‹ Les voix intimes [microforme]Chapitre 34 sur 86 · ELLE EST MORTE · texte numérisé non relu

ELLE EST MORTE

Rose avait dix sept ans ; elle était belle et blonde ; Sur son front les rayons de la candeur brillaient ; Les perles de sa bouche enchantaient tout le monde ;

Ses cheveux en flots d’or jusqu’à ses pieds roulaient.

Ses lèvres souriaient comme celles d’un ange ; Son œil d’azur jetait un vif rayonnement ; Sa voix avait ; «rfois une harmonie étrange

Qui me plongeait soudain dans le ravissement !

Quand venait le printemps avec $es nids de mousse, Ses brises, ses parfums, son soleil radieux, Nous allions, elle et moi,—réminiscence douce—

Tout pensifs, nous asseoir sur le gazon soyeux.

Et là, nous admirions le couchant et l'aurore Déployant à notre œil leurs tableaux gracieux ; Et nos cœurs bénissaient l'Artiste qui décore

Toute l'immensité de la terre et des cieux.

Aux coupes de l'espoir nous abreuvions notre âme ; Un heureux avenir brillait dans le lointain ; L'Hymen allait bientôt nous verser son dictame,

Mais, hélus ! nous comptions sans le cruel destin !

Et maintenant, voyez : elle est là qui repose Sous la terre où chacun tôt ou tard doit dormir ! Et tout ce qui me reste aujourd'hui de ma Rose,

C’est le parfum que m'a laissé son souvenir...

Avril 1870,

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