CHAPITRE VII
De ce qui m*aduint depuis que ie m'embarquay à Ormuz , iusques à mon arrîuée aux ludes.
Me voyant par la miséricorde de Dieu desliuré des trauaux que ie viens de dire , après que i'eus séjourné dix-sept iours à Ormuz, ie m'embarquay pour m'en aller aux Indes dans le Nauire dVn nommé George Fernandez Taborda, qui s'en alloit à Goa mener des cheuaux. En la route que
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nous prismes nous fismos voile auoc vn veni si fauorable, qu en dix-sept iours nous arriuasmes à la veuë do la forteresse de Diu. Là costoyant la terre, par Taduis des ('capitaines , pour tasclier d'apprendre quelques nouuelles, toute cette nuict nous visines le lonsf de la cote vn grand nombre de feux. Par fois aussi nous ovons tirer plusieurs coups d'artillerie ; ce qui nous roeit fort en peine, à cause que nous ne pounions nous imaginer ce que cela pouuoit estre, et pour* quoy Ton tiroit ainsi de nuit; tellement que cette veuë extraordinaire (ist naistre parmy nous des opinions toutes différentes. Durant cette inccr* titude, tout ce que nous aduisasmes pour le mieux , fiit de nauiger le reste de la lunct, nos voyles à demy baissées, iuwsqu à ce que le lendemain matin à la faueur du iour, nous apperceusmes vne grande quantité de voiles Latines ^ qui entoiu'oient toute la forteresse. Quelques* vns nous asseuroient au vray que c'estoit Tarriuée du Gouuerneur, nouuelloment venu de Goa, pour faire la paix de la mort du Soultan Bandur, Rgy de Cambaye, qui vn peu de temps auparauant auoit esté tué. D'autres asseuroient que c'estoit l'Infant du Roy Dom Louys, frère du Roy Dom louan 3. là nouuelloment arriué de Portugal , et que les voiles Latines qui s'y voyoient en grand nom bre,estoient lesCarauelles
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qui Tauoiant amené, à cause qu'on Tattendoit aux Indea de iour en iour. Il y en auoit aussi qui (liBoiont que c*astoit le Patemorcaa , auac laa cent Fustes de Caïuorin , Roy de Cnlicut, et quelquasvns asseuroient que par bonnes et suffisante» raisons ^ ils iustifieroient que c*estoient les Turcsi Comme nous estions dans cette diuorsité d^opinions , tous effrayez de la crainte que nous eausoit ce que nous voyons deuant les yeux ^ voyla que du milieu de cette flotte sortirent cinq Ga^ leres fort grandes , qui auoient les voiles barrées de verd et de rouge, auec grande quantité de (lammes, bannières, et gaillardets, que nous voyons par-dessus leurs tentes, au haut de leurs arbres, et au bout de leurs antennes; joinct que qualques-vnes de ces inc^mes banderoles et flammes estoient tellement longues , qu*il s'en falloit fort peu que de leurs pointes elles ne touchassent la mer à fleur (Peau. Ceti Galères ainsi équipées se demeslerent, et sorties qu'elles fu« rent du milieu de leur armée, elles firent voile, et tournèrent leurs proues vers nous, dVne façon si hardie, et si courageuse , qu'à leur natiigatiou nous iugeasmes incontinent qu'elles (istoient Turques. Ce que nous n'eusmes pas plustost reeonneu au vray, que nous fismes force de voile pour les fuïr, et gaigner la haute mer, non sans vue grande appréhension , que pour nos pec ho/
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il ne nous arriaast vn autre accident pareil à celuy que nous auions esuité depuis peu. Ces cinq Galères ayans remarqué nostre fuîtte , pri* rent resolution de nons suiure, et nous donnèrent la chasse iusqu'à la nuit, en laquelle il pleust à Dieu qu'elles gaignerent le bord vers la terre ^ et s*en retournèrent à l'armée d'où elles estoient sorties. Tellement que tout autant de gens que nous estions dans notre Nauire , nous voyans libres dVn si grand danger, nous en fusmes grandement contents, et arrivasmes deux iours après en la Ville de Chaul , où nostre Capitaine, et les Marchands seulement meirent pied à terre. Là ils s'en allèrent tout aussi-tost visiter le Capitaine de la forteresse , nommé Simon Guedez , à qui ils firent le récit de ce qui leur estoit arriué. Surquoy pour toute response; Asseurément, leur dit-il, vous estes fort obligez de rendre grâces à Dieu , de ce que sa puissante main vous a desliurez du péril le plus grand que vous ayez iamais couru. Car sans son assistance il vous estoit impossible de sortir de ce péril , ny d'en faire le récit auec vne allégresse semblable à la vostre. Il leur déclara là dessus que l'armée qu'ils auoient rencontrée estoit celle-là mesme, qui depuis vingt iours tenoit assiégé Antonio de Silueyra , composée d'vn grand nombre de Turcs, desquels estoit Genei*al Solyman Bachat , Vice-
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Roy du Caire; et que les voiles par eux veuës en quantité, estoient cinquante et huict Galei*es Royales et bastardes , chacune desquelles portoitcinq pièces de canon par prouë^ et quelques^ vnes de ces pièces estoient de batterie^ sans y comprendre huit autres grands vaisseaux^ pleins de Turcs de reserue pour le secours , et pour remplacer ceux qui mourroient à l'armée. A toutes ices choses il adjousta qu'ils auoient vne grande abondance de viures, ensemble plusieurs munitions de guerre, et trois cens pièces de batterie, entre lesquelles il y auoit 12. Basilics. Geste nouuelle nous ayant rendu tous estonnez et confus, nous rendismes infinies louanges à nostre Seigneur, pour nous auoir faict la grâce d'estre desliurez d'vn si grand danger.