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Livre et prêtre sont morts. Et la foi maintenant

Cette braise allumée à ton foyer tonnant ,

Qui , marquant pour ton Christ ceux qu'il préfère aux autres,

Jadis purifiait la lèvre des apôtres,

N'est qu'un charbon éleint dont les petits enfants

Souillent ton mur avec des rires triomphants ! »

L'autre voix dit : « Pardonne ! aime ! Dieu qu'on révère,

Dieu pour l'homme indulgent ne sera point sévère.

Respecte la fourmi non moins que le lion.

Rêveur! rien n'est petit dans la création.

De l'être universel l'atome se compose ;

Dieu vit un peu dans tout, et rien n'est peu de chose.

Cultive en toi l'amour, la pitié, les regrets. Si le sort te contraint d'examiner de près L'homme souvent frivole, aveugle et téméraire , Tempère l'œil du juge avec les pleurs du frère; Et que tout; ici-bas, l'air, la fleur, le gazon; Le groupe heureux qui joue au seuil de ta maison; Un mendiant assis à côté d'une gerbe ; Un oiseau qui regarde une mouche dans l'herbe ; Les vieux livres du quai , feuilletés par le vent , D'où l'esprit des anciens, subtil, libre et vivant, S'envole, et, souffle errant, se mêle à tes pensées; La contemplation de ces femme* froissées Qui vivent dans les pleurs comme l'algue dans l'eau ; L'homme, ce spectateur; le monde, ce tableau; Que cet ensemble auguste où l'insensé se base Tourne de plus en plus ta vie et ton extase Vers l'œil mystérieux qui nous regarde tous , Invisible veilleur, témoin intime et doux, Principe, but, milieu, clarté, chaleur, dictame, Secret de toute chose entrevu par toute âme!

« N'allume aucun enfer au tison d'aucun feu.

N'aggrave aucun fardeau. Démontre l'âme et Dieu , L'impérissable esprit, la tombe irrévocable; Et rends douce à nos fronts, que souvent elle accable , lia grande main qui grave en signes immortels Jamais! sur les tombeaux; toujours I sur les autels. »

La troisième voix dit : « Aimer? haïr? qu'importe! Qu'on chanteou qu'on maudisse, etqu'onentreouqu'onsorte, Le mal , le bien , la mort, les vices, les faux dieux , Qu'est-ce que tout cela fait au ciel radieux?

La végétation, vivante, aveugle et sombre,

En couvre-t-elle moins de feuillages sans nombre,

D'arbres et de lichens, d'herbe et de goémons ,

Les prés, les champs, les eaux, les rochers et les monts?

L'onde est-elle moins bleue et le bois moins sonore?

L'air promène-t-il moins, dans l'ombre et dans l'aurore,

Sur les clairs horizons, sur les flots décevants,

Ces nuages heureux qui vont aux quatre vents ?

Le soleil qui sourit aux fleurs dans les campagnes,

Aux rois dans les palais, aux forçats dans les bagnes,

Perd-il, dans la splendeur dont il est revêtu ,

Un rayon quand là terre oublie une vertu?

Non, Pan n'a pas besoin qu'on le prie et qu'on l'aime.

sagesse 1 esprit pur 1 sérénité suprême 1

Zeus! Irmensuil Wishnou! Jupiter! Jéhova!

Dieu que cherchait Socrate et que Jésus trouva !

Unique Dieu 1 vrai Dieu ! seul mystère ! seule âme !

Toi qui, laissant tomber ce que la mort réclame,

Fis les cieux infinis pour les temps éternels !

Toi qui mis dans l'éther plein de bruits solennels,

Tente dont ton haleine émeut les sombres toiles ,

Des millions d'oiseaux, des millions d'étoiles!

Que te font, ô Très-Haut ! les hommes insensés ,

Vers la nuit au hasard l'un par l'autre poussés ,

Fantômes dont jamais tes yeux ne se souviennent,

Devant ta face immense ombres qui vont et viennent! »

Dans ma retraite obscure où, sous un rideau vert. Luit comme un œil ami maint vieux livre entr'ouvert

Où ma Bible sourit dans l'ombre à mon Virgile , J'écoute ces trois voix. Si mon cerveau fragile S'étonne, je persiste; et, sans peur, sans effroi, Je les laisse accomplir ce qu'elles font en moi. Car les hommes, troublés de ces métamorphoses , Composent leur sagesse avec trop peu de choses. Tous ont la déraison de voir la Vérité Chacun de sa fenêtre et rien que d'un côté, Sans qu'aucun d'eux , tenté par ce rocher sublime , Aille en faire le tour et monter sur sa cime.

Et de ce triple aspect des choses d'ici-bas , De ce triple conseil que l'homme n'entend pas, Pour mon cœur où Dieu vit, où la haine s'émousse , Sort une bienveillance universelle et douce Qui dore comme une aube et d'avance attendrit Le vers qu'à moitié fait j'emporte en mon esprit Pour l'achever aux champs avec l'odeur des plaines, Et l'ombre du nuage, et le bruit des fontaines.

Avril 4840.

le Retour

Durs! nous t'irons chercher ! — Ce jour viendra peut-être! Car nous t'avons pour dieu Sans t'uvoir eu pour maître ! Car notre œil s'est mouillé de ton destin fatal ; Et, sous les trois couleurs comme sous l'oriflamme , Nous ne nous pendons pas à cette corde infâme Qui t'arrache à ton piédestal!

Oh ! va, nous te ferons de belles funérailles ! Nous aurons l>ien aussi peut-être nos batailles, Nous en ombragerons ton cercueil respecté !

Nous y convierons tout, Europe, Afrique, Asie, Et nous t'a minerons la jeune Poésie Chantant la jeune Liberté.

Ode a la Colonne. — Octobre I83T

Après la dernière bataille , Quand , formidable» et béants , Six cents canons sous la mitraille Eurent écrasé les géants; Dans ces jours où caisson qui roule, Blessés , chevaux , fuyaient en foule Où Ton vit choir Paigle indompté, Et, dans le bruit et la fumée, Sous l'écroulement d'une armée, Plier Paris épouvanté ;

Quand la vieille garde tut morte , Trahi des uns, de tous quitté, - Le grand Empereur, sans escorte f Rentra dans la grande cité.

Dans l'ancien palais Elysée Il s'arrêta , l'âme épuisée ; Et, n'attendant plus de secours, Repoussant la guerre civile , Avant de sortir de sa ville, Triste , il la contempla trois jours !

Sa tête enfin était courbée !

Plus de triomphes ! plus de cris !

Sa popularité tombée Couvrait sa gloire de débris.

9 Partout l'abandon et la haine!

Le soir , quelque passant à peine, S'nrrêlant, mais sans reprocher , Dans le palais cherchai \ le maître, A travers la haute Tenet Regardait son ombre îni.cher!

Durant ces heures solennelles , Tandis qu'il sondait son malheur , L'œil des muettes sentinelles L'interrogeait avec douleur.

Soldats toujours prêts pour la lutte , Hélas! ils comptaient de sa chute Chaque symptôme avant- coureur; Et , comme un jour qui se relire , Us voyaient s'effacer l'empire Dans le regard de l'Empereur !

Adieu ses légions sans nombre! Adieu ses cam; s victorieux!

11 se scniait poussé vers l'ombre

Far un souffle mystérieux I La nuit, sa fièvre était sans trêves; Il voyait flotter dans ses rêves Le spectre d'un rocher lointain* Déjà , rame d'angoisses pleine , Il entrevoyait Sainte-Hélène Dans les brumes de son destin l

Le jour , en proie à la pensée ,

L'œil fixé sur le- sol sacré ,

Le front sur la vitre glacée ,

Il disait : « Oh! je reviendrai!

Je reviendrai ! toujours le même,

Seul , sans pourpre et sans diadème ,

Sans bataillons et sans trésors;

Je veux , proscrit , chassé , qu'importe?

Choisir pour rentrer cette porte ,

Cette porte par où je sorsl

« Une nuit , dans une tempête , Rapporté par un vent des cieux , Avec des éclairs sur la tête , Je surgirai, vivant , joyeux !

Mes vieux compagnons d'aventure Dormiront dans la brume obscure , Et tout à coup à l'Orient Ils verront luire , ô délivrance J Mon œil rayonnant pour la France , Pour l'Angleterre flamboyant!

« J'apparaîtrai dans les ténèbres Ace Paris aui m'adora;

Le jour succède aux nuits funèbres , Et mon peuple se lèvera !

Il se lèvera plein de joie , Pourvu que dans l'ombre il me voie Chassant l'étranger, vil troupeau.

Pâle, la main de sang trempée, Avec le tronçon d'une épée , Avec le haillon d'un drapeau ! »

Sire , vous reviendrez dans votre capitale , Sans tocsin, sans combat , sans lutte et sans fureur, Traîné par huit chevaux sous l'arche triomphale , En habit d'empereur 1

Par cette même porte , où Dieu vous accompagne , Sire , vous reviendrez sur un sublime char , Glorieux , couronné , saint comme Charlemagne Et grand comme César 1

Sur votre sceptre d'or , qu'aucun vainqueur ne foule , On verra resplendir votre aigle au bec vermeil , Et sur votre manteau vos abeilles en foule Frissonner au soleil !

Paris sur ses cent tours allumera des phares; Paris fera parler toutes ses grandes voix ; Les cloches , les tambours > les clairons , les fanfares, Chanteront à la fois !

DE L'EMPÊREUft. 32?

Joyeux comme l'enfant quand l'aube recommence, Ému comme le prêtre au seuil du lieu sacré , Sire , on verra vers vous venir un peuple immense , Tremblant , pale , effaré;

Peuple qui sous vos pieds mettrait les lois de Sparte , Qu'embrase votre esprit, qu'enivre votre nom, Et qui flotte , ébloui , du jeune Bonaparte Au vieux Napoléon !

Une nouvelle armée , ardente d'espérance , Dont les exploits dé j;\ sèmeront la terreur, Autour de votre char criera : « Vive la France ! Et vive l'Empereur ! »

En vous voyant passer, ô chef du grand Empire ! Le peuple et les soldats tomberont à genoux .; Mais vous ne pourrez pas vous pencher pour leur dire : Je suis content de vous !

Une acclamation douce , tendre et hautaine , Chant des cœurs , cri d'amour où l'extase se joint , Remplira la cité ! mais , ô mon capitaine !

Vous ne l'entendrez point !

De sombres grenadiers , vétérans qu'on admire , Muets, de vos chevaux viendront baiser les pas ; Ce spectacle sera touchant et beau ; mais sire, Vous ne le verrez pas!

Car , 6 géant! couché dans une ombre profonde , Pendant qu'autour de vous , comme autour d'un ami ,

S'éveilleront Pans, et la France, et le monde» Vous serez endormi !

Vous serez endormi , figure auguste et fière , De ce morne sommeil, plein de rêves pesants, Dont Barberousse , assis sur sa chaise de pierre , Dort depuis six cents ans!

L'épée au flanc, l'œil clos , la main encore émue Par le dernier baiser de Bertrand éperdu , Dans un lit où jamais le dormeur ne remue Vous serez étendu 1

Pareil à ces soldats qui , devant cent murailles, Avaient suivi vos pas , vainqueurs, toujours debout, Et qui, touchés un soir par le vent des batailles, Se couchaient tout à coup !

Leur attitude grave, altière, armée encore, Ressemblait au sommeil , et non point au trépas; Mais la diane, hélas! cette voix de l'aurore, Ne les réveillait pas !

Si bien que, vous voyant glacé, dans son délire, Et tel qu'un dieu muet qui se laisse adorer, Ce peuple , ivre d'amour , venu pour vous sourire, Ne pourra que pleurer!

Sire , en ce moment-là , vous aurez pour royaume Tous les fronts, tous les cœurs qui battront sous le ciel; Les nations feront asseoir votre fantôme Au trône universel I

Les poètes divins, élite agenouillée, Vous proclameront grand, vénérable, immortel, Et de votre mémoire, injustement souillée, Redoreront l'autel.

Les nuages auront passé dans votre gloire; Rien ne troublera plus son rayonnement pur; Elle se posera sur toute notre histoire Comme un dôme d'azur!

Vous serez pour tout homme une âme grande et bonne, Pour la France un proscrit magnanime et serein, Sire, et pour l'étranger, sur la haute colonne, Un colosse d'airain!

Vous cependant, — tandis qu'une pompe sacrée Mènera par la ville un cortège inouï, Et que tous croiront voir revivre à votre entrée Un monde évanoui ;

Tandis qu'on entendra, près du dôme où des ombres Gardent tous /es grands noms dont Paris se souvient, Rugir les vieux, canons comme des dogues sombres Quand le maître revient;

Tandis que votre nom, devant qui tout s'efface, Montera vers les cieux, puissant, illustre et beau, — Vous sentirez ronger dans l'ombre votre face Par le ver du tombeau I

380 LE RETOtft

Sombres événements ! hérauts aux noirs messages ! Masques dont le Seigneur connaît seul les visages, Que vous parlez parfois un langage effrayant ! Obi n'a rracbez- vous pas au livre de Dieu même Ces feuillets ténébreux, pleins d'un vague a na thème, Que vous nous jetez en fuyant?

Rien n'est complet; à tout il manque quelque chose : L'homme a le pilori; l'ombre a l'apothéose.

Ces héros sont trop grands! un même sort les suit. Hélas! tous les Césars et tous les Charlemagnes Ont deux versants, ainsi que les hautes montagnes : D'un côté le soleil, et de l'autre la nuit !

Et quel temps fut jamais plus grave et plus sévère? Le Christ déraciné tremble sur le Calvaire.

Oh! que d'écroulements! tout chancelle à la fois, Tout plie et rompt, les grands sous la charge des haines Les rois sous le fardeau du sort, les lois humaines Sous le poids des divines lois !

Rien de ces noirs débris ne sort — que toi, pensée!

Poésie immortelle à tous les vents bercée !

Ainsi, pour s'en aller en toute liberté,

Au t»rc de l'air qui souffle ou de l'eau qui s'épanche,

Teinte à peine de sang, la plume chaste et blanche

Tombe de l'oiseau mort et du nid dévasté!

Sainte-Hélène! — leçon! chute! exemple! agonie! L 'Angleterre, à la haine épuisant son génie, Se mit à dévorer ce grand homme en plein jour; Et l'univers revit ce spectacle nomérique :

La chaîne, le rocher brûlé du ciel d'Afrique, Et le Titan — et le vautour!

Cependant ces tourments, cette augustfe infortune, Cette rage punique, implacable rancune, Faisant saigner d'en bas le grand crucifié, Ces affronts qui tombaient sur toute âme hautaine, Comme un vase profond où coule une fontaine, Emplissaient lentement le monde de pitié.

Pitié des nobles cœurs ! cris de toute la terre ! Qui t'irritaient dans l'ombre, o geôlier d'Angleterre ! Car l'admiration, de son feu souverain, Endurcit l'homme vil, amollit la grande âme.

Hélas! où pleure un brave, un lâche rit. La flamme Sèche la fange et fond l'airain!

Lui, pourtant, restait fier comme un roi chez son hôte.

On l'entendait parler dans son île à voix haute.

Il rêvait; il dictait d'illustres testaments;

i I repoussait l'oubli dont l'exil s'enveloppe ;

Et, quand son œil parfois se tournait vers l'Europe,

Il en venait encor de grands rayonnements.

Un f'ur, — Lanne assoupi tressaillit sous son dôme; Les ;}i:atre aigles pensifs de la place Vendôme Frv mirent en voyant passer un noir corbeau.

On regarda : la nuit était sur Sainte-Hélène ; Un guichetier anglais sous son impure haleine Avait éteint le grand flambeau!

Vingt ans il a dormi dans cette lie lointaine!

Dans les monts, près d'un saule, au bord d'une fontaine,

Sans affront, sans honneur; Vingt 'ans il a dormi sous une dalle obscure , Seul avec l'Océan, seul avec la nature,

Seul avec vous, Seigneur!

Là, dans la solitude, après tant de tempêtes, Tandis que son esprit revivait dans nos têtes, \ Que l'Europe indignée exécrait sa prison, Et que les rois, tremblant jusque dans les entrailles, Voyaient le tourbillon de toutes ses batailles Gronder confusément encore à l'horizon-

Durant les nuits, à l'heure où l'âme dans l'espace N'entend que l'eau qui fuit, le cormoran qui passe,

Le flot des flots heurté, L'air balayant les monts que la nuée encombre, Et ce que dit tout bas à l'éternité sombre

La sombre immensité ;

Quand la foret frissonne au front de la colline ; Quand le ciel lentement vers l'Océan s'incline; Lorsque, brisant sa vague aux nocturnes rayons, La mer, où vont plongeant des étoiles sans nombre,

Semble écumer dans l'ombre Au choc étincelant des constellations;

Dans ces heures de paix, les déserts, les vallées, Les vents, les bois, les monts, les sphères étoilées,

Chantant un divin chœur, Couvrant d'oubli sa tombe aux bruits humains murée, F.nsemblc accomplissaient la fonction sacrée

De calmer ce grand cœur !

Jadis, quand vous vouliez, conquérir une ville, Ratisbonnc ou Madrid, Varsovie ou Se ville, Vienne l'austère, ou Naple au soleil radieux, Vous fronciez le sourcil, 6 ligure idéale !

Mors tout était dit. La garde impériale Faisait trois pas comme les dieux !

Vos batailles, ô roi ! comme des mains fatales, L'une après l'autre, ont pris toutes les capitales; Il suffit d' lé n a pour entrer à Berlin, D'ArcoIe pour entrer à Mantoue, ô grand homme <Lodi mène a Milan, Marengo mène à Rome, La Moskowa mène au Kremlin !

Paris coûte plus cher! C'est la cite sacrée!

C'est la conquête ardue, Apre, démesuiée !

Le but éblouissant des suprêmes efforts !

Pour entrer dans Paris, la ville de mémoire, Sire, il faut revenir de la sombre victoire Qu'on remporte au pays des morts !

Il faut avoir forcé toute haine à se taire, Rallié tout grand cœur et tout grand caractère, S'être fait de l'Europe et l'aine et le milieu, Et, debout dans la gloire ainsi que dans un temple, Être pour l'univers, qui de loin vous contemple, Plus qu'un fantôme et presque un dieu !

Il faut, soleil du siècle, en éclipser les astres; Il faut, héros accru même par les désastres, Dépasser Lafayette, effacer Mirabeau, Sortir du fond des mers où l'autre ciel commence, Et mêler la grandeur de l'Océan immense A la majesté du tombeau J

Oh ! t' abaisser n'est pas facile,

France, sommet îles nations!

Toi que l'idée a pour asile,

Mère des révolutions!

Aux choses dont tu fais le moule

Tout l'univers travaille en foule ;

Ta chaleur dans ses veines coule;

Il t' obéit avec orgueil ;

Il marche, il forge, il tente, il fonde;

Toi, tu penses, grave et féconde... —

La France est la télé du monde,

Cyclope dont Paris est l'œil !

Te détruire? audace insensée!

Crime! folie! impiété!

Ce serait ôter la pensée À la future humanité!

Ce serait aveugler les races !

Car, dans le chemin que tu traces, Dans le cercle où tu les embrasses, Tous les peuples doivent s'unir!

L'esprit des temps à ta voix change !

Tout ce qui r.alt sous toi se range ! — Qui donc ferait ce rêve étrange De décapiter l'avenir?

Te bâillonner? — Rois, Dieu lui-même

Pourra vous le prouver bientôt, Ce siècle est un profond problème Dont la France seule a le root.

Ce siècle est debout sur la rive, D'une voix terrible ou plaintive, Questionnant quiconque arrive, Tribuns, penseurs, — ou rois, hélas !

Il propose à tous, dès l'aurore, L'énigme inexpliquée encore, Et, comme le sphinx, il dévore Celui qui ne le comprend pas.

T'insulter? — mais, s'il se rencontre Des rois pour courir ce danger, Vois donc les choses que Dieu montre A ceux qui voudraient t' outrager !

Vois, sous l'arche où sont nos histoires, Wagram les mains de poudre noires, Ulm, Essling, Eylau, cent victoires, Défiler au bruit du tambour !

Dieu, quand l'Europe te croit morte, Prend l'Empereur et te l'apporte, Et fait repasser sous ta porte Toute ta gloire en un seul jour !

T'insulter! l'insulter! ma mère!

Mais n'avons-nous pas tous, ô ciel !

Parmi nos livres, près d'Homère, Quelque vieux sabre paternel?

Nos pères sont morts, France aimée!

Mais de leur foule ranimée Peut-être on ferait une armée

Comme on en fait un Panthéon !

Prêls à surgir au bruit des bombes, Prêts à se lever si tu tombes, Peut-être sont-ils dans leurs tombes Entiers comme Napoléon !

Toi, héros de ces funérailles, Roi! génie! empereur! martyr!

Les temps sont clos ! dans nos murailles Rentre pour ne plus en sortir!

Rentre aussi dans ta gloire entière, Toi qui mêlais d'une main fière, Dans l'airain de ton œuvre altière, Tous les peuples, tous les métaux !

Toi qui, dans ta force profonde, Oubliant que la foudre gronde, Voulais donner ta forme au monda Comme Alexandre au mont Athps !

Tu voulais, versant notre sève Aux peuples trop lents à mûrir, Faire conquérir par le glaive Ce que l'esprit doit conquérir.

Sur Dieu même prenant l'avance, Tu prétendais — vaste espérance ! — *• Remplacer Rome par la France Régnant du Tage à la Neva; Mais de tels projets Dieu se venge.

Duel effrayant ! guerre étrange !

Jacob ne luttait qu'avec l'ange, Tu luttais avec Jéhova !

Nul homme en ta marche hardie N'a vaincu ton bras calme et fort :

A Moscou, ce futTincendie; A Waterloo, ce fut le sort.

Que t'importe que l'Angleterre Fasse parler un bloc de pierre Dans ce coin fameux de la terre Où Dieu brisa Napoléon, Et, sans qu'e! 1- même ose y croire, Fasse attester devant l'histoire Le mensonge d'une victoire Par le fantôme d'un lion?

Oh! qu'il tremble, au vent qui s'élève^ Sur son piédestal incertain , Ce lion chancelant qui rêve, Debout dans le champ du destin!

Nous repasserons dans sa plaine î Laisse-le donc conter sa haine Et répandre son ombre vaine Sur tes braves ensevelis!

Quelque jour, — et je l'attends d'elle !

Ton aigle, à nos drapeaux fidèle, Le soufflettera d'un coup d'aile En s'en allant vers Austerliu!

Décembre JS40,

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