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rien craindre nous tournasmes nostre prouê vers eux , et à force de voiles et de rames nous les allasmes trouuër, et les ouïsmes crier six ou sept fois , sans qu'ils proférassent autres paroles, sinon ^ Seigneur Dieu , miséricorde! Â la veuê de ce nouueau et pitoyable spectacle nons demeurasmes si confos d'estonnement, que nous en estions presque hors de nostre sens j et faisant auec diligence mettre en mer tne partie des Mariniers de la Lanchare qui les prirent et les mirent dedans, vingt -trois personnes qu'ils estoient, à sçauoir quatorze Portugais, et neuf esclauesy qui tous estoiënt si desfigurez de visage, qu'ils nous faisoient peur, et si foibleâ qu'ils ne pouuoient ny parler ny se soustenir. Apres auoir esté ainsi accueillis par nous, et traittez le mieux que nous peusmes , nous leur deraandasmes le subject de leur infortune, à quoy vn de la troupe respondit en pleurant; Messieurs, ie me nomme Fernçind Gil Porcalho, et l'œil que vous voyez qui me manque me fut creué par les Achems, à la tranchée de Malaca, quand pour la seconde fois ils vindrent pour surprendre Dom Estienne de Gama , lequel désirant de me £aiire du bien , pour ce qu'il me voyoit pauure comme i'estois alors, me donna congé d'aller aux Molucques, où plût à Dieu 'que ie n'eusse esté, puis que mon voyage deuoit liuoir vn tel
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succez : car depuis que ie partis du port de Tala* gaine, qui est la rade de nostre forteresse de Ternate ; après que nous eusmes nauigé vingt et trois iours auec vn temps fauorable , et ce dans vn lunco qui portoit mille barres de doux de giroffle, qui valoient plus de cent mille ducats ; le malheur voulut pour moi qu'à la poincte de Surabaya, en l'Isle de loa, il s'esleua un vent de Nord si impétueux que les vagues en estoient croisées ; si bien que nostre lunco se rompit par la prouë , qui nous contraignit d'alléger le tillaCé Ainsi nous passasmes cette miict à la rhie^ BAM monstrer au vent vn seul pouice de voile, à ^tise que la mer estoit tr<^ esmcuë, et ses vagues trop insupportables. Le lendemain matin noifô conneusmes que nostre lunco s'en ^alloit à fonds, sans que d'iceluy il se soit peu sauuer tjat les 'a3. personnes que vous voyez de 147. qui estions dedans. De manière qu'il y a desia 1 4* iours que nous sommes sur ces planches , sans auoir durant ce temps-là mangé autre chose qu'un mien csclaiie, Cafre de nation, et qui nous mourut, duquel nous nous sommes sub&tantez l'espace de 8. iours , et encore cette mesme nuict dernière il mourut deux Portugais^ que nous n'auions voulu manger^ quoy que nous en eussions bon besoing, parce qu'il nous sembloit que du iôur au lendemain deuoient
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finir auec nostre vie les traiiaux que nous voyons denant nos yeux.