‹ Les voix intérieures: Les rayons et les ombresChapitre 24 sur 52 · LE POETE À LUI-MÊME · texte numérisé non relu

LE POETE À LUI-MÊME

Tandis que sur les bois, les pi es et les charmilles, S'épanchent la lumière et la splendeur des cieux , Toi, poète serein, répands sur les familles, Répands sur les enfants et sur les jeunes filles, Répands sur les vieillards ton chant religieux !

Montre du doigt la rive à tous ceux qu'une vojle

Traîne sur le flot noir par les vents agité :

Aux vierges, l'innocence, heureuse et noble étoile;

A la foule, l'autel que l'impiété voile;

Aux jeunes, l'avenir; aux vieux, l'éternité!

Fais filtrer ta raison dans l'homme et dans la femme; Montre à chacun le vrai du côté saisissant.

Que tout penseur en toi trouve ce qu'il réclame. Plonge Dieu dans les cœurs, et jette dans chaque âme Un mot révélateur propre à ce qu'elle sent.

Ainsi, sans bruit dans l'ombre, ô songeur solitaire, Ton esprit, d'où jaillit ton vers que Dieu bénit, Du peuple sous tes pieds perce le crâne austère ; Comme un coin lent et sûr, dans les flancs de la terre, La racine du chêne entr' ouvre ie granit.

Juin 4839.

192 LES RAYOK&

On croyait dans ces temps où le pâtre nocturne, Loin dans l'air, au-dissus de son front taciturne, Voyait parfois, témoin par l'ombre recouvert, Dans un noir tourbillon de tonnerre et de pluie, Passer rapidement la figure éblouie D'un prophète emporté par l'Esprit au désert 1

On croyait dans les, jours du barde et du trouvère ! Quand tout un monde armé se ruait au Calvaire

Pour délivrer la Croix, Et pour voir le lac sombre où Jésus sauva Pierre, L'Horeb et le Cédron , et les portes de pierre

Du sépulcre des roisl

On croyait dans ce siècle où tout était prière ;

Où Louis, au moment de ravir la Vallière,

S'arrêtait éperdu devant un crucifix ;

Où l'autel rayonnait près du trône prospère;

Où, quand le roi disait : « Dieu seul est grand, mon père ! >

L'évèque répondait : « Dieu seul est grand, mon (ils! »

Les pâtres maintenant dorment dans les ravines; Jérusalem est turque; et les moissons divines

N'ont plus de moissonneur.

La royauté décline et le peuple se lève.

Hélas ! l'homme aujourd'hui ne croit plus, mais il rêve.

Lequel vaut mieux, Seigneur?

Mar* J839«

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