JEANNE, HAUVIETTE
HAUVIETTE
Combien tu parais esseulée ; On ne te croirait plus chez nous.
JEANNE
Si tu savais !
MAUVIETTE
Mais je voudrais savoir, Jeanne, à quoi tu révais !
Oh ! je ne rêvais pas ! — Ne le dis à personne —
Je voyais!... mais tu vas sourire.
HATTYIETTE
Je frissonne.
JEANNE
J’ai vu sous leurs chapeaux de fleurs encerclés d’or.
Dans des robes de lune, où leur éclat s’endort^
Des Saintes se dresser dans un chœur de ramures !... Leurs cheveux avaient la couleur des moissons mûres. Et leurs yeux qui parlaient à mon regard mortel.
Leurs yeux étaient plus doux qu’une lampe d’autel...
MAUVIETTE
Sainte Vierge !
JEANNE
Qu’as-tu ?
MAUVIETTE
Je voudrais n’y pas croire.
Car j’ai trop peur du prix que Dieu met à sa gloire.
Les Voix ne m’ont parlé que d’aimable vertu.
HAUVIETTE
Oui, mais notre Curé disait, t’en souviens-tu :
(( Il entre du martyre en tout destin sublime,
Et, si l’on est choisi, c’est pour être victime ».
JEANNE
Alors, ma sœur ?
HAUVIETTE
Le sceau terrible est sur ton front.
JEANNE
Mes Saintes m’ont quittée.
HAUVIETTE
Elles te reviendront.
{On entend du côté de la maison de Jeanne des éclats de voix et notamment ces paroles de colère, grommelées par Jacques d'Arc, père de Jeanne.)
LA VOIX {de Jacques d'Arc)
Qu’est-ce que peut bien faire encor cette gamine ?
HAUVIETTE
Je vais les rassurer... N’allonge pas ta mine.
Tes parents y verraient l’annonce de malheurs ;
Fais un peu de toilette et lave bien tes pleurs.