SCÈNE XI
JEANNE (seule)
Seigneur, peut-on souffrir ainsi sans qu’on en meure ? Oui puisque votre fils, la veille de mourir,
A pu suer le sang à force de souffrir.
Puisqu’il eut peur, malgré sa puissance infinie.
Ayez pitié de moi, Jésus en agonie.
Je comprends qu’il me faut vous ressembler un peu. Ayez pitié de la bergère, Agneau du Dieu !
Eh bien donc, c’est parfait ainsi ; famé en tempête.
Le cœur mort, le courage éteint, me voici prête A faire sans la voir la Sainte Volonté.
Seigneur, je ne suis plus qu’un peu d’humilité Et beaucoup de souffrance... Alors je vous demande D’accepter simplement ma douloureuse offrande,
Et malgré les terreurs, les doutes, le trépas.
De m’accorder toujours que je ne pèche pas,
Que je sois comme vous un peu cette victime Qui sut mourir sans plainte ayant vécu sans crime, Que je sois à jamais plus pure que... le feu.
Ayez pitié de la bergère. Agneau de Dieu !