‹ Les voyages advantvrevx de Fe d Mendez Pinto;Chapitre 62 sur 101 · CHAPITRE LVIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE LVIIL

Des préparatifs que fist Antonio de Faria dans le port de> Lailoo, pour aller combattre le Corsaire Coja Acem.

Le lendemain msiXiii nous arriuasmes au Port de Lailoo , où Qiiiay Panjan ( le Chinois qui estoit auec nous ) auoit beaucoup de parens et de grandes cognoissances , ensemble plusieurs amis, à raison de quoy en ce lieu il ne manquoit pas de crédit. Il pria donc le Mandarin ( qui est le Capitaine du lieu ) de nous permettre d'acheter pour nostre argent ce qui nous faisoit besoin , ce'

36a VOTàGES AiniATfTUREUX

harquebusiers 9 neuf cent pots d'artifices, à sça« noir quatre cent en poudre, et ciriq cent de chaux viue en poudre à la façon des Chinois , quantité de pierriers , Sèches , demy picqoes , et bombes à feu, qu'vn Ingénieur de Leuant nous faisoit, et qui estoit gagé pour cela ; quatre mille iauelots, quantité de haches de fer pour seruir à Tabord, six batteaux pleins de cailloux , auec lesquels la Chôurme combat, douze harpins auec leurs crampons attachez à des grosses cfaaisnes de fer pour accrocher les vaisseaux, et aussi plusieurs artifices de feu, que le profit qu^en tiroient les Chinois leur faisoit ioumellement inuenter. Auec tout cet équipage nous partismes de ce lieu de Lailoo , nos hunes tendues de soye, et tous nos vaisseaux garnis de deux rangs de pauois de chaque costé , et des fauqùes de pouppe et proue, (outre vn autre rang de semblables fauques d applique pour seroir au besoin. Ayant donc aussi faict voile, trois iours après nostre parlement il pleust à Dieu que nous arriuasroes aux pescheries où Coja Acem auoit pris le lunco des Portugais ; là si tost qu'il fiit nuict , Antonio de Faria enuoya des espions sur la riliiere , pour sçauoir l'endroit où il pouuoit estre , lesquels prirent et amenèrent vn Paraoode pescheurs, où il y auoit six hommes natifs du pays, qui nous donnèrent aduis que ce Corsaire estoit à deux lieues de lir

DE FERNAND itENDEZ PINTO. 363

&n vri6 riuiere nommée Tihlati, et qu'il y fâisoit raccôtnmoder le lunco qu'il auoit pris aux Portugais, pour dans iceluy auecque deux autres qu'il auoit s'en aller à Siam, d'où il estoit natif, et qu'il deuoit partir dans deux iours. Cetteuouuelle fist qu'Antonio (|e Faria prist conseil de quelques-Vns des siens, qui pour cet èffeict furent appeliez , où il fut résolu que prertrierement il falloit visiter et cognoistre leij^ lieux et la force de nostrè ennemy; parce qu'en vue cbosé où l'on se deuoif tant hàzârder, il né fal-' loit point attaquer à tastôns , mais y bien penser aup^rauant, et que sur la certitude de ce que l'on verroitjTon resoudroit par après, seloriee qui sembleroît bon à tous. Alors faisant sortîf du Paroo les pescheurs qui y éstoien't , il miét en icèluy deis Mariniers ; qtfil pris^ du liincri de Quiay Panjan; pour l'éqùipper de gens, et le luy enuoya: seulement aiuecque deux de ses pescheurs que l'on auoit pris, et faisant demeurer les autres auecque Iny pour ostagés, en donna la chargé à \h vaillant et sage soldât nommé Vincent Mo^osa, vestu à la Chinoise, craignant d'estre recogneu ; lequel arriué au lieu oùestoient les ennemis, fist feinte de pescher comme d'autres faisoient, et par ainsi il vit et espia tout ce qui estoit de besoin; puis estant de retour îl fît çon rapport de ce quMl auoit veù, et asseura que

364 VOYAGES ADUANTDRBUX

les ennemis estoient tellement foibles , que lors qu'on les abordcroit il seroit facile de les prendre. Antonio de Faria fist assembler les plus expérimentez des siens , pour tenir conseil là-dessus , et ce dans le lunco de Quiay Panjan y à cause du grand respect qu'il luy portoit, pour Fhonorer dauantage , et aussi pour maintenir son amitié, dont il faisoit beaucoup d'estime* En cette assemblée il JFut résolu , que si tost qu'il seroit nuict nous irions ancrer à l'emboucheure de la riuiere où estoit l'ennemy , pour le lendemain matin au nom de lesus-Christ l'attaquer auant le iour. Cet aduis agreste de tous, Antonio de Faria ordonna l'ordre et manière qu'on deuoit tenir à l'entrée de cette riuiere, et comment l'on attaqueroit les ennemis. Puis partageant ses gens il mist trente Portugais dans le lunco de Quiay Panjan , tels qu'il luy plût les choisir, afin de ne luy desplaire en aucune façon , à cause qu'U eu estoit de besoin. Par mesme moyen il mit à chacune des deux Lanteaas six Portugais , plus vingt autres dans le lunco de Christofle Borralho, et fist demeurer auec luy le surplus des Portugab, qui estoit de trepte-trois , outre les esclaues et plusieurs Chrestiens, tous hommes vaillans et bien fidèles. Ainsi accommodez tenant l'ordre nécessaire^ pour auec l'ayde de Dieu exécuter son entreprise, il fist voile vers la riuiere de

DE FERNAND HEITDKZ PfNTO. 365

Tinlau , où il arriua enuiron le Soleil couché , et y passa la nuict , faisant faire de bonnes sentinelles sur les trois heures après ininuict, qu'il s'esgala à l'ennemy, qui estoit à mont la riuiere à quelque demie lieuê de luy.

Page 1