JEANNE, LE SONNEUR
LE SONNEUR
La cloche te plaît doue toujours ?
JEANNE
J’ai cru parfois
Que le son de la cloche est un fleuve de voix, Eployant par le Ciel, ses nappes d’harmonies,
Avec une douceur ample de litanies.
LE SONNEUR
Quand je te faisais voir la cloche : à -son aspect.
Tu devenais très grave, et, tremblants de respect,
Tes doigts s’y promenaient comme sur de la moire...
JEANNE
Et la cloche au repos chantait dans ma mémoire : .
Les baptêmes du jour des Rois, la messe en blanc.
Et Ta procession qui va se déroulant
Dans une fête de clartés, le long des chaumes.
Sous l’ouragan de bronze où se fondent les psaumes,
LE SONNEUR
La cloche sonne aussi pour les deuils
JEANNE
Mais alors
Je ne savais pas bien comment on pense aux morts.
Ni lorsque l’incendie à l’horizon s’allume.
Que les coups du tocsin ont des cœurs pour enclume.
LE SONNEUR
Quel chagrin, tout à coup, est venu t’assaillir.
Que tu parles ainsi ?
JEANNE
Je commence à vieillir.
LE SONNEUR
C’est un crime à treize ans.
JEANNE (riant)
Tu paieras ce reproche, En me la faisant voir de nouveau.
LE SONNEUR
Qui?
JEANNE
La cloche.
Pour savoir s’il est bien comme avant, son métal.
LE SONNEUR
Parce que ?
JEANNE
J’ai trouvé son accent plus brutal.
LE SONNEUR
Un pain moisi m’attend dans ma triste masure,
J’y vais.
JEANNE
Tantôt avec une bonne mesure De blé tout neuf, j’irai te visiter.
LE SONNEUR
Merci.
Mais toi, ne vas-tu pas dîner de rêve ici,
Comme un chardonneret qui chante et qui picore ?
JEANNE
Je n’ai pas récité mon Angélus encore.
LE SONNEUR
A ton gré !... mais prends garde à quelqu’esprit trompeur. /