CHAPITRE X
Comment Gonzallo Vaz Continhoy Capitaine General, attaqua la Gallere des Turcs , ensemble l'entreprise qu'il fist de la brusler.
Le Brachmane estant congédié, Gonzallo Vaz Continho prist resolution de se battre contre les Turcs, mais deuant que passer oujtre il fut aduerty par des espions de quelle sorte de strata-* gemes ils vouloient vser contre nous, et comme quoy la nuict précédente par la faueur de la Royne ils auoient mis la Galère dans y n fossé , et fait tout auprès vne terrasse fort haute, sur laquelle ils auoient flanqué vingt-cinq pièces d'Artillerie ; mais pour tout cela Gonzallo ne laissa pas de partir pour s*en aller où estoient les ennemis. Se voyant près d'eux enuiron la portée d'vn Canon, il sortit de sa Fuste, et mist pied à
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terre atiec quatre-vingts hommes seulement. Et d'autant que le reste des hommes qu'il auoit amenez de Goa pour ceste entreprise, ne faiaoit en tout que le nombre de cent, il les laissa pour la garde des Fustes. Ainsi après auoir bien rangé ses gens en un corps de bataille , il se mist à marcher courageusement contre ses ennemis, qui nous voyant aller contre eux, se résolurent de se deffendre en vaillants hommes. Pour cet efFect ils sortirent vingt-cinq ou trente pas hors de leurs tranchées, oîi le combat se commença de part et d'autre, auec tant de furie, qu'en moins de demy quart d^heure il en demeura sur la place quarante-cinq do morts, entre lesquels il y eut seulement huit des nostres; alors le Capitaine Général n'estant pas content de ceste première charge, leur en donna vne seconde, par le moyen do laquelle il pleust h Dieu leur faire toiu^ner le dos, si bien qu'ils firent re* traicto pesle-meslo, comme gens qui par leur faute et par leur desroute tesmoignoient l'appréhension qu'ils auoiout de la mort. Cependant notfiples poursuiuismes iusques dans leurs tranchées, où ils nous tournèrent visage, et nous firent teste tout de nouueau, en quoy Tardeur fut si grande de part et d'autre, et nous nous treuuasmes si auant dans la meslée les vns parmy les autres , et si embarrassés que nous nous of-
fcnclons ùUi^c Um pomitienux de noA cymct^rreii. Kn mesmo temps arnuer^nt nos Fustes qui lo long du nuage s'en estoient v^nuc'^'d à lu radt^ pour nous Hccourir, comme en effoct elle» tirèrent Hiir nos ennemi» toute no»tro artillerie, »l A propoi qu'elle» abbatirent vn«e ou douxe de leur» plu» vaillant» Ianni»»Aire» , qui portoient entr'eux de» bonnet» vert», pottr marque do leiunoble»»e. Ce»to mort effraya »i fort le» autre», qu'il» qidlterent le camp au»»i-to»t j de sorte qtie par ce moyen il» nou» donnèrent loisir de meltre le feu dan» la Gallere, par l'express commandement du General Gonssallo. Pour cet effeci après qu'on y eut ietté dedan» cinq pot» de poudre, le feu se pri»t dan» ceste me»me Gallere, atiec tant do violence , que nous y vi»me» toute» les apparence» que l'on ne sçauroit dire, qu'elle ne farderoit guère k estre entièrement consommée, car le ma» et l'antenne s'en alloient e»tre desia tous embrasesfi, si le» ennemis conoi»»an» en quel danger il» estoietit, n'ettssent esteint ce feu cou* rageusement. Cependant les nostres s'obstinèrent plus fort que iamai» à se rendre le» maistre» du fo»»é, Qik deffendre en vaillant» »oldat» ce qu'il» auoient de»ia gaigné par letu' courage. Ce que voyant le» ennemi» , pour faire leur dernier effort contre nou», il» mirent le feu à vne grosse pièce d'artillerie , laquelle h ce que nou» en lU*
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geasroes depuis par la balle, esloit vne double pièce de batterie, qui auec vn sacquet de pierre nous mist à mort six des nostres, dont le principal estoit Diego Yaz Continbo, fils du Capitaine General. Dauantage il y eut quinze ou seize autres de blessez, à cause de quoy nous fusmes tous mis en desroute. Alors les ennemis ayant reconneu le dommage qu'ils venoient de nous faire, se mirent tous à crier fort haut en signe de victoire , et à rendre grâces à leur Mahomet; ce qui fist qu'alors nostre General oyant nommer leur faux prophète qu'ils inuoquoient, pour mieux encourager ses soldats ; « Mes compagnons d'armes, leur dict-il , puisque ces chiens appellent le Diable à leur ayde, prions tous le sainct nom de lesus-Christ , qu'il soit à la nostre. » Cela dit , ils attaquèrent encore vne fois la tranchée, ce que les ennemis n'eurent pas si tost apperceu qu'ils tournèrent le dos finement et, prirent la fuitte vers la Gallere , en intention de s'y for- . tifier. Mais à mesme temps ils furent suiuis par quelques-vns des nostres, qui ne tardèrent guère à gaigner la moitié de leurs tranchées. Alors les perfides presques tous réduits au desespoir de se voir auec si peu de force , meirent le feu secrettement à vne mine qu'ils auoient faicte à l'entrée de leur tranchée, dont l'exécution fut telle, que six de nos Portugais, et huict esclaues
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y demeurèrent sur la place , sans y comprendre quelques autres que la violence du feu rendit perclus de leurs membres : d'ailleurs la fumée en estoit si grande et si espaise, que difficilement nous pouuions nous entreuoir. De manière que le Capitaine Gonzallo appréhendant qu'il ne luy arriuast vne perte encore pire que les précédentes^ fist sa retraicte vers le rivage. Par mesme moyen il fist porter par ceux qui estoient restez en vie, tous les morts , et tous les blessez, et ainsi il s'en alla où estoient ses Fustes , où tous s'estans embarquez, ils s'en retournèrent à force de rames , au mesnie lieu d'où elles estoient venues , où auec vn grand sentiment de douleur il fist enterrer lés morts , et penser ceux que le fer ou le feu auoit endommagés, qui se treuiie* rent en grand nombre.