CHAPITRE XXXII
i arriua entre le Roy de laitUna et celuy ni, anr le sujet de reste Ambassade..
L'aubassadeor du Roy de lantana estant congédié auec celte response le mesme iour de son arriuée, cf qu'ils lienneut entre eux pour vn
DE FERNàND MENDEZ PINTO. 201
graud affront , il remporta le présent que le Roy d'Achem n'auoit voulu accepter , pour mespriser dauantage et celuy qui Tenuoyoit , et celuy qui l'apportoit, lequel arriua à Compar où lors estoit le Roy de lantana, qui ayant sceu toutes ces choses 9 Ton dict qu'il en demeura si triste et si fasché 9 que ses domestiques ont asseuré l'auoir veu plusieMrs fois pleurer en particulier, comme se res9entant du peu d'estat que ce Tyran Roy d'Achem avpit faict de luy : il tint donc pour la seconde fois Ck>nseil là dessus, où fiit conclu qu'en toutes façons il luy feroit la guerre comme à son ennemy mortel , que la première chose qu'il falloit faire, c'estoit de reprendre le Royaume d'Aaru , et la foi^teresse de Panigtican , auant qu'il l'eust fortifiée d'auantage : le Roy fist diligemment leuer vne grosse armée de deux cens voiles de rames, dont la pluspart estoient Lanchares, loangas, Calaluses, et quinze luncos de haut bord, pourueues des munitions nécessaires à cette entreprise, et fist Capitaine General de cette armée le grand Laque Xemena son Ad«mirai, de la valeur duquel les Histoires des Indes traittent en diuers lieux. A cettuy cy il donna aooo, hommes de combat, et quatre mille de Ghourme , et des Mariniers tous bien choisis e^ vsitez à la guerre. Cet Admirai partit inconti-r lient auec sa flotte , et arriua à la riuere dç P(i-r
a09 VOYAGES AODAHTDHEUX
oeHcan^ où estoit la foitoresse des omeons. Alors ils Tattaquerent par 5. fois, et s'en allèrent k Tescalade auec 3oo. eschelles, s'aydans de {riosieurs inoentions et artifices de fea. Mais cxignoissant qa'ils ne la pouuoient prendre de o^le sorte > ib commencèrent & la battre aoecxfoe 40 grosses pièces d'artillerie , lesquelles tirèrent sans discontinuer par Tespace de sept ionrs entiers , à la fin desquels la plus grande part de la forteresse fut ruinée et mise par terre. Ce que voyant les ennemis ils donnèrent incontinent Tassant , et y entrèrent si valeureusement qu^ils y mirent à mort i4oo* Achems, la pluspart desquels estoient entrez le iour d'auparauant que la flotte y fust arriuée , conduite par un Capi« taine Turc nepueu du Bâcha du Caire, nommé Morado Arraiz 9 lequel y fat aussi tué auec deux cens Turcs qu41 auoit auecque luy, sans que Laque Ximena voulût donner la vie à pas vn d'iceux. Apres cela il vsa d'une si grande diligence à faire rebastir ce qui estoit tombé, s'aydant de stacquades de bois et de terrasses, où la pluspart des soldats trauailloient, qu en douée iours la forteresse fiit rebastie, et demeura aussi forte qu'aiiparauant , joint qu'il l'augmenta de deux bouUeuarts. La nouuelle de cette flotte, que lo Roy de lantana faisoit aux ports de Bin* tan et de Compar arriua aux oreilles du Tyran
DE FCnirAVD MENDEZ PINTO. 3o3
Roy iVAchem , lequei craignant perdre ce qu'il auoit gaigné , mit incontinent sur mer yne autre armée de i4^o. voiles , Fustes, Lanchares, Galiots, et i5. Galères de a6. bancs chacune, dans lefi<|ttelles ilfist embarquer rSooo. hommes, sçauoir laooo. combattans, et le surplus gens de rhourme, et fist General de cette armée le mesme Heredin Mi^omet , qui auparauant auoit (comme i'ay desia dit) pris le Royaume d^Aani, k cause qu'il le reeognoissoit homme de grand e^it, et bien fortuné en guerre, lequel estant party auec cette armée, amua en vn lieu nommé ^opesswnhee^ quatre lieues près de la riuiere de Penetican , où il sceut par quelques pescheurs qu'il fist prendre et mettre aux tourments, tout ce qui s'estoit passé en la forteresse et dans le Royaume 9 et comme Laque Xemena s'estoit em«* paré tant de la terre que de la mer en l'attendant. A cette nouuelle l'on dit que Heredin Mahomet demeura fort embarrassé ; parce que véritablement il ne croyoit pas que les ennemis pûsseuk tant feire en si peu de temps. A cause de quoy il fist assembler son Conseil , où il fut coiiclud,que puisque la forteresse et leRoyaunie estoient pris, et tous les hommes qu'il y auoit laissez, taillez en pièces, joint que les ennemis estoient fort puissans tant par mer que par terre, C}u'Ufalloit qu'il s'en retournast, pour ce que le
104 VOYAGES ADUAITTURBUX
temps n'estoit nullement propre à leur dessein* Toutesfois Heredin Mahomet fut de contraire opinion , disant qu'il vouloit plustost mourir en homme de courage , que viure en deshonneur et en efféminé, et que puisque son Roy l'auoit choisi poar çekeffect, qu'il ne plûst à Dieu qu'il perdit vn seul point de la réputation en laquelle chacun le tenpit; c'est pourquoy il promettoit et iuroit par les os de Mahomet , et par toutes les lampes qui perpétuellement brusloient en sa Chappelle , de faire mourir pour traistres tous ceux qui s'opposeroient à son opinion, et de les faire cuire et bouillir tous vifs en vne chaudière pleine de poix ; comme aussi deuoit-il faire au mesmc Laque Xemena ; et auec ces bouillans desseins il partit du lieu où il estoit ancré y auec grands cris et retentissemens d'instrumensy comme tambours, cloches , et autres ; ainsi qu'ils ont accoustumé de faire en sem* blables occasions. De cette façon à force de rames, et de voiles, ils gaignerent l'entrée de la riuiere , et venant à la veuë de l'armée de Laque Kemena lequel estoit desia prsst, et renforcé de bon nombre de soldats , qui nouellement luy estoient arriuez de Pera,Bintan, Siaca, et de plusieurs autres endroicts d'alentour, il partit incontinent du lieu où il estoit, et se vint rendre au milieu de la riuiere. Âpres* s'estrc saluez do
DE ÈERNAND MENDEZ PINTO. 2o5
part et d'autre auec l'artillerie , ils se ioignirent àuec autant de violence qu'ils en auoient de désir. Le combat fut si grand qu^ durant vne heure et demie l'on ne sceut recognoistre t'aduantage des deux partis, iusqu'à tant que Heredin Mahomet General des Achems fut tué dVne bombe à feu , qui le frappant par l'esComach lè mist en deux pièces. Alors la mort de ce Chef descouragea les siens de telle sorte ^ que you-* lans retourner vers vne pointe nommée Bato-> quirin, auec intention de s'y vnir ensemble, et s'y fortifier attendant la nuict , à la faueur de laquelle ils auoient enuie de fuir, ils ne penrent exécuter leur dessein, à cause du grand courant de l'eau qui les sépara et dispersa en diuers endroicts. Par ce moyen l'armée du tyran Roiy d'Achem demeura au pouvoir de Laque Xemena, quiladesfist, sans qu'il s'eschappast d'icelleque quatorze voiles, et les autres cent soi:^ante et six furent toutes prises, et dans icelles furent aussi mis à mort à treize mille cin^^krens hommes, sans y comprendre les quatorze cens qui estoient morts en la tranchée. Ces quatorze voiles estans ainsi eschappées s'en retournèrent à Achem^ où estans elles donnèrent aduis au Roy de tout ce qui s'estoit passé, dequoy l'on dict qu'il s'attrista de telle sorte, qu'il demeura vingt iours sans se faire voir de personne ; à la fin desquels
ao6 VOYAGES âDUAflTtlBEilX
il fist trancher la teste k tous les Capitaines des quatorze voiles , et à tous les soldats qui estoient dedans, il leur fist raser la barbe, leur enjoi'* gnant expressément sur peine d'esAre sciez tous vi&, qu'ils eussent à Taduenir à aller vestua en habits de femmes, ioûans auec des tambours de Biscaye en tous les lieux où ils iroient, et que quand ils feroient quelque serment que ce fust en disant, ^tnsi Dieu me ramené mon wuarjr^ comme cela est vray, ou bien , Ptâsse^je auoir da plaisir de ceux que !ay etifarUé. Ces hommes se voyans contraints à vu chastiment si scandaleux pour eux, se bannirent presque tous du pays, et plusieurs se donnèrent la mort volontaire* ment, les vns auec du poison, les autres par le licol , et les autres par le glaiue. Récit qui est entièrement conforme à la vérité , sans que Ty adjouste rien du mien. Ainsi le Royaume d*Aara demeura déliuré des mains de ce Tyran Roy d'Achem, et au pouuoir du Roy de lantana iusques à l'afinée 1574* que le mesme Roy d'Achem auec vue flotte de deux cens voiles, feignant de s'en aller surprendre Pataue, se ietta finement vne nuict sur lantana, où le Roy estoit pour lors, lequel il pristauec sa femme, ses en- £buis, et plusieurs autres captifs qu'il emmena en son pays, où sans donner la vie à pas vn il les fist tous mourir cruellement, et au Roy il luy fist
DE FERNANP MENI>£Z PIIÎTÛ. a07
sauter la oerueUe loK^rs de la teate auec un gros bastou pointu. Aprea ces executioDs sanglantes il posséda le Royaume d'Aaru ^ où incontiikeni il fîst recognoistre pour Roy son fils aisné, qui est celuy qui fut tué à Malaca^ la venant assiéger au temps de Denys Perey ra , fils du Coiote de Feyra Capitaine de la forteresse , qui la défendit si valeureusement qu'il sembloit que ce fust plustost vn miracle qu'vne œuure naturelle^ à cause que le pouuoir de cet ennemy estoit ^i grand, et le nostre si petit à comparaison du leur, que Ton peut dire auec rmté qu'ils estoient deux cens Mahumetans contre vn Chrestien.