‹ Les voix intimes [microforme]Chapitre 30 sur 86 · LAMARTINE · texte numérisé non relu

LAMARTINE

L'autre soir, accoudé sur le bord de ma table, La cigarette aux dents et la plume à la main, J'essayais de ravir à ma muse indomptable

Des vers que je voulais risquer le lendemain.

Mais, hélas ! la cruelle avec indifférence

) Accucillait les soupirs s’exhalant de mon cœur, Et, malgré mes appels et ma persévérance,

Ne daignait m'accorder qu'un “ silence moqueur. ”

Alors, en grommelant, je rejetai ma plume Que j'avais pris la peine, entre vingt, de choisir ! Ma foi, j'aurais troqué mon luth contre l’enclume

Que l'artisan du coin fait vibrer à loisir...

Je vouais à Pluton l'objet de ma tendresse La muse qui m'avait tant de fois consolé — Quand l’on vint me remettre un chant, à mon adresse,

Que votre lyre avait, la veille, modulé,

& Sachons lutter!” Tel est le titre du poème Où votre âme meurtrie épanche ses douleurs, Implorant la pitié pour le malheureux même

Dont le fol égoisme a causé vos malheurs !

L'égoisme a chassé l'ange de l'espérance Qui berçait votre esprit du rêve le plus beau ; Il ne vous reste plus que l’amère souffrance,

Aussi lourde à porter qu’un marbre du tombeau !

Ah! votre cœur croyait—avec raison sans doute Que l'homme parvenu doit être bienfaisant, Quand le hasard, un soir, plaça sur votre route

Un sot que la fortune a rendu méprisant !

Votre cœur ignorait qu'ici-bas, en grand nombre, Il cst des êtres vils au visage de saint Qui se cachent parfois, comme un serpent dans l'ombre,

Pour nous lancer le dard qui perce notre sein.

Comme vous j'ai souffert de la malice humaine ; De vieux amis j'ai vu l'affreuse trahison ; D'illustres vaniteux j'ai mérité la haine,

M'étant permis de rire un peu de leur blason

Et pour avoir, jadis, proclamé que ma race Secouerait tôt ou tard l'insupportable affront. De vivre sous le joug, j'ai payé cette audace

De lèse-loyauté.. mais je tiens haut le front !

de TS ES

Barde, vous l'avez dit: # Il faut souffrir, pleurer, La souffrance à tout front doit mettre son empreinte Et toujours et sans cesse elle devra durer,

Et pas un n'est exempt de sa fatale étreinte," P I

Muis ne désespérons ni de Dieu ni des hommes : , 2 0 . \ Dieu récompense un jour ceux qui savent lutter, Et nous, pauvres humains—dieux tombés que nous sommes.

Si nous causons des torts, sachons les racheter |

Avril 1887,

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