‹ Les voyages de Balthasar de Monconys: documents pour l'histoire de la scienceChapitre 1 sur 6 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Les irudiis connaissent tous Balthasar de Monconys et ses trois rarissimes in-^^ de Voyages. Publié à Lyon en 1665- 1666, réimprimé vingt^neuf ans plus tard en cinq volumes /n-12 qui ne sont pas moins rares y cet ouvrage fut traduit en allemand à Leipzig par Charles Juncker O697J. Libriy trouve une relation précieuse des opinions philosophiques de Galilée^ ; Poggendorff le mentionne souvent, par exemple dans l'histoire du thermomètre^ ; M. Zerener a dû le citer pour des renseignements sur Otto de Guericke ' ; M. Paul Lacroix en a extrait des documents précieux sur Vart et la curiosité^; enfin M. le docteur Légué, dans son beau volume sur Urbain

^ Histoire des Sciences mathématiques en Italie, tome IV, page 292.

' Histoire de la Physique, traduction française, pages 232 et saiyantes.

' Revue Scientifique, tome II, 3* série, page 59.

^ Annuaire des Artistes et des Amateurs, 1S61, pages 259 et suivantes .

8 Introduction,

Grandier^t rapporte l'entrevue de notre voyageur avec la supérieure des religieuses de Loudun dont il fit sauter de Pongle un des prétendus stigmates.

Né à Lyon en i6ii,fils du lieutenant criminel de cette ville, descendant d'une ancienne maison de Bourgogne, Balthasar de Monconys commença ses études au collège des Jésuites. En 1628, une peste qui désola une partie de l'Europe fut le prétexte qui lui servit auprès de sa famille d'impérieux motif de voyager^ Dès sa plus tendre enfance, il avait voulu, comme le dit V Advertissement au Leeteur, « estre luy-mesme [V inspecteur de ce que la Nature a le plus caché aux hommes, et de ce que les hommes cachent le plus à la Nature, cest à dire leurs mœurs ^ et la fin de leurs actions >►. // alla prendre ses grades à V Université ^de Salamanque. Il avait bien V intention d'aller jusqu'aux Indes et en Chine, mais l'amour paternel et la tendresse d'une belle-soeur « la plus vertueuse qui fut iamais » l'obligèrent de revenir à Lyon où on l'attacha par une charge de conseiller.

Il se jeta alors dans t alchimie et Fastrologie judiciairemais n'ayant pu « rassassier son esprit d'une nourriture si creuse et si légère, dit V Advertissement, il tourna toutes ses pensées à la belle Physique et aux Mathématiques ». Cet éloignement de l'alchimie et de la judiciaire est-il certain ?

^ Urbain Grandier et les Possédées de Loudun, Noavelle édition. Paris, 1884» G. Charpentier.

Introduction,

Il est diJJiciU de le croire^ à considérer les innombrables recettes et secrets qui encombrent le Journal des Voyages et ne sont pas un des moindres empêchements à sa lecture. En tout cas, Monconys fut de ces assemblées savantes qui se tenaient che!( M. de Montmor, et doà devait sortir VAcadémiedes Sciences. Il y connut Gassendi, Th/henot, Justel^ Pascal, Petit, Roberval, de La Chambre, Au{out, etc., et y lut un Discours sur Pascensîon de l'eau sur un niveau en un tuyau estroit» autrement dit sur les phénomènes capillaires^ qui passionnaient alors le monde savant^.

Il rédigea aussi avec la terminologie de Viite une Algèbre élémentaire, // fut poète latin, mime poète fran" çais; de ses sonnets et de ses stances amoureuses, le mieux est de ne rien citer. Si, à ten croire, il ne gagna pas toujours les cœurs qui F avaient énamouré, il conquit du moins les bonnes grâces du chancelier Séguier; il fut chargé dune mission à Rome par le duc de Luynes, s* en acquitta très heureusement, et eut Phonneur d'accompagner en Angleterre, en Hollande, en Allemagne et en Italie le duc de Chevreuse (i 663- 1 664). Ce fut son dernier voyage. Le premier, de 162B, s'était borné à F Espagne; le second avait exploré le Portugal, la Provence, F Italie (1645- 1646), r Egypte, la Syrie, Constantinople, TAnatolie

1 Voir mon irtîde sur l'Histoire de la Tkiorie de la Capiilarité. (Revue de l'Enseignement secondaire et super ieut* I*' octobre 1884.)

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(1647-1648). A peine fut-il de retour pour recueillir Vhir liage de M. de Lier gués, son frère, et remplir sa charge de lieutenant criminel, quHlfut obligé de s'aliter. Il mourut le 28 avril 1665.

Le premier voyage de Monconys ne pouvait être intéressant; l'auteur avait dix-sept ans; mais les autres sont une mine de précieux documents scientifiques. A peine arrivé dans une ville, le voyageur s'informe des amateurs de science; il nous en donne les noms. Il s'in^ forme des livres récents les plus remarquables et les achète; il nous en cite les titres. Il résume autant qu'il est en son pouvoir ses conversations avec les savants: dire que ces savants s'appellent Reinieri, Torricelli^ Viviani, Oldembourg, Lefèvre, Boile, Wren, Willis^ Vossius, Hudde^ Slu^e, etc., c'est dire V intérêt de c« relations qui ne sont pas toujours claires, mais que rien ne peut remplacer. Il assiste aux débuts de la Société royale de Londres, et nous donne des comptes rendus très vivcmts de ses séances, complément utile de l'Histoire de la Société, par Birch.

Ses entretiens avec un prince de Bragance (sans doute don Théodose, né duc de Barcellos le 8 février 1634, mort universellement regretté le 15 mai 1653, avec la réputation du grandissime savoir) nous donnent des renseignements bien imprévus sur la diffusion à la cour de Portugal des idées galiléennes en 1646, et font grand honneur à ce prince qui ne devait pas être le seul astronome de son illustre famille. Ce qui dans la science de

Introduction, ii

son temps semble t avoir le plus vivement frappé^ ce sont les thermomitres, les microscopes et les larmes bâta" viques; ce qu'il semble avoir pratiqué avec le plus de goût, ce sont les mesures de densité des différentes eaux; peut-être qu^un jour ces mesures ne seront pas jugées inutiles à la géographie comparée. En attendant^ il s'est beaucoup intéressé aux possédées — en sceptique^ ce qui le range parmi les meilleurs esprits de son temps.

Est particulièrement précieuse la relation de son entrevue, en 1646» avec Magdeleine de La Palud, qui, en 1610, avait été possédée de six mille sept cent-soixante diables environ, parmi lesquels Asmodée et Bel:(ébub,

Magdeleine a-t-elle ditàMonconys la vérité à l'égard de Gauffridy ? Évidemment non. C'est même une caracté' ristique bien constatée de ces affections névropatiques qu'une propension irrésistible au mensonge.

Je h* en dirai pas plus long sur Monconys: les spécia" listes de chaque ordre apprécieront mieux que je ne saurais l'expliquer tout l'intérêt des récits du vieux voyageur.

Charles Henry.

P. S. — M. Aimé VingtriQier, Bibliothécaire de Ljoo, qae je pris !a liberté de questionner sur Monconys m'apprend que « sa bibliothèque ne contenait que 2000 volumes, mais tous livres de choix et reliés par Le Gascon : ses armoiries étaient d'azur i deux fasces, la première ondée d'or, la seconde simple et d'argent; sa maison était au pied du chemin neuf; elle portait le nom de maison du port. »

Le texte fragmentaire ci-apris publié est strictement conforme, — orthographe, ponctuation, coquilles, signes et sigles, — à celui de t édition princeps.

DE

BALTHASAR DE NIONGONYS

cû>"

Voyage de Portugal

[A. Blois.] Le 29 [auril 1645]. î'y seiournay pour 7 voir le Château que M. le Duc d'Orléans faisoit bâtir, et son admirable iardin de simples, qui passe les plus beaux qui soient en Europe : entre lesquels i'y vis la SensUiue présentement assez commune parmi les Botaniques, et le Géranium noctu odoratum. le puis bien remarquer vne très-belle et longue Gallerie qu'il y a dans ce iardin, qu'Henry IV. a fait bâtir de belle pierre détaille, laquelle est percée de tous les quatre costez, et deux cistcrnes d'vne Architecture admirable, auec vn puis d'vne extraordinaire largeur, fait de mesme matière : Mais ces beautés inanimées ne sont point comparables a vn des premiers Géomètres et des plus sçauans hommes de France, M. le Conseiller de BeauneS

* Florimond de Beaaike, aé en 1601, mort en 1652, coona pour des perfectionnements apportés aa microscope et d'excellents commentaires de la Géométrie de Descartes.

auec lequel ie demeuray les deux dernières heures de cette journée.

Le 30. ie m'arrestay audit lieu pour profiter plus longtemps de Pentretien d'vn si sçauant homme, et pour esprouuer vn excellent Télescope qu'il auoit fait dans yn Laboratoire dressé exprès chez luy. Pour cela ie n'auois pas la pratique que j'ai eue despuis de cet instrument ; c'est pourquoi ie ne sçaurois asseurer de l'effet qu'il faisoit, quoyqu'il me le prestast pour voir la Lune de mon logis, qui estoit plus commode que le sien.

Le 3 [may]. [ie seioumay à Tours m'informant des personnes curieuses et de mérite ; on m'indiqua M. Vsin Aduocat du Roy au Bureau des Thresoriers, amateur de toutes les belles Sciences, et principalement de la Philosophie de M. Descartes, que la beauté et la force de son Génie luy faisoit embrasser, quoyqu'elle ne fût pas alors dans la haute estime où elle est aujourdhuy. Il me donna aussi la connoissance de M. de Malledent qui estoit plus dans la Philosophie Hermétique.

[A Loudun.] Le 8. au matin i'allay voir la Supérieure des Vrselines jadis possédée selon Popinion commune, ce qui m'auoit donné la curiosité de la voir. le la fus donc demander et i'eus la patience de l'attendre dans le parloir plus d'vne grosse demi-heure. Ce retardement me fit soupçonner quelque artifice : c'est pourquoy après luy auoir fait compliment ie la priay de me monstrer les caractères que le Démon qui la possedoit

Voyage de Portugal (May \(i.\r^). 15

auoîr marquez sur sa main, lors qu'on l'exorcizoit ; ce qu'elle fit, et tirant le gant qu'elle auoit à sa main gauche, i*y vis en lettres de couleur de sang sur le dos, commençant du poignet iusqu'au petit doigt, Iesus\ au dessous tirant vers l'épaule, Maria; plus bas, loseph; et plus bas à la quatriesme ligne, F. de Salles. Elle me dit toutes les meschancetez du Prestre Grandier qui auoit esté bruslé, pour auoir donné le maléfice au Conuent, et comme vn Magistrat de la Ville, duquel il desbauchoit la femme, s'en estoit plaint à elle et que de concert ils l'auDient dénoncé, nonobstant les fortes inclinations que ce mal-heureux luy causoit par ses sortilèges, dont la miséricorde de Dieu la preseruoit. Enfin je pris congé d'elle et auparauant ie souhaitay de reuoir sa main, qu'elle me donna fort ciuilement au trauers de la grille ; alors la considérant bien, ie luy fis remarquer que le rouge des lettres n'estoit plus si vermeil, que quand elle estoit venue, et comme il me sembloit que ces lettres s'escailloient et que toute la peau de^la main sembloit s'esleuer, comme si c'eust esté vne pellicule d'eau d'empois desséchée. Auec le bout de mon ongle, i'emportay par vn léger attouchement vne partie de la iambe de TM, dont elle fut fort surprise, quoy que la place restast aussi belle que les autres endroits de la main. le fus satisfait de cela : ie pris congé d'elle et partis de Loudun pour aller coucher à Saumur.

Le 10. l'y seiournay [à Angers] et y vis le cabinet d'vn Apoticaire nommé Chaudet, où il y a vne infinité de coquilles, d'animaux, d'insectes, de fruits et d'habillémens des Indes et vne bouteille dans laquelle il y a

i6 Les Voyages de Balthasar de Monconys,

4. liqueurs différentes en couleurs, qui saas aucun artifice sont parfaitement séparées : et mesme après les auoir remuées et meslées ensemble, quand elles viennent à se reposer, elles reprennent leur place et couleur différente comme auparauant,

Le 19. îe seiournay à Vannes attendant le temps propre à partir, et fus voir vn pré où l'on dit que les Sorciers tiennent leur sabat. Il y a dedans plusieurs ronds où Therbe n'est pas seulement foulée, mais il semble qu'on l'ait bruslée. On dit que ces ronds s'augmentent tous les ans. Il est vray qu'alentour on voit comme vn rond d'vne herbe bien plus belle et plus verte. Ce pré est releué comme sur vne chaussée au bord de la riuiere, où vient le reflux, et le chemin des passans est au bord du pré ; mais l'herbe où l'on passe, quoy que foulée et rongée, n'est pas bruslée comme celle des ronds qui sont tout proches du chemin, et mesme le plus grand est tenant audit chemin, qui fait qu'il n'est pas parfaitement rond de ce costé. Aux deux autres il y a deux places d'herbe foulée, comme si quelque animal s'y couchoit, et ie vis vn trou de la grosseur de 4. pouces qui entroit profond en terre au commencement de ce grand rond, qui me fît penser que ce pourroit estre quelque gros serpent, qui après s'estre baigné dans la mer, se venoit sécher sur la prairie, et puis se mettoit en terre par ce trou.

l'y esprouuay que la teste du poisson nommé Esguillette esclaire la nuit. Sa clarté est pasle comme le corps de la Lune, et mesme touchant auec les doigts, les parties qui esclairent l'humeur qu'ils en raportent, a le mesme effet et rend la main claire.

Voyage de Portugal (luin et luillet 1645). 17

Le 7 [iuin]. nous eustnes un fort bon vent de Nordouest, qui nous fit doubler le cap de Finisterrœ^ à dix heures du soir, le vis force gouttes d'eau de mer sur le pont du Vaisseau, qui esclairoient comme des estoiles, mais ne duroient pas longtemps : l'en auois remarqué, d'autres nuits, de semblables dans la mer, mesme le long du Vaisseau. Les Mariniers les nomment Esclaires et disent que cela signifie la tempeste: lis m'assurèrent aussi que presque tous les poissons de mer esclairoient la nuit et principalement les Huistres ; et que quand ils venoient de pescher, leurs habits motjillés d'eau de mer brilloient dans leurs maisons, comme s'il y eut eu des chandelles, et qu'il en estoit de mesme des manequins qui estoient remplis d'Huistres.

[A. La Rochelle.] Le 13 [juillet], ie vis le iardin et les curiositez de M. Hamelot Médecin. Il est entendu en plantes et en quantité des choses naturelles comme en poudres, minéraux, gommes, métaux, fruits des Indes, et coquilles. Il me donna du lacre, de la sensitlue, et de la graine musquée.

Le 14. ie vis le cabinet de M. le Ministre Flans, qui a de beaux liures, force belles coquilles et d'autres

* A Textrémité N.-O. de PEspagne. La Prospérité du Morbian qui emmenait M. de Moncooys en Portugal, était, dès le lendemain, 8, attaqué par la frégate du gai Dunkerquois Gil de Bâche. Notre voyageur et ses compagnons furent « pris, pillez et despoflillez, puis revestus de vieux haillons, les vns sans chapeaux, les autres sans chausses ou souliers, » enfin mis à terre. Trois semaines vagua Balthasar en Galice, de Pontevedra i Ribadeo, où il se rembarqua pour la France, le 4 juillet.

i8 Les Voyages de Balthasar de Monconys.

curiosltez naturelles. Entre autres, vn poisson nommé la Lune de Mer, qui comme il m'a asseuré, rendoit estant morte, vne très-grande lumière en son cabinet: elle est ainsi nommée, parce que dans la mer elle esclaire comme la Lune au Ciel. Elle est de la grandeur d'vn pié et demy, approchant du saumon, et presque carré-long : on y voit la queue du serpent nommé Sonaille : vn fort bel-oyseau nommé Mouche, qui a les plumes de dessous le col de couleur de feu, auec son nid de cotton : vn raisin de mer : vn oyseau de Paradis : vn Orbis muricatus et vn beau brochet de mer.

Il me dit que le suif et le saffran éstoient excellens pour conseruer les oyseaux, et pour les poissons qu'il falloit leur faire fondre leur sel dans de l'eau douce, dans laquelle on les met tremper long-temps, et qu^ilen a fait ainsi à sa Lune. Il me dit aussi que les coquilles des poissons de mer vont à fond dans l'eau douce et que celles des poissons de riuiere surnagent.

le vis le mesme iour M. ToleleMedecin quitrauaille fort à la chymie et qui de plus dessine, peint, et entend la perspectiue.

Le 15. ie cherchay chez les Marchands du port quelques curiositez sans en trouuer d'autres que des coquilles médiocres. Je fus voir chez un Sergent de Police vn Basilic qu^il a, lequel il nomme Cocatris» Il dit qu'estant petit garçon il Ta veu vif et l'a pris dans Testable de chez son grand père. Il a le corps gros comme vn ver à soye lorsqu'il est en séue, deux aisles assez grandes de cartilage, la teste crestée, et deux barbes au dessous ; le bec d'oyseau fort bien fait comme vn coq; au lieu de pieds il a deux petites peaux, qui finissent en pointe vn peu plus bas que l'endroit où les

Voyage de Portugal (luillet et Septembre i6 ',5), 19

oyseaux ont les pieds ; la queue est d'un seul cartilage fort long et tout entortillé, toute semée de petites arestes. le l'examinay auec soin. Il n'y a aucun artifice, ny pièce cousue ou collée, et ce n'est point de ces Raies contrefaites qu'on voit aux cabinets, et que les curieux font passer aux innocens pour des Basilics.

[A Nantes.] Le 21. ie fus voir l'apresdinée le Père Marc la Vau Gardien des Recollets, grand Chymiste, bon Philosophe, éloquent, poly, généreux et homme d'honneur.

Le 22. l'apresdinée ie fus voir M. de la Senegerie à sa maison. Il est fort entendu en médailles, en Géométrie, Astrologie, Mechaniques et trauaiUe fort bien au tour, et de la lime.

Le I [septembre], l'apresdiné ie fus voir M. le Teneua* qai reuenoit de S. Christofle, lequel me donna vn liure de Gallilée du Système du monde^. Le soir ie fus proche des Capucins auec M. Régnier, qui me dit qu'il faisoit peu de chaud sous la ligne, à cause que les rayons réfléchissent directement en haut, et ne font point angle sur nous.

Le 8. nous vismes le matin M. Arthaud Ma des Comptes amateur de la ludiciaire, et qui a tous les liures qui en traictent. L'apresdiné nous vismes la Bibliothèque des

^ Il faut lire : M. le Tenneur.

> C'est le célèbre oa?rage : Dialogo sopra i due massimi sistemi del mondo^ Florence, 1652, in-4^

Pères de Loratoire. le fus coucher et soupper auec M. delà Senegerie et nous lûmes vne lettre de Galilée contre Rocio sur l'apparition des estoilles ou Comètes, il me dit qu'autrefois vn Pape estant aparu permit de manger de la viande le vendredy qu'il arriua, et le nomma le second ieudy ; despuis l'on remet à la semaine des trois ieudys, parce que celle des deux est passé.

[A. La Rochelle.] Le 30 [octobre], l'apresdiné ie vis le cabinet de M. Yeret, Apothicaire, où il y a des fruits des Indes, des pétrifications, des coquilles, des Animaux, et des Médailles. Il y a vn poisson qu'il dit estre le Remore, qui est de la longueur de la main, la teste de la grosseur d'vne grosse oliue, et va touiours diminuant iusques à la queue. Ha comme trois escailles longues, qui forment sa teste. Le dessous de sa gorge est onde et creusé comme celle d'vn chien.

Le 31. levis le matin M. Merendiere, ses Fourneaux et l'inuention de donner le feu au degré qu'il veut, et de l'y conseruer.

Le 1 3 [nouembre]. l'appris de M. Menier Mathématicien.

Que l'onzième proposition du 3. liure d'Euclide^ pouuait estre fausse, si l'on faisoit deux cercles sur daux plans qui se touchassent angulairement, comme aux deux coins d'vne chambre : car alors les cercles se

^ Si deax cercles se toachent intériearement, la droite qui joint leur centre étant prolongée tombera au contact de ces cercles.

Voyage de Portugal (Nouembre 1Ô45). ai

toucheroient et la ligne qui seroit menée dVn centre à l'autre ne passerait pas par le dit attouchement ^

Le 18. le fus à la Digue auec le fils du Capitaine Beau, le fis pescher des Daiiles, et i'experimentay qu'en ayant masché de crues, puis crachant contre le mur, il semble que ce soient des pièces de Lune, c'est à dire, que cela esclaire, et rend vne lumière blanche dans l'obscurité, comme celle de la Lune. L'apresdiné iefus chez M. Menier voir son Globe céleste d'Airain.

Le 19. Le soir i'experimentay que les Soles esclairoient comme les Dailles, mais non pas tant.

Le 20. le fus le soir voir M. le Médecin Tôle, qui estoit de retour. l'appris le secret de deuiner deux Cartes, que deux personnes ont tirées.

Il faut diuiser les cartes en deux monceaux, dont l'vn n'a que des cartes, qui sont marquées de nombres pairs, et l'autre monceau de nombres impairs, obseruant que les figures et les as noirs sont impairs, et les figures, et as rouges tiennent lieu de pairs ; puis faisant prendre vne carte, reprenant les monceaux, vous les changez, en sorte que celuy qui a tiré la nom pair, la met au monceau pair, et au contraire.

Le 22. l'appris que pour empescher un verre de se casser.

Il le faut tremper dans de l'eau d'alun ; et pour em-

> Evidemment.

22 Lei Voyages de Balthasar de Monconyt,

pescher que les vaisseaux ne se cassent, il les faut frotter d'Ail, dedans et dehors.

Le 24. Le soir M. le Marquis de Choisi nous fit force tours de cartes, et répéta 32. mots diuers, et sans suite, que i'auois escrits : Apres les luy auoir nommez vne fois, il les dit tous d'ordre ; puis les reprit d'ordre en commençant par le dernier, et finissant par le premier, et disoit le quantiesme estoit celuy qu'on luy demandoit. Il dit qu'il Teust fait aussi aisément de 500.

Il m'apprit à faire trouuer les quatre Rois, quatre Dames, et ce en mettant les cartes suiuant l'ordre de ces deux vers :

Vnam, ter decimam, quatuor Regina ministrat, Quinque, nouem, Rex septem bis, sexque Rolandi,

Après il faut, ayant ainsi mis d'ordre les cartes dans le monceau, les estendre sur table de 13. en 13. et les quatre de chaque sorte se trouuent ensemble dans le rang des mots des vers. Il m'apprit aussi à faire disparoistre la carte, puis la faire reuenir. Il faut que les cartes soient retournées les faces contre les faces, puis faisant mettre la carte dessus, en retirant promptenient la main derrière ; dans ce temps vous tournez le monceau dans vostre main, et faites paroistre le dessous^ dont la première, est autre que celle qu'on a tirée ; puis retirant encore le bras, vous retournez le monceau, et la carte tirée reuient dessus. Pour sçauoir qu'elle carte Ton a pensé de celles qui se iettent l'vne après l'autre sur la table ; Il faut sçauoir seulement quelle estoit la première, et sans mesler autrement les cartes, qu'en les faisant couper.

Voyage de Portugal (Décembre 164$). 25

elles gardent la mesme situation ; si bien qu^en commençant à conter depuis celle que vous auiez iettée la première, lorsqu'elle se présente, (et pource il faut attendre qu'elle vienne, quand bien Ton auroit passé les cartes songées^ il n^'roporte) : contant dis-je depuis que ladite première apparoit, iusques au nombre de celles qu'on auroit pensé, on les trouue iustement en vn autre tour. Vous faites voir 7« ou 8. cartes, puis vous demandez la quantiesme vous voulez qu'elle vienne, mais non pas au delà des 7. ou 8. montrées. Apres qu'on vous l'a dit, vous portez les cartes derrière le dos, et contez en mettant les cartes, les vnes sur les autres, iusques au nombre qu'on a dit, et quand vous y estes arriué, au lieu de mettre la carte, qui accomplit ce nombfe sur tes autres, comme les précédentes, vous mettez au lieu d'elle, toutes celles que vous auez contées sur le monceau des cartes, puis vous demandez la quantiesme estoit la carte qu'on a pensée, par exemple, la 5. Vous contez donc en iettant la première carte sur table, 6. puis 7. et iusques au nombre qu'on désire qu'elle vienne, et lors elle s'y trouuera.

[ACoimbre.]^ Le 13 [décembre], ie fus dire adieu aux lesuites, un Père Anglois Mathématicien , qui me débita la pensée du flux de la Mer, causée par la Lune, qui poussant l'Air, comprime la Mer en vn endroit, et la fait regorger ailleurs: et aussi la pensée de la grauité qui doit proce-

1 Balthasar s'était embarqaè à La Rochelle le 2 décembre. Le 9, il atterrissait à Mo&dego, après ayoir échappé aux poursuites d'un vaisseau pirate; le 10, il était à Coimbre.

24 Lti Voyais de Balthasar de Monconys.

der d'une expulsion des corps contre h terre, soit par les rayons du Soleil, soit par le mouvement perpétuel des atomes, qui sont les pensées de Des-Cartes.

[A Lisbonne.] Le 6 [may 1646]. le vis chez Calmon M. de S. Paul, et M. du Bocage, Ingénieurs. L' aprèsdiné ie fus à S. Roch, voir le Père Barton, Anglois Mathématicien, qui me presta le liure du Système du Père Christophle Borri, intitulé Collecta astronomica, imprimé à Lisbonne.

Le 25 [iuin]. L'apresdiné ie fus auec M. Brunet à Alcantara trouver M. le comte de Pena Guion, qui me mena après saluer M. le Prince, qui me rauit, tant par laviuacité de son esprit, que la solidité de son jugement, à reconnoistre les foibles raisons des aduersaires de Galilée, qui fut la première chose qu'il me demanda. 11 preuenoit les réponses que ie voulois luy dire contre ces obiections, et S. A. m'en fit de tres-subtiles et iudicieuses, tant pour, que contre ; alléguant et répondit aux passages de l'Escriture. Il me fit Tobiection contre la judiciaire, de la precession de cette equlnoxe qui doit «auoir bouleversé les significations anciennes des signes. Finalement i'admiray en luy sa granité et sa seriosité, qui passe au delà de son âge, aussi-bien que sa mémoire, tant pour les supputations des diuers esloignements des globes célestes, pour les époques des Cronologistes, que pour les diuerses opinions de l'âge du monde.

Voyage de Portugal (MlUt 1646). j;

Le 4 [juillet]. le fus à Alcantara prendre congé; j'eus deux fois entretien auec le Prince, qui me leut toute sa Théorie des plaoettes. Le Roy vint eslre de la conrerence ; et la Reine estoU à vne porte derrière la portière.

Voyage de Provence

Le 3 [aou8ttti46]'.Le soir i huit heures nom TÎsmes voe tres-graade exhalaison, elle passa d'Ouest à l'Est dans le signe de Scorpion oïl elle vint Gntr aux deux petites estoiles qui sont proches l'vne de l'autre, dans la queue du Scorpion les 4. après le cœur, dudit Scorpion qui estoit iustement au Midy esleui de 35, degrez sur l'horison. Elle commença i paroistre comme vne Esloile de la première grandeur, puis s'augmenta extraordinairement en rond, et incontinant enflamma touie la matière qui estoit deuant elle, s'estendant en long et en large en figure de Comète ; puis quand elle finit, elle espandit de petites estincelles comme font les fusées après qu'elles sont creuèes en l'air : elle dura en tout 3. ou 4. minutes : les 2. jours précédents l'on en auoit veu vne aussi, mais non pas si grande.

I Balthasar éuit alors i bord de la Capitaine qni, lUiat de Poctogil en ProTence, ivait pasii le ditroit de Gibnltir, la mille, i sept henres da soir.

a8 Lts Voyages de Batthasar de Monconys.

[A Aix.] Le 29 [aoust 1646]. ie fus prendre M. de Champîgny aux lesuistes, et auec luy chez M. le Baron de Rians, voir le cabinet de M. de Peyresc, où ie remarquay entre-autres belles choses, vne pierre qui semble vn morceau de paste, et qui se plie de tous costez comme de la paste, i*y appliquay la langue et la trouvay insipide comme les autres pierres, i'estime que ce sont des fibres d'herbe, qui se sont induites d'vne matière pétrifiante, qui pourtant n'est pas si bien iointe, qu'elle ne laisse des facilitez aux dites fibres de se plier. le vis vne autre pierre en forme de piastre iaunâtre, qui est d*vn volume à peser plus 20. liures, qui pourtant n'en pesé pas 3. Elle nage sur l'eau. La qualité d'air qui est enfermée dans ses pores la rend légère et surnageante, et ses pores sont si petits qu'ils sont imperceptibles à la veuê, et ne donnent pas lieu à Peau de s'y insinuer et de les remplir en chassant l'air. Il y a mille pierres antiques grauées, et vne infinité de Talismans, les trois pieds d'vn petit trépied antique et vn tuyau rond de verre en forme d'vne assez grande boucle, dans le vuide duquel il y a vne liqueur qui auoit le mouvemeut réglé du flus et reflus deux fois le iour. l'y vis aussi de la pierre Amianthos qui tire fort au Vitriol; elle est toutefois plus condense et plus obscure.

Le 12 [septembre], ie fus acheter les Tables Rudolphin€5\ vn traité de Galilée, et le petit Philolaus*, que

1 De Keppler.

< De Boolliau.

Voyage de Provence (Octobre 1646). 29

i'enuoyay à Don luan de Meneses. L'apresdiné ie fus voir le vieux Prieur de la Valette M. loseph Gautier, maistre jadis du grand M. Gassendi.

Le 3 [octobre], l'apresdiné ie fus auec M. Piscatoris voir Magdeleine de la Palu à sa bastide. Elle me parla auec beaucoup de jugement, et me dit de fortes raisons, pour montrer la fausseté du liure du Père Michaêlis% et m'assura que son mariage prétendu auec le diable estoit faux, qu'elle n'auoit jamais oûy parler, ny veu, ny sçeu aucune chose de sabat^ de pact auec le diable, de transport, ny de marques, contre le liure de M. Fontaine' et la teneur de l'arrest de Goffredy, imprimé en suite, qui porte qu'elle a confessé sa défloration, et ses marques, qui furent visitées et trouvées insensibles, et peu après s'effacèrent. Le jour de Pasques elle me dit que tout cela estoit faux, et qu'il n'y auoit de vray que sa possession, pendant laquelle elle a tousiours eu l'esprit libre, et reconnu les

< Histoire admirable de la possession et eonuersion (Tune pénitente, par un magicien^ la faisant sorcière et princesse des 5orciers au paXs de Prouence, conduite à la Saincte Baume pour y être exorci!(ie Van M. D. C. X. au mois de nouembre soubs l'authorité du H. P. F. Sebastien Michaelis, commis aux exorcismes, Paris, 1613, Charles Chastellain, i vol in-8«.

3 Des marques des Sorciers et de la réelle possession que le Diable prend sur Is corps des hommes, sur le subiect de l'abominable et détestable Sorcier Louis Gaujridy, Prestre bénéficié en l'Eglise Parrochiale des Accoules de Marseille qui n'a guieres a esté exécuté à Aix par Arrest de la Cour de Prouence, Dédié à la Reyne, Régente de France, par lacques Fontaine, Conseiller et Médecin ordinaire do Roy, premier Professeur en son oniuersité de Boarbon en la Ville d'Aix. — Lyon, 161 1, chez Cltade Larjot. I vol.

opérations que le diable faisoit par son organe ; qu'elle croit que Gofiredy luy auoit donné ce maléfice dans vn Agnus qu'il luy donna la première fois qu'il la confessa; qu'alors elle n'auoit que six ans et quelques mois, et qu'à sept ans elle entra aux Vrsulines pour apprendre, où depuis elle prit Phabit, et fit profession et n*en sortit qu'estant possédée ; que le lendemain après auoir receu cet Agnus, elle fut quelque temps tourmentée de grandes conuulsions et accidents estranges ; mais qu'elle ne soupçonnoit rien, ny ses parents, et que ce mal passa ; que depuis elle n'a pas parlé deux ou trois fois à Goffredy auant qu'entrer en Religion, à quoy il la poussoit ^ ; qu'elle ne l'y a iamais veu, et qu'elle estoit en vn âge où il n'y auoit pas apparence qu'il luy parlast d'amour, ny de sorcellerie, et que celuy qui trauailloit le plus à sa deliurance lorsqu'elle estoit possédée eust en reuelation, disant la Messe, qu'elle ne gueriroit iamais par exorcismes, parcequ'elle estoit possédée extraordinairement et pour la manifestation de la gloire de Dieu ; mais qu'elle gueriroit par de grands actes d'humilité, ainsi qu'elle en fit dés-lors suiuant l'ordre de ses Directeurs : comme de demander l'aumosne par la ville, porter du bois sur ses espaules, et s'estendre en bas au deuant des portes de l'Eglise, afin que tous ceux qui entroient lui passassent sur le ventre, et qu'ainsi elle fut déliurée vn jour publiquement deuant l'Euesque d'Vzes, où elle souffrit beaucoup ; que plus de 700. Hérétiques se convertirent, qu'elle demeura plus de trois quarts d'heures suspendue en l'air, et qu'enfin il luy sortit du nez vn peu plus bas que l'œil gauche, vne chose grosse et ronde comme un pois, toute entourée

^ L'acte d'tocasation du P. Michaêlis dit le contraire.

Voyage de Provence (Octobre 164Q. 3!

de cheueux tressés et lacs d'amour, laquelle M. d'Yzes prit et brûla. le luy dis que j'enuoyois le lendemain mon homme à Aix, afin de voir l'original de Tarrest par la faueur de M. de Champigny Intendant de la Provence, afin de vérifier s'il estoit conforme au liure qu'auoit fait imprimer M Fontaine le Médecin, mort en réputation d'habile homme et d'homme d'honneur. Elle auoit auec elle vn grand homme, à mon aduis Prestre de la Mission, et Manceau^ qui est de bonne mine, mais qui a la Phisionomie metancholique qu'elle regardoit tousiours auant que parler. 11 y a cinq mois qu'il est auec elle. Il en dit mille biens et que pour la connoistre il faut tourner la médaille, et prendre le reuers de tout ce qu'on en dit, qu'elle vît saintement, et a de grandes grâces de Dieu. Elle a fait bastir une Chapele dans son fonds joignant le grand chemin, pour la deuotion et commodité du public. Cet homme est persuadé de la vraye possession de Loudun, et va suiuant tous les lieux ou il peut trauaiUer à la vigne du Seigneur, particulièrement en matière de possession. Le mauvais bruit de cette femme encore à présent, et les contes qu'on en fait auec de beaux restes qu'il y a sur son visage de ce qu'elle a esté autrefois, la commodité et le corsage de Thomme pourroient bien faire soupçonner quelque chose, La maison est très-bien située, ayant la veuê de tout le paîsage d'vne partie de Marseille, des Isles qui sont au deuant, et de la mer. »

^^ Lf 1 5 . luillet 1 659. Pay appris que depuis peu Magdelaine de la Palu a esté plus d'un an dans ûs prisons d'Aix, accusée d'auoir donné vn maléfice à vne ieune

fille. Elle a esté ensuite mise en liberté; sa Bastide donnée au Trinitaires, et elle s'est retirée auprès^ d'vn de ses neueux, dans les montagnes de Prouence ^

^ Sar le bouffon et navrant drame des Ursalines d'Aix qui se termina par le supplice (30 avril 1611) de Louis Gauffridy, prêtre et « prince des magiciens », lire : le livre précité du Père Michaéîis ; l'Essai sur V Histoire de Provence, par Charles- François Bouche, (tomell, pages i6o-i6i), 1785, in'i^; la Sorcière, par J. Michelet, (livre II, chapitre IV), Paris, 1 862.

Premier Voyage d'Italie

Le 29 [octobre 1646]. Nousarriuasmesi 10. heures à Virego et prismes des cheuaux pour Pise» où nous arriuasmes le soir. Incoatinant le Père Reinieri' Professeur en Mathématiques me ^int voir et escriuit au Sieur Torricelli pour sçauoir des nouvelles de M. BuUialdus'.

Le 30. ie fus voir le Père Reinieri, qui me montra sa bonne lunette, et le dessein de l'apparence de la Lune, et l'instrument pour reconnoistre la sécheresse ou rhumidité du temps. 11 est tres-habile Mathématicien, et a de belles et bonnes pensées. L'apresdiné ie fus voir le Docteur Paganinus Gaudentius, célèbre en la Critique, Politique et THistoire, qu'il lit publique-

^ Mort à Florence en 1648, disciple de Galilée, tuteur des Tables Mêdiciennes.

> L'astronome Ismaél Boallfaa, né à Loudan en 1605, mort en 1694 à Paris.

34 ^s Voyages de Balthasar de Monconys,

ment à Pise. Il me donne vn de ses Hures de Candore Politico, le vis aussi sa bibliothèque qui est très-bien garnie.

Le 31. le fus trouver le matin le Père Reinieri, après auoir veu plusieurs Eglises et tableaux : Entre-autres vne Vierge auec Saint Pierre, et Saint Paul dans les lacobins faite par vn Religieux nommé // Fratre, et connu par ce nom. Aux Cordeliers il y a de vieilles peintures. Nous fusmes après au jardin des simples et à la galerie des curiosités, où il y a.

Force métaux, minéraux, pétrifications, gommes, monstres et autres choses naturelles. Il y a principalement de remarquable, vne Mumie, vne queue de cheual marin, une branche de corail sur vne teste de mort, vn chariot qui va seul par ressorts, deux bagues qui sont deux cristaux, dans Tvn desquels est vne goutte d'eau qui court, et dans Tautre trois ou quatre petits vers ; deux enfans embaumez qui se tiennent l'vn à l'autre, et vn veau qui a deux testes ; des pétrifications, i sçauoir, la bouche d'un cheual, vn poisson qui semble vne perche, son espine et ses arestes, des dents d'Elephans ou d'iuoire, plusieurs bois et coquilles.

[A Florence]. Le 3 [novembre]. l'allay chez le Céchi Libraire où M. Torricelli m'auoit donné rendezvous ; i'y vis plusieurs Galileens qui me promirent des liures, et puis l'on me fit esclairer pour monter à cause du très-mauvais temps qu'il faisoit, qui auoit duré tout le jour en pluye et en tonnerres.

Le 4. le fus le matin voir M. Torricelli, et essayer de

Premier Voyage d'Italie (Kauembre 1646), jj

ses lunettes nonobstant le temps pluvieux: puis nous fusmes ensemble oûyr Messe à l'Annonciade.

le fus en suite [le 5,] auec Monsieur Torricelli à son \cademie ou classe ; au deuant de laquelle au niesme logis estl' Académie tant renommée de la Crusca, de la pureté de la langue Toscane : elle est toute pleine de deuises faisant allusion au mol, et chasque escoJier prend vn nom aussi respondant au sujet. Les sièges sont faits en hottes oîi Ton porte le pain, le dossier en pèles dont on remué le bled, les chaises en fagon de grandes cuves d'osier ou paille, où l'on tient te bled, les coussins des chaises des Princes sont de satin gris en forme de sacs, et l'on met les Hambeaux dans des esiuis qui semblent des sacs de farine : il j a le Dictionnaire de la Crusca, et plusieurs autres liures de cette Académie. L'apresdiné ie fus voir M. Ferdinando de l'Arène, qui me donna !e Traiili det Comètes de Guiduci, et Nunliai sydcreus' et depuis vne Syntaxe Arabe et vn Alphabet, et Vincentîo Viuianï, me donna le Gallegiahte.

Le 6. le fus le matin voir Monsieur Torricelli, qui ajusta mes Lunettes, et me donna des pierres de Boloîgne, et des auoines sauuages pour voir les temps secs ou humides, puis M. Torricelli m'explica.

Les grands esloignements de la >. aux o. par U double vélocité qu'elle acquiert en 8. qui la Fait précéder le centre de l'orbe de la terre ; en suite depuis la première O- à ^, n'a que le mouuement du centre de la terre, contre lequel allant depuis la o ■ elle se trouue

> Le ctlèbra oarrtge de Galilie publié i Veoiie en i0io.

3) Les Voyages de Balihasar de Monconys.

beaucoup précédée du dit centre lorsqu'elle est à la deuxième o.

Au sortir de sa leçon ie fus diner, après i'allay voir le docteur Nardi qui ne demeura pas long-temps auec moy, mais son fils me montra tout son logis, où il y a quantité de beaux tableaux, de figures, de liures, et de choses naturelles : de là ie me fus promener auec le S. Viuiano qui a esté trois ans avec M. Galilée. Il me dit son opinion du ^ qu'il croyoit vne estoille fixe, la nécessité de toutes choses, la nullité du mal, la participation de Tame vniuerselle, la conseruation de toutes choses ^ : puis ie fus auec M. de l'Arène chez vn petit Docteur pour des liures : le soir ie souppay chez Catret et fus à la comédie.

Le 7. le fus le matin chercher M. Nardi : de là reuoir S. Laurens ; puis à la fonderie de lean de Boloigne, où sont les modelles des plus belles Statues qu'il y ait icy : de là voir M. Torricelli à sa classe qui me dit :

Que le grand Duc auoit divers thermomètres pour connoistre le chaud et le froid, tous auec l'eau de vie et des boules de verres plaines d'air^ mais vne où sont deux boules, l'vne en haut l'autre en bas, quand il fait chaut celle d'en bas monte, et quand il fait froid celle

> Comme le fait remarquer Libri (Journal des Savants, 1843, page 3 13): « Ce texte n'est pas clair: il peut s'appliquer également à Vivian! et à Galilée. » En lisant en marge ces mots : Opinions du Sieur ViuianOgOn serait tente d'attribuer ces opinions à Viviaoi ; mais au fond la chose importe peu : les opinions philossphiquesdndisciple devaientêtre celles du maître et réciproquement. Ce passage est de la plus haute Importance historique.

Premier Voyage d'Italie (Nouembre 1646^. 37

d'en haut descend ^ II m'en dit vne autre dWne boule pleine d'air à moitié, et la moitié d'eau auec vn trou en bas et empeschée de monter en haut par vne chaisne de verre : quand l'air se condense il 7 entre plus d'eau, et ainsi la chaisne s'accourcit et la bouteille descend ; quand au contraire l'air se rareGe^ Peau sort, la bouteille monte et la chaisne est plus longue.

Le dit Torricelli m'explique aussi, comme les corps se tournent sur leur centre, cQme le « , la terre et lup. font tourner tout l'Eter, qui les enuironne, mais plus viste les parties prochaisnes que les esloignées, ainsi que l'esperience le montre à vne eau où l'on tourne un bâton dans le centre, et le mesme en arrisue aux planettes, au respect du «; à la ), au respect de la terre ; aux Medicées, au respect de lup. et me dit aussi que Gallilée a obserué que la tache de la Lune qu'on nomme Mare Caspium est par fois plus proche de la circonférence, et quelquefois plus esloignée, qui fait reconnoistre quelque petit mouuement de trépidation en son corps.

L'apresdiné ie fus prendre congé de M. Torricelli, qui médit : Comment se faisoientles thermomètres du grand Duc, l'vn par quantité de vessies de verre d'inégale pesanteur, mais presque aussi légères que l'eau, si bien qu'elles deuenoient plus légères successiuement, à mesure que l'eau se condensoit et se faisoit plus graue : l'autre, auec deux bouteilles l'vne plus pesante que l'eau qui faisoit l'effet que les cy-dessus, et l'autre trouée et auec de l'eau dedans, et y en entrant dauantage par la condensation de l'air, elle dénient plus pesante

1 Voir ma notice sar les Thermomètres de Salon en 1618 (Revue scientifique, 1884).

et enfoncée ; il me fit aussi obseruer que lorsque l'eau se congelé, il s'esleue me quantité de vessies qui s'éuaporent, et qu*à mesure que l'eau se va condensant son volume ou masse se diminué, mais quand elle veut geler tout à fait elle s*enfie beaucoup, et cela peut estre à cause de la quantité de ses esprits ou corpuscules qui se hastent de sortir de ces vessies, ou le froid les attrapant les retient, et l'on les voit dans la glace qui par ce moyen est augmentée de volume.

le fus dire adieu à M.Gaddi : M. Viuiani me donna la démonstration de M. Galilei^ ie fus où on s'em* barque.

Le 8. Nous fusmes coucher à moitié du chemin; il y auoit auec nous Paulo del Bono*, jeune homme affectioné à la Géométrie, et que le Père Francisco fait passer pour vn des excellents de nostre siècle.

Le 9. Nous partismes à huit heures du soir et arriuasmes au point du jour à Pise, où ie vis M. Pagaaino, et le Père Vincenzo Reinieri, qui admira mes lunettes: ie fus auec luy à 1 Vniuersité oûyr sa leçon ; après il me montra la démonstration que ie luy auois demandée qu'il me promit de m'enuoyer auec celle de Galilée que ie luy laissay il me donna les Taches du Soleil^ et le Saggiatore de Galilée.

Le 19. le fus rendre les Ephemerides au Père Rei-

^ Sans doute des lois de la chate des corps.

* Ne à Florence en 1625, mort à Vienne vers 1660, inventa an appareil poar démontrer l'incompressibilité des liquides et s'occupa beaucoup d'éclosions artificielles.

Premier Voyage d'ItaUt (Nouembre 1646J. J9

nteri. L'apresdinée ie la passay toute auec le Docteur Belluccio, au jardin des Simples qu'il gouuerne, j'y vîs. L'Alipus qui semble à vn Aster grisdelin; Dommé de Clusius Hippoghsion VaUntini, les Chimistes se seruenl de son suc pour fixer le ? . Item le Diclam, qui est comme vne Marjolaine, lors que ses feuilles sont cottouëes 1 il est fort mordicaat, le Yuca des Indes, tq Titimal arbor, vn Semper-viuum, qui iette des filets ou barbes de toutes pans, l'arbre Larix, d'oît sort la terebentine, qui est comme sa mouêlle : son fruit est comme vne petite pomme des cèdres de Liban ; et ses feuilles ont des espines presque comme le pin. L'arbre nommé Taxus, dont les anciens tenoicnt que Tombre estoit mortifère, et le S. Bellucio m'asseura que ceux qui le tondoient (car ses feuilles semblent au sapin, et Il est tres-CoufTu et feuille depuis la racine et semble plustost une pallissade espaisse d'aubepin qu'vn arbre, quoy qu'il soit fort haut) n'y pouuoient travailler plus de demy heure, apresquoyilestoîent oblige de le quitter, et ce encor auec douleur de teste un Titimal puant.

Le ao. Le soir ie fus reuoir le Père Francisco i l'Escole pie, ie vis la transmutation chez moy, d'voe rose de mauue que i'auois prise toute blanche au jardin des simples, qui se changea dans vn iour en vn parfaitement beau incarnadin, puis en rouge, et à la fin se flestrissant en vne couleur presque noire, qui cofinne l'opinion des couleurs du Sieur Galilée, qui est que le blanc fait de plusieurs petites sphères d'eau, se venant à joindre reBechit moins de lumière, tant que venant à disparoistre l'objet deuient très obscur : je vis aussy au dessus d'vne muraille de la closture de cour, vn aloës qui auoït la tige plus haute de 10. brassées, que

Monsieur Bellucio m'asseuraauoirveu croistre de toute cette grandeur en moins de deux mois, il estoit sec et mort, car si-tost qu'il a fleury et jette sa semence, il meurt et la jette ou à 30. ans ou à 50.

Voyage d'Angleterre

[A Loadres.] Le aa [inay lâiSj]. ie fus le matin voir M. Hobbes fameux par la Philosophie qu'il a fait imprimer et par quantité d'autres liures, pour luy rendre vu paquet de M. deSorbieres. Ilmeditl'auersion que tous les gensd'Èglise tant Catholiques que Protestans auoient pour luy, à cause de son liure de due, ou il soutient l'autboritë Royale indépendante de tout autre, si ce n'est de lesus-Cbrist immédiatement. Il médit sa pensée sur ces larmes de verre qui se brisent quand on rompt le bout de leur queue, qui est, qu'en les plongeant dans l'eau, elle s'euapore à cause de la chaleur qu'elle reçoit, et le fait en vn millions de petites gouttes ou particules, qui trauersant de tous costez la larme en long la composent en petits filets, qui se vont tousiours dimU nuant iusqu'au bout, oîi ils se ioignent tous ; si bien que quand on les rompt ne le pouuant faire sans les bire plier, chacun en s'en retournant par la violence du ressort le brise, comme feroit vn arc si la corde rom-

poit, lorsqu'il est bien tendu. Mais la pensée de M. Vossius est bien plus raisonnable ^

Le 23. ie fus à l'Académie de Gressin, où Ton s'assemble tous les mecredis pour faire vne infinité d'expériences, sur lesquelles on ne raisonne point encore, mais on les rapporte à mesure que queiqu'vn en sçait, et le Secrétaire les écrit. Le Président, qui est tousiours vne personne de condition, est assis contre vne grande table quarrée, et le Secrétaire à vn autre costé. Tous les Academistes sont sur des bancs qu'il y a autour de la sale. Le Président estoit le Milord Brunker,et le Secrétaire M. Oldembourg. Le Président a vn petit maillet de bois à la main, dont ilfrape sur la table, pour faire taire ceux qui veulent parler, lorsqu'vn autre parle ; ainsi il n'y a ny confusion ny crierie.

On y rapporta. Que le sel de tartre mis sur des crapaux, vipères, ou autres bestes venimeuses les faisoit mourir; vn autre dit^ Que le vif-argent faisoit le mesme effet ; Que ces animaux ne pouuoient viure en Irlande, ny en souffrir la terre, et qu'on auoit expérimenté que les ayant mis souuent sur de la terre qu'on auoit apportée d'Angleterre aussi bien que ces animaux, comme ils pensoiêt en sortir en marchant et qu'ils

approchoient de terre du pais, ils retournoient en arrière, faisant cela plusieurs fois, et à la fin ils mouroienc. Qu'un baston de houx mis dans vn lac d'Irlande, en sorte qu'vne partie fut fichée en terre, l'autre dans l'eau, et l'autre en l'air, après quelque temps, comme

* Voir d-après l'hypothèse de Vossius, sur les lames bâtaviques, Voyage des Pays Bas, page 80. Voir aussi, page 85, la réfutation par le même Vossius de Thypothèse de Hudde.

Voyage et Angleterre (May 1663). 43

d'vn an ou enuiron, la partie qui estoit en Pair estoit tousiours bois , mais celle qui estoit dans Peau estoit pétrifiée, et celle qui estoit dans la terre auoit pris la nature métallique. M. le Baron d'Arsilieres * m'a confirmé cela le 16. de Juillet et m'a dit d'auoir veu vn de ces bastons, et que ce lac se nomme Erno-Lacus^ où Ton voit encore quelques tours et clochers d'vne ville jadis inondée. Que pour auoir dans des estangs de toutes sortes de poissons difficiles à transporter, on ne faisoit que porter des œufs des poissons qu'on desiroit, et qu'ils s'y engendroient après ; ce qu'vn Milord d'Irlande là présent dit auoir pratiqué. Que la génération des insectes ne se faisoit pas par corruption, et qu*ayant pris les intestins d'vn animal et autres parties plus aisées à corrompre, les ayant mises dansvn vaisseau de verre et par-dessus du cottontout seul, pour empescher qu'il n'y entrast ny mouche ny autre animal, mais l'air seulement qui y pouuoit facilement pénétrer, il y auoit plus de six semaines qu'on les gardoit sans qu'il s'y fut engendré aucun ver ny autre chose. Que l'estomach transpiroit par une infinité de pores, en sorte que l'on voyoit des gouttes de liqueur assez grosses en sortir, et que le mesme en estoit de la vessie, mesme sans qu'on la retournast. Que les corps qu'on pesoit dans l'air ayant esté pesez dans vn puys très-profond, s'estoient trouué peser moins d'vne 16. qu'il n'auoient fait en haut. Que les corps qui enfonçoicnt dans l'eau reuenoient audessus, lors qu'on adioutait dauantage d'eau dans le vaisseau : ce qui prouuoit la compression de l'eau dans l'eau. Que les grains de blé mis dans l'eau enfonçoient

1 Lô 16 juillet 1663, Balthasar passera la matinée à Flessingues» la soirée i Middelbourg.

44 J^s Voyages de Balthcuar de Monconys.

au commencement, qu'il s'y aUachoit après vne petite vessie d'air qui grossissoit en sorte qu'elle faisoit remonter le grain, lequel après que la vessie s'estoit rompue en haut, retomboit au fonds de l'eau. M. le Cheualier Robert Morey me dit que le Président vouloit donner au public vne nouuelle science du mouuement des corps dans l'eau, et par là perfectionner la nauuigation ; que pour cela il essaioit laquelle de toutes les figures auoit plus de facilité à se mouuoir dans l'eau. II me dit aussi qu'on pesoit l'eau en mettant du Mercure dans vn tuyau de verre de cette figure ^ : Que la manière de connoistre la diuersitéde la pesanteur des liqueurs estoit en pesant dans elles vn poids attaché à vn filet d'argent ou de quelqu'autre métal, qui n'enfonçât pas plus dans l'vne que dans l'autre, et voyant la différence de la pesanteur de ce poids, on iugeoit de la diuerse pesanteur des liqueurs. Apres qu'on n'eut plus d'expérience à proposer, on alla dans vne fort belle gallerie où l'on fit celle de tirer l'air qu'il y auoit dans vn grand vaisseau de verre plein d'eau, dans lequel nageoit vn poisson, lequel a mesure qu'on tiroit cet air, deuenoit plus léger et montoit au haut de l'eau, oij enfin il mourut, et quand on l'en sortit, il parut le ventre serré et applati, comme s'il eust esté pressé entre deux presses, et quand on l'ouurit on trouua la vessie toute desenflée et creuée, et plus de demy heure après qu'il eut esté ouuert, son cœur auoit encore le mouuement de jy^to/^ etdiastolisLUSsi regléques'il eutesléviuant.On fit encore vne autre extraction de l'air qui estoit dans l'eau dont on auoit rempli vn petit matras entièrement, qu'on auoi renuersé dans vn petit vaisseau plein d'eau, afin que

^ La figare représente un tube gradué terminé par une sphère.

Voyage d'Angleterre (May i66^) 45

Tair n'y peut entrer, et Ton mit le tout dans vn grand vaisseau de verre appliqué à la machine de M. Boile pour l'extraction de l'air; si bien qu'à force de tirer tout celuy qu'il y auoit dans ces vaisseaux, on fit des* cendre et sortir toute Teau qui estoit dans le matras» qui remplit le petit vase dans lequel il estoit plongé : puis laissant rentrer l'air, toute cette eau rentra et remonta dans le matras qu'elle remplit, à la reserue de fort peu de place qui resta en haut vuide en apparence, puisque ces Messieurs asseurerent que dans trois ou quatre iours cet espace se rempliroit entièrement d'eau, estimant qu'il estoit bien autant remonté d'eau qu'il en estoit sorty par l'extraction ; mais qu'à cause que par l'attraction on auoit faict sortir de cette eau, l'air qu'elle contenoit dans ses pores, ses pores s'estoient si bien reserrez que quand l'eau rentroit elle n'occupoit plus tant de place, ses parties estant plus jointes ; et l'air ne s'y pouuant pas introduire promptement, ny couurir les pores avec facilité, il falloit qu'il le fit peu à peu ; mais quand il l'auoit fait, que Peau reprenoit le mesme volume, et la mesme extension, et occupoit la mesme place qu'auparauant. Quand on tiroit l'air de l'eau où estoit le poisson, on la voyoit boiiillir, ou plustôt monter l'air comme d'vne petite broûée qui s'esleuoit dans cette eau, et quand on commençoit à tirer l'air du vase où estoit le matras enclos, le Vaisseau dans lequel il estoit commençoit vn peu à se ternir ; mais lors qu'on y laissoit rentrer l'air, toutes les parois de ce grand Vaisseau contenant se ternissoient, comme fait un verre en esté, lorsqu'on le remplit d'eau bien fraische.

Au retour ie fus chez M. Riues voir ses Microscopes : il me donna une Lentille oculaire, l'en appris que pour

trauailler du Porphyre, il faut tremper le fer dans du jus de Branca vrsina.

Le 26. i'acchettay le lîure de M. Boile, intitulé Tcntamina quœdam Philosophica, et de là nous fusmes voir la machine qui distribue Teau à toute la Ville.

Qui est vne roue icy descrite, mise parallèlement à THorison dans vn gros arbre esleué perpendiculairement, lequel trois chevaux font tourner : sur cette roue il y a douze pièces de bois couuertes de fer, lesquelles ont la forme d'vn rectangle solide coupé en deux par vne diagonale, lesquels rencontrant des bastons ou bras qui pendent sur cette roue, et qui ont vne polie de bronze enchâssée à leur bout, les font monter aisément iusques au haut de leur talus : puis quand ces triangles passent outre, ces bastons retombent, et ainsi successiuement et par ce mou uement les pompes se remplissent et se vuident dans vn gtand reseruoir, dans lequel y a d'autres tuyaux de pompe qui vont remplir vn second bassin, et ainsi iusques à quatre. L'eau monte à sixvingt pieds de hauteur dans les reseruoirs, dont après elle descend par des tuyaux qui la communiquent à toute la Ville. A chaque mouuementde pompe, on esleue 16. iures d'eau, à mesme temps que le baston de la première s'esleue pour abaisser le bras qui pousse le piston dans la pompe, il y a un baston eslevé sur le pre* mier, et qui y est enchâssé par de gros clous, qui luy laissent quelque peu de mouuement, et ainsi successiuement iusques en haut. Si bien que quand vn de ces bastons s'esleue, il fait esleuer celuy qui est sur luy et cettuy-là l'autre, etc.

Estant retourné à Oûital i'escriuis pendant ce temps ce que M. Oldembourg m'auoit donné touchant ces

Voifage itAnglelem (May lûdj). 47

larmes de verre qui se brisent quand on rompt leur petite queue.

OBSERVATION SUR LBS LJLRHSS DB VBRRB

Les larmes de verre sont faites d'vn verre vert bien raffiné, et îusqu'à ce que la matière sait bien raffinée, l'effet ne s'ensuit pas ; mais elles se rompent bien tost après qu'on les a laissé tomber dans l'eau.

La mailteure manière de les faire, est de prendre de la matière bouillante sur le bout d'vne verge de fer et d'en laisser tomber immédiatement dans de l'eau commune froide et de l'y laisser refroidir. Toute la difficulté est.d; trouuer le degré de chaleur qu'il Faut pour y bien réussir; carsi la matière est trop chaude lorsqu'elle tombe dans l'eau, les larmes en deuiennent glacées, elles s'éclatent et tombent en pièces dans l'eau ; mais celles qui ne s'éclatent point et qui y demeurent Jusqu'à ce qu'elles soient tout-à-falt refroidies ce sont celles qui se trouuent bonnes sans faute. Les plus habiles ouuriers ont peine de trouuer le iusle tempérament de la chaleur requise, et ils ne peuuent pas promettre auec asseurance d'en faire vne qui soit bonne ; de sorte que plusieurs manquent, ne s'en trouuant parfois qu'vne bonne parmy a. 3. ou 4. Quelques vnes se glacent, mais ne tombent point en pièces : d'autres se cassent en pièces deuant que la rougeur du feu soit tout-à-fait passée et auec peu de bruit : d'autres se rompent bientost après que la rougeur est passée et auec plus grand bruit ; d'autres ny ne se cassent ny ne craquent point qu'elles ne soient tout-à-faît refroidies ; d'autres demeurent entières pendant qu'elles sont dans l'eau, et se dissipent en pièces d'elles mesmes auec vn bruit assez brusque, aussi-tost

48 Lfs Voyages de Balthasar de Monconys,

qu'elles sont tirées hors de l'eau ; d'autres vne heure après; d^autres se coosenient pendant des iours et des semaines entières et après se rompent d'elles mesmes.

Si quelqu'vne se refroidit à l'air, ou couchée par terre, elle deuient semblable à vn autre verre en toute façon, comme en solidité.

Quand vne larme tombe dans l'eau elle fait vn certain petit si£9ement ; le corps en demeure rouge pour quelque temps, et après il en procède quantité d'éruptions comme des estincelles qui craquent, et la font mouuoir et sautiller : beaucoup de bulles en sortent dans l'eau tout alentour d'elle, iusqu'à ce que qu'elle soit refroidie ; mais si l'eau est profonde de quelque 10. ou 12. pouces» ces bulles se diminuent tellement en montant, qu'elles s'euanoûissent deuant que de paruenir à la superficie de l'eau ; là où il ne s'obserue rien qu'vne petite vapeur.

Si on laisse tomber vne larme de verre dans de l'eau bouillante, elle se rompt dans l'eau sans manquer, ou deuant que la rougeur du feu soit passée ou bientost après.

Dans de l'huile d'oliue, elles ne manquent pas si souuent que dans de l'eau froide; elles y produisent vne grande quantité de bulles fort larges, et elles n'ont pas tant de cauitez ny si grandes comme celles qui se font dans de l'eau.

Quand on les laisse tomber dans du vinaigre, elles se glacent et craquent, de sorte qu'elles ne manquent de tomber en pièces deuant que de se refroidir. Le bruit qu'elles font en tombant dans l'eau est plus si£9ant, mais les bulles n'en sont pas si remarquables.

Dans du lait elles ne font point de bruit, ny de bulles

Voyage d'Angleterre (May î66$). 49

qu'on puisse voir, mais elles ne manquent pas de s'y glacer et de craquer.

Dans Tesprit de vin, elles buUulent plus et y sont plus agitées que dans aucune autre liqueur, et ne manquent point de tomber en pièces. Lors qu'il y aura 5. ou 6. de ces larmes tombées dans l'esprit de vin, il s'enflamme ; mais il ne prend point de goust particulier.

Dans de l'eau où on auoit dissoud du nitre ou du sel Ammoniac, elles ne réussissent pas mieux que dans le vinaigre.

Dans de l'huile de terebentine, Pvne d'elles se cassa comme dans l'esprit de vin, mais la seconde la fit flamber.

Dans de Targent-vif, vne de ces larmes estant forcée d'aller vers le fond, deuint aucunement platte et scabreuse à la superficie, mais l'expérience ne fut pas accomplie,, parce que la larme ne pût pas estre retenue dessous la superficie iusqu'à ce qu'elle se refroidit.

Le mesme me confirma tout ce que i'avois oûy dire de Drebel, et entre autres, qu'il sçauoit extraire vn esprit subtil de l'air, qui répandu dans vn grossier qu'on n'eust pu respirer, faisoit tomber en bas les parties grossières, et le rendoit ainsi propre à la respiration. Il me dit que le Gendre dudit Drebel, qui n'est qu'à 3. ou 4. milles de Londres, sçauoit la manière de distiller Teau de la mer et la rendre douce ; et cela aisément et suffisamment pour abbreuer tout l'équipage d'un vaisseau. Touchant la raréfaction de l'air, il me confirma ce que m'auoit dit le Chevalier Morey ^ scauoir qu'il y

1 A rapprocher des faits sainnts : « Les Yoghis demearcot de loDgaei heures assis sur le talon gauche, ou le pied gauche

;i Ltt Voyagei de Ballhasar de Monconyt

auoit un homme en Italie, lesuiste, s! ie ne me trompe, qui faisoit vture des enfants tant qu'il vouloit, sans qu'ils respirassent.

[Le 30.] L'apresdinée ie fusauec M, Plat à l'Académie, où ces Messieurs esioient assemblés à lire les Patentes du Roy deleurestablissemcnt et privilèges, mises en grand parchemin, dont la première lettre a le portrait du Roy fait à ia plume, dans le milieu, et à la marge sont les armoiries qu'il a données à la Société : sçauoir, dargent aux armes d'Angleterre au premier quartier, auec vne Aigle pour cimier, et deux Chiens de queste auec des Couronnes au lieu de colliers pour supports, et la deuise, NVLLIVS IN VERBA. M. leCheualier Morey me vint prendre pour m'y introduire. On y fit recît à l'accoustumée d'une inBnité d'expériences qu'on propose là premièrement, et puis on en fait les preuues ou les essais, ou l'on les donne premièrement à faire à quelques particuliers, et le Secrétaire escrit tant la proposition que l'effet des expériences, soit qu'il ayt réussi ou qu'il y ayt manqué, afîn qu'on puisse se détromper aussi bien des fausses propositions, que profiter des véritables.

pos6 lur la caisse droite, le pîsd droit sar 11 cnisie gancha, l'orteil droit danj U naîa droite, l'orteil gauche dans la mais gauche. Parfois c'est l« nientoa sur U poitrine ; le front sur les genoux qu'ils tieaa;:at leurs orteils. Le talon droit est soUTent porté i l'épigastrc. L'air qu'ils expirent, les ascètes doirent le respirer de nouveau et tâcher de 1^ garder le plus longtempt possible... Voici les cinq intervalles du temps qui doivent s'bcoller entre une inspiration et une cipiration, chaque inspiration durant doaze secondes et chaque cipiration vingt-quatre Secondes : 314, 648, 1396, 2:92, ; 184 secondes. • J Sonry, Philo, topkie naturelle (page:i[4), d'après Prcjer, Utber dit Frfcrtehutgdet Ltbeis.

Vojagr d'Angleterre f/ain 11S63J. 51

On y mit de la poix liquide de sa nature, et partant qui n'esOit pas fondue sur des grenouilles noires, qu'ils auoient creu estre des crapaux, et leur en ayant emplastré le dos et l'estomacb, quoy qu'elles Testassent fort au commencement, neantmoins elles moururent au bout d'vne demy heure. Pour les arrester, on les auoit attachées par le pied auec vne espingle. On mit du vif Argent sur d'autres ; mais cela ne leur fit aucun mal. On montra un œuf de poule dans du vin de Champagne enfermé dans vn vase de verre couuert d'vn couuercle bien luté de poii tout à l'enlour, contra lequel œuf s'attachoit le tartre qui s'y precipiloît despuis quinze iours qu'il esloit enfermé dedans.

[Le ji.] L'apresdinée ie fus me promener despuis notre Logis iusques bien loin par de là S. Paul, et l'achelay 60 Larmes de verre, cinq chelios.

Le premier [iuin], il Ht tout le iourvn temps fort noir, et froid, ce qui fut cause que ie ne sortis qu'va peu le matin, pour voir M. Morey, chez qui îevis vne Montre à pendule qui estoit faite de cuJure en forme d'vne Ancre, et dont chaque reciprocalian de mouuement, faisoit vne seconde. Il me mena chez M. le Fevre, où ie vis son Laboratoire et son Cabinet de drogues, qui auoit esté celui de la femme de Cromwel, dans lequel il y a plus de 80. tiroirs.

De là ie fus voir M. Oldembourg qui me dit qu'à la dernière assemblée on avoit dit,

Que plusieurs légumes, entre autres les fèves venoient, quand mesme l'on ne meltoit en terre qu'vne partie de la fève : ainsi qu'on la pouuoit couper en tant de morceaux, qui produîroient tout autant de plantes.

52 Les Voyages de BaUhasar de Monconys.

et que les truffes de Canada faisoieot de mesme, en mettant les endroits seulement où il y a des trous, comme la sortie de quelque racine ; que chaque morceau oii il y auroit de ces trous, produiroil sa plante : Que les papillons des vers à soye estant morts, il s'engendroit de leurs corps des vers qui rougeoient les boettes, dans quoy ces corps auoient esté enfermez. Que le fer d'vn chandelier estant échauffé auoit fait vn grand bruit, après lequel on auoit remarqué à l'endroit où il s'estoit fait vn mouuement des parties comme celuy d'vn poulx; qu'ayant chauffé du fer iusques à vn certain degré, il auoit fait du bruit; et le chaufant dauantage il n'en auoit plus fait, et en auoit refait lors que se refroidissant il estoit retourné au mesme degré de chaleur.

Le 2. le froid noir continua. le fus le matin prendre en carrosse M. Oldembourg, puis nous allasmes en bateau iusques à la grand'Bourse, où nous prismes vn carrosse pour pour aller à 4. milles de Londres à vn village nommé Stratford-bou, pour voir le docteur Keiffer gendre de M. Drebel, lequel trauaille continuellement à la chimie, mais il n'y a trouué rien de nouueau, et tout ce qu'il sçait de plus beau, c'est ce qu'il a profité de feu son beau-pere, duquel ie me fis confirmer,

Qu'il auoit fait vne liqueur renfermée dans vn tuyau de verre courbé en demi-rond, laquelle auoit vn continuel mouuement de flux et reflux, mais qui n'estoit pas pourtant accordant auec celuy de la Mer, ny par le mesme principe : il n'auoit point aussi, à ce qu'il m'a asseuré, cette liqueur qui se troubloit lors que la Mer estoit agitée des vents, et qu'il y auoit tourmente, ainsi qu'on me l'auoit dit autrefois. 11 auoit bien le secret de conseruer l'air dans sa pureté, et le rendre tousiours propre

Voyage (V Angleterre (luin i66}), 55

à la respiration ; ainsi ayant le secret ou la façon de descendre dans vne machine faite en cloche dans le fonds deTeau, il y demeuroit après, si long<temps qu'il vouloit, ce qu'on ne sçauroit faire sans sçauoir son secret, parce que d'abord l'air s'eschauffe ou se grossit, ou plûtost selon son opinion il se consomme : car il croyoit qu'il y auoit vne certaine quintessence dans l'air laquelle seule nous respirons, et qui entretient la vie, et qui venant à manquer il faut mourir, ce qui arriueroit si l'on demeuroit longtemps dans un air renfermé ; à quoy il remedioit par vne quintessence qu'il faisoit, qu'il nommoit, Quintessence de Vair, de laquelle ayant répandu vne goutte dans Tair on respiroit auec un plaisir, et une facilité aussi grande que si l'on eust esté dans vne belle colline. Il auoit fait aussi vn vaisseau qui se plongeoit dans l'eau quand on vouloit, et par le moyen des rames qu'il y auoit attachées par dehors auec des mâches aussi qu'on vestissoit, pour manier ces rames, il alloit entre deux eaux ; mais il ne pouuoit pas descendre plus bas que douze ou quinze pieds, autrement la pesanteur de Teau l'eust empesché de remonter ; et il se fut noyé. Touts ces secrets sont perdus par sa mort, et il n'est resté au docteur KeifTer son gendre que les suiuans. Vn instrument d'enuiron neuf pouces en quarré, lequel se met au bout d'vn baston de 20. pieds de long, lequel si-tost qu'il est appliqué contre vn Vaisseau, le ressort se desbandant allume vne poudre de telle force, et vertu, qu'à l'instant mesme elle fait périr ce Vaisseau, de quelque grandeur qu'il puisse estre, sans endommager celuy qui l'a appliqué, parce que tout son effet se fait en auant, et non pas en haut ny en arrière, dont il fît voir l'expérience à Cromvvel, lequel estoit en traitté auec luy pour l'acheter lors qu'il

54 Les Voyages de Balthoior de Monconys,

mourut. Despuis on a desconseillé le Roy de rauoir, de crainte qu'il ne se communiquast, et ne fût plus preiudiciable qu'auantageux à l'Angleterre, comme il le seroit à tout le genre humain. Il a aussi celuy de distiller auec vn fourneau fort aisé à porter» et de fort peu de charbon, vne si grande quantité d'eau de Mer qui se rend par là douce et bonne à estre beûe, qu'en vingtquatre heures vn fourneau peut en distiller plus de 145. liures, et on peut opérer auec deux ou trois. Il a aussi vn fourneau que i'ay veu, qui a deux pieds en quarré, dans lequel auec 6. sols de charbon du pals, qui sont la valeur de 3. boisseaux, on cuit en 24. heures 280. liures de pain; lequel, comme i'en ay fait l'essay, est d'un goust beaucoup meilleur que celui qu'on cuit aux autres fours et bien plus beau et point bruslé.

Le 3. nous fusmes oûir la Messe, et disner chez M ^l'Ambassadeur où ievis M. Duplessis iadis M. Boneau. L'apresdinée ie fus avec M. Oldembourg, et mon fils, à deux milles de Londres, en carosse, pour 5. chelins, à vn village nommé le petit Chelsi voir M. Boile.

Il nous dit sa pensée de la cause de l'attraction de l'eau par le moyen d'vn chalumeau que plusieurs ont attribuée à la pression de l'air ambiant, qui estant pressé par l'inflation qui se fait aux costez et à l'estomac de la personne qui s'enfle en suçant, presse la surface de l'eau, laquelle entre et monte facilement au tuiau, où elle ne trouue point de résistance : mais comme il a fait cette attraction dans une phiole dont il auoit fait seeller hermétiquement le col auec le tuyau par lequel il attiroit et suçoit l'eau, et qu'ainsi la pression de l'air ambiant ne pouuoit rien opérer contre la closture de la phiole, il a conclu que sa pensée estoit la véritable :

Voyage dt Angleterre (luin 1663/ 55

sçauoir que tant Tair renfermé dans la phiole au dessus de l'eau queceluy du tuyau, et celuy que l'homme respire estant esgalement pressez, rien ne peut obliger l'eau de monter dans le tuyau ; mais lors qu'en aspirant on raréfie l'air du tuyau, aussi bien que celuy qu'on a dans le corps, cette raréfaction n'estant autre chose que le relaschement de la compression de l'air et ses petits ressorts qui font de continuels effors pour se débander, estant ainsi débandez, ils ne font plus tant d'effort contre Peau, que celuy qui est enfermé dans la phiole, lequel demeurant tousiours le mesme et la pressant, l'oblige à monter iusquesà ce que cet air de la phiole, se dilatant autant que l'est celuy du chalumeau et de l'estomac, ils pressent tout s deux également cette eau ; laquelle pour lors s'arreste iusquesà ce que l'air du chalumeau et de l'estomac se comprimant, soit en soufflant, soit en y laissant entrer l'air ambiant, qui est plus pressé que celuy de la bouteille qui est un peu desbandé, il presse l'eau et l'oblige de descendre.

Il nous dit aussi, que la pensée d'vn de ses amis de la raison de l'ascension de l'eau dans un tuyau estroit par dessus son niueau, luy plaisoit fort ; sçauoir que Teau s'attachoit plus facilement à des certains corps que l'air, et qu'elle passoit plus facilement dans de petits passages que ne faisoit l'air ; c'est pourquoy l'air entrant plus difficillement dans le petit chalumeau de verre que Peau, le cylindre d'air du chalumeau ne repoussoît pas l'eau auec tant de violence, que l'air libre la surface de l'eau restagnante : ce qui Pobligeoit à monter aidée encor par la facilité qu'elle a de s'attacher au verre, ce que ne fait pas l'argent-vif : Et pour confirmation de la facile vnion de l'eau auec le verre, c'est que si l'on engraisse le canal du chalumeau d'vn peu d'huile.

l'eau ne montera plus. Or pour prouuer que Teau passe plus aisément dans de petits passages que Tair, c'est que si Ton fait vn tuyau dont vn bout soit si délié qu'à peine un crin y puisse entrer, et qu'en plusieurs endroits plus haut ou le canal est plus large, on l'ayt rétréci exprés, comme en cette figure; et qu'ayant mis de l'eau dans ce tuyau, et rn peu d'air entre cette eau; si vous faites couler cette eau, elle passera aisément dans les endroits rétrécis, et serrez marquez A, B : mais quand l'air y arriuerails'y arrestera sans pouuoir passer, si ce n*est que vous le forciez en l'attirant et suçant par le bout A; ce quia fait penser à M. Boyle que les parties de l'air, quoyque plus subtiles que celles del'eau, sont plus difficiles à estre pliées; au lieu que celles de l'eau quoyque plus grossières, se pliant entièrement et plus aisément, entrent auec facilité où celles de Tair ne peuuent entrer, estant à demy estenduès : mais si tous deux sont également comprimez, alors l'air estant plié entièrement, et estant plus petit que l'eau, il passe auec plus de facilité qu'elle. 11 nous fit voir des merueilles des couleurs ; car il auoit vne liqueur qui paroissoit toute iaunastre regardée d'vne façon, et d'vne autre elle paroissoit de deux couleurs, et y ayant ietté une très-petite goutte d'vne autre liqueur claire, elle deuenoit toutà-fait iaunatre ; puis ayant ietté dedans vne autre eau claire, elle reprenoit ses deux autres couleurs. 11 en auoit deux autres, dont Tvne estoit d'va violet fort obscur, dans laquelle iettant vne autre eau claire, elles Êiisoient le plus beau pourpre ou rouge du monde ; sur lequel iettant vne autre eau claire, le tout deuenoit vn vert gay admirable, et par vne autre iniection deuenoit claire : et ainsi de suite altematiuemeot se changeoity et se remettoit à son premier estât. Il en auoit

Voyage d'Angleterre (lu'm i66i}.

encore deux claires, qui mesiées faisoient vn lait extrêmement espais. 11 a vn fort beau Laboratoire oti il fait tous ses extraicts, et autres opérations, dont il m'en montra vne d'vD sel, lequel mis tout sec auec des feuilles d'or 16. fois plus épesses que celles desiiures adorer, le tout dans vn creuset sur vn petit feu, mesme d'vne chandelle, ledit sel calcine l'or si parfaitement que l'eau après les dissout tous deux, et s'en* imprègne comme elle fairoit du sel commun. 11 a vn fort bon Télescope, et deux Micoscopesexcellens, qui surpassoient en grosseur les miens, mais non pas en clarté.

[Le 4.] M. Boile me dit ce îour, que pour bien voir vn oeil, et toute sa contexture il en prenoit vn de bœuf ou autre animal, qu'il faisott geler, ou naturellement en biuer, ou par artifice en esté, et que lors qu'il estoit gelé, il le coupoît facilement auec un bon ganif, et en examinoit ainsi la contexture.

Le 5. M. Boile me dit :

Que la pesanteur de l'air se connaissoit par l'instrument tcy peint, d'vne bouteille dans laquelle il y a vn très petit tuyau de verre, si bien collé auec du ciment, ou hermétiquement, qu'il ne puisse entrer de l'air dans la bouteille que par le tuyau, et point par le col ; alors remplissant d'eau la bouteille iusques à vne indifférente hauteur, puis soufHanl par le tuyau alCn d'introduire de l'air au dessus plus qu'il n'y en a, qui par conséquent presse l'eau, et l'oblige de monter par le petit chalumeau, par exemple iusques à la marque C. Si l'on porte cet instrument en vn lieu fort esleué, l'air ambiant qui y est moins pressé a'apptiye pas si fort sur l'eau par le cylindre qui y

53 Les Voyages de Balihasar de Monconys.

passe par le tuyau, que celuy qui est dans la phiole, lequel garde la mesme pression, et ainsi oblige Teau de remonter dauantage dans ce petit tuyau : et tout au contraire» si Ton porte Tinstrumêt en vn lieu plus bas que celui où il a esté préparé, parce que là l'air y estant plus pressé que celui de la phiole, il agira dauantage contre l'eau et la fera descendre dans le tuyau plus bas que la marque C. Il me dit aussi que pour espurer l'huile, il la faut mettre dans vn Vaisseau comme celui qui est ici dépeint, dans le milieu duquel il y a un trou ou tétine, que l'on bouche parfaitement ; puis on met de Tesprit de vin iusques à la hauteur de ce trou et par dessus de l'huile d*oliue qu'on fait parfaitement digérer ensemble ; après quoy ouurant le trou, l'huile en sort bien purifiée et ^l'esprit de vin reste en bas chargé des crasses et terrestreités de l'huile : que deux parts de sel de nitre, vne part d'alun tous deux parfaitement purifiez par solution, filtration et coagulation,et vne part ou vne demy-part de sel gemme bien broiez ensemble, auec vne 15. ou 20. partie d'or et le tout mis dans vn creuset à petit feu, le calcinoit en sorte qu'auec l'esprit de vin ou auec Teau tout se dissoluoit : que l'esprit de nitre, et celui de sel joints calcinoient parfaitement le talc de Boême, dont on trouue vne grandissime quantité de semblable qui vient dailleurs; qu'vn de ses amis ayant fait à l'ordinaire du régule d'antimoine, et ayant ietté la tuile qui couurait le creuset lors de la tonatiô» dans vne cour sur laquelle la nege estoit despuis tombée, après qu'elle fut fondue, il trouua que toutes les fleurs d'antimoine qu'il y auoit sur cette tuile, lors qu'il la ietta, auoient changé de couleur et que les voulant toucher pour les considérer, il en coula beaucoup de mercure.

Voyage d'Angleterre (Mit 166$). {9

Le 6. ie fus l'Apresdinée à l'Académie ou entre autre choses,

Oo demanda la raison pourquoj on ne semoit point en ce pais le bled dans la mesme terre qu'on Tauoit ceûîlli : car on obserue d'en acheter vn autre pour cela. On demanda aussi si l'on deuoit attribuer à succion ou àpulston ce phenomenedel'argent-vif;sçauoir; qu'ayant plongé Yn tuyau de verre dans îceluy après qu'il s'y est enfoncé autant que son poids l'a permis et qu'il s'y est introduit vn peu de mercure, si l'on bouche l'orifice qui est dans ledit argent auec le doigt, et qu'après on remplisse par dessus tout le reste du tuyau d'argent-vif, et qu'alors on bouche auec le doigt l'orifice supérieur, on esleuera facilement tout ce tuyau plein d'argeotvif ïusques à la superficie de l'argenl-vif restagnant, sans le tenir que par le doigt appliqué simplement sur son orifice supérieur ; ce qui se fera de mesme quand bien on ne le rempliroit point, et qu'on laisseroit vne partie pleine d'air, ce qui semble à plusieurs estre vn effet de succion ou attraction, quoy que M. Hugens l'attribue à la pression de l'air sur le mercure restagnanl, qui le fait remonter et tenir dans le tuyau. Ony obserua en la dissection d'vne Carpe, que le mouue< ment du cœur estoit iustement égal à celuy du palais que le vulgaire prend pour la langue, et qu'il y a entre les deux vessies, deux conduits, par lesquels l'air de l'vne entre dans l'autre.

Le 10. ie fus voir le matin M. Vallis, qui me mena au Collège de Christ oîiïr vne Prédication, ou estoient les Docteurs auec des robes de drap rouge, et des cornettes de mesme drap et couleur, auec des bonnets quarrez, et tous plats, dont les cornes sont au dessous, et auxquels

6o Les Voyages de Balthasar de Monconys.

est attachée vne calotte de drap noir, dont le derrière est fort allongé pour couurir la teste iusques sur le col. Beaucoup de Bacheliers portent de semblables bonnets: Les Docteurs de Théologie ne portent que des toques et des robes de drap noir, auec de grosses houppes de soye noire le long des manches. Les Escoliers de grande condition portent des robes de chambre de soye de diuerses couleurs, auec des boutons ou des galons d*or. Au sortir nous fusmes disner chez M. Vallis qui me fit voir le modelle en bois d'vn plancher qui se peut faire d*vne grandeur extraordinaire, nonobstant qu'on ne puisse trouuer des poutres que cinq ou six fois moindres qu'il les faudroit. Apres diné, nous fusmes à vn autre Sermon à TEgh'se de sainte Marie» que ie n'entendois non plus que le premier ; et i'estois comme vn petit Gentirhomme Anglois qui demeure chez M. Vallis qui est muet et sourd de naissance, auquel M. Vallis a appris à lire, et en ma présence il leut vn livre Anglois comme vn autre personne ; si ce n*est qu'il ne prononçoit qu'une syllabe à la fois. C'est le second auquel il a appris à parler. Ledit Sieur me fit remarquer que la différence de la prononciation du B, d'auec celle du P, se reconnoit seulement à vn petit mouuement du nez, qui se fait lors qu'on prononce le B. Nous fusmes encore au Collège de Christ oûîr leurs Vespres, que chantèrent les Chanoines de ce lieu : ils ont de grands surpelis blancs, par dessus lesquels ils ont des frocs d'escarlatte doublez de tafetas, lesquels couurent les espaules ouplûtost le dos, et non pas la teste; car ils sont comme des escharpes redoublées sur le dos, qui pendent bien bas. De là nous fusmes auec vn certain Gentil'homme Polonnois au Jardin des simples qui est hors la Ville, lequel est petit et assez mal-tenu : ie n'y vis rien diçne

Voyagt (tXnglelerre (lu'm 1663J.

de remarque qu'on Abrotanon vnguenlarium, qui sent extraordinairement l'onguent. le mesuray le matin la largeur de la Ville, qui n'est que de 1 300 et tant de pas, dont la longueur est toute pareille.

[Le ii.JOutreleCollegequei'alloisvoir par curiosité comme tous les autres, i'y allay encore plus pour voir M. Renés grand Mathématicien quoy que petit de corps, mais des plus ciuils et des plus ouuerts que i'aye trouuez en Angleterre : car quoy qu'il ne veuille pas que ses pensées soient diuulguées,

Il ne laissa pas de me dire fort librement celle de son Horologe du temps, qui fait mouuoir vne règle, sur laquelle est attaché vn rayon qui marque sur des cercles concentriques qui correspondent aux heures, tous les changements des vents, qu'vne Girouette indique, en les faisant tourner, et de mesme les pluyes, la gresle, et la neige par des vases attachez à cette roue, qui passent à chaque heure sous vn entonnoir, dans lequel il peut pleuuoir, neger, ou gresler ; et le chaud et le froid par vn Thermomètre qui fait hausser, ou baisser vne tablette, contre laquelle vn crayon de la règle sus* mentionnée allongée autant qu'il faut pour cet effet, marque en trauers les heures, comme la table marque en hauteur les changements.

Il roe dit aussi sa pensée pour faire vn fourneau comme celuy de M. Keffer, sçauoir qu'il y ait deuant le Registre vn Vase, qui soit moitié dans le fourneau et moitié dehors, et qui soit plein d'argent-vif; lequel se haussant lors que l'air de la cornue qui est sur les cendres, le presse, il bouche le registre ; car la muraille du fourneau est comme vn diaphragme qui diuise le Taisseau du vif-argent en deux.

Le 12. ie fus .voir M. Renés, qui me dit La manière d'vn Thermomètre auec vn tambpur, a|utour duquel il y a vn canal de verre, et dans ce canal vn trou qui communique dans le tambour, et vn autre qui communique, ou reçoit Pair ambiant ; puis mettant de l'eau dans ce canal, elle fait tourner le tambour qui est suspendu par son centre, si bien que Tair qui est dans le tambour se raréfiant, sort par le trou du canal, et presse l'eau, laquelle changeant de situation, en fait changer à la roue. Et ce pourroit bien estre la machine de Drebel du flux, et du reflux, ou du mouuement perpétuel.

Il me dit aussi la manière de connoistre le sec, et l'humide : car le sec n'estant qu'vnepriuation, ou diminution de Thumide, il suffit d'obseruer la quantité de l'humidité: ainsi mettant vn grandissime, et large entonnoir de verre, dont le bec soit tres-estroit dans vpe caue, ou lieu fort humide, et ombragé, et hors de l'iniure du vent, proche pourtant d'vne fenestre, et suspendu au plancher, en sorte qu'il n'y ait pas deux trauers de doigt entre l'entonnoir, et le toit qu voûte ; car pour lors à proportion qu'il y aura de l'humidité dans l'air, elle se condensera en eau, et distillera gou^je à goutte par le bec de l'entonnoir dans vne balancé fort ingénieuse, pour marquer très-exactement les poids de chaque chose. Elle est faite en sorte que la balance, ou le bras, est fixe sur son axe, et ne chancelle point, mais son axe estant suspendu par vn anneau, et la balance demeurant paralelle à l'Horizon, quand on charge tant soit peu vn bassinet, cette balance s'incline tousiours de plus en plus ; et il y a vn fil auec vn poids au bout, qui tombe perpendiculairement de l'anneau ^ui ti^qt l'axe, lequel gardant tousiours sa perpendiçutor jté passe

Voyage d'Angleterre (luia iWjJ.

par diuerses marques du bras qui s'indiae, et monire ainsi la différence Juste des poids. En chemia i'achettay pour vo chelin le luire De Tachygrapha. M. Vvreiae me dit qu'il croyoit que l'esprit de sel estoit plus propre daas les Thermomètres que celui de vin.

[Le 13.] l'allay en suite à l'Académie.

Où l'on fit la condensation de l'air dans vn gros globe de laiton fort espais, qui auoit deux grandes lunettes de cristal qui s'ouurent, et on introduit par là ce que l'on désire : elles sont vis-à-vis l'vne de l'autre pour voir se qui se passe dans cette machine, lors que par le moyen d'vn cry qui pousse vn baston de seringue dans un canon de laiton, qui abboutït à ce globe comme vn manche, l'on y fait entrerl'air qui y demeure par le moyen d'une soupape. On y auoit enfermé vn Thermomètre deverre.duquel l'eau fut poussée lusques au dedans de la boule d'en haut, par la compression de l'air quipesoit dessus cette eau plus qu'auparauant. i'y vis vn Eolypile, lequel après qu'il eust esté extrcmem'ent chauffé pour dilater l'air autant qu'il fut possible, au lieu de le mettre dans l'eau pour l'en remplir, on boucha au contraire le trou si parfaitement, que l'air mesme n'y pût entrer : ce qui fît que lors que celuy qui estoit resté dedans commença à se condenser, cette poire de cuiurese retira, et cabossa, comme si l'on luy auoit donné des coups de marteau pour l'applaiir.

l'y vis vue chaize à dossier pliant d'vne façon trèssimple, et plus commode que celles de France; car il n'y a qu'une simple couï'roye de bon cuir, de la largeur d'vn pouce, qui passe dans les bras de la chaize et s'attache d'vù costé au maiVhepied, et de l'autre bout ail dossier : et codUSe le dossier et tê marchepied

sont en équilibre, ou à peu près» à mesure qu'on s'appuye, le dossier se renuerse autant que Ton veut, et le marchepied se hausse : et par le moyen de 5. trous qu'il y a dans ces courroyes, et de deux petites cheuilles qu'on y passe dedans, les courroyess'arrestent contre les bras de la chaize, et le dossier ne sçauroit se renuerser dauantage. I*y vis aussi la Machine de M . Renés pour la mesure du froid et du chaud, qui est faite de fer blanc, sçauoir vn tambour suspendu par deux bouts d'axe qui sont au centre de ses deux fonds, et qui balancent très-facilement sur deux pieds, et vn petit perpendicule qui marque les degrez de changement de chaud et de froid. l'y vis aussi de petites balances d'essay, mises dans vne lanterne, dont les iSlets estoient de trois ou quatre fils de laiton ou autre meta fort déliez, attachez l'vn à l'autre comme vne chaisne, et les bras de la balance estoient entre deux cordes de boyau extrêmement estendues, et paralelles, en sorte que la moindre inclination que la branche de la balance fît, elle n'estoit plus paralelle auec les cordes de boiau, et ils passoient d'vn costé plus bas qu'elles, et de l'autre plus haut. Pour les faire ioûer, il tiroit par dessous la lanternCy vn ressort qui faisoit abaisser vne règle de laiton, au deux extremitez de laquelle il y auoit deux platines de verre de la grandeur d'vn escu blanc, sur quoy reposoient les bassinets de la balance, de façon qu'on ne touche iamais la balance, mais seulement le plan sur lequel elles s'appuient : vne quatre-centiesme partie de grain la fait tresbucher.

Dans l'assemblée on dit; qu'ayant mis vn petit caillou dans vne phiole, et y ayant mis de l'eau, après quelque temps le caillou auoit creu en sorte qu'il ne pouuoit sortir sans casser la phiole ; ce qui montre que les pierres

Voyage d'Angleterre (luin ï66^). 65

croissent. Celui qui dit rauoir esprouué, dit que c'estoit auec de l'eau ordinaire, sans aucun chois.

Vn autre dit qn'vn Médecin Anglois reuenant de France» s'estant trouué en mer obligé à ne pouuoir man* ger que du fromage et boire de Teau de vie, et du biscuit pendant 1 7. iours, estant en terre et se trouuant incomodéyOn lui donna vn lauement qui lui fit faire vne grandissime quantité de toute sorte de coquillages.

Vn autre dit ; que l'on trouuoit dans l'Irlande dans les mines qu'il y a, du plomb, et d'autres minéraux parmy la terre et que si l'on mettoit cette terre après en avoir tiré ces métaux en quelque lieu à Tair, dans quelques années ou y retrouuoit encore parmy la mesme des mesmes métaux.

Vn autre dit qu'vn Seigneur d'Angleterre connu de toutte l'assemblée le Duc d'albemarle ayant vne si grande difficulté d'vrine procédant de la pierre, qu'en quelque posture qu'on le pust mettre^ il ne pouuoit vriner, il luy ordona durant quelques iours de mascher du tabac en feuilles, il auoit esté entièrement guéri.

M. Morey me dit cette expérience du changement de Teau.en air, Que si Ton remplit vn matras, ou phiole d'eau et qu'ainsi pleine on la renverse le col en bas dans vn Vaisseau plein d'eau, en sorte qu'il ne sorte aucune eau de la phiole, et qu'en suite l'on fasse chauffer le Vaisseau dans lequel cette phiole a esté renuersée, toute l'eau qui est dans la phiole en sort, et des vapeurs y entrent, lesquelles sont sorties de l'eau eschauifée, puis que l'air ambiant n'a pu descendre dedans, pour remonter après dans la phiole : et quand l'eau du Vaisseau se refroidit, la phiole se remplit d'eau à proportion de ce refroidissement. L'on dit encore dans l'assemblée qu'en Suisse on gardoit le bled sans qu'il se

65 Lfi Tcy^gts et BaiiJtmaar de

O M r om pi t des S^d. tt loo. années, ea le hissatt sîmple- ■eat daos Tespic.

le debarqoiT i Aroadel, oo îe vis qaelqaes figvres antiques, M. Olderriboarg me dh,

La manière anec laquelle il pnHendoît de puiser de r^u du foad de la Mer, poor Sv^uoir â elle j est dooce, comaie quelques t3S Fasseorent. en j fusant descendre un crlîadre, axt deux fonis djqufl îl y a Tue valu Je à chacnn, qui s'oujrent t>uîes és^i%^ qiacd le crLndre descend, et drcaect Feniree et sorrre Lbre à Teaa : quand tl est an îond de la Mer et qae la da^ûere y est entrée, en retirant le crûidre, ces de«x valu se fanaent et cette dernière eau t deawnre eackse, sans qa^ j en puisse titrer d'aurre en sa piace.

Xe !>/ Les obsenia&o^s de ce Xîlord ^ aïoixstrent la grande Cicîlîte c'xs diverses -ir^ires oat d'aller sur FeoB : pour ceLi îL a w pand Vifsseau de bots coaxtne "vn billard, sccreau snr des coI?ci:>£S toct respc d^eaii, sar lequel piir le o&oTen des po^ds qui soa: atucâaez à des cordes de bojau, passée» di^B des p^il es et at:»diees à des bateaux de dîaerses f^^res^ îl ms bk aZer daascecaoalartîicàet : Deux ectre aut-es^ d'ccttr^:! est tu tnan^ îsoàceLe. Pauvre est codxpcise de dettx cirlîrrdres €fe«x dedi2>« et d?2t les b>>j.rs soa: aî^vts et reîe^es corr me le beu: d*vï saîxx : scr v^?s cvîux ct j-rcres tt Vaibscnv oa ba«^u pUi dcu estre bjsti, et rex^wrlemce aoftstre qae lers que tous deux soct se«$ par uae grauie Socce et e^'x«e« q'<>>^5 q« **^ scÀ«t de pQÎcs^ le tr.a=;Ci-iire va plus viste que T^um qoatti la Irfoe qui les neist est nediocre, k tritBg»>

Voyagt d-Àngleterre (Mit (663). 67

laire va plus lentement. Il Gt voir encore que ce triangulaire a:loit contre le vent, car soufflant le long d'vn de ses costez de pouppe à proue, au lieu de faire auancer la proûe, c'estoit l'angle de la base qui alloit le premier du costé d'où venoit le vent, comme ce peu de figure (en Yoir. B où le vent qui vient d'A, au lieu de pousser le bateau vers B, le fait aller du costé de C. Ces Messieurs' me dirent qu'ils croyoient que l'eau receuoit la compression, non seulement par le moyen de l'instrument qu'ils ont pour cela, où ils ont veu qu'ayant lasché le robinet après l'opération, l'eau reiaillissoit come vnelet de fOiaine. Néanmoins que cela se pouuoît attribuer à l'extension du Vaisseau, par la substance duquel elle sortoit, quo; qu'il fut de cuiure et l'on voyoit l'extérieur du Vaisseau humide et suant et qui se rCpoit quelque fois; Mais qu'ils auoiët vérifié et esprouvé que ce Vaisseau de cuiure s'estoil cabossé.

Ils me dirent qu'ils auoient aussi observé, qu'vne vessie de verre close hermétiquement, après l'auolr mise à l'équilibre auec l'eau a'.itant qu'il se pouuoit, à l'on bouche auec le doigt le col de la phiole pleine d'eau, dans laquelle on a mis cette vessie de verre qui n'enlonçoit pas, en sorte que pressant et appuyant torlement dessus on comprime l'eau, alors la vessie d ''cendra au fond. Ce qui ^e doit sans doute attribuer & la compression du verre, lequel par ce moyen occupe moins le place, et garde sa mesme pesanteur en moins de volume, et non pas à la compression de l'eau ; parce qu'en ce cas si elle estoit comprimée, elle ea deuiendroit plus pesante, et la vessieydescendroit moins encore qu'auant sa compression.

' Probablement milord Broonkcr et H. Morer.

[Le 17.] le fus chez M. Oldêbourg, qui me leut ce qu'on auoit dit à T Académie» les deux dernières séances, dont ie ne pris que cecy.

Que l'huile de boûis appliquée sur les escroûelles les fait suppurer, et qu'après la poudre de la petite scrofulaire les fait sécher.

Que la marque du véritable baume est de ne point surnager dant l'eau, mais de s'y mesler et la teindre comme du lait ; qu'estant tombé sur du drap il en est parfaitement osté auec de l'eau simple ; et que si l'on en met dans du lait, il le fait prendre à l'instant.

Que le fils du Milord Brereton dit, qu\n Gentil'homme de sa connoissance coupoit en certain temps ses bleds verts, ce qui faisoit que chaque racine ou grain produîsoit iusques à cent espics, mais M. Oldembourg croit qu'il faisoit encore rouler quelque fardeau par dessus, comme vn rouleau de bois pour les fouler.

QuVn nommé M. Paquer connoit aux espics lors qu'ils sont en fleur, ceux qui ne sont pas sujets à estre bruslez d'une certaine broûée qui les grille, et il les remarque et les reserve pour les semer. Le remède contre ce mal est d'abattre cette rosée quand elle est tombée dessus les bleds, en passant par dessus vne corde tendue. Que le bled estant semé dans sa gousse prosperoit infiniment plus que s'il estoit nud. Que dans la prouince de Chechir en Angleterre, afin d'empescher ce grillement de bled par la broûée, on laisse le bled qu'on veut semer 24. heures dans de la saumure, dans laquelle on mesle aussi du bol, et retirant le bled de là on le semé à l'instant : et cela empesche aussi que les oyseaux ne le mangent.

Que les moutons qui paissent en des pais gras comme en Angleterre, n'ont point de cornes, ou du moins en

Voyagt d'AngUlcrre (luin 1665).

ont de fort petites, et que ceux qui paissent en des pals maigres ont des carnes et mesmes en ontiusques à quatre, comme dans la Suéde : et si l'on change ces moutons de pais, ils changent aussi alternative ment de constitution pour ce qui est des comes.

Que l'eau distillée de l'ail guérit la Gevre quarte, si vne heure auant l'accez on en boit trois cuillerées dans vn demy-septier de tres-bon vin d'Espagne; et qu'on réitère deux ou trois fois, si l'on ne guerissoit pas à la première.

II me montra aussi vn instrument auec lequel on dessine très iustement tout ce que l'on voit, par le moyen d'vne règle, que deux filets et vn plomb tiennent touiours paralelle à l'horizon contre vn châssis éleué perpendiculairement: laquelle règle a vne espingle à vn de ses bouts, que l'on conduit (avec la main appliquée au milieu de la règle) au rayon visuel, qui passe par un petit trou iusques à vn endroit de l'objet : et continuant de conduire cette espingle deuant touts les endroits que vous regardez par ce petit trou, vn crayon que vous tenez à la main et qui est attaché au milieu de la règle, trace sur le châssis tous les traits que l'espingle suit sur l'objet, guidée par le rayon visuel.

Le 19. M. Le Févre me vint voir le matin qui me dit. Qu'on auoit appris que l'Ambre gris estoit la cire et le miel, que les mouches font contre de grans rochers creusez qu'il y en a au bord de la mer aux Indes; ces ruches cuites par le Soleil, se détachant par leur poids, tombent dans la mer, qui par son agitation, et son sel acheue de les perfectionner : et qu'ayant rompu vne grosse pièce d'ambrequine deuoît pas estre acheuéeen sa peKection, on y auoit trouué dans le milieu de sa

substance, le rayon de cire, et de miel tout ensemble ; et que pour confirmation, quand on fait la dissolution de l'Ambre gris auec de l'esprit de vin passé sur le tartre, il reste à la fin vne matière toute semblable au miel.

Il me dit aussi que le Roy lui auoit fait voir ce matin vne végétation qui se faisoit en vn instant, en iettant certaine chaux de métal dans vne liqueur, et qu'vn Grec auoit appris cela au Roy.

Il adiousta qu'vn de ses amis auoit veu vne transmutation d'vne pièce d'argent quarrée, sur le milieu de laquelle cet amy ayant ietté vne goutte d*vne huile qu'on lui auoit donnée en Hollande, cet endroit estoit deuenu or, et qu'à mesure qu'il donnoit plus de feu à cette pièce, la transmutation augmentoit tousiours en rond, iusquez à ce que l'ayant fait rougir entièrement, elle auoit esté toute transmuée, à la reserue des quatre coins.

[Le 20.] M. le Cheualier Morey me vint voir, auquel ie fis voir mes lettres, comme i'avois fait à M. Boile. L'apresdiné ie fus à l'Académie où ie pris le dessein de la machine dont ils se sèment pour faire les expériences du vuide qui est de cette sorte.

le vis dans la mesme Académie vn instrument qu'a fait M. Renés pour prendie la distance de deux estoiles. Ce sont deux tuyaux de lunettes, lesquels sont quarrez, par lesquels deux hommes regardent en mesme temps chacun son estoile, sans s'empescher l'vn l'autre; parce qu'ils se ioignent ensemble du costé des verres obiectifs par des charnières, qui font qu'ils s'esloignent^ et s'approchent, comme vne porte fait de son iambage. Vn de ces deux tuyaux est appuyé sur vn pied par vn rond de bois comme vne dame à ioûer, laquelle est esleuée perpendiculairement sur le pied de la

Voyagt d'Atttttterrt (Ma 166]). 71

lunette, et le tuyau appuyé sur la dame ou rond à angle droit. Cela fait que le tuyau se peut tourner au mouuemeot que l'autre fait, sans pourtant changer de situation. Sur ces tuyaux il y a deux petits boutons aux deux bouts pour viser les estoiles, et en prendre la mire ; et par dedans il y a proche du Terre oculaire vne pniate d'esguille, placée iustement dans la ligne qui unit les centres de l'obiectif, et de l'oculaire : par le moyen de laqu Ue on prend iustement le centre de l'estoîle. Ainsi suiuant la distance ou l'ouuerture des deux bouts par ob l'on regarde, contre lesquels est une règle raouuante, et graduée, l'on prend la distance des planettes par l'ouuerture, ou la grandeur de l'angle.

L'on voulut faire vne expérience auec la machine de cuiure pour cfldeoser l'air, et l'on y auoit mis dedans une souris, pour voir si elle mourroit par la condensation, comme elles meurent dans la raréfaction ; mais vne des vitres qui sont aux portes de cet instrument se cassa, quoy qu'elle fut d'vn verre très-fort, si bien que l'expérience ne se pût faire. Messieurs Hugens, et de Sorbiere y assistèrent, le donnayà l'Académie la description qu'elle m'auoit demandée de ma manière de peser les liqueurs. Apres l'Académie, ie fus auec M. de Sorbieres à la Verrerie, où l'on me promit de me faire les Vaisseaux que ie desirois, pour l'epreuue de la pesanteur de l'air, et pour m Thermomètre de la façon de M. Renés.

Le 33. ie fus le matin voir M. le Peure qui me dit.

Qu'td miroir ardant fait de deux glaces de miroir qui se ioignent après auec du linge trempé dans la colle de poisson, entre lesquelles on met de l'eau, fait plus d'effet que s'il estoit d'va seul verre, et que pour

donner à chaque glace la figure Spherique, il faut le faire dans vn fourneau de reuerbere, les ayant appliquées» ou posées sur vn moule de fer, ou de fonte bien poli ; car lors que le verre commence à se fondre, il prend la figure du moule sans perdre sa polissure.

Il me dit aussi que pour bien vitrifier l'antimoine sans addition, il faut premièrement le bien calciner selon l'art, iusquez à le réduire en couleur grisastre, et qu'il ne fume plus : alors on le met dans vn creuset, mais quelque feu qu'on luy donne, il seroit impossible de le faire fondre, si Ton n'y iette dedans vn peu d'antimoine cru, qui le fait fondre d'abord, et ainsi il se vitrifie; Que pour dorer l'argent sans Mercure, l'appliquant simplement dessus, auec le doigt, après auoir bien decrasés, et poli Pargent, il le faut dissoudre dans l'eau regale, puis auant qu'y mettre le linge^ il faut faire dissoudre du salpêtre bien purifié dans la dissolution d'or en pareille quantité que celle de l'or, puis mettre du linge bien net dans cette dissolution, iusques à ce qu'il y en ait assez pour boire toute cette dissolution : et quand elle est toute beûe, mettre ce linge dans vn creuset au feu pour le calciner iusques à la parfaite rougeur du creuset, puis le laisser refroidir, et prendre ce qu'il y a dedans de calciné, et le bien broier sur le marbre, pour le réduire en vne poudre noire tres-subtile, laquelle appliquée simplement auec le doigt, dore, comme il en fit l'espreuue en ma présence sur la boête de ma montre : mais l'or est mat» et n'est pas si vif que celuy de l'argent-vif.

Il me dit aussi que le Cinabre minerai pendu au col des Epileptiques leur senioit d'vn souuerain perseniatif, et de mesme empeschoit les conuulsions des petits enfans.

Voyages d'AitgltUrre (luia lâSj.) 7j

le vis chez luy de ces Vaisseaux qu'on nomme d'Enfer pour la corporiQcation, ou Ëication des esprits en sel, ou volatilisation des sels en esprits, faits des deux manières qui sont en la figure'.

11 me dit aussi que la meilleure manière de la dissolution de t'or, estoit celle qui est dans Phannacopœa Augustana, que ie copiay. ij Auri finissimi per anlimonium purgali, cl subtiUter laminait vnc. semi, salis nilri purUsimi vnc. lo. aluminis vnc. 8, salis marin! vnc. 5. misceantur, elinfundantur cucurbila vîlrea, quitus affandatur aquœ simplicis quanta saiis pro loiali diisolutione salium : coquantur post irt arena igné moderato ad spissitudinem, et siccitatem pristinam salium, aurum totaliter soluetur, et salibus permiscebilur : denuo affandatur aqua simptex, digerantur, et soluantur iterum, el filtrentur. Apres quoy ou l'on le fait dissoudre par l'esprit de vin, rec iGé sur le sel de tartre, ou l'on le fait précipiter avec l'huile de tartre, comme on fait l'or fulminant: quand il se dissoud dans l'esprit de vin, il ne s'y mesie aucun des sels, comme tout le monde sçait, qu'il n'en peut point dissoudre.

11 y a me troisième manière de Vaiffeau Infernal fait en ventouse, fermé par le haut, et qui ne respire point, ny ne reçoit point d'air, comme les deux autres cydessus, et dont les vapeurs aussi ne se perdent point.

[Le 23. ]Au retour ie fusauecM. Morey voirie cabinet du Prince Robert, où il bit mille belles choses. 11 me montra vne manière de releuer en perspectïue toutes sorte de plans.

74 l^s Voyages de Balthasar de Monconys.

Par le moyen de deux bastons éleuez perpendiculairement, dont l'vn demeure fixe, Tautre à vne éguîUe à sa base qu'on conduit sur tous les traits du plan géométrique, et vn troisième baston qui trauerse les deux premiers, marque contre le plan, ou châssis éleué perpendiculairement, non seulement les mesmes contours que Téguille de la base ; mais encore les hauteurs, à mesure que vous haussez, ou baissez vne coulisse qui est dans le baston mouuant, en mesme proportion, que sont vos hauteurs ; car il fait hausser, ou baisser le bout du troisième baston, qui trauerse les deux premiers, qui a vn autre de ses bouts appuyé, toujours en mesme hauteur, sur le premier pilier fixe» comme la figure en fera mieux souuenir.

A Pilier fixe fendu.

B Pilier mobile fendu.

C Baston qui passe entre les fentes des deux piliers supporté par H et par I.

D Pointe qui marque l'image en perspectiue.

E Tableau ou se trace la perspectiue.

F Pointe attachée au pied du pilier mouuant, laquelle on conduit sur toutes les lignes du plan Géométrique.

G Table et plan Géométrique.

H Support fixe qui représente le point de veûe.

/ Support mobile qui fait hausser, ou baisser le baston C suiuant que sont vos hauteurs, lesquelles sont marquées au costé dudit pilier B par degrez.

Le 25. ie fus le matin chez M. Morey, auec M. Oldenbourg, que ie trouuay en chemin, ou ie pris heure pour aller disner chez le Milord Chambellan. Apres ie fus

Voyage d'An^tterre (loin 1663).

dire adieu au Milord Bronker, puis chez M. Près, oâ il n'y auoit point de Montre faite.

le vis vn Pendule, que les Estats ont donné su Roy, fait de cuiure doré, en forme d'vn petit Cabinet, qui s'otiure en deux demy-portes, derrière lesquelles au lieu de tiroirs, il n'y a qu'vne belle glace de miroir, où l'on voit au trauers descendre vne petite boëte de cristal par plusieurs lignes vn peu inclinées sur l'horizon, faites d'vn petit fil de fer, ou laiton, comme ceux d'espinette, sur lesquels est appuyée ladite boule, qui i la fin de sa descente, entre par vn trou dans le corps de l'horloge, et aussi-tost il en ressort vne autre du haut, qui fait U mesme chose.

Le Milord me fît beaucoup de ciuJlitez deuant et après le disner, après lequel estant chez M. Moray, il me dit comment.

En Liégeois dans les mines de vitriol, ceux qui y trauailloîent, auoient de l'air en suffisance, sans auoir besoin de faire d'autres puits, que le premier, par où ib descendoient, sçauoir faisant vn tuyau de cheminée quarré, et si bien bouché des quatre costez, que l'air n'y puisse point entrer, et au dessous d'voe grille à tenir le charbon, qui est placée joignant le haut du chemin, ou l'on va en trauaillant, et vn canal par lequel passe l'air que le feu attire, et qui entrant par l'ouuerture de la mine, passe toujours frais à l'endroit où l'on trauaîlle, comme ce peu de représentation le fera mieux entendre :

A L'entrée de la raine, ou chemin.

B Cheminée qui sort au dessous de la montaigne, et

descend plus bas que le chemin.

C Grille sur laquelle on iette le bois, ou le charbon. Profondetir ou tombent les cendres.

E Ouuerture du canal, par où l'air est attiré sous la grille par le feu.

F Autre ouuerture du dit canal, par où Pair, qui vigt de dehors entre continuellement et rafraîchit ceux qui trauaillent là proche^ et qui à mesure qu'on auance plus dans la montagne, doit estre prolongé, en sorte toutefois qu'il n'y puisse pas entrer d'autre air, que par le bout.

il me dit aussi trois manières de chiffres. La première par vn Triangle rectangle, dont le diagonale est diuisée est autant de parties qu'il y a de lettres ; et appliquant ce Triangle sur le papier, et le faisant marcher, ou perpendiculairement, ou horizontalement le long des bords du papier, où l'on l'escrit ; après auoir piqué contre la lettre que vous desirez, et aduançant ledit Triangle insques à ce qu'il trace le point que vous auez fait: Alors vous piquez vne autre lettre ; et ainsi consecutiuement, il n'y aura que des poincts dans vostre lettre. L'autre façon est d'auoir deux Dîctionaires semblables ; et pour les mots qu'on veut mettre prendre le chiffre du feiiillet et celuy de la ligne. La troisième est plus difficile. C'est vn chiffre auec vne lettre, ou vne lettre auec vn chiffre, pour signifier tant les lettres, les monosyllabes, que plusieurs mots, dont on se fait vne Table.

Le 26. ie fus le matin dire adieu à M. Oldenbourg, qui me donna vne lettre pour M. Borry, et vne autre pour M. lean George Ankoln à Ausbourg, delà ie fus à Oûital, où ie vis la Lune, que M. René à faite de relief en carton, suiuant le dessein d'Heuelius, et des desseins à la plume d'vn Poû d'vne Puce de la teste, et d'vne Aisle dVne Mouche, faits par le Microscope.

Voyage des Pays Bas

[A Bruxelles.] Le 8 [juillet 1663]. Apres diné M. de Salsede nous mena voir le cabinet d'vn Gentil-homme nommé S. Victor, dans lequel, il y a plusieurs curiositez.

Entre autres vne belle Momie toute entière, quantité de figures entières, des Cabinets, des coffres et des boettes de la Chine ; vne patente du Roy de la Chine en -papier de soye peint de fleurs d'or comme vn brocart ; vn livre d'Astrologie du mesme paîs dont les feuillets sont très délicats : et d'vne broderie de soye qui sont des roses, pour la couuerture d'vn coussin ; vn tableau d'vn demy-pied en quarré de Jésus Christ, qui laue les pied aux Apostres fait à la plume ; tous les Pseaumes de Dauid d'vne escriture si belle qu'on ne les prendroit que pour des traits de plume bien délicats; vn cancre de mer pétrifié; vn canos des Antilles auec les rames; plusieurs oyseaux, et animaux des Indes et d'Egypte, des miroirs d'acier; des instruments de Mathématique; vn petit Pareuant delà Chine, dont les portes se ferment et s'ouurent du mesme costé :

deux liures des simples naturels appliquez et conservez fort curieusement ; plusieurs armes à feu de la Chine, et de la Turquie, et vne Arquebuse à vent.

[A Anvers.] Le il. Dans la maison des tapisseries nous vismes vne de ces pompes à ietter de l'eau, lors des embrasemens.

C'est vn bassin de bois de quelques six pieds de long, quatre de large, et quatre de hauteur, dans lequel il y a deux pompes qui aboutissent à vn gros tuyau de cuiure qui est au milieu : et ces deux pompes ioûent par le moyen d'vn brancard, qui est attaché en dehors par vn axe qui est au milieu, et qui répond aussi au milieu du bassin, aux deux bras duquel de chaque costé sont attachez les fers, qui font iouer la Pompe ; comme on le peut mieux voir par la figure suiuante.

Ils ont aussi en cas d'embrasement de hautes eschelles qui sont attachées en long contre les murailles des maisons, et qui estant dressées, atteignent au faiste des plus hautes.

Nous fusmes aussi à l'Imprimerie de Plantin, qui garde le nom de son premier Autheur, quoy que ce soit le dernier Moretus descendu de son gendre qui la tient. C'est vne assez grande Maison, composée de quatre corps de logis, qui enferment vne cour, rectangulaire ; au milieu de laquelle est vn fort ioly petit lardin, dont les murailles sont tapissées de pampre fort agréablement, comme presque toutes celles de cette Ville, ce qui fait fort bien auec la brique. Dans le bas d'vn des corps de logis est l'Imprimerie, où la. presses trauaillent continuellement. Le reste du Logis, à la reserue d'vn quartier bas pour le logement, est remply d*vn

Voyage det Pays Bat (luUltt [6Û3).

exemplaire de chaque lîure qu'ils ont imprimez, et de quelques autres.

[A Mildebourg.] Le 14. Apres estant allé au logis, ie fus chercher le liure des Insectes, et son Aotheur, que ie croyois estre Marais Otko : mais c'estoit d'vn nommé Goedartius, qui n'a iamais esté en Fraoce; c'est pourquoy ie fus chez le Libraire, qui l'a imprimé, nommé Pirentius homme curieux, qui me fit voir plusieurs belles coquilles, et trois lîures de la Chine, dont l'vn estoit m Euclide et l'original du liure de Goedartiua. le vis les promenades qui sont autour de U Ville.

Le 15. ie fusauecM. Pireos voir le Peintre Goedartius, qui continue ses expériences des Insectes, qui me dit, que du champignon pouriy il s'en engendroit diuerses sortes de vers, qu'il me fit voir dans son liure, qu'il donnera encore dans quelque temps au public. 11 est cbymiste et sçait oster la faculté bemelique de l'antimoîne ; et par le moyen d'vne poudre qu'il met fondre dans vn creuset, s'il y met dedans du fer, comme vue lame d'espée, il s'y fond incontinent comme 4» beurre.

[A Flessingues, le mesme iour.] D'abord nous fusmes voir vn nommé M. Delcorne, que M. Flreas m'auoit indiqué, qui a vne in&nité de belles coquilles de plusieurs cornes de Licornes, de Rhinocéros, et d'autres curieuses, force animaux et Insectes des Indes, entre autres TU animal approchant de l'Armadillo ou Fatoti, nommé le Diable du lapon, tout couuert d'escailles de

£o Les Voyages de Balthasar de Monconys,

corne, de la forme de Tos de Toreille de carpe, rayé de mesme au bout, qui me parut fort curieux, n'en ayant iamaîs veu. Il auoit encore plusieurs boêtes depapillons, de mouches, de cantharides, et d'autres Insectes, dont la plus belle estoit celle des petits insectes dorez, et d'autres couleurs. Cet homme est vieil, et cassé, et l'on pourroit bientost auoir son cabinet à bon prix après sa mort. Il y a des fruits des Indes, des petits Canots ou bateaux des Sauuages, et vne infinité d'autres choses mal tenues.

[A Bruxelles.] Le a i . ie fus le matin chercher Monsieur Longin, que ie n'auois pas rencontré le iour précèdent. Il se plait à la Chymie, et trauaille fort sur les simples, quoyque peu sur la métallique, estant tout sur la Médecine. Il est très courtois, et fortouuert. Outre vne quantité de liures de Chymie, la plus grande que s'aye veûe, il a vn Bain-Marie de bois qui s'échauffe par vne vessie de cuiure, laquelle respond au foyer de la tour de l'Atanor, et qui communique ainsi la chaleur à l'eau du bain par vn canal qui joint ces deux eaux ; et ce bain est diuisé en deux par vn diaphragme, qui empesche que Teau ne soit également échauffée, si ce n'est quand on leue ce diaphragme.

[A Liège.] Le 24. ie fus voir vn des Chanoines de S. Lambert, qui est aussi du Conseil d' Estât du Prince, qui se nomme M. Sluz fort honneste homme, et grand Géomètre qui me mena promener par toute la Ville ; et m'enuoya deux exemplaires de son liure intitulé Mesolabuau

Voyage des Pays Bas (Aoust 1663). 81

Le 25. M. le Chanoine Sluz, me vint voirau logis, où il me promit correspondance, et de m'envoyer des œùillets quand ie luy escrirois.

[A la Haye.] Le 8 [aoust 1663]. ie fus voir le matin M. de Zulcon, chez lesquels ie vis force bons tableaux, et des crayons des habits des Idoles, des Villes, des Temples, des Paîsages, et des Vaisseaux de la Chine rapportez de la dernière Ambassade, que Messieurs des Estats enuoyerent en ce pays là il y a 4. ou 5. ans, dont M. de Zulcon a enuoyé les originaux colorez à M. Teuenot à Paris. Il y a encor la Tour de porcelaine qui est à la Chine. J'y vis aussi.

Vn nid d'oyseau fait de ce cotton qui croit aux Saules, si artistement fait que ceux qui tricottent des bas ne sçauroient faire vn tissu si bien, ny si serré : on ny voit point au trauers il est espais, et a la figure d\n sabot dont l'entrée est fort petite à proportion de la capacité de ce nid, qui pend au bout d'vne branche de Saule, qui est fichée à l'endroit du talon de ce sabot de cotton^lequel outre sa mollesse est encor remply du mesme cotton mollet, et peigné au lieu que celuy du nid est tissu et semble estre noué à chaque point, et les oyseaux font ces nids à Zulcon maison de campagne de ces Messieurs qui m'en ont promis vn. Nous fismes comparaison de nos lunettes, ils trouuerent mon obiectif excellent, comme i'admiray la clarté, et la netteté des leurs, ce qui procède de la disposition» et proportion des deux oculaires, dont ils se seruent, desquels le plus prés de l'œil est vne petite lentille de deux pouces, et demy de demy-diametre, et l'autre est vne grande lentille de 6. pouces de demy-diametre, dont ils se seruent auec vn

82 Lts Voyages de Balthasar de Monconys.

miroir aux lunettes de 4. à 5. pieds, et sans miroir auec celles de 24. pieds.

[ÂLeyden.] Le 13. nous fusmeschesvn Maître de Beyau pour voir ses tableaux, Il n'y estoit pas, mais bien vne iolîe seruante qui pouuoit confirmer ce que Guichardin dit de la beauté des femmes de Leyden qui n'égalent pas pourtant celles que i'ay veûes en zelande : De la il me mena chez le Docteur Gronouius qui faict profession de l'histoire, où arriua d'Amsterdam M. Vossius qui retournoit à la Haye ; ce qui m'obligea d'y aller auec luy pour ioûir de la conuersation de ce docte personnage, qui pendant le chemin me dit force belles choses: entre autres la raison des larmes de verre.

l'Hypothèse de M. Vossius est, qu'estant plongées promptement dans leau l'extérieur se glace seulement tandis que la chaleur qui est au dedans agitant et raréfiant tousiours les parties, lors qu'elle cesse, les extérieures ne se pouuant restrecir et reioindre à cause de leur dureté il se faict de nécessité du vuide au dedans ou du moins i'I y reste un air beaucoup plus rare ou moins comprimé (pour parler comme M. Boile) que n'est l'air ambiant, et lors que cassant le bout vous rompez la crouste et la muraille qui tenoit enfermé c'ét air estendu, alors l'ambiant, qui est plus pressé, entre par les pores qu'il trouue ouuerts auec tant de violence qu'il brise ce qui s'oppose à la suite de son mouuement ; et selon que ce qui s'introduit a plus ou moins de force, l'effet en est plus ou moins [violent. Ainsi il est plus violent quand on la rompt dans l'eau, que dans l'air, et dansMe vif»argent que [dans l'eau, et si] on la chauffe auparauant, le feu ouurant les pores à l'extrémité du

Voyage des Pays Bas (Aoust l663)« 83

verre, que le froid auoit fait resserrer, il s'y insinue de tous costés également de l'air, si bien que quand on les rompt, il n'arriue rien d'extraordinaire qui n'arriue à la rupture d'vn autre verre : il me dit encor qu'il croyoit qu'vne vessie fort ample d'vn verre assez délié pourroit voler dans Tair, si l'ayant fait chauffer pour en faire sortir l'air par raréfaction on bouchoit incontinant auec de la cire des Indes le petit trou par où l'air seroit sorty.

Il adiousta que la vie des animaux n'estoit, que le feu et le mouuement, comme il se voyoit aux mouches et aux hirôdelles estouffées dans Peau, ou par le froid que la chaleur ressuscitoit.

[A la Haye.] Le 1 4. ie fus tout le matin chez M . Vossius qui me fit voir son Microscope, qui n'est qu'ne petite lentille faite en hémisphère enchâssée dans vn petit bois qui se glisse derrière vne petite table noire, enfoncée du costé de l'œil, et percée au milieu pour y regarder par vn très petit-trou. Il me donna son liure, de la cause des vents, et du mouuement de la mer^ qu'il m'expliqua de viue-voix, l'attribuant fort ingénieusement à l'attraction, ou raréfaction de la mer que le Soleil fait continuellement entre les Tropiques d'vn mouuement d'Orient en Occident. Il me donna aussi celuy qui est intitulé. De Septuaginta Interpretibus, et Chronologia dissertationes. Et Responsum ad obiecta loh. de Bruyn et. Pétri Pet'iL L'apresdiné ie fus voir le Père Léon, puis reuoir M. Vossius qui me dit comment il pretendoit de preuoir les vents, et les tempestes, scauoir par le mercure qui reste dans le tuyau, lors de l'opération du vuide qui se hausse, ou baisse selon que l'air est comprimé, ou estendu, et non selon le chaud, ou le froid.

Le 15. ie fus le matin auec M. d'Arsilîers voir M.Vossius, qui nous fit voir dans sa Bibliothèque 6. ou 7. grands Hures de tous les simples d'Orient, parfaitement bien collés, et conserués auec les fleurs, graines, semences, et racines, auec les noms et propriétés de chacun; outre cela quantité de beaux Hures Arabes, entre autres vn Âlcoran in foHo avec les tiltres, lettres maiuscules, et vignettes d'or.

Il me dit aussi comment le mouuement du pendule se pouuoit perpétuer en faisant distiller à chaque mouuement vne goutte d'eau sur le poids, et cela fort régulièrement par le moyen d'un siphon attaché au fond d'vne escuelle, qui nage sur l'eauqui s'écoule par le siphon, parce que cette escuelle s'abaissa nt par l'abaissement de cette eau, le siphon s'abaisse de mesme, et ainsi la pression de l'eau est tousiours la mesme, et Teau de l'escuelle tousiours d'esgalle vitesse Pour la faire distiller seulement goutte à gouite, il ny a qu'à laisser les tuyaux du siphon presque de mesme grandeur, et que le plus long n'excède l'autre, que de ce qu'il faut iustement pour faire l'attraction. Il me parla d'vn homme qui ioignant deux petites lunettes de longue veûe, voyoit parfaitement les montaignes dans la Lune, il l'enuoya chercher; mais il se trouua à Delphe^

[A Amsterdam.] Le 20. ie fus le matin auec mon fils, et Gergeau à Ouater reik voir Otho, et ses tableaux. l'en vis vn d'vn calme fait par Vvanderuelde qui est excellent pour les Mers, ie vis ses papillons, entre autres vn qu'il nomme la flèche qui a les ailes faites comme ceUes d'vne

1 Delft

Voyage des Pays Bas (Âoust 1663). 85

fleschCy il reuint auec moy, et en chemin ayant trouué M. dans le marché, qui se tient tous les lundis dans la place de S. Antoine, où l'on vend de toutes choses» iusques à des chiens, et des chats; il le mena par la Ville pour chercher quelques curieux qui ne s'y trouuerent pas hors M. Hudd estimé très habile dans l'Algèbre, et qui a trouué la façon des petits microscopes à vne seule lentille, dont il en donna vn à M. vn à moy, et vn à mon fils. Il nous dit la manière de laquelle il tailloit ces petites lentilles. Il faisoit simplement fondre à la lampe du cristal bien pur de soy, d'où il oste le sel qui est dedans, en le faisant rougir, car alors ce sel vient tout à la superficie du verre, dont on Toste après auec facilité : le verre donc estant bien pur, il en prend vn peu au bout d'vne petite verge de fer rouge, où il s'en attache la quantité qu'on veut, et lors le faisant fondre à la lampe, et tournant la verge de fer, au bout de laquelle il est, il s'arrondit de luy mesme parfaitement. Quelquefois au lieu de crystal, il prend vne petite vessie de verre pleine d'eau, qui fait le mesme effet. Il en a vn autre, où il applique vne grosse lentille au de là de l'obîect, en telle sorte que le rayon de la lumière qui passe par la lentille, illumine l'obiet. Il me montra aussi vne manière de faire les quadrans : il croit que la raison de l'effet des larmes est. Que l'air se condense fortement dans ces larmes lors qu'on les plonge dans l'eau, et qu'il se mesle imperceptiblement dans le verre, qu'il diuise en vne infinité de particules, lesquelles demeurent enfermées dans la crouste que le froid fait à Texterieur de la larme, ainsi d'abord qu'on la rompt en quelque endroit, où l'air condensé trouué sa sortie pour s'estendre, il le fait auec vne telle vitesse, que tout celuy qui est derrière se portant en ce

lieu pour en faire autant, la violence de tant de parties qui font effort en mesme temps, brise le verre qui n'y peut résister.

Le 27. l'aprediné vn homme apporta vn verre découpé et aprit à M. Le Duc d'en faire autant.

Ayant premièrement bien eschauffé le bord auec vne mesche,dont le bout soit fort pointu, et quand le bord est fort chaud, il faut le toucher promptement en descendant, et non pas en remontant, auec le bout du doigt mouillé de saliue, afin de commencer à le faire ouurir tant soit peu ; puis appliquant la mesche contre la fente et la soufflant elle fait fendre le verre par tous les endroits que vous la conduisez.

Il luy aprit aussi à le coller, l'ayant rompu, et cela,

En délayant parfaitement de la cole de poisson dans vn cueillier sur les charbons auec de l'esprit de vin ; et comme elle est bien liquide, on en frotte les deux pièces qu'on veut reiondre, et elles se colent parfaitement en moins d'vn miserere.

Le 28. ie fus pour voir faire des larmes qu'on ne voulut pas me monstrer: puis voir Glauber qui ne trauaille plus et n'a point de fourneaux. Il me fit voir.

Deux pleines fioles d Vne liqueur de couleur de pourpre fort enfoncée qu'il disoit estre vne dissolution d'or. Il me dit qu'il auoit escrit de quatre manières de feu, dont l'vn se conseruoit intérieurement dans vne pierre, laquelle mouillée ou humectée simplement par l'air s'enflammoit, et vn autre qui se conseruoit tousiours ardant dans vne fiole fermée.

C'est toute la satisfaction que i'eus de son entretien :

Voyage des Pays Bas (Aoust 1663). 87

de là il fus desieuner auec du pain sortant du four et du beurre; puis voir M. Vossius qui me dit entre autres choses,

Que non seulement on pouuoit charger vne Arquebuse de vent, mais encore de rien : car si après auoir retiré le baston de la seringue, auec laquelle on tire Pair, et fait par ce moyen du vuide dedans la seringue, laissant aller ledit baston, il rentreroit si violemment dans la seringue qu'il en feroit sortir vne balle ou flèche, qu'on y auroit mis, auec vne grande force et vitesse; ayant bouche le haut de la seringue auec vn cuir. Ce qui marque l'effort de l'air contre les lieux où il n'y a aucune résistance, et sa compression ; et la peine qu'il y a de le pousser d'vn costé, quand luy mesme ne pousse pas par derrière, et qu'il na point de lieu 01^ retourner, et desbander la compression qu'on luy cause: comme on le voit plus clairement à la manière auec laquelle les enfans leuent vne pierre par vn cuir mouillé, qu'ib y appliquent dessus. Il me dit aussi comme la chaleur raréfiant l'air et le faisant sortir impétueusement d'vne phiole àlongcol, pendue horizontalement en équilibre; à mesure que cet air sort, le col de la phiole s'abbaisse, iusques mesme i la disposer perpendiculairement, et pour réfuter l'opinion dé M. Hude, qui tient que leffet des larmes de verre procède de ce que l'air y est condensé : il me dit qu'elles deuroient dont faire plus d'effet lorsqu'on les eschauffe ; parceque la chaleur, estendant et raréfiant cet air, luy deuroit faire rompre la larme, et qu'au contraire elle ne faict plus son effect ny dans le feu ; ny dehors, Il me dit aussi comme son opinion estoit que l'eau fiit la matière de toutes choses et mapporta l'expérience qu'il a faite, d'humecter des cendres d'vn mixte et qu'elles se changent en grains de sable, et qu'il auoit

appris d'autres personnes, que si Ton y adiouste vn peu de semence d'vn autre mixte ou du mesme, et qu'on Tarrose seulement d'vne très petite quantité de cendres, il s^en fera vne très grosse plante ou arbre.

Voyage d'Allemagne

[ACassel.] Le 29 [septembre 1663]. nousallasmesau logis du Sieur de Brostrup qui trauaille admirablement bien au tour, où il fait toutes sortes de figures iusques aux lettres et lignes droites.

Il nous montra des ponts faits d'ais d'vn costé, et de toile cirée de Tautre, en forme de caisses de quelques d. pieds de long, 2. de large, et vn d'espaisseur, dont tout le dedans est vuide ; des cris qui s'arrestoient sans crochets, comme il en est besoin aux autres. Il nous fit voir le modelle d'vne tente sans pilier au milieu d'vne machine qui pousse 20. pieds de haut de l'eau gros comme la iambe par vn diafragme enfermé dans vne caisse ronde parfaitement d'vn costé du demy cercle, et de l'autre imparfaitement ; lequel estant conduit par vne poulie ronde dans laquelle il glisse, et laquelle a son centre hors de celuy de la caisse, le diamètre de laquelle est égal au diafragme, de quelque costé que la polie fasse aller ledit diafragme il touche iustement les deux costés de cette caisse, et pousse l'eau qui y entre

9^ Lis Voyages de Balthasar de Monconys.

du costé de dehors, par le costë opposite, où il y a vn tuyau appliqué.

11 y a aussi vne manière de blanchir le laiton, et en fait des miroirs plus clairs que ceux d'acier.

Premièrement il le polit parfaitement avec de Temery, puis il le trempe dans du vinaigre, où il y a dedans du sel Armoniac, et après il y met dessus vne couche d'Amalgame de et Q z;' : puis le metant sur les charbons le Mercure s'euapore, et après on le repolit encor auec l'emery.

[A Trauemund.J Le 16 [octobre]. le pesay l'eau de la Mer, qui se trouua peser seulement 22386. au lieu que celle de Calais pesoit 22862. et l'eau douce audit Calais 22274. dont Tequation estoit 49. si bien que la différence estoit vne quarante vniesme, et presque vne quarante deuziesme partie et parce que Tequation de cette dernière n'est que neuf; la différence d'auec l'eau douce est d'vne deux cent dix-septiesme et la différence des deux eaux de mer d'vne cinquante-troisième.

[A Magdebourg.] Le 22. ie fus le matin voir M. Otoh Gerike Bourgue-maistre et très sçauant dans la Pneumatique, chez lequel.

le vis vne infinité de vases, pour démontrer la force élastique de l'air, comme deux hémisphères de cuiure, desquels l'air estant osté, trente cheuaux ne les pouuoit pas séparer. Vn autre, au bas duquel il y a auoit de l'eau, et plusieurs petits tuyaux qui enfonçoient dans cette eau, par lesquels ayant fait entrer de l'air, en tournant les robinets, l'air s'introduisoit dans ce vase

Voyage iTMlemagne (Octobre 1663).

passant au trauers de l'eau, et quand l'espace qui estolt au dessus de l'eau commeoçoit a estre tout à fait rempli, l'air faisoit Tn extresine bruit, l'on îniroduisoit de l'eau dans ce vase par un siphon, dont vn bout se ptongeoit à bas dans vn seau d'eau et l'autre dans l'orifice d'vn des canaux, qui eniroient dans la capacité du vaisseau par son col, le tout bien garny de bons robinets : il auoit aussi un autre globe suspendu eu l'air le col en bas, d'où l'on auoit attiré l'air, auquel appliquant une bouteille de verre quarrée, et ouurant le robinet, elle se rompoit, et si la bouteille estoit ronde elle ne rompott pas, et y mettant la main elle s'introduisoit fortement dedans, et par cet instrument, qui estoit pendu à un bras de balance, il pesé l'air. 11 fait aussi par cet instrument, l'expérience, que luy applicant vn autre vaisseau plain d'air, et tournant le robinet du vaisseau qui est vuide, à mesure que l'air do plein, entre auec violence dans le vuide, il se forme beaucoup de vapeurs dans celuyqui estolt plein, d'oùilconclud que lorsque les vents se formel, c'est que l'air se raréfie en haut oîi II laisse les parties aqueuses qui estoient mêlées auec luy, lesquelles se réunissant, formoient les nuées. U fait l'expérience du vuide par la seule eau, et ce par un canal de verre sellé hermétiquement par vn bout, lequel il Introduit dSs vn long Alambic, et le cimente bien par le col, afin qu'il n'y entre point d'air, que par va tuyau qu'il y a au couuercle, auec vn robinet ; puis II tire tout l'air de cet instrument, et après il y fait entrer suffisamment de l'eau, pour surpasser l'orifice du canal, de quatre doigts ; alors ayant bien fermé le robinet il incline l'instrument, et tout le canal se remplit d'eau : puis il abbaisse riDStrument en sorte que le canal est presque dressé perpendiculaire-

ment, et tousîours plein d'eau et son bout ouuert» enfoncé de quatre doigts dans l'eau, en sorte qu'il n'y peut entrert aucun air : neantmoinsdanscemesme instant qu'il vie n au parfait perpendicule ; ce canal plein d'eau se vuide tout ; par où il prétend de mieux démontrer le vuide que par l'expérience de Torricelly. II lient que la terre attire continuellement toutes choses à elle, et pour le démontrer, il a vn globe de demy pied de diamètre fait à ce qu'il me dit de neuf minéraux, il est iaunastre, et comme du ciment fort poly, lequel estant vnpeu frotté, il attire de petites feiiilles, de certains légumes, et des plumes de duuets; et ce qui est de plaisant, c'est qu'il attire ces plumes, puis il les laisse retomber, puis il les retire et les laisse retomber ; et cela continuellement et sans fin ; il démontre encor l'effet de l'attraction de la Lune par la Terre, et de l'opposition de la mesme face, par vn plus petit globe, de mesme matière, qui conduit dans l'air ce duuet tousiours de mesme distance, en quelle part qu'il veut, et tousiours le mesme costé du duuet tourne contre ce globe ; mais si tost qu'on approche vn filet de ce duuet, il se va ioindre au globe, et ne s'en sépare plus, y demeurant comme mort, et tout ioint en peloton. Il me dit que lors qu'il conduit ce duuet proche d'vne lumière, quoy qu'il fasse, il ne s'en approche iamais assez pour estre brûlé ; au contraire il se va ioindre au globe. Il a aussi vn Thermomètre particulier d'vn petit homme de bois mis dans vn tuyau de verre vuide dont partie est enfermée dans une boette, qui empesche de voir s'il y a quelque liqueur dedans, il ma dit pourtant qu'il n'y en auoit aucune, et tout l'artifice consiste en la matière, qui soutient la figure de bois, laquelle glisse librement dans le tuyau, et fait hausser cette figure par dessus vn cercle peint au dehors,

Voyagr d'Allemagne (Nouembrt iMj). 9)

lors qu'il doit faire beau temps, et quand il doit pleuvoir, comme il faisoit ce tour là, la Rgure (ou sa main qui sert d'indice) descend au dessous au bas du cercle, oiî il y a plusieurs points marquez, et lors qu'il doit faire de grands vents, elle descend iusqucsaux plus bas points.

Il me montra te liure d'vn lesuite intitulé Gaspari Scoti Mechanka Hydraalipneumatica, kli fia duquel est 7D traitté du dît Sieur Hoto Gerike.

Apres M. le Duc fut voir M. Gerike qui luy &t voir les mesmes choses que i'auoisveues, hors quelques iets d'eau dans ses fontaines.

le ttray à force de l'examiner, que son petit homme, estoit dans vn tuyau d'où l'air estoit osté, et qu'il estoit sur vne espèce de piston, qui ioignoit si bien, qu'il ay entroît aucun air : mais que quand celuy de dessous s'espaississoil, il faisoit monter la Sgure, et quand il se rareiioit, il la faisoit descendre. Il 6t rompre vne bouteille quarrée, l'appliquant à un de ces ballon s vuidez, duquel tournant le robinet et l'air de la boutedle quarrée s'y introduisant, l'ambiant la pressant de tous costés la rompit. Il fit voir aussi comme ayant vuidé l'air d'vn recipiaat dans vn autre; celuy qut demeuroit vuide, se ternissoit beaucoup ; mais à l'instant qu'il y laissait introduire l'air, il s'esclaircissoii. 11 tient que la compression de tout l'air ambiant est égale à celle de quarante pieds d'eau, et il a esprouué qu'il fait monter l'eau, par vn siphon, jusques à cette hauteur (et non pas plus) dans vn vaisseau vuide.

[A Dresde.] Le 3, nouembre nous fusmes voir dans le Palais les chambres des raretez ramassées par l'Electeur Auguste, ainsi disposées.

94 ^^ Voyages de Balthasar de Monconys,

Dans la première, qui est contre le degré qui ne sert que de vestibule pour les autres, il n'y a pas grand'chose de remarquable, aussi n'en fait on pas compte ; i'y obseruay pourtant, le portrait de Vladislaus Roy de Pologne en Tan i333.c'estoit vn grand homme pour l'esprit, mais très petit, pour le corps ; ainsi que son potrait fait voir, qui n'a pas 3. pieds de haut : de ce vestibule ou chambre l'on entre dans la première, qui se nomme celle des instruments, parce qu'elle est toute remplie de toute sorte de ceux qui sont nécessaires pour la Chirurgie, a percer des perles et à tirer l'or, la Menuiserie et autres mécaniques, en bel ordre, bien côseruez et curieusemët faits avec le portraictde Luther par Lucas ^. La 2. s'appelle celle des vaisseaux à boire, et aiguières, diuisés en quatre ; sçauoir vases de cristal, ou il y en a de toutes sortes, de roche, et d'autres ; et entre autres, vne des plus grosses et parfaites boules de cristal de roche, que i'aye veu : les seconds sont d^or, ou d'argent doré, enrichis de pierreries, d'esmail, et de coraux : les troisiesmes sont de coquilles, enchâssées ; et les quatriesmes d'œufs d'Autruches, noix muscades, vne entre autres taillée en petites figures de bas relief, fort belles et des cocos. La 3. chambre est pleine de Tableaux, mais il n'y en a de bons que d'Albert^ de Lucas et vn déluge de Rubens, qui est fort du goust des Caraches ; il y a plusieurs cabinets, et cassettes de toutes sortes, d'iuoire, de nacre, d'ebene d'or esmaillé, de cristal, et vn rocher tout de grosses mères perles. La 4. est toute pleine de diuers instruments de Mathématique, et d'vne petite orgue toute de verre de Bar-

1 Cranach. ' Durer.

Voyage d'AUtmagne (Nouembre 1663). 95

celonne, tous les tuyaux, et la porte du cabinet : il y a des tableaux cylindriques, catoptriques, et autres, et deux niueaux dont ie ne pus voir l'inuention dans de petits cubes longs, où vne esguille demeure tousiours dressée perpendiculairement, quelque inclination qu'ait le cube, et pour voir le niueau du plan, il faut que cette esguille responde au milieu, ou centre de la face haute qui est couuerte d'vn verre. La 5. est toute pleine de miroirs, planches de cuiure doré, et graué, et de bas reliefs, comme une grande table ronde de bois, toute taillée, d'vn beau bas relief, vn petit retable d'Autel à trois ordres de gamaeus, d'vn si bel ouurage, que ie l^estime d'aussi grand prix que chose qui soit là, vne infinité de miroirs concaues et conuexes, d'autres ordinaires enrichis d'orfèvrerie, et d'autres d'Architecture d*Or, ou d'argent, sizelures, et pareils ornements. La 6. est pleme de choses naturelles comme diuers rochers faits de pièces de toutes les mines de la Saxe, de la Boême et Hongrie, et construits, comme les mines, auec des figures, qui représentent la manière qu'on y trauaille : plusieurs productions des mines d'argent du pays qui au commencement esloient presque argent tout pur, et comme spongieux; et vne croix fort bientrauaillée, d'vn pied de hauteur, faite d'vne branche naturelle d'argent, qui a végété en cette façon sur sa mine ou rocher, auquel elle est attachée, auec quelques petites branches aux pieds : plusieurs pétrifications de bois, et diuerses de poissons imprimés sur la pierre, des pierres de foudre d'vne grandeur démesurée, de grands bois de Cerf, passés dans des troncs d'arbres, qui ont crû, et les ont enfermés à n'en pouuoir sortir d'vne façon, ny d'autre, et vn esperon de fer passé de mesme au traueFS d'vne branche de bois. Vneroche d^émeraude, où il y en a

"Trai

trois, ou quatre brutes, grosses comme des oHues, mais taillées en cubes parfaits. Vn des plus parfiaits oyseaux, qu*on nomme Roy des oyseaux de Paradis que i'aye veu, d'vn rouge brun, auec les deux petits filets qui sont tournés au bout en limaçon ; et vn oiseau dans une boette, qu'ils disent estre le Phœnix conforme à la description de Pline, lequel a le bec aigu, comme vne linotte, ou moineau; mais à proportion de Toyseau, qui paroist de la grosseur d'vne Pie : il est d'vn jaune, tirant sur le rouge, et a vne Huppe ronde sur la teste, du mesme plumage, que le corps, non pas à grandes plumes, comme les Huppes, quoyque la creste soit aussi grande que les leurs. La 7. chambre est d'automates, horloges, et pièces d'yvoire, faits au tour. Entre autres vn grand Vaisseau, auec toutes les voiles, masts, et cordages, et tous les noms des Ducs de Saxe, dans le dehors des costes du Vaisseau, lequel est appuyé sur vn Neptune d'yvoire^ auec quatre cheuaux qu'il guide, qui me parut vn parfaitement bel ouurage ; plusieurs boules vuidées^ les unes dans les autres, et vne oii il y auoit deux ou trois médailles d'yuoire des portraicts des Ducs de Saxe ; plusieurs chaines d'y voire, à double, triple, et quatriple boucle. Vn œuf naturel, dans lequel on attache de chaque costé, vn petit fer de cheual, auec les doux, qui entrent, et ressortent : vn noyau de cerize, sur lequel il y a 120. testes, grauées; entre vne infinité d'horloges, vne d'or émaillé en forme d'vn monument, sur le haut duquel, est vne figure couchée qui tient vn Sceptre en main, qui marque les heures à un quadran, qui porte les heures, et les fait rouler : trois horloges à boule, l'vn en tour de cuiure vermeil doré où il y a dix-sept cercles spiraux ; les minuttes sont marquées par les diuerses sorties ou ascensions de

Voyage (f Allemagne (Nouembre 1663). 97

a boule : il y en a vn autre dans vn coffre, qui par vn miroir, fait pairoistre, que la boule remonte, par vn mouuement horizontal, et vn autre qu*elle monte et Idescend par vn mouuement perpendiculaire ; il y a vne infinité d'oyseaux, d^animaux, de figures, de vaisseaux, et autres choses, qui chantent, remuent, et marchent, histoires de la Natiuitë, où le Ciel s'ouure, les Anges descendent, les Mages viennent adorer, et tout cela sont horloges, dont la plus curieuse est vne qui marque tous les mouuements Célestes, tant du premier que second mobile, et qu'on estime plus de douze mille escus. Il y a au fond de cette chambre, deux Cerfs comme nature, Pvn fait de paste toute composée de corne Cerf, et Tautre fait de bois, couuert de peau, qui est vn cabinet plein de tous les médicaments, tirés, et composées des parties de cet animal. Au sortir de là, nous fusmes voir les animaux, Ours, dont il y en auoit vn blanc, plusieurs Loups servies, qui sembloient de petits Lyons, ou de gros Chats, des Tigres, des Lyonnes» et vn fort beau Lyon, et deux Singes gros et laids dont l'un auoit le museau bleu, auec des rayes rouges à costé, et le cul de mesmes couleurs.

[A Nuremberg.] Le 22, nous fusmes chez vn excellent ouurier qui a fait.

Vn carrosse pour le Roy de Dannemarc, lequel auance, recule, et tourne sans cheuaux par tout, et fait 3000. pas géométriques en vne heure, seulement par des maniuel les» que tournent deux enfants, qui sont dans le corps du carrosse, qui font tourner les roues de derrière, et celuy qui est dedans, tient un baston, qui fait tourner le deuant du oarroue, ou sont attachées les deux petites roiies, pour

gi Les Voyages de Balthasar de Monconys.

braquer i l'endroit qu'il veut. Il auoit une pompe, qui iettoit grande abondance d'eau ; de petits canons d'va pied de long, qui portent 500. pas : il trauaîUoit à vne galanterie pour M« le Dauphin, d'vne escarmouche de Cauallerie contre vn bataillon d'Infanterie, qui doiuent marcher, et tirer par ressort.

[A Francfort.] Le 13 [décembre], l'apredisné îe m'amusay a peser l'eau.

Qui se trouua peser 32. cent vingthuitiemes qui sont en tout 22293 cent vinthuîtiemes qui sont 19. cent vinthuitiemes plus que celle de Calais, aussi c'estoit en hyuer, mais d'autre costé c'estoit dans un poile.

Le 17.1e froid continuant de plus, en plus, lariuiere charria, et ie û? ces expériences, premièrement.

le pasay de l'eau qui pesé 32.53. 128'S' et l'ayant mise geler,'maphiolemontaen haut, ce qui m'obligea d'^adiouster 32.128'''' pour voir si l'eau se gelant tout à fait, la phiole monteroit ; 'mais elle^'^demeura prise en bas et quand ie fis dégeler l'eau, la quantité d'air qui estoit dans la glace, s'attachant à ma phiole, la lit monter et surnager ; mais quand ie les eus ostées, elle redescendit : comme le froid relascha ie n'eus pas moyen de faire d'autres obseruations, sinon qu'à mesure que l'eau gelé, elle se forme en longues fentes ou rayes, comme verges, et quand elle est gelée, sa surface n'est plus vnie comme celle de l'eau, mais toute en bosse.

Le 14 [januier 1664]. Le soir ie m'occupay à peser l'eau dans le poile, et ie la trouuay peser 32.64. cent vingt-huictiémes qui en tout auec la phiole font 223 r 3.

Voyage d* Allemagne (Fcurier i66|). 99

cent vingt-huictiémes :. mais insensiblement Teau s*eschaufTant dans le poile et s'allegeant par conséquent, elle le fit insquesàce qu'il y eut 28. cent vint huitièmes d'ostées et sans lesquelles la phiole enfôça : sibiô que Teau s'estoit donc raréfiée ou allégée d*vne sept cents nonante sixième partie, après quoy elle commença à s'espaissir, soit que le poile commença à se refroidir, soit qu'il y entra du froid par vne porte qu'on auoit ouuverte.

[A Heidelberg.] Le 21. Apres que M. le Duc se fut retiré et qu'il eut pris congé de son Altesse [Electorale] » elle s'en alla soupor, et si tost qu^elle fut hors de table» elle m'enuoya encore dire de l'aller trouuer, et me fit encore l'honneur de souffrir mon entretien insques à minuit : il ny a guère de choses curieuses dans la Phy* sique et les Mécaniques, dont nous ne parlassions toutes les fois que i'eus l'honneur d'estre auec elle, et elle ne pouuoit se lasser d'oûir les pensées des Galilées, des- Cartes et Bo'le touchant les mouuements, les sensations la raréfaction et les qualitez dont il me tesmoigna sa satisfaction par les présents qu'il me fit d'vne de ses médailles d'or et de cinq de sesmonnoyes tant d'or que d'argent et du liure de la Physique curieuse du Père Schot qui luy est dédié, et de celuy dans lequel son droit de Vicaire de l'Empire est expliqué, et qui est intitulé Discours sur les affaire d'Allemagne.

[A Basle.] Le 3 [février]. L'Apredisnë nous fusmes voir le Médecin Platerus qui a vn cabinet de choses naturelles» comme.

Fossiles, minéraux, pétrifications, entre autres deux

grandes pièces de pierre noire, à Tvne desquelles est vn poisson, et à l'autre deux, grands comme des médiocres tenches ; deux ou trois de celles du Mont Sinai, mais fort belles ; vne infinité de poissons, et animaux secs, mais peu rares, les plus curieux sont trois Hures, l'vn de poissons, l'autre d'oyseaux, et animaux, et l'autre d'insectes, et particulièrement d'vne infinité de papillons peints au naturel, quelques vns meilleurs pourtant que les autres, qu'il dit estre les originaux de lonstonius, entre lesquels il y en a vn de la main d'Olbens : il ne les vouloit vendre, qu'auec dix-huit autres qu'il a de simples, et fleurs naturelles, appliquées, et colées sur le papier, et sur la feuille opposée leur image ou peinte, ou en image grauée, et il vouloit cinq pistoles de la pièce, et vendre le tout ensemblement.

[A Munik.] Le 24 [feurier]. Entre les choses que ie remarquay le plus, sont des cristaux de roche taillés et grauez, plusieurs ouurages en bois et ivoire délicatement taillés et tournés, bagues et pendants d'oreilles, où il y a des horloges; l'espée du Duc Guillaume dôt la garde et le fourreau sont d'argent taillé et cizellé, très pesante, mais ce Duc estoit si fort qu'6 voit vne pierre à Tëtrée du Palais qui pesé 440. li. laquelle il jettoit 12. pieds en haut; vn Adâ et Eue en bois, ouuragé excellêt d'Albert Dure, d'vn pied de large ou enuirô, et d'vn peu plus en hauteur, dâs lequel outre la beauté du dessein, et de la toile délicate, il y a vne infinité de choses tât animaux qu'arbres, etplâtes, et sur tout la mousse et galle des troncs d'arbres ; vn autre tableau en cire blanche d'vne descente de croix de bas relief original de Michel Ange, vne façon de

Vayagt d'AUemagnt (Feurier 1664). toc

gondole à boire d'vne pierre ooire cSme le jayet laquelle blanchit le drap noir quand on la passe dessus fortement comme si c'estoît de la craye, ils la nommèrent ce me semble GalatUa, vue autre grande gondole à boire d've pierre qu'ils disent estre du boïs de palmier petriGé à cause qu'il a diuerses veines, et des pores ou œils comme ceux du palmier, th parraictement joli cabinet d'îuoire blanc tout tailEé de bas reliefs et orné de statues, dans lequel sont 33. tiroirs pleins de médailles d'or antiques dans la pluspart desquels il y a 6. médailles aussi curieusement gardées, et couuertes par des planches couuertes de cuir doré, enchâssées dans des tiroirs de sapins d'&t le deuHt est d'iuoire ; vn crucifix de cire survn rocher composé de toutes sortes de pierreries comme rubis esmeraudes turquoises dans leur propre matrice aussi bien que de I*or, et de l'argent dans leurs propres mines ; des chapelets de perles qui se trouuent dans les moules d'vne riuiëre qui vient de Boème et passant par le Palatinat se va rëdre das le Danube à Passau au même endroit qu'vne autre qui viët de Tirol, et IfSg t$ps les trois eaux demeurent distinctes, et ont différente couleur, et celle oil viennent ces perles, est fort noire et se nomme Ills ; plusieurs vases de Rhinocéros auec des sculptures de bas relief, vn fort beau tableau de Pittro perugin, quelques petits coffrets d'iuoire descoupés à jour, et autres ouurages de bas relief ouuragé de perles, ei plusieurs ouurages d'or auec des rubis d'Orient

Troisiesme Voyage d'Italie "^

[A Venise]. Le 21 [auril 1664]. Nous fusmes pour voir S. Marc, mais il y auoit trop de monde, ce qui nous obligea de remettre la partie à vne autrefois et d'aller à Moran oii nous vismes faire des grands miroirs ; ils prenent vne grande quantité de matière qu'ils soufflent en vne colomne d'vn demy-pied de diamètre et de 2. pieds de longueur ; alors ils l'ouvrent par le fond ; puis la remettant au feu ils l'en retirent et laisse pendre si souvent qu'elle s'allonge de la grandeur qu'ils veulent les miroirs» alors ils l'ouvrent par le trou qu'ils ont fait en bas, de l'ouverture qu'il faut pour faire la grandeur du miroir : après ayant coupé ce cilindre qui a l'ouverture qu'il fait à vn bout, ils y apliquent vn fer pour le tenir par le cercle de cette

* Le second voyage d'Italie (1660) fat consacré à des affidres particulières, et Balthasar n'en rédigea pas la relation; mais concernant ce second voyage, il enclava dans le journal du troisième (1664) une digression de laquelle nous extrayons les dix

alinéu qu'on lira pages 102 et x 03 : « Pesant à Rome en

retirer l'empreinte. »

104 ^9 Vqyagis de Balthasar de Monconyi.

ouverture, et pour faire l'autre bout vne mesme ouverture : alors ils commencent i couper ou fendre à costé vn peu ce cilindre, et le remettant souvent au feu ils le coupent enfin tout du long et l'appliquent sur vne grande pesle de fer, laquelle ils portent dans vne fournaise qui a vne plus grande porte, où ils aplanissent cette glace en la retournant plusieurs fois; puis la mettent recuire sur le four : il commanday des Thermomètres et autres vaisseaux.

Pesant à Rome au mois de May 1660. les liqueurs, i'ay trouué qu'il falloit 855. vases d'eau pour 840. de vinaigre, et pour 912. d'esprit de vin, parce que l'eau pesoit 855. l'esprit de vin 798. le vinaigre 870. C'est à dire que l'esprit de vin pesoit 57-855-*" moins que l'eau ou bien i-i5-*- le vinaigre pesoit I5-855-"" plus que l'eau ou I-57** et l'esprit de vin pesoit 72 878*"' moins que le vinaigre ou i-i2-*'

Le vin d'Albano pesoit 8. gr. 32-64-*"' outre ma phiole le vin rouge 8.g.9-64-**

L'eau minérale de Rome, dite Acetosa, pesoit le 21. Aoust 1660. 64-4344-*" de grains ou plus que ma phiole 6.g.48-64-'"- L'eau de pluye le 27. Septembre 4315. ou 6.g. 19-64-*"' l'eau de pluye le 13. Octobre 6.g. 24-64-*"' de très-mauvais goust : celle de fontaine 6.g.25-64-*"; celle de pluye le 17. pesoit 25. 64-*"' sans mauvais goust venant du toit hors qu'vn peu la terre, et en mesme temps celle qui fut prise en l'air ne pesoit que 6.g.23-64-"' et n'auoit point le goust de terre.

L'eau de Dampierrele8. luin 1661. pesoit 6.g.27-64-*'.

Celle de Monsieur de la Basiniere le xi. temps pluuieux pesoit 6.g. 24-64-**.

Trotsiesme Voyage (tltcUU {luin 1664). 10$

A rinstant Teau de pluye pesoit 6.g.28-64-«V Le laict le 15. luillet pesoit 9.g.6.64-*».

L'or pesé 72. l'argent 36. le plomb 36. le cuiure 30. l'acier 27. le fer 26. l'estam 25. l'argent vif 60. expérimenté par Gasto Claueus en son Apologie pag. 31.

Le 2. Septembre Monsieur Vvalguestein Danois, nous apprit chez Monsieur Teuenot à imprimer toutes sortes d'herbes sur du papier, en les fumant sur la flamme d'vne lampe, puis les mettant entre deux papiers et passant vn polissoir dessus.

Il nous dit encore comment on pouuoit mouler vn simple en argent, aussi délicatement que le naturel, en le plongeant dans du piastre clair comme si l'on vouloit faire de la chandelle, mais auec telle adresse que les feuilles ne se joignent point, mais demeurent en leur situation naturelle ; puis chargeant le tout de piastre et laissant vn trou pour ietter l'argent ; il le . faut faire cuire, et puis chauffer le moule tant que le simple se calcine dedans, d'où Ton le fait sortir, oii plustost ses cendres en y versant dedans du mercure, qui va chercher les plus secrets recoins d'où il éleue ces cendres, et alors vuidant le mercure vous y iettez l'argent fondu dans le moule, que vous cassez pour en retirer l'empreinte.

[A Florence] Le 9 [luin 1664]. Le soir Monsieur Vivian me vint voir, qui me dit comment il montroit la pression de Tair par cet instrument.

Ayant remply tant le vase D, que le canal AB de Mercure, rompant le bout du bec H, le Mercure descend iusques à vne certaine hauteur, alors on remplit d'eau fort chaude tout ce lieu du vase D qui est vuide

io6 Les Voyages de Balthasar de Monconys.

d'argent vif et d'abord on bouche bien auec de la vessie l'ouverture FF du vase, en sorte qu'il n'y puisse entrer aucun air, et à mesure que l'eau se refroidit elle descend iusques au signes DD, et laisse l'espace FD, vuide : ainsi le Mercure du canal AB, et celuy du vase despuis M iusques à N, n'est pressé que de l'eau DM, mais si l'on pique la vessie dont l'on a couvert l'ouverture F, l'air y entrant il peze sur l'eau, et par conséquent sur le Mercure du vaisseau qui fait remonter dans le canal AB le Mercure plus haut que le niueau de celui du vase.

Il me donna aussi cette seconde manière d'éprouver la pression de l'air par deux canaux.

Vn double canal plein de Mercure enfoncé dans vn vaisseau qui en est aussi plein, puis bouchant l'ouverture du dit canal extérieur, et rompant le bout du bec qu'il SLf l'air s'y introduisant il pressera le Mercure et fera remonter celuy qui est dans le canal intérieur plus haut que la marque AB, où il estoit descendu à cause qu'il estoit plus haut de deux pieds et demy comme c'est l'ordinaire dans l'expérience du vuide.

Le 15. nous fusmes au logis où vn Lorrain nommé Nicolas le Coq qui se mêle de peinture, amena vn petit fils qu'il a nommé Mathieu, âgé de huit ans seulement^ lequel des l'âge de six ans commença à faire, sans sçauoir ny lire ny escrire, toutes les plus difficiles règles d'Arithmétique, comme les quatre premières, la règle de trois, de compagnie, racines quarrées, et cubes ; et cela à l'instant qu'on luy en fait la proposition : il est assez beau, respond agréablement et spirituellement aux choses qu'on luy dit, et a le tein vn peu plombé : ce qu'il fait est si prodigieux, que ce n'est pas

Troisiesme Voyage cT Italie (luin 1664). 107

sans raison que plusieurs demandent s*il n'a point quelque esprit familier.

[A Milan.] Le 23. La chose plus curieuse de cette ville est M. le Chanoine Septalla Gentil-homme aymé et honnoré de tous les Princes delà Chrestienté» de tous les curieuxy et généralement de tout le monde : ie le fus voir d'abord dans le Laboratoire qu'il a dans le cloistre de 1* Eglise d'où il est Chanoine.

Oi!k ie vis ses petits Microscopes très-bons, et la manière de laquelle il torne tous ses verres grands et petits, puis les polit auec l'estain calciné et deslaié dans IVeau.

L'apresdiné ie le fus voir chez luy oii il me montra exactement quatre chambres pleines de toutes curiosités, entre lesquelles ie remarquay.

Vn bois nouuellement trouué aux Indes qui sent parfaitement la ciuette, et aussi en porte t'il le nom : vn caillou tirant à l'agate dans lequel il y. a de l'eau enfermée en quantité considérable : plusieurs cristaux dans lesquels il y a dans l'vn deux ou trois gouttes d'eau ; dans l'autre des herbes comme si c'estoit du foin, et dans vn autre quantité de foye de porc; et vn d'vn pied de haut fait en cône et exangulaire, lequel est à demy cassé à deux doigts du bois, en sorte que les angles ne respondent plus les vns aux autres, quoy qu'il soit du reste fortement solide, comme il se voit i la figure : il a aussi quantité de pièces d'ambre, dans lesquelles il y a plusieurs insectes enfermés, comme mouches, moucherons, cousins, aragnées, et de petites grenouilles; outres lesquelles choses il a de toutes autres sortes decuriositez : plusieurs ouurages d'Amiantos filés et du fil tre$-$ubtil :

io8 Les Voyages de Balthasar de Monconys.

il a à ce qu'il me dit le secret de le filer, il distile les essences en perfection sans odeur d'empireuroe en tenant simplemêt la mèche de sa lampe couppée tout contre le bord du canal de cuiure, dans laquelle elle passe, et il distile toutes choses à la lampe sans les macérer, et fait puis la séparation du flegme, de l'esprit, et de l'huile ; ayant receu toutes ces liqueurs dans vn vaisseau fait en entonnoir sellé par le bec hermétiquement, afin que les liqueurs pesantes tombent au t^ond à leur tour, d^où il les tire les vnes après les autres par vn entonnoir de verre en sucçant ; puis fermant auec le doigt le haut du tuyau de cet entonnoir fait comme il est à la figure : il distile aussi au Soleil par des verres pleins d'eau comme par autant de miroirs ardants, et subtilise l'esprit de vin en le distilant 3. fois à l'ordinaire et la 4. dans vn vaisseau fait comme il est à la figure, de cinq pièces : il me dit que le secret de Borri de remettre la veuê à vn animal après luy avoir sorty Tœil de la teste, et Pauoir incisé dans l'humeur aqueuse, pourueu qu'on n'eut point blessé le nerf optique ny les autres humeurs, estoit de mettre dans la playe du ius de chelidoine grande, et puis la couurir auec vn peu du marc ; mais qu'il faut que l'opération se fasse sur le marbre, et empescher que Panimal ny touche et ne l'ouure, ce qu'il fera si Ton n'en a grand soin à cause du prurit que cela luy cause.

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