‹ Les volcans et les tremblements de terreChapitre 84 sur 98 · ÉRUPTIONS ET CREVASSES · texte numérisé non relu

ÉRUPTIONS ET CREVASSES

Pendant les commotions la terre s'ouvre, le sol se déchire, et 1(111 voit se produire de grandes crevasses. Tantôt elles s'dlïrent sous l'aspect de fissures longues, mais étroites, tantôt elles Ibrinent des gouffres béants.

On les rencontre souvent en grand nombre, dans la dil'cction des secousses qui leur ont donné naissance; parlois cependant, elles s'entre-croisent et se divisent en branches latérales.

Le tremblement de terre de la Calabre est surtout remarquablesous ce rap})ort; une crevasse, large de plusieurs pieds, se forma à la base de la montagne de granit dePolistena, sur un parcours de 0 à 10 lieues.

Ces crevasses sont très-dangereuses et causent les plus grands malheurs ; elles engloutissent hommes, maisons, forêts, et les broient en se refermant. Pendant le tremblement de terre de Lisbonne, dès la première secousse, une foule énorme se réfugia sur le grand (|uai de marbre qui bordait le

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rivage, afin do ne pas être ensevelie sons les ruines des édifices; mais une énorme crevasse se produisit à la suilc tic secousses violentes et répétées, et le quai tut englouti.

Des témoins oculaires racontent que, pendant le tremblement de terre qui désola la Calabre en 1785, la jilus grande partie des maisons de Terranovaet d'Oppido disparurent sans laisser le moindre vestige. Les parois des crevasses s'étaient rejointes si hermétiquement, qu'en déblayant le soi, on ne trouva plus qu'une masse informe.

Crevas-iCà circulaires.

De nombreuses fissures apparurent pendant la coumintion de 169-2 à la Jamaïque. En s'ouvrant elles engloutirent un

grand nombre de personnes ; puis elles se refermèrent immédiatement; et les cadavres, horriblement mutilés, furent ■ rejetés à la surface du sol, lorsque les crevasses livrèrent passage à l'eau souterraine.

Parmi les plus curieux effets que produit le tremblement de terre il faut ranger les puits profonds qui s'ouvrent instantanément, et qu'après la catastrophe on trouve remplis d'eau, ou de sable. Leur bouche ronde et convexe est entourée de sable ou de limon. Les plus célèbres parmi ces bassins, au point de vue du nombre, des dimensions, et de la symétrie, sont ceux de la Calabre, particulièrement ceux de Rosarno, qui doivent tous leur origine au tremblement de terre do 17S3. Immédiatement après la commotion, la plupart do ces puits présentaient, intérieurement, la forme d'un entonnoir, et ressemblaient à de petits étangs remplis d'eau ; quelques-uns étaient comblés de sable qui, dépassant l'orifice, formait de petits monticules. On pourrait peut-être expliquer ce fait par la quantité de substances terreuses amenées à la surface, et dont l'accumulation produisit un obstacle que ne put vaincre la force ascensionnelle de l'eau qui s'était élevée des profondeurs du globe.

Le tremblement de terre de la Valachie en 1858 dura du H au 25 janvier, et donna naissance à de nombreuses et larges crevasses; l'une d'elles, près de Beltschuk, communiquait avec un grand nombre d'ouvertures d'où s'échappaient du sable et de l'eau. Selon Agatino Longo, quatorze sources jaillirent du sol au nord de Catane pendant le tremblement déterre de 1818.

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Mais ce ne sont pas seulement des jets d'eau chaude et de sable qui sortent des entrailles de la terre pendant les violentes commotions; il en sort des vapeurs aqueuses, di» la boue, du gaz acide carbonique, des fumées noires et même des flammes. Pendant la catastrophe de Riobamba, les volcans qui avoisinent cette ville ne firent point éruption; niais il sortit du sein de la terre une énorme quantité de matière vaseuse que les indigènes nomment moya : composé singulier de cristaux, de charbon et de carapaces siliceuses d'infusoires; et en s'épanulianl avec violence par les crevasses soudainement ouvertes, cette matière forma d'innombrables éminences en forme de cônes réguliers.

La grande quantité d'acide carbonique qui sortit des crevasses, pendant le tremblement de terre de la ^ouvelle-Greuade en 1827, asphyxia une multitude de serpents, de rats et d'autres animaux qui vivaient dans les cavernes.

Il arrive souvent, pendant les tremblements de terre, que l'eau des lagunes et même des rivières s'élève, en tourbillonnant, à une grande hauteur, pour retomber ensuite dans leur lit ou inonder le pays. Quoique rien ne puisse donner une idée juste de l'impression que produit un semblable spectacle, je voudrais cependant décrire la scène qui s'offrit au regard d'un voyageur allemand. C'était en ISàO, pendant un tremblement de terre qui désola la république de Honduras. M. Heine se trouvait au bord d'une grande lagune appelée Criba, lorsque soudain la terre trembla en mugissant : le sol s'éleva et s'affaissa si violemment, que M. Heine et ses compagnons furent renversés, et qu'ils éprouvèrent

à^2 LES TREMBLEMENTS DE TERRE.

ce malaise qu'on éprouve en mer. Tout à coup xuie scène étrange et terrible se déroula devant eux; l'eau de la lagune disparut comme si elle s'était engouffrée dans une

Colonne d eau.

caverne souterraine, ouplulùl elle se renversa sur elle-même, de sorte que, du liord jusqu'au centre, le fond du lac était à découvert. Mais aussitôt, l'eau apparut de nouveau; elle .s'a-

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