‹ Les voix intérieures: Les rayons et les ombresChapitre 17 sur 52 · APRÈS UNE LECTURE DE DANTE · texte numérisé non relu

APRÈS UNE LECTURE DE DANTE

Quand le poète peint l'enfer, il peint sa vie :

Sa vie, ombre qui fuit de spectres poursuivie ;

Forêt mystérieuse où ses pas effrayés

S'égarent à tâtons hors des chemins frayés;

Noir voyage obstrué de rencontres difformes ;

Spirale aux bords douteux , aux profondeurs énormes

Dont les cercles hideux vont toujours plus avant

Dans une ombre où se meut l'enfer vague et vivant!

Cette rampe se perd dans la brume indécise ;

Au bas de chaque marche une plainte est assise ,

Et Ton y voit passer avec un faible bruit

Des grincements de dents blancs dans la sombre nuit.

Là sont les visions, les rêves, les chimères ;

Les yeux que la douleur change en sources amèrcs;

L'amour, couple enlacé, triste et toujours brûlant ,

Qui dans un tourbillon passe une plaie au flanc ;

Dans un coin la vengeance et la faim , sœurs impics ,

Sur un crâne rongé côte à côte accroupies;

Puis la pâle misère, au sourire appauvri ;

L'ambition , l'orgueil , de soi-même nourri f

Et la luxure immonde et l'avarice infâme

Tous les manteaux de plomb dont peut se charger l'Âme ! Plus loin', la lâcheté, la peur, la trahison Offrant des clefs à vendre et goûtant du poison ; Et puis, plus bas encore, et tout au fond du gouffre , Le masque grimaçant de la haine qui souffre !

Oui , c'est bien là la vie, ô poète inspiré !

Et son chemin brumeux d'obstacles encombré.

Mais, pour que rien n'y manque, en cette route étroite,

Vous nous montrez toujours debout à votre droite

Le génie au front calme, aux yeux pleins do rayons ,

lie Virgile serein qui dit : « Continuons 1 »

Août 4830.

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