‹ Les voyages advantvrevx de Fe d Mendez Pinto;Chapitre 17 sur 101 · CHAPITRE Xra · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xra

^ Comme Pedro de Faria receut à Malaca vn Ambassadeur que luy enuoya le Roy des Bâtas, et de ce qui se passa entr*eux.

Pedro de Faria succéda à la charge de Gapi* taine de Malaca à* Dom Esteuan de Gama; et y fut auecquela flotte, sans qu on cette nauigation îl luy aduint aucune chose qui mérite d'estre mise par escript. Or d'autant qu'à son arrinée, Dom Esteuan de Gama n'auoit encore acheué le temps de sa commission , il ne fut point mis en possession de ceGouuernenpent, iusques au iour qu'il deuoit entrer en charge. Toutesfois , à cause que Pedro de Faria estoit Gouuerneur de la forteresse, et nouuellement arriué; joinct qu'en ce temps-là il commençoit d'entrer en charge , les Roys voisins l'enuoyerent visiter par leurs Ambassadeurs, qui luy vindrent tesmoigner la grande ioye qu'ils auoient de sa bien-venuë, par les offres qu'ils luy firent de leur amitié , et d'vne mutuelle conseruation de paix auecque le Roy de Portugal. Or parmy ces Ambassadeurs il y en auoit vn de la part du Roy de^ Bâtas , qui

du costé de TOcean demeure en l'isle de Sarnatra, où Ton tient pour chose asseurée qu'est Tisle d'Or, que le Roy de Portugal, Doin louan troisiesme, à'est rois en estât de faire descouurir par Taduis de quelques Capitaines du pais. Cet Ambassadeur, qui estoit beau-freredu Roy des Bâtas y nommé Aquarem Dabolay, lui apportoit vn riche présent de bois d'Aloës, Calambaa , et cinq quintaux de Benjoin à fleurs , auec vne lettre escrite sur de l'escorce de Palmier, oii se lisoient ces paroles.

«Ambitieux plus que tous les hommes du «seruice du Lyon Couronné, assis au Thrbsne, « espoùuentable de la Mer, par le pouuoir in- K croyable du soufflement de tous les vents , « Prince riche et puisâant du grand Portugal , « ton maistre et le mien , auquel en toy Pedro «de Faria, Baron de la Colonne'd'Acier, i'obeys « Douuellement par vne sincère et véritable ami- « tié , afin que désormais ie me rende son subject « auec toute l'affection et la pureté qu'vn vassal «est obligé de tesmoigner à son Maistre, moy « Angeessiry, Timorraja , Roy des Bâtas , désirant « de m'insinuer en ton amitié , afin que tes surjets s'enrichissent des fruicts de ce mien païs, « ie m'offre par vn nouueau trailté à remplir les H magazins de ton Roy, qui est le mien , d'or, de

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«poivre, de can)fre,«de benjoin, et d'aloy, à « condition qu auuec vne entière confiance tu (c m'enuoyeras vn sauf-conduit , escript et signé a de ta propre main , par le moyen duquel tous a mes Lanchares, et lurupanges, puissent naui- (( gu^ en seureté. Dauantage , en faueur de cette «c nouuelle amitié, ie te supplie derectef que tu <c me secoures des balles à canon, et des poudres a que tu as de trop dans tes magazins , et qui te « sont inutiles par conséquent ; car ie n'eus iamais (( si grand besoin que i'ay maintenant de toute « sorte de munitions de guerre. Cela estaqt , ie « te seray grandement redcuable si par ton « moyen ie puis vne fois chastier c6s parjures ce Achems , ennemis mortels de ton ancienne Mali laça , auec lesquels ie te iure que ie n'auray (K iamais de paix tant que ie viuray, iusques à ce « que i'aye tiré raison du sang de mes trois encr fans qui m'en demande la vengeance , et qu'auec « cela i'aye ^atisfaict aux larmes que ie voy couler « des yeux de leur noble Mcre, qui les ayant « alaittez, et esleuez, m'ont esté tuez depuis par « ce cruel Tyran Achem, dans les Villes delacur « et de Jjingau. Dequoy l'entretiendra plus par- « ticulierement de ma part Aquarem Dabolay, « frère de la désolée Mère de ces enfans, que ie <c t'enuoye pour confirmation de uostre nouuelle «amitié^ afin. Seigneur, qu'il puisse traitter

DE FERU AND MENOEZ PfMTO. 9$

<c auecque toy de tout ce que bon te semblera , <c tant pour le seruice de Dieu, que pour le bien « de ton peuple. De Panaju, le 5. iour de la ce 8. Lune. »

Cet Ambassadeur receut de Pedro Paria tous les honneurs qu'il luy pût faire ^ leur mode; et incontinent après qu'il luy eust baillé la lettre, elle fut traduitte en Portugais de la langue Malaya, en laquelle elle estoit escritte. Apres cela, cet Ambassadeur luy fist dire par son Interprète le sujet du discord qu'il y auoit entre ce Tyran Achem , et le Roy des Bâtas, qui procedoit de ce qu'Achem ayant depuis quelque temps proposé à ce Roy des Bâtas, qui estoit Gentil, desuiure la Loy de Mahomet , à condition qu'il le marie* roit auec vue sienne sœur, et que luy pour cet effect quittcroit sa femme , qui estait aussi G^ntile , et mariée depuis vingt^six ans. Or d'autant que le Roy des Bâtas ne luy voulut point accor* der cela, le Tyran Achem incité par vn sien Cacis , luy déclara la guerre tout aussi-tost ; Ainsi chacun d'eux ayant mis sur pied vne grosse ar* mée, ils se donnèrent tous deux vne sanglante bataille, qui dura plus de trois heures, pendant laquelle Achem connoissant le grand aduanta^ qu'auoient sur luy les Bâtas, après auoir perdu vn grand nombre de ses gens , il fist sa retrattte

en ¥fm ManUkgne appellée Cagerrendan ^ ou Le» ttdtoj» Us liodreot Mciegé par Teipace de Tingt' troU ioun. Or k caufte quiEr durant œ tempa^bi beaiii^up de «oldati tombereot maladea; joiocf que le camp eoneiuy viuftt à manquer de liurea ^ âU feireol loua deux la pai^i^ k coudition qu*Acbem donneroit k Data cinq barrea d*or (qui valeor deuK ceni mille e«eu» de noatre monnoye ) pour payer le« ioldaU eairangera qu'il auoit auecque luy, et que Bâta marieroit aon fila aUné auec la aosur d'Aebem , qui efttoit celle-là me%me pour le sujet de laquelle on auoit fait cette guerre. Cet accord estant faiet et «igné de part et d'autre , le Bâta n'en retourna en «on paia, où il ne fût paa fti to6t arriué , que «^asseurant en ce traitté de paix , il lie deU^t de son armée , et congédia tous ne» ftoldatft. La tranquillité de cette paix ne dura pa» dauantage de deux moia et demy, pendant lenqueU il vinst au Roy Acbem 3oo. Turcs, qu'il attendoit du destroit de la Mecque depuis vu long temps, et lesquels il auoit enuoyé quérir dans quatre vaisseaux cbargee de poivre y dans lesquels l'on Ast aussi venir quantité de caisses, pleines de mousquets et d'escoupettes , ensemble plusieurs pièces d'artillerie de bronze , et de fer. Alors la première cbose que Ast Acbem , ce fut de ioindre ces 3oo. Turcs, auec quelques gens qu'il auoit encore ; puis feignant d'aller à Pacem

prendre vn Capitaine qui s^estoit reuolt^ contre luy, il se ictta subtilement sur deux places nommées lacur et Lingau, qui appartenoient à Bata^ lesquelles il surprit lors que ceux de dedans y pensoient le moins. Car ce qui leur ostoit la défiance , c*estoit la paix nouuellement faite entr'eux; tellement que par ce moyen il luy fut facile de se rendre maistre de ces forteresses. Les ayant prises il mit à mort le fils de Bâta , auec sept cens Ouroballones, c'est ainsi qu'on appelle les plus nobles , et les plus vaillans du Royaume. Cependant le Roy Buta se ressentant à bon droit d'vne si grande trahison , à sçauoir de la mort de ses trois fils y et de la prise de ses places , iura sur la teste de son Dieu Quiay Hocombinor^ principale Idole de la secte des Gentils, qui la tiennent pour leur Dieu de lustice, de ne manger, ny fruict , ny sel , ny chose quelconque qui luy pût apporter la moindre saueur à la bouche , qu'il n'eust premièrement vengé la mort de ses troisv enfans, et qu'il n'eust tiré raison de cette perte; protestant derechef qu'il estoit résolu de mourir en faisant vne guerre si iuste. Pour cet effect, afin d'y mieux paruenir, le Roy Bâta désirant de faire réussir son dessein, assembla deslors vne armée de l'Sooo. hommes, tant naturels, qu'estrangers , et ce par le moyen du secours que luy donnèrent quelques Princes ses amis. N'eslant roM. r. 7

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pas content de cela , il implora par mesme moyen les forces de nous autres Chrestiens. Et voylà pourquoy il proposa à Pedro de Faria de contracter auecque luy la nouuelle amitié, dont nous auous parlé cy-donant. De quoy Pedro de Faria fut tres-content, pource qu'il connoissoit en effet que telle chose importoit grandement au seruice du, Roy de Portugal , et à la conseruation de la forteresse; joinct que par ce moyen il esperoit de beaucoup augmenter le reuenu des ' douanes , ensemble son profit particulier, et celuy de tous les Portugais, pour le grand commerce qu'ils ont en ces contrées du Sud.

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