ACTE I, SCÈNE V
ARMAND
Comment cela?
DO R MED IL
Oui, de toucher une succession. Vous sentez que je l’accueille avec tous les égards que méritent un Parisien , son accident, son héritage !... et je l’amène au château de Dormeuil , où j’espère bien le garder longtemps , si je ne l’y fixe pas.
Ail M AND, vivement.
Eh quoi ! monsieur , votre intention est donc.... de lui donner Votre nièce ?
DORMEUIL
O ciel ! mon ami , mon jeune ami ,... je n'y songeais pas !.... vous avez raison... Quel trait de lumière !
ARMAND
Grand dieu! qu’ai-je fait!
DORMEUIL
Que je vous embrasse. Et qu’on dise que ces provinciaux n’ont pas des idées... Mon ami, mon excellent ami!
ARMAND
Monsieur, je ne dis pas....
DORMEUIL
Pardonnez-moi ; ma nièce épouse un homme charmant , et moi je fixe un Parisien qui doublera l’agrément de ma terre. Sans vous , je le laissais partir ; oui, sans vous, sans vous! Je reconnais là votre esprit , votre amitié... Que je vous embrasse encore ! •
ARMAND
Mais, mademoiselle votre nièce n’a peut-être pas pour lui dessentimens....
i6 LES VOITÜRES VERSÉES,
DORMEUIL
Au contraire, j’ai déjà remarqué des mots... des
ARMAND
Mais , monsieur , pourquoi donc cette prédilection pour tout ce qui vient de Paris ? car en vérité . .
DORMEUIL
Comment donc ! Paris n’est - il pas le bureau des beaux-arts , le pays des merveilles , le centre de tout ? excepté de l’Anjou, malheureuse-
ment....
ARMAND
Croyez-vous que les gens de province n’aient pas aussi leur mérite ?..
DORMEUIL
Oui ; ce sont d’assez bonnes gens; mais ils n’ont pas ce je ne sais quoi !...
ARMAND
Croyez-vous qu’on ne sache pas aimer en province comme à Paris ?
DORMEUIL
Oui ; mais on n’a pas cette fleur de galanterie...
Et qu’enfin les maris ne soient pas en province...
DORMEUIL
Pardonnez-moi; mais sur mille autres points, quelle différence! Ah ! si vous aviez fait , comme moi, deux voyages dans cette ville unique. Amateur comme je le suis, pourquoi des intérêts