LE MONDE ET LE SIÈCLE
Pour que l'iniquité règne, pour que l'envie, Emplissant tant de fronts de brasiers dévorants, Fasse petits des cœurs que l'amour ferait grands ! Si c'est pour que le prêtre, infirme et triste apôtre, Marche avecses deux yeux, ouvrant l'un, fermant l'autre, Insulte à la nature au nom du verbe écrit. Et ne comprenne pas qu'ici tout est l'esprit. Que Dieu met comme en nous son souffle dans l'argile, Et que l'arbre et la fleur commentent l'évangile ! Si c'est pour que personne enfin, grand ou petit. Pas même le vieillard que l'âge appesantit. Personne, du tombeau sondant les avenues. N'ait l'austère souci des choses inconnues. Et que, pareil au bœuf par l'instinct assoupi. Chacun trace un sillon sans songer à l'épi ! Car l'humanité morne, et manquant de prophètes. Perd l'admiration des œuvres que vous faites ; L'homme ne sent plus luire en son cœur triomphant Ni l'aube, ni le lys, ni Tange, ni l'enfant. Ni l'âme, ce rayon fait de lumière pure. Ni la création, cette immense figure !
De là vient que souvent je rêve et que je dis : — Est-ce que nous serions condamnés et maudits ? Est-ce que ces vivants, chétivement prospères. Seraient déshérités du souffle de leurs pères ? O Dieu ! considérez les hommes de ce temps. Aveugles, loin de vous sous tant d'ombres flottants ! Éteignez vos soleils, ou rallumez leur flamme ! Reprenez votre monde, ou donnez-leur une âme!
17 juin 183g.
i84 LES RAYONS ET LES OMBRES