‹ Les voyages advantvrevx de Fe d Mendez Pinto;Chapitre 78 sur 101 · CHAPITRE XUI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XUI

Coiiliiiuaiion du grand danger que nous eourusnies, et du secours qui nous arriua là-dessus.

ÀTAifT ainsi passé la nuict nuds que nous estions, blessez , tous hors d'haleine à cause du grand mal que nous auions enduré, à la fin comme le iour commença de paroistre , il plût à Dieu que le vent commençasi aussi à se diminuer i ce qui fut cause que le lunco demeura vn peu plus en repos, bien que pour lors il fustsur le haut du banc, et qu'il y eust dedans quelques ti^ize pans d'eau ; tellement que pour tascher d'esquiuer vn si grand danger qui nous mena*

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çoit, nou3 sortismes tous dehors, el nous attachasmes au cordage qui bandoit hors le Nauire, pource que les vagues battoient auec tant de violence contre le vaisseau, que nous apprehen^ dions d'estre submergez ou iettez contre les escueils , chose qui estoit desia arriuée à dix ou douze des nostres^ pour ne s'estre tenus sur leurs gardes. Or comme le iour parût tout à faict, Dieu permist que le lunco de Mem Taborda , et d'Antonio Anriquez nous descouurit, après auoir esté toute la nuict les voiles baissées, et le vais* seau chargé par prouë d'vne quantité .de bois faict en radeaux à la Chinoise; dequoy les officiers s'estoient aduisez afin que le Nauire en supportast plus facilement la tourmente. Or ce lunco ne nous eust pas plustost descouuerts, qu'il s'en vint à nous;.de manière que nous ayant joints, ceux qui estoient dedans nous ietterent vne grande quantité de bastons liez à des cordes, afin que nous eussions à nous y attacher, ce que nous fismes tout aussi-tost , et en cela il se passa bien vne heure de temps anec beaucoup de trauaii , pour l'extrême desordre , et le désir qu'auoit vn chacun d'estre sauué le premier. Ce qui fut cause qu'il y eust vingt hommes de noyez, cinq desquels estoient Portugais, aus* quels Antonio de Faria eust plus de regret qu'à toute la perte du lunco ^ et à toute la marchan-

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dise qui estoit dedans, bien que la valeur n'eo fust pas si petite , qu'elle ne passast plus de cent mille Taeis, et ce seulement en roarchand:>t d'argent. Car la plus grande part du butin faict sur Coja Acem, auoit esté rois dans le lunco d'Antonio de Faria, comme estant celuy de tous où il sembloit y auoir moins de danger qu'aux autres vaisseaux, qui n'estoient ny si bons, ni si asseurez. Ainsi après qu'auec beaucoup de peine et de danger nous fusmes recoux dans le luuco du mesme Taborda, nous employasines tout le iour en des plaintes continuelles, pour raison d'vn si malheureux succès, sans auoir aucune nouuelle de nos autres compagnons. Neantmoins il plût à nostre Seigneur, qu'enuiron le soir nous descouurismes deux voiles , qui d'vn bord à l'autre faisoient des voltes si courtes , qu'on eust dit que ce n'estoit qu à dessein de couler le temps; ce qui nous fist croire qu'elles estoient des nostres. Or pource que la nuict s'auançoit , il ne fut point treuué à propos de nous y en aller, pour quelques raisons que Ton donna là dessus ; de manière que leur ayant faict fanal ils nous respondirent incontinent conformément à nostre dessein. Or comme nous estions presqu'à la fin de la dernière garde, ils s'approchèrent de nous, et après nous auoir saluez assez tristement, ils

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nous demanderont des nouuelles, tant du Gapittùne General , que du reste de la compagnie. A quoy nous leur fismes response, qu'aussi-tost qu'il serolt iour on leur en diroit , et que cependant ils eussent à se retirer de là iusqu*au lendemain, que le iour fût esclaircy; pource que les vagues estoient si hautes, que quelque desastre pourroit bien s'en ensuiure. Le lendemain si tost que Tes* ^oilie du iour commença de paroistre, deux Por* tiigais s'en vindrent à nous du lunco de Quiay Panjan , et voyant Antonio de Faria en Téquipage qu'il estoit dans le lunco de Mem Taborda, pource que le sien estoit desia tout perdu ]) comme ils sceureut le triste succès de sa fortune, eux nous racontèrent la leur, qui ne se treuua gueres meilleure que la nostre; car ils nousasseurerent qu'vne bourasquede vent leur auoit ietté trois hommes dans la mer, aussi loing de leur vaisseau comme un ject de pierre , chose à n'en point mentir qu'on n'auoit iaroais veuë ny ouye. Par mesme moyen ils nous racontèrent comme le petit lunco s'estoit perdu auec 5o. hommes presque tous Chrestiens , dont il y en auoit 7. seulement de Portugais , dont le Capitaine estoit Nuno Preto , homme honorable et de grand esprit; dequoy il auoit donné de fort bonnes preuues aux aduersitez passées; aussi fût-ce bien auec vn extrême regret qu'Antonio

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de Faria apprist vne si fuscfaeuse ndwieile. £b ce mesme temps arriua vne des a. Laotèaas, desquelles iusqu'alors on n'auoit point ouy parier. Ceux qui estoient dedans nous racontèrent pareillement les grandes fortunes qu'ils auoieiit courues , et nous asseurerent que l'autre auott rompu les cables et laissé ses ancres en mer, et qu'à leur veue elle s'estoit toute fracassée sur le riuage, sans que de tous ceux qui estoient dedans il se fust sauué que treize personnes , dont il y auoit cinq Portugais et trois valets Chrestiens, que ceux du pais auoient Ëiict esclaues et menés à vn lieu nommé Noudaj, de manière que par cette malheureuse tourmente se perdirent deux luncos et vneLanteaa ou vne Lorche^daiis lesquels moururent plus de cent personnes , où il y auoit onze Portugais, sans y comprendre les esciaues et la perte de tout le reste de l'équipage, tant en marchandise qu'en argent, en riches ioyaux, en artillerie, eu armes, viures et munitions, le tout estimé à plus de deux cent mille ducats : tellement que le Capitaine et tous les soldats se treuuerent destitués de tout , n'ayants autre chose que ce qu'ils auoient sur leurs corps. Nous apprismes depuis que de semblables fortunes de mer aduiennent ordinairement en cette coste de la Chine plus qu'en aucun autre pats, tellement qu'il est impossible d^y nauiger vne

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seule année sans qu'il arriue quelque naufirage , si ce n'est qu'aux conionctions des pleines lunes on se mette à l'abry dans les ports , lesquels j sont en fort grand nombre , et si bons , que sans appréhender aucune chose on y peut entrer aysèment, pource qu'ils sont tous fort nets, hors rais ceux de I^amau et de Sumbor qui ont quelques escueils , qui du costé du Sud sont esloignés de demy lieuë de Temboucheure.

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