‹ Les vitrauxChapitre 29 sur 67 · PORTANT SAINT JEAN · texte numérisé non relu

PORTANT SAINT JEAN

(Chartres.)

« Ces vitres, les plus anciennes qui avoi^nt été faites

pour la nouvelle église (il oublie celle donnée par Suger, qu'il a mentionnée pourtant), datoient au moins de 1 182, temps où le chœur fut fini et son principal autel consacré par Henri, légat du pape Alexandre III.»

Un témoignage aussi formel a la valeur d'un document sérieux ; bon connaisseur et ordinairement bien informé, Levieil n'a pas dû se tromper. Du reste, si elles n'avaient totalement disparu, ces vitres eussent eu pournous unintérêt historique surtout, paraît-il :

elles étaient « d'une manière très grossière et au premier trait; leurs draperies de verre coloré en blanc n'étoient relevées que par une espèce de galon

Fig. 36. SAINT GEORGES.

(Chartres.)

LE XIIP SIECLE.

OU de frange, de couleur d'or «.

Deux causes expliquent l'emploi de personnages de grande stature aux fenêtres hautes des églises: l'économie, d'une part; de l'autre, le besoin rationnel de substituer aux combinaisons légendaires des surfaces larges, également ornées et d^une lecture facile à distance.

L'économie était considérable. L'armature d'un grand vitrail occupé par une seule tigure, ou deux superposées l'une à l'autre, se composant de barres transversales, le coût d'une ferronnerie aussi simplifiée est de beaucoup moins élevé que s'il s'agit de forger quinze, vingt médaillons, souvent davantage, de formes diverses, et de les assembler dans la même fenêtre. (Fig. 35 à 38.) En second lieu, la main-d'œuvre du verrier est réduite dans une mesure encore plus considérable.

Autre chose, en effet, est de peindre une seule figure quelles que soient ses dimensions, ou

. . . (Bourges.)

quantité de petites disséminées

en de nombreuses scènes et de multiplier les bordures

en conséquence. — L'idée d'économie est flagrante dans quatre verrières de Chartres, contenant deux grandes figures d'apôtres chaque, exécutées d'après le même carton, le verrier s'étant contenté de varier les couleurs et de donner aux personnages des noms différents.

Toutefois, l'emploi de vitres peu compliquées aux baies supérieures s'imposait par la logique même du décor.

Avec ses petites divisions et subdivisions, la verrière légendaire est compréhensible, seulement quand elle n'est point éloignée du regardant. Si l'on visite la cathédrale du Mans, afin de localiser une observation dont l'intention est générale, on est frappé de la belle entente des armatures des basses fenêtres; on examine les sujets non sans être touché de leur mise en scène gauche mais expressive, de leur exécution enfantine, naïvement incomplète. Surtout, le prestige des teintes, la répartition admirablement calculée, équilibrée, des nuances, le coloris, en un mot, vous subjuguent. Au contraire, aux fenêtres hautes, elles aussi à dispositions légendaires , tout devient insaisissable et s'embrouille. Impossible de suivre une forme, moins encore une idée. Elle-même, l'armature dessine des contours amollis et incertains. Les sujets se dissipent dans l'espace; les alternances si décoratives de colorations s'effacent; les détails sont dévorés par l'éloignement, et leur abondance, leur variété ajoutent à la confusion. Nous n'exagérons pas.

Les moyens d'obvier à de tels inconvénients durent certainement préoccuper les artistes du xiii« siècle autant, au moins, que les soucis de l'économie. En tout

LE XlIIe SIECLE.

cas, les plus anciens vitraux à grands personnages qu'on puisse citer sont à Chartres^ dans réglise Saint-Pierre, jadis chapelle d'un couvent de bénédictins, aux baies latérales du chœur.

Chaque fenêtre, à deux lancettes, renferme quatre figures en pi^, étagées deux et deux, sur un fond bleu, — rouge parfois, — bordé d'une large bande de grisaille. Elles ont deux mètres et demi de hauteur, à peu près. Le tympan est divisé en trois quatre-feuilles contenant, celui de la pointe, un ange, des couronnes dans les mains, les autres, des scènes de martyres. Toutes les grandes figures, d'une physionomie étrange, d'une exécution sauvage, sont de très noble allure quand même.

Dans l'ensemble, le dessin ne paraît pas absolument incorrect. C'est le détail qui est exagéré et forcé. On signalera, entre autres, à droite, un apôtre de profil, Mathias, peut-être, un livre

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Fig. 38. SAINT MATHIAS.

(Saint-Pierre de Chartres.)

7<î LES V ITRAUX.

dans la main gauche, tenant une palme de l'autre, coiffé d'un bonnet dont la teinte tire sur Torange', vêtu d'une robe violâtre, d'un ample manteau blanc. (Fig. 38.) — Il y a aussi, aux baies de la nef de Saint- Pierre et de l'abside, des verrières légendaires, mais moins remarquables que celles de la cathédrale, et délabrées.

Les verrières du fond du sanctuaire réservées aux sujets de la Passion et de la vie de la Vierge, celles du chœur aux apôtres, aux premiers martyrs, aux patrons de réglise, soit la chronologie, soit la hiérarchie gouvernaient l'ordre des grandes figures aux fenêtres de la nef. Sur ses vitraux, Saint-Ouen, à Rouen, déroule une longue théorie de personnages légendaires ou historiques qui se prolonge à partir du bas de l'enceinte, à gauche, depuis Adam jusqu'au Christ suî^ la Croixy au chevet du chœur, et s'achève à droite, en retour, avec les abbés les plus célèbres de monastères divers. Cette œuvre orthodoxe est de verriers du xv« siècle, mais appartient pleinement au xiii^ par l'idée de l'ordonnance, qui faisait, alors, concourir exactement chaque partie à l'expression symbolique d'une pensée fondamentale.

Dans la cathédrale de Reims, on voit les trente-six premiers rois de France et les trente-six archevêques qui les consacrèrent. Les lancettes de la nef sont occupées, au sommet par un roi, à la base par un prélat, — l'ancienne liturgie rémoise place les rois avant les évêques, — tous assis, suivant l'usage de l'époque quand il s'agissait de personnages entrés dans l'éternel repos. Assurément, la pensée générale du décor est bien jus-

LE XIIP SIECr-E. 77

tifiée par la destination d'une basilique où sont sacrés

F'6- 39. — GRISAILLE. (Saint-.Martin-aux-Bois.)

les rois. Mais des différences dans le coloris des vête-

ments, des variantes dans les accessoires ne suffisent pas à rompre la monotonie d'une unité trop rigoureusement observe'e. C'est un ensemble sagement entendu

et raisonné auquel fait défaut l'intérêt de la variété. Les neuf fenêtres géminées de Tabside offrent même disposition. A la fenêtre centrale, le Christ occupe la partie haute de la lancette à droite, et, au-dessous, Parchevéque de Reims; la Vierge, son fils dans les bras, occupe la partie haute de la lancette à gauche, et la façade de réglise métropolitaine est figurée audessous. Dechaque côté de cette fenêtre centrale, quatre autres, aussi à deux lancettes, où, dans le haut, sont représentés les apôtres, les évangélistes, et, dans le bas, les évêques suffragants de Soissons, de Laon, de Ghâlons, de Senlis, etc., chacun sa cathédrale à côté, dessinée d'imagination, il est vrai, sans la moindre ressemblance

Fig.

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