‹ Les voleursChapitre 206 sur 208 · LES FRANCS-MITOUX · texte numérisé non relu

LES FRANCS-MITOUX

Les Francs-Mitoux sont ceux qui sont malades ou qui Feignent de Tètre. Ils vont appuyés sur un bâton, le front bandé et faisant les trembleurs. Us ne donnent que cinq sols au grand Coêsré.

LES GAPONS.

Les Gapons sont les écbevins ou maîtres de la tricherie ; ils sont presque tous coupeurs de bourses et voleurs; ils ne sortent guère des villes; ils mendient dans les auberges, et ils regardent souvent afin de voir s'ils trouveront i découvert quelque chose qu'ils puissent voler. Us ne donnent rien aux Étata parce qu'ils ne mendient pas.

hU COWTAUPS DE BOUTi^VCHX.

Courtauds de Boulanche sont des compagnons d'Estat dont les uns ne maquillent que durant Thyver, quand le gris bouesse, Testé étant venu disent fy du maquillage, qu'il est roion de ponifle qui a un maître ; voici les cassantes, les verdouset, les calvins, qui sont chenastres. Lesautresne maquillent point en tout, ainsy trollent dessus leurs courbes quelques outils dont on se sert en leur mestier, afin que la colle en soit plus franche. Les autres quand ils sont en quelque vergne à battander, etqu*bn leur dit qu'ils aillent maquiller, ils rouscaillent qu'il n'y a point de boutanche de leur Estât en la vergne , car ils disent estre d'un autre mestier qu'ils ne sont, el qu'ils savent qu'il n'y a point en la vergne. La plus grande part d'iceux sont haïs des autres Argotiers, pour ce quMIs sont frollaux et frollent sur la balle des frères quand ils sont en quelque boutanche i maquiller.

UÊS CONVflRTIS.

Les Convertis sont ceux quy changent de

USS COURTAUM DE BOUTANCBE.

Les Courtauds de Boutanche sont des compagnons d'état : les mus ne travaillent que Thiver, lorsque le flroîd est rude ; lorsque Tété est venu ils font fi du travail, et disent : « Il n'y a que les fils de putains qui ont un maître ; voici les noix, les pommes, les raisins qui sont bons V. Les autres ne travaillent point du tout) mais ils portent sur leurs épaules quelques outils dont on se sert dans leur métier, afin que leurs mensonges paraissent plus vraisembla* blés. Quand les autres sont à. mendier dans quelque ville^ et qu'on leur dit d'aller travail*» 1er, ils répondent qu'il n'y a point de boutique de leur état dans la ville, car ils disent être d'un autre métier que celui qu'ils exercent, et qu'ils savent ne point exister dans la ville. La plupart des Courtauds de Boutanche sont baîs des autres Argotiers ps^rce qu'ils sont traîtres et médisent de leurs frères lorsqu'ils sont à tra« vailler dans quelque boutique.

LES COKVERtlS.

Les Convertis sont ceux qui changent de re-

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religion . Je n'entends parler ici de ceux'quy véritablement pour le repos de leur conscience se convertissent sans fraude ni dissimulation ; je veux donc rouscailler de ceux qui feignent se convertir pour la truche. Quand ils sont en quelque vergue où il y a quelque excellent prédicateur, ils bient le trouver et luy rouscailler ainsi : « Mon père je suis de la religion, et tous mes parens aussi ; j'ay ouy quelques unes de vos prédications quy m'ont touché; je voudrais que vous m'eussiez un peu éclaircy. t Alors il se passe deux ou trois luysants en conférence, puis il fait faire profession de foy en public ^ puis sept ou huit luisants durant , il se tient aux lourdes des entifles et rouscaille ainsi : c Messieurs et Dames, n'oubliez pas cet apostolique romain, t Le Haure sait combien ils grefflent en leur comble, car il n'est pas mion de chenastre mère quy ne leur fiche la thune; puis ils sont soigneux de tirer une lucque en certificat de. celui qui les a receus, ou après ils s^enquestrent où demeure quelque marpaut pieux, et rupins, et marchandier dévost, qu'ils bient trouver dans leur creux, déclarant leurs nécessités. Alors ces chenastres personnes rifedées de l'amour du Haure, et très-joyeuses

ligion. Je n'entends point parler de ceux qui véritablement, et pour le repos de leur conscience , se convertissent sans fraude ni dissimulation ; je ne veux donc parler que de ceux qui feignent de se convertir et pour mendier seulement. Quand ils sont dans quelque ville où il se trouve un excellent prédicateur, ils vont le trouver. et lui parlent ainsi : i Mon père, je sois de la religion, et tous mes parens aussi, j*ai entendu quelques-unes de vos prédications et elles m'ont touché ; je voudrais bien que vous prissiez la peine d'éclaircir un peu les doutes de ma conscience. Alors deux ou trois jours se passent en conférence , puis le converti fait profession de foi en public, et durant sept ou huit jours, il se tient à la porte des églises et parle ainsi : « Messieurs et Dames, n'oubliez pas cet apostolique romain, f Dieu sait combien il tombe d'argent dans leur chapeau , car il n'est pas fils de bonne mère qui ne leur fasse l'aumônej ensuite ils ont soin de tirer un certificat de celui qui les a reçus, et cela fait, ils s'informent de la demeure de quelqu'homme pieux , gentilhomme ou marchand , dévot , qu'ils vont trouver dans leur maison, et auquel ils font connaître leurs b^

de cette conversion, leur foncent de très-dienasfre^ thunes; c'est la plus chenastre tructie de tontiirie Vargot, et s'ils alTut^eût ainsi les catholiques ils eii font de méniesint huguenots» car il y en a qui troilent de deux sortes de lueques, les unes pour ficher aux ratichons dans les entonnes, et tes autres aux babillars ou anciens de la prétendue qui leur fichent de grosses thunes; mais il y en eut un quy fut bien affûté pensant avoir deux lucques, caf il perdit la plus chenastre. C'était un Hollandais qui estant venu en nostre vergue fainctement ou véritablement, se voulut convertif, il bia trouver on chenastre cornet d'épice, et rouscaillera séftière qu'il voulait quitter la religion prétendue pour àttrimer la catholique. Le chen&stre patron le reçut charitablement ; et l'interrogea paffdusieurs luisants dont un entre les autres il demanda & Sézière s'il n^avoit pas quelque lucqoe de son babillard , il répondit que si ^ et mit In main dans sa felôuse et en tira une et la fioba au cornet d'épice pour la mouchaillef, et quelques luysants api*ès qu'il eut aquigé p^fbsaîon de fby, ildemàtida sa lucquë au patron qui rouscailla à SésÈiëre qui l'avait aquigé rifodé. Le Haure sait éombien le Hollandais fui fâché, en

soins. Ces bonnes personnes , brûlées de Ta* mour de Dieu et très*joyeuses de celle oooversjon, ne manquenl pas de leur donner de (réa* bonnes aumône ; Tindustrie des convertis est la pi us productive de tout j'argot, cars'iNronipent ainsi les catholiques, ils ne ménageait pas davantage les huguenots ; il y en a qui por^ tent deux sortes de certificats, les uns pour les prêtres, dans les églises, et les autres pour les ministres ouandens de la prétendue q\n leurdonnent de grosses aumônes; mais il y en eut un (|iii fut bien trompé, malgré ses deux certificats, car il perdit le meilleur. C'était un Hollandais qui étant venu dans notre ville voulut se convertir, à cet effet il alla trouver un bon capucin et lui dit qu'il voulait quitter la religion prétendue pour embrasser la catholique. Le bon I)atron le reçut charitablement et l'interrogea plusieurs jours, un entre les autres il lui demanda s'il n'avait pas quelque certificat de son ministre, le Hollandais répondit qu'il en avait un en effet, il mit la main dan&sa poche en tira un et le donna au capucin qui désirait le voir, quelques jours après avoir fait profession de foi, il demanda son certificat au patron qui lui répondit qu'il l'avait brûlé. Dieu sait combien

me renoontrant il me rouscailla : Ha pillier ! que gîtu esté affûté gourdement, car ce cornet d'épice a rifodé ma lucque ou estaient les armoiries de la vergne d' Amsterdam en[^Iiollande; j'y perds plus de cinquante grains.de rente. Je le dis pour y avoir assisté, Geux*là sont les mignons du grand Goësré et ne fichent que floulière.

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