‹ Les Voyages de Samuel de Champlain au Canada, 1603-1618. --Chapitre 9 sur 54 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Arrivée au saut, sa description et ce qu'on y voit de remarquable, avec le rapport des sauvages de la fin delà grande rivière.

Partant de la rivière des Iroquois, nous fûmes mouiller l'ancre à 3 lieues de là, à la bande du Nord.

Le 1er juillet nous côtoyâmes la bande du Nord qui est bonne terre à cultiver.

Je me mis dans un canot à la bande du Sud, où je vis quantité d'îles, où se trouve quantité de fraises, framboises, groseilles et beaucoup d'autres fruits. Il y a aussi plusieurs bêtes sauvages comme

orignaux, cerfs, biches, daims, ours et beaucoup d'autres sortes qui sont bons à manger et dont se nourrissent les sauvages.

Nous passâmes contre une île qui est fort agréable, et contient quelques quatre lieues de long et environ une demi-lieue de large. Je vis à la bande du Sud deux hautes montagnes, qui paraissaient à quelque 20 lieues dans les terres; les sauvages me dirent que c'était le premier saut de la rivière des Iroquois

Le mercredi suivant, nous partîmes de ce lieu et fîmes 5 ou 6 lieues. Nous vîmes quantité d'îles; la terre y est fort basse. Le jour suivant, nous fîmes quelques lieues, et passâmes par quantité d'autres îles qui sont très bonnes et plaisantes pour la quantité des prairies qu'il y a, tant du côté de terre ferme que des autres îles, et tous les bois y sont fort petits, au regard de ceux que nous avions passés.

Enfin nous arrivâmes ce dit jour à l'entrée du saut, avec vent en poupe, et rencontrâmes une île (île Ste-Hélène) qui est presque au milieu de la dite entrée, laquelle contient un quart de lieue de long, et passâmes à la bande du Sud de la dite île, oîi il n'y avait que de 3 à 4 pieds d'eau. Du commencement de la susdite île qui est au milieu, l'eau commence à venir de grande force; bien que nous eussions le vent fort bon nous ne pûmes pas beaucoup avancer; toutefois nous passâmes la dite île qui est à l'entrée du dit saut, mais nous vînmes mouiller l'ancre à la bande du Nord, contre une petite île. Nous appareillâmes aussitôt notre esquif, que l'on avait fait exprès pour passer le dit saut, dans lequel nous entrâmes, le dit sieur de Pont-grave et moi, avec quelques autres sauvages que nous avions amenés pour nous montrer le chemin. Partant de notre barque, nous ne fûmes pas à 300 pas, qu'il nous fallut descendre, et quelques matelots se mettre à l'eau pour

passer notre esquif. Le canot des sauvages passait aisément.

Il y a deux grandes îles : une du côté du Nord, laquelle contient quelques quinze lieues de long, et presque autant de large, commence à quelques douze lieues dans la rivière de Canada, allant vers la rivière des Iroquois et vient tomber par-delà le saut; l'île qui est à la bande du Sud a quelques quatre lieues de long et une demi-lieue de large (île Perrot) .

Il y a proche du dit saut une montagne qui découvre assez loin dans les dites terres (Mont-Royal).

Venant à approcher du dit saut avec notre petit esquif et le canot, je vous assure que jamais je n'ai vu un torrent d'eau déborder avec une telle impétuosité bien qu'il ne soit pas beaucoup haut, n'étant en d'aucuns lieux que d'une brasse ou de deux, et au plus de trois. Il descend comme de degré en degré, et se fait un bouillonnement étrange de la force et raideur que va l'eau en traversant le dit saut, qui peut contenir une lieue. Nous fûmes par terre dans les bois, pour en voir la fin, où il y a une lieue, et où l'on ne voit plus de rochers ni de sauts; mais l'eau y va si vite, que c'est un courant de 4 lieues dont on ne peut s'imaginer la vitesse. Après ce saut, il y en a 10 autres, la plupart difficiles à passer.

Tout ce pays du côté du saut que nous traversâmes par terre, est bois fort clair où l'on peut aisément passer avec armes.

Ne pouvant faire davantage nous nous en retournâmes à notre barque. Les sauvages nous dirent que passé le 1er saut que nous aurons vu ils faisaient 5 ou 6 lieues dans la rivière. Il y a une autre rivière qui va au pays des Algoumequins qui sont à 60 lieues et puis passent 5 sauts, lesquels peuvent contenir du premier au dernier 8 lieues. Puis ils viennent dans

un lac et passent dans une rivière, font quelques lieues et rentrent dans un autre lac au bout duquel ils passent 5 autres sauts et puis encore quelques lacs et arrivent à un grand lac (lac Huron) où en été le soleil se couche au nord du dit lac, et en hiver se couche comme au milieu.

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