique.
Applications. — Les germes virulents émis parles malades sont en suspension dans les excrétions diverses, crachats, urine, fèces, répandus sur les vêtements, les objets de literie ou de pansement, associés à la poussière sur le sol, le parquet, les parois et les meubles des appartements ou en mouvement dans l'atmosphère. Leur destruction par la chaleur sera plus ou moins facile suivant le lieu qu'ils occupent.
Nous ne parlerons pas ici des germes éliminés avec l'urine et les fèces, car, si on les détruit avant qu'ils aillent à la fosse d'aisances ou à l'égout, c'est par d'autres moyens que la chaleur.
Désinfection des crachats, — Quant aux germes contenus dans les crachats, on pense aujourd'hui qu'il vaut mieux les détruire par la chaleur que par les antiseptiques.
On peut garnir les crachoirs de sciure de bois. Lorsqu'ils sont souillés, on brûle leur contenu au feu; puis on les nettoie en les plongeant un instant dans l'eau bouillante.
Comme on a toujours à redouter la dessiccation des crachats sur quelque point des crachoirs, il est préférable de les garnir préalablement d'une certaine quantité d'eau et de les stériliser en bloc avec ieur contenu, en les immergeant dans l'eau bouillante, ou mieux dans l'eau chauffée à une température supérieure à celle de l'ébuUition.
MM. Geneste et Herscher, qui se sont fait une spécialité des inventions touchant à l'hygiène publique et privée, ont construit un appareil pour la désinfection -des crachoirs. Cet appareil peut recevoir plusieurs crachoirs métalliques et une solution de carbonate de soude dont la température est portée à 106 dearloing. 15
226 LUTTE COiNTRE LES VIRUS.
grés. En viùgl minutes, uii grand nombre de crachoirs sortent de rappareîl parfaitement stérilisés et nettoyés tout à la fois.
L'invention de MM. Geneste et Herscher rend d'importants services dans les hôpitaux, surtout dans les salles de phtisiques.
Dans les maisons particulières où il y a un malade, on doit s'en inspirer pour la destruction des crachats virulents.
Désinfection du linge^ de la literie, etc, — Lorsque le virus est répandu sur des objets de pansement ou des vêtements, la literie et les tissus d'ameublement, deux cas peuvent se présenter : les objets ont une minime valeur, alors il faut les brûler; ils ont un certain prix, alors il importe de les stériliser.
Détruire sûrement et rapidement les microbes en détériorant le moins possible les tissus divers qui les supportent, telles sont les qualités d'un bon procédé de stérilisation. Le meil-^ leur sera celui qui les possédera au plus haut degré.
Les étuves seules réunissent ces conditions, parce qu'on peut y entasser une certaine quantité d'objets et régler la température au degré nécessaire. Mais on doit choisir entre leà diffé-: rents systèmes connus.
Ce que nous avons dit ailleurs des qualités de l'air comme volant de chaleur nous dispense de justifier longuement le dédain que nous professons pour les étuves à air chaud. Nous ne prétendons pas qu'il soit impossible de stériliser du linge et de la literie dans ces étuves; mais l'opération, pour être fructueuse, doit être prolongée, et par conséquent elle menace de détériorer les tissus et d'y fixer d'une manière indélébile les taches faites par les matières excrémentitielles:
On a songé à augmenter l'action destructive de l'air chaud en le saturant de vapeur d'eau. J'ai vu une étuve construite dans ce but à l'hôpital de l'île, à Berne. C'était une petite salle basse, aux murs très épais, tapissée intérieurement par une batterie, de tubes métalliques où circulait de la vapeur. Le plancher était constitué par un grillage en bois; il laissait passer un courant d'air chaud saturé de vapeur dont la condensation était prévenue par la batterie de tubes sus-indiquée. La literie et les objets à désinfecter étaient suspendus à mi-hauteur dans l'étuve.
Nous avons appris qu'il ne fallait pas moins de six heures pour stériliser un matelas à l'hôpital dé l'île. Ce temps est beaucoup trop long. L'étuve de Berne présente presque tous les inconvénients de l'étuve à air chaud et sec.
A cette étuve fait suite l'étuve à circulation de vapeur à 100 degrés, assez exactement représentée, sauf les dimensions, par le stérilisateur à vapeur de Koch usité dans les laboratoires.
On sait que le stérilisateur est une cavité cylindrique surmontée d'un cône et d'un évent, et entourée d'une enveloppe mauvaise conductrice de la chaleur. A la partie inférieure, une rampe à gaz vaporise de l'eau. La vapeur circule autour ou dans l'épaisseur des objets suspendus dans le stérilisateur et s'échappe par l'évent du sommet.
Budde a remarqué, paraît-il, que dans les étuves de ce genre la température au centre du linge peut s'élever à 104 et 105 degrés, par suite d'un phénomène de condensation, ce qui permettrait d'expliquer leur efficacité sur les spores.
La petite ville de Gôttingen a fait construire, sur ce principe, deux étuves pour l'usage municipal : Tune a 70 sur 50 centimètres; l'autre, l'°,40 sur 80 centimètres. A l'intérieur un dispositif ad hoc préserve les objets du contact de la paroi métallique. La plus grande peut recevoir un matelas enroulé.
L'installation et le fonctionnement de ces étuves sont économiques. Le prix de revient est de 180 francs pour la première, 320 francs pour la seconde; le gaz consommé par heure représente 25 centimes pour celle-là, et 60 centimes pour celle-ci. Néanmoins, nous ne saurions les recommander. D'abord, les opérations marchent trop lentement; il faut compter trois quarts d'heure à une heure pour porter l'appareil à 100 degrés, et une à deux heures pour la destruction des germes; total, trois heures pour stériliser une petite masse d'objets. De plus, nous craindrions que la destruction des microbes sporulés ne fût pas absolument certaine, surtout s'ils s'étaient desséchés avant de passer à l'étuve, comme cela arrive d'ordinaire. Enfin, l'évaporation ne suffisant pas à sécher les tissus et surtout les objets de literie sortant de ces appareils, une nouvelle intervention deviendrait nécessaire pour atteindre ce résultat.
Cependant on utilise beaucoup ces étuves à l'étranger où l'on en connaît plusieurs modèles : telles sont les étuves de Thursfield, de 0. Schimmel et C'% de Recke.
Pour détruire plus sûrement les germes à spores, on a utilisé des courants de vapeur surchauffée. M. Ed. Henry a construit pour l'usage domestique ou celui des petits établissements des étuves à désinfection qui atteignent le but que l'on s'est proposé. Elles se composent de deux grandes marmites emboîtées, séparées l'une de l'autre par un intervalle que l'on remplit d'eau saturée de sel de cuisine ou additionnée d'une quantité plus ou moins considérable de chlorure de calcium. La marmite centrale reçoit le linge à désinfecter ; son axe est occupé par une cheminée, percée de trous à sa base, et dont le sommet dépasse la hauteur de la marmite. L'appareil est fermé par un
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couvercle à double paroi renversé sur le bain d'eau. Il est chauffé soit par une rampe à gaz, soit par tout autre foyer.
L'eau saturée de sel de cuisine n'entre en ébuUition qu'à 107 degrés. La vapeur produite, grâce aux joints d'eau, est obligée de traverser le linge qui remplit l'étuve pour se dégager par la cheminée centrale. Les germes infectieux sont donc forcément soumis à l'action de la vapeur. On estime que l'opération est terminée, lorsque la vapeur sort vivement par le tuyau central depuis une demi-heure.
Si l'on a remplacé le sel de cuisine par du chlorure de calcium, on peut atteindre, selon le degré de concentration, les températures comprises entre iOO et 125 degrés.
L'appareil Henry, en raison de l'inclusion de l'étuve dans le bain vaporisable, assure à peu près complètement la température de la vapeur qui circule à travers les tissus et les matelas. Le dégagement de la vapeur à la partie supérieure permet de compter sur le déplacement de Tair qui remplit au début les fins interstices des tissus ou des masses de laine. Les conditions nécessaires à une sérieuse désinfection sont assez bien réalisées ; mais subsiste toujours l'inconvénient d'un séchage supplémentaire à la sortie de l'étuve, car les objets sont retirés pénétrés de vapeur d'eau.
Si l'on voulait désinfecter par cette méthode de grosses masses d'objets, il faudrait nécessairement disjoindre le générateur de vapeur et Téluve ; alors, de deux choses Tune : ou bien l'étuve est ouverte et l'appareil se transforme en une étuve à circulation de vapeur à 100 degrés, ou bien l'étuve est close et, dans ce cas, Tair emprisonné dans les objets modère singulièrement l'action de la vapeur. En conséquence, pour une application sur une grande échelle, la vapeur surchauffée sans pression ne donne pas plus de sécurité que les procédés examinés jusqu'à présent.
Reste à ajouter à l'action de la vapeur celle de la pression. Bien appliqué, ce procédé complexe réunit les conditions d'une bonne désinfection : il rend celle-là certaine, rapide et presque sans inconvénient pour la conservation du linge ; en outre, grâce à la température élevée des objets à la sortie de l'étuve, il détermine spontanément et promptement leur dessiccation. Malheureusement, ce procédé partage avec les autres le défaut de fixer les matières colorantes dans les fibres végétales; aussi faut-il avoir soin de batillonner le linge taché avant de le mettre à l'étuve.
MM. Geneste, Herscher et C'* ont construit une étuve pour l'emploi de la vapeur directe sous pression.
Le générateur de vapeur est distinct de l'étuve. Dans les établissements où Ton possède une machine, on peut faire une
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prise de vapeur sur la chaudière. Par excès de précaution, le séchage se fait dans Tétuve même, à la suite de la désinfection. Un détail de construction permet d'obtenir ce résultat en peu de temps. Voici d'ailleurs la description sommaire de l'appareil : L'étuve à désinfection Geneste et Herscher se compose principalement d'un grand cylindre métallique horizontal formant la chambre d'épuration dans laquelle les objets traités sont exposés directement à l'action de la vapeur sous pression. Bien que cette pression doive être normalement correspondante à 100 degrés centigrades seulement (environ une demiatmosphère effective) et soit réglée par une soupape de sûreté
Fig. 44. — Ëtuve fixe de MM. Geneste, Herscher et C'% pour la désinfection du linge et de la literie. — E, corps de l'étuve sur lequel on voit les tubes abducteurs pour la vapeur, les manomètres, les purgeurs, etc.; la porte de droite est ouverte; C, chariot mobile sur lequel on dispose les objets à désinfecter; il roule sur les rails mobiles v et v' pour faciliter Tintroduction et la sortie des objets.
au maximum de 115 degrés (3/4 de kilogramme), le corps du cylindre est construit en tôle d'une résistance bien supérieure. Ledit cylindre est entouré d'une enveloppe isolante et pourvu d'une porte d'entrée et d'une porte de sortie. Celles-ci sont montées sur simples pivots et se meuvent sur un galet avec une grande facilité : elles ferment au moyen de boulons à bascule d'une manœuvre rapide et le joint est fait à rainure circulaire avec garniture souple et hermétique.
L'intérieur de l'étuve est muni, à droite et à gauche, d'une voie de roulement sur laquelle se meut un chariot à galets destiné à recevoir les objets à épurer. En avant et en arrière du corps cylindrique, une double voie ferrée permet au chariot de se mettre en position pour le chargement des objets ou leur déchargement.
L'étuve est en outre pourvue de deux batteries chauffantes
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complémentaires dont le rôle est important. L'une de ces batteries, formée d'une rangée de tubes en fer de petit diamètre, est en quelque sorte accolée au plafond de la chambre à désinfection, et elle est doublée d'un écran au-dessus des objets à épurer; la seconde batterie garnit le vide laissé en contre-bas du chariot. Celte dernière est disposée de manière à provoquer le séchage rapide des objets après Tépuration; la batterie haute a surtout pour but d'éviter des chances de taches et de mouillage par la chute de Teau condensée à la surface intérieure de Tétuve. Ces surfaces chauffantes complémentaires sont desser\'ies par une arrivée de vapeur distincte et indépendante qu'il est bon de porter et de maintenir à la température de 135 à 140 degrés centigrades. Il convient de ne pas dépasser cette limite ; cependant, pour simplifier l'opération, lesdites batteries sont construites de manière à supporter accidentellement les plus hautes pressions des chaudières qui les alimentent.
L'appareil désinfecteur est pourvu de deux manomètres, de deux robinets d'entrée de vapeur et d'une soupape de sûreté ; lorsque la chaudière est placée dans le même local et est affectée exclusivement au service de l'étuve, on peut supprimer un des manomètres et un des robinets d'entrée de vapeur.
Le chariot, sur lequel on charge les objets à désinfecter, d'une construction légère et solide, est agencé de façon que les matelas puissent être placés verticalement, condition très recommandée. Les traverses-guides qui séparent les matelas sont garnies de bois pour éviter les chances de taches par contact; enfin de simples claies en osier, jetées à volonté sur lesdites traverses-guides, forment des compartiments étages tout à fait convenables pour recevoir les linges et vêtements.
La désinfection dans l'étuve Geneste et Herscher est simple et rapide. Pour des objets épais, comme des matelas, on l'obtient en quinze à vingt minutes ; vingt minutes suffisent pour le séchage; total quarante minutes pour la stérilisation d'un volume considérable de vêtements, de linge et de pièces de literie.
Pendant toute la durée de l'opération, on doit chaufl'er les batteries additionnelles. La première partie est très utilement coupée par un arrêt de trente à soixante secondes durant lesquelles on ouvre le robinet purgeur, afin de chasser, avec une certaine quantité de vapeur, l'air emprisonné dans les objets à désinfecter.
Le séchage s'effectue dans l'étuve même en entre-bâillant simplement la porte de sortie, après avoir supprimé l'arrivée de la vapeur, excepté dans les batteries additionnelles.
DESTRUCTION ARTIFICIELLE DE LA VIRULENCE. Sai
Pour*un service important, Tétuve doit être installée de telle sorte que les objets désinfectés ne viennent jamais au contact des objets souillés.
Elle sera placée dans un local clos, propre, muni de fenêtres et divisé en deux compartiments par une cloison pleine.
Les dimensions dudit local seront d'au moins S^^SO de longueur sur S^jSO de largeur. Pour un service un peu actif, ces dimensions devront être augmentées et, même pour un service ordinaire, il y a commodité et avantage à disposer de 9 mètres de longueur et 6", 50 de largeur. Une hauteur de 3 mètres suffit au point bas des fermes; on donnera pourtant le plus de hauteur possible à la cheminée de la chaudière.
Dans la cloison divisant le local en deux compartiments, on réserve une ouverture grillagée de quelques décimètres carrés située à environ 1™,40 au-dessus du sol, ouverture utile pour la communication rapide des avertissements nécessaires au fonctionnement général.
Dans la chambre d'entrée, ou chambre des objets à désinfecter, la porte de Tétuve sort de la cloison d'environ 10 centimètres ; cette chambre est munie d'une voie extérieure (v) nécessaire à la manœuvre du chariot. La chambre de sortie, ou chambre des objets épurés, renferme la presque totalité du corp3 cyHndrique de l'étuve, tous les appareils de distribution de vapeur, la chaudière et ses accessoires, ainsi que la voie (v') supportant le chariot à sa sortie de l'étuve.
Le sol du pavillon doit être bien carrelé ou cimenté, de manière à pouvoir être maintenu toujours propre et en bon état.
Des expériences faites à Paris, par les soins de M. Grancher, ont démontré qu'au centre d'un matelas désinfecté dans l'étuve Geneste et Herscher, la température s'élevait à + ^^5? + ^^^ et -(- 120 degrés, et que les virus qu'on y avait placés étaient stérilisés.
L'administration des hospices civils de Lyon, désirant acquérir cette étuve, fit répéter les expériences de Paris par une Commission spéciale dont M. Vinay fut le rapporteur. La Commission eut à examiner le pouvoir stérilisateur de l'étuve et l'influence que le chaufl'age, à cette température, pouvait exercer sur la conservation du linge, de la literie et des vêtements. J'ai éprouvé le pouvoir stérilisateur de l'appareil en me servant de deux virus desséchés sporulés extrêmement résistants, ceux de la septicémie gangreneuse et du charbon syrnptomatique. Ces virus ont été répandus sur des échantillons de tissus divers ou inclus dans des pipettes fermées avec un tampon d'ouate, échantillons et pipettes ont été placée soigneusement dans la
profondeur d'un matelas. Ils sont sortis de l'étuve intariablement tués. La partie des expériences relative à la conservation des objets a donné de très bons résultats. Aussi l'administration des hospices n'a pas hésité à adopter cette étuve. Aujourd'hui, non seulement elle l'emploie à la désinfection des objets contaminés, mais elle voudrait s'en servir pour stériliser le coton et les autres objets de pansement.
Les ministères de la guerre, de la marine et du commerce et plusieurs grandes administrations publiques font également usage de la même étuve.
MM. Geneste et Herscher, soucieux de répondre à toutes les exigences de la pratique, ont créé des étuves mobiles. Le géné-
Fig. 45. — Étuve mobile de MM. Geneste et Herscher.
rateur de vapeur, l'étuve et tous les accessoires, sont intelligemment disposés sur des roues, qui permettent de les transporter partout où le besoin surgit, dans les villes ou dans les campagnes. Au cours de l'année 1889, le département du Rhône, grâce à l'insistance de son préfet M. Cambon, fit l'acquisition d'une étuve mobile, qui rendit de réels services dans une cruelle épidémie de diphtérie et qui en rend actuellement dans tous les cas de maladie infectieuse qui se présentent à Lyon et aux environs.
Désinfection des appartements. — Nous avons dit précédemment que les germes émis par les malades sont encore associés à la poussière sur le sol, le parquet, les parois et les meubles des appartements ou dans l'atmosphère. Pour les détruire dans ces situations diverses, il est difficile d'employer la chaleur,
il vaut mieux recourir aux lavages ou aux pulvérisations antiseptiques et aux fumigations de même nature. En Allemagne, on emploie aussi les frictions avec la mie de pain pour enlever les microbes qui peuvent être fixés sur les tapisseries.
M. Redard a conseillé un jet de vapeur surchauffé pour la désinfection des wagons à bestiaux. Son système serait difficilement applicable dans les appartements ; mais on pourrait s'en servir avantageusement pour désinfecter les wagons où on évacue des malades, les cabines et les entreponts des navires en cas d'épidémie à bord (1).
§ IL — Destruction par les antiseptiques.
On pourrait croire que cette question soit toute faite et que nous allions présenter des solutions catégoriques. Malheureusement, la destruction des microbes par les antiseptiques, malgré sa simplicité apparente, est entourée de nombreuses difficultés. Il s'agit, en effet, de détruire des agents infectieux, dont la vitalité varie autant que les conditions où ils se trouvent placés. Par conséquent, tel antiseptique qui se montrera efficace contre une espèce ne le sera plus contre une autre ; bien plus, efficace contre une espèce sous un certain état, il peut se montrer insuffisant contre la même espèce sous un état différent.
Comme l'empirisme a été jusqu'à ce jour presque le seul guide dans la recherche, le choix et l'étude des antiseptiques, il en résulte que nous possédons une longue suite de notions incoordonnées sur ce sujet. D'aucuns penseront que nous n'avons guère mieux à souhaiter, au point de vue pratique, car un moment viendra où il ne restera plus qu'à choisir la meilleure dans une collection de recettes. Mais, si l'on examine attentivement les résultats des nombreux travaux qui ont été faits sur les antiseptiques, les nombreux mécomptes auxquels on est exposé dans les applications, on reste convaincu, avec M. Duclaux, que le progrès ne peut venir que d'une étude rigoureuse et scientifique, c'est-à-dire de la détermination des conditions qui président à la destruction des germes infectieux sous leurs divers états, par les différentes substances réputées antiseptiques.
Nous démontrerons que l'on a eu souvent le tort de généraliser les conséquences d'un fait particulier avec l'aveuglement de l'empirisme. Il faut distinguer. Généralement l'eau éteint fort
(1) Pour plus de détails, voyez le livre de M. Vinay : Manuel d*a9epsief etc.,
bien les incendies ; pourtant, on sait que ce n'est pas le meilleur moyen de limiter les dangers du pétrole enflammé. La science nous apprend la cause et l'importance de ces distinctions.
Quoi qu'il en soit, nous ne devons pas regretter les efforts que Ton a dépensés. D'abord, parce que la marche vicieuse que flous signalons est dans Tordre naturel des choses ; on citerait difficilement une question qui n'ait pas traversé une phase empirique avant d'arriver à la phase scientifique ; ensuite, parce qu'ils nous ont procuré la connaissance de distinctions utiles et le sentiment que le secours nous viendra de la science.
Naturellement, les lignes suivantes refléteront les desiderata exprimés précédemment ; en attendant mieux, nous nous eff'orcerons d'utiliser le moins mal possible les notions un peu confuses que nous avons acquises.
BéflBttioiiy détermliiatioB et classement des antiseptiques.
— Pour l'hygiéniste qui s'occupe de désinfection, l'antiseptique est une substance capable de détruire les microbes et leurs germes. Mais hâtons-nous de dire que cette définition est trop rigoureuse. Un antiseptique, comme Schimer le fait remarquer, atteint son but quand il empêche simplement l'action pathogène des microbes. Nous appellerons donc antiseptiques tous les agents qui mettent les microbes hors d'état de nuire à la santé de l'homme et des animaux.
Les propriétés antiseptiques des corps sont quelquefois révélées par la composition chimique. Les corps coagulants et oxydants, solubles ou gazeux, sont généralement de bons antigeptiques. Toutefois, il faut éviter de confondre les désinfectants véritables, c'est-à-dire les destructeurs des microbes, avec les désodorants ou les destructeurs des matières volatiles dont le dégagement est lié souvent à la présence des microbes.
Si la composition chimique permet de soupçonner des qualités antiseptiques, les notions les plus sûres ont été fourmes par l'expérimentation.
On a mesuré la puissance des antiseptiques par comparaison, en suivant Tune des cinq méthodes générales que nous allons indiquer :
1° M. Miquel a associé les antiseptiques à un milieu putrescible, peuplé naturellement de germes divers et indéterminés;
â"" M. Jalan de la Croix les a fait agir sur des substances où les germes étaient déjà en voie d'évolution ;
3° On les a ajoutés à un bouillon stérilisé, en même temps qu'on y déposait une semence donnée.
Dans ces trois procédés, la valeur des antiseptiques est inver-
sèment proportionnelle à la dose nécessaire pour empêcher la pullulation ou arrêter l'évolution des microbes ;
4" On les a versés en quantité connue dans une culture achevée, puis, au bout d'un temps variable, on a transporté une goutte de culture, à titre de semence, dans un milieu nutritif;
5*» Enfin, on les a ajoutés à une culture achevée ou à une humeur virulente, puis, après un contact plus ou moins prolongé, on a éprouvé l'activité des microbes par des inoculations.
Dans ces deux derniers procédés, la puissance d'un antiseptique est inversement proportionnelle à la dose de cet agent et à la durée du contact.
Les deux premiers procédés ont été plus usités sur le terrain de l'histoire naturelle que sur celui de la médecine; cependant ils ont fourni des résultats dont l'hygiène bénéficie et bénéficiera, à la condition de ne pas les transporter sans examen dans ce nouveau domaine.
M. Miquel a divisé les antiseptiques en six groupes, d'après la dose nécessaire à stériliser un litre de bouillon de bœuf neutralisé. Il distingue :