A M. LE D. DE
Avec les noirs corbeaux s 'enfuyant par volées. Les ombres des héros à vos chênes mêlées.
Ami, vous le savez, spectateur sérieux, »
J'ai rêvé bien des fois dans ces champs glorieux. Qui, forcés par le soc, eux, vieux témoins des guerres, A donner des moissons comme des champs vulgaires. Pareils au roi déchu qui, craignant le réveil, Revoit sa gloire en songe aux heures du sommeil, Le jour, laissent marcher les bouviers dans leurs seigles. Et reçoivent, la nuit, la visite des aigles !
Oh ! respectez, enfant d'un siècle où tout se vend, Rome morte à côté d'un village vivant ! Que votre piété, qui sur tout veut descendre. Laisse en paix cette terre ou plutôt cette cendre ! Vivez content ! dès l'aube, en vos secrets chemins, Errez avec la main d'une femme en vos mains ; Contemplez, du milieu de tant de douces choses, Dieu qui se réjouit dans la saison des roses ; Et puis, le soir, au fond d'un coffre vermoulu. Prenez ce vieux Virgile où tant de fois j'ai lu ; Cherchez l'ombre, et, tandis que dans la galerie Jase et rit au hasard la folle causerie, Vous, éclairant votre âme aux antiques clartés. Lisez mon doux Virgile, ô Jule, et méditez !
Car les temps sont venus qu'a prédits le poëte ! Aujourd'hui, dans ces champs, vaste plaine muette. Parfois le laboureur, sur le sillon courbé, Trouve un noir javelot qu'il croit des cieux tombé. Puis heurte pêle-mêle, au fond du sol qu'il fouille. Casques vides, vieux dards qu'amalgame la rouille. Et, rouvrant des tombeaux pleins de débris humains. Pâlit de la grandeur des ossements romains !
9 juin 1839.
i86 LES RAYONS ET LES OMBRES