SCÈNE II
WARWICK, CAUCHON, Jean D’ESTIVET
WARWICK
Vos hésitations laissent assez entendre.
Que le supplice encor pourrait se faire attendre.
Je vous croyais plus ferme. Évêque,
CAUCHON
Ou plus brutal.
Voulez-vous d’un bûcher lui faire un piédestal ? Faut-il que le profit que notre cause en tire.
Soit d’ériger l’autel d’une vierge-martyre ? Cependant que l’Histoire, au rang des plus mauvais. Mettra Pierre Cauchon, évêque de Beauvais ?
WARWICK
Que m’importe ?
CAUCHON
La honte est-elle moins complète Quand un homme se vend
Alors ?
(A Warwick)
Pour celui qui l’achète ?
WARWICK
CAUCHON
Il faut, pour nous et poùr vous à la fois, Que Jeanne se renie en reniant ses voix.
C’est juste.
JEAN d’ESTIVET WARWICK
Mais comment ?
CAUCHON
Par l’horreur salutaire
Du feu... la solitude... Et puis... laissez-moi faire.
JEAN d’ESTIVET
Que lui promettrez-vous pour en avoir raison,
La vie ?
CAUCHON
Oui ! mais au fond d’une bonne prison.
WARWICK
La prison la meilleure est encore la tombe.
JEAN d’ESTIVET
Il est plus d’un chemin discret pour qu’elle y tombe.
CAUCHON
Nous l’aurons supprimée en tuant son passé.
Dès lors qui chercherait où cette ombre a glissé ?
Soit !
JEAN d’ESTIVET
Mais si cette âme était encore rebelle ?
CAUCHON
Alors l’enfer pour nous, et le bûcher pour elle !
— : RIDEAU