‹ Les viveurs de ParisChapitre 22 sur 38 · UNE VOISINE DE CAMILLE · texte numérisé non relu

UNE VOISINE DE CAMILLE

Vous trouvez le discours mauvais?

CAMILLE

Ma foi, oui.

LÀ ToisiKB, iromquemerU.

Alors, Toos n*ea doBneritt pas un m&naeof..

CAMILLE, toisant sa voisina.

Point de personnalités, s'il toos plaiti

CAMÉLIA, poursuivant,

A ce proverbe je répondis aussitôt par an antre, tout aussi coimu et tout aussi juste : — L'union fait Ui force!., — et il me parut démontré que nous centuplerions notre puissance et nos chances de succès, si, an lieu d'éparpiller nos forces à droite et à gancbe, nous les réunissions pour marcher vers un même but. . .

VOIX, à droite.

Très-bien ! très-bien !

CAMÉLIA

Gomment agissons-nous les unes vis-à-rls des antres, je vous le demande?.. — Fort mal, en vérité. — Nous semblons avoir pris cette devise : — Tout pour soi, — rien pour les autres!,, — et nous vivons comme chiens et cjiats. [On rit,)

CAMÉLIA, continuant.

Riez tant que vous voudrez, — je vous défie de me démentir!.. — Voyez plutôt : — que Tune de nous trouve la pie au nid, le phénix, la chose impossible, c'est-à-dire un amant qui ne soit ni trop abominabiement vieux, ni trop effroyablement laid, et qui soit surtout riche et généreux, ses meilleures amies deviennent à rinstant même ses ennemies les plus acharnées ; — elles disent d'elle pis que pendre, — elles la déchirent à belles dents; — leur vie n'a plus qu'un

LB OLOB DBS HlBOBDlitBS. 31

but, — ' leur cerveau qu'une idée fixe : — lui enlever son aaiant, un peu pour ravoir, et beaucoup pour qu'elle ne Tait plusl..

CAMILLE , à demirvoix.

Fi!.. Tborreur!.. moi qui repasse à mes bonnes amies les représentants doul j*ai assez !..

PLUSIEURS voix>

Chat !.. silence!

CAMÉLIA

Nous sommes arrivées à une époque déplorable. — La galanterie est dans le marasme, comme le disait des baaux-arts IHllustre Bilboquet!,. — Les femmes sont pauvres, — les hommes sont gueux ! — Il n'y a pour nous désormais de salut que dans Tunion... — Il nous faut agir de concert et jurer un traité d'alliance, sinon nous sommes perdues !.. — C'est pour cela que i'ai fondé un club, — c'est pour cela que je l'ai nommé le Club des Hirondelles^ parce que, comme les hirondelles, nous sommes des oiseaux charmants et surtout des oiseaux légers !

VOIX^NOMBRKDSES.

Très-bien!., très-bien I

T3NE VOIX, longtemps après que toutes les autres ont

fait silence.

Oh! très-bien 1 {On rit,)

CAMILLE, entre ses dents.

Il y a de la claque ici ! "

UNE VOIX

C'est comme quand vous jouez, ma chère !

CAMILLE

Présidente, on m'insulte!

S) us nflQBS N PARIS.

CAVtLU.

Je m'en moque pas mal !

CAMILLE

Pécore!

CAKÊLIA.

Je TOUS rappelle k Tordre !

CAMILLE

Je m'en fiche I

CAMÉLIA

Je prononce la eensnre !

CAMILLE, faisant le geste familier aux gamins de

Paris.

Voilà poor la censure!..

VOIX NOMBREUSES

Silence !.. A la porte!

CAMILLE

Zut! . {De sa main droite elle frappe légèrement le bas de ses reins.)

{Les cris redoublent- — Camille fait des cornes à tout le monde — Camélia agite la sonnette — U tumulte arrive à son comble, puis enfii le calme se rétablit peu d peu)

CAMÉLIA

Il y a ici certaines personnes dont la conduite est d'ane déplorable indécence!.. — Je pourrais en provoquer immédiatement Texpulsion, mais j'aime mieux m'euTelopper dans ma dignité.

CAMILLE, entre ses dents.

Elle aura là un vilain caraco, la présidente !

CAMÉLIA, continuant.

En ce moment, ma t&che est pénible; mais j'ai ren-

Lfe CLUfe DES RIPOUDBLLKS. 33

contré, dès Tabord, des sympathies bien encourageantes. Ainsi, miss Arabelle, notre charmante hôtesse et amie» a bien voulu mettre son magnifique appartement à notre disposition pour les assemblées du club. «^Ua pareil trait est au-dessosde tout éloge!

TOIX «OMBREUSES.

Oui! oui!.. Bravo!

CAMÉLIA

Par malheur, je vous le répète, les trois premières séances n'ont produit que du gâchis... — Sortons aujourd'hui de cette voie funeste ; — occupons-nous sérieusement de choses sérieuses et utilement de choses ufiles...

VOIX NOMBRBtSES.

Très-bien !

CAMILLE

Je demande la parole.

CAMÉLIA

Est-ce à propos du rappel k l'ordre et de la censure qui vous ont été infligés?

CAMILLE

Je n'y pensais seulement plus.

CAMÉLIA

Alors, je vous refuse la parole.

CAMILLE, 9e reprenant.

Je n'y pensais plus, c'est vrai ; — mais maintenant j*y pense, et je veux m'expliquer.

CAMÉLIA

Alors, venez à la tribune...

[Camille ta prendre la place destinée auX orateurs du club, et située^ comme on saii^ d côté du fauteuit de la présidente.)

Il» 3

CAMÉLIA

Sere^vous longue ?

CAMILLE

Non.

{Elle remplit un. verre d'eau. — Elle le eucre et le

boit d petites gorgées,)

CAMÉLIA

Nous vous attendons.

CAMILLE, après avoir bu.

Je renonce à la parole.

CAMÉLIA

Ètait-cé une dérision?

CAMILLE

C'était un prétexte, présidente. — J*avais soif, et voilà tout.

(Elle regagne sa place au milieu des rires de la plus grande partie de l assemblée et des murmures d'un petit nombre de membres )

CAMÉLIA

Je vais vous soumettre Tordre du jour de la séance d'aujourd'hui.

VOIX NOMBREUSES

Silence !.. écoutez!

CAMÉLIA

L'ordre du jour appelle la discussion d'un projet de loi dont voici les principaux articles :

< ARTICLE PREMIER. — Toutc persouii^ appartenant » au sexe féminin, quelle que soit d'ailleurs sa iiatio- » nalité, pourvu qu'elle n'ait pas moins de quinze ans » et pas plus de trente-cinq, et qu'elle soit déclarée t suffisamment jolie par un comité d'examen corn-

LE CLUB DES HIKOIfDELLBS. 35

» posé de cinq de nos collègues, pQurra être admise*, » sur sa demande, à faire partie du Club des Hirùfi'

• (telles.

» ART. 2. — Chaque affiliée au club, dans un délai » de vingl-quanre heures après sa réception, sera te- » nu3 de faire connaître à un comité spécial le nom de » son amant ou de ses amants, présents et passés, en » accompagnant cette révélation de notes et de détails » très-circonstanciés et très-exacts.

» ART. 3. — La moindre infraction au précédent ^ article, soit par un mensonge, soit même par une

> inexactitude volontaire, motivera, sinon une exclu- » sion immédiate, du moins telle peine disciplinaire » que le comité jugera à propos de prononcer.

» ART. 4. — Toute affiliée devra faire connaître le » nom de tous les hommes qui lui auront fait des pro-

> positions galantes et pécuniaires, dans un délai qui » ne devra pas non plus excéder vingt-quatre heures à » partir du moment où ces propositions lui auront été » faites.

» ART. 5. — Dans le casoii Tun de ces hommes se » trouverait être le protecteur d'une autre des affi- » liées du club, le comité, d*après la connaissance

> qu*il aura de la fortune el de la libéralité de ce ga- » lant, obligera là nouvelle maîtresse à offrir à la dé- » laissée une indemnité suffisante et proportionnée à » la perte qu'elle viendra de faire.

» Art. 6. — Chaque clubiste versera mensuelle- » ment, entre les mains d'une trésorière désignée par i> le suffrage universel, la somme d'un louis à titre de » cotisation volontaire.

» Art. 7. — Cette somme servira à défrayer les » dépenses du club, et l'excédant formera un fonds de

86 LES ViVEOftS M PAHIS.

* secours qni pourra être distribué aux affiliées dans » la débine.

» Art. 8. — Un eomité spécial viendra en dde à » ces dernières, en s'occupant tf ès-activement de leur » trouver des amoureux et en engageant celles des » clubistes qui auraient un trop grand nombre d'à- » mauts à en oider quelques-uns à leurs eoUëgnes B moins heureuses qui n*en auraient pas du tout...

• Art. 9. — Les attachements de cœur sont abso- » lument prohibés. — Us peuvent devenir motif d*ex- » clusion.

» Art. 10. — Toute affiliée soupçonnée de ressen- » tir, à Tendroit de son amant ou de Tun de ses

• amants, autre chose que ^indifférence la plus abso- » lue, recevra une remontrance du comité, à titre » d*avertissement officieux. — En cas d'obstinatioQ » et de récidive, elle cessera de faire partie du Club » des Hirondelles.

» Art. h. — Les clubistes devront garder le se- » cret le plus inviolable sur l'organisation du club et » sur tout ce qui sera dit ou fait pendant les séances.

» Art. 12 et dernier. — Les clubistes jureront » d'une manière solennelle dé se prêter mutuelle- » ment aide et secours en toute circonstance, — d'ou- » blier l'aigreur des dissensions passées et des res- » sentiments jaloux, — d'éviter avec soin toute » occasion et même tout prétexte de rivalité, — enfin » de réunir leurs efforts pour arriver à trouver le » mot du grand problème social qui peut se formuler » ainsi : — l'exploitation de l'homme par u

» FEMME l »

VOIX, adroite.

Très-bien l . . très-bien j

UNE VOIX, à gauche.

Le projet de loi n'a pas le sens commun ! CAMILLE, haussant les épaules* La présidente a la cabocbe détraquée i

BLONDINE. V

Tout ça, c'est des bêtises I

CAMÉLIA

La tribune est libre. — Quelqu'un veut-il parler contre le projet de loi?

BLOMDIMB.

Oui, . . — moi.. . — moi Blondine I

CAMÉLIA

Vous avez la parole.

{Blondine saute par-dessus Us banquettes et va sHnstaller derrière le bureau de la présidente.)

BLONDINE

Je ne vous en dirai pas bien long, Mesdames, mais ce que je dirai sera sonst^, j*ose Tespérer...

UNE voix.

A la question !

BLONDINE

Je u'ai pas encore ouvert la bouche et on me crie : A la question ! — C'est bêle I . .

PLUSIEURS VOIX

Oui... oui...

BLONDINE

Le projet de loi qu'on nous a lu, et rien, c'est absolument la même chose!.. Je vais vous le prouver clair comme le jour. — D'abord, qu'est-ce que c'est que cette idée de vouloir nous faire, donner le signalement, les noms et prénoms, professions et domiciles de tous

nos amants passés, présents et à venir?.. — Ça se fait, pour les gens, à la préfeclure de police, bureau des passeports , — ça se fait, pour les paquets, à la douane ou à l'octroi ; — mais je n'ai jamais entendu dire que ça se soit fait nulle part pour les amoureux !..

[On rit,)

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