‹ Les voyages de Samuel de Champlain au Canada de 1603 à 1618 [microforme]Chapitre 46 sur 54 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Départ de France pour retourner en La Nouvelle- France. Les dangers et autres choses qui arrivèrent jusqu’en l'habitation.

Nous partimes de Honfleur, le premier jrur de mars, avec vent favorable jusqu’au huit du dit mois, et depuis fûmes contrariés du vent du sud sud-ouest et ouest nord-ouest qui nous fit aller jusqu’à la hauteur de 42 degrés de latitude, sans pouvoir nous mettre au droit chemin de notre route, après avoir eu plusieurs coups de vent et été contrari du mauvais temps ; et néanmoins avec tant de ine et travaux, à force de tenir à un bord et à autre, nous arrivâmes à quelque 80 lieues du grand banc où se fait la pêche du poisson, où nous rencontrâmes des glaces de plus de trente à quarante brasses de haut,

ui nous firent bien penser à ce que nous devions aire, craignant d’en rencontrer d’autres la nuit, et que le vent, venant à changer, nous poussät contre, + pu bien que ce ne seraient pas les dernières, autant que nous étions partis trop tôt de France. Naviguant donc à basse voile au plus près du vent que nous pouvions, la nuit étant venue, il se leva une brume si épaisse et si obscure,qu’à peine

voyions- nous la longueur du vaisseau. Sur les onze heures de nuit, les matelots avisèrent d’autres glaces qui nous donnèrent de l’appréhension, mais enfin nous fimes tant avec la diligence des mariniers que nous les évitâmes. Pensant avoir passé les dangers, nous eûmes à en rencontrer une devant notre vaisseau que les matelots aperçurent et non si tôt que nous fûmes presque portés dessus. Et comme chacun se recommandait à Dieu, ne pensant jamais éviter le danger de cette glace qui était sous notre beaupré, l'on criait au gouverneur qu il fit porter; car la dite glace, qui était fort grande, obéissait au vent de telle façon qu’elle passa contre le bord de notre vaisseau, qui demeura court comme pour la laisser passer sans toutefois l’offenser ; et nous louâmes Dieu de nous avoir délivrés de ce péril. Après celui-là passé, la même nuit nous en passâmes deux ou trois autres, non moins dangereux que les premiers, avec une brume pluvieuse et froide au possible, et de telle façon qu’on ne pouvait presque se réchauffer. Le lendemain, continuant notre route, nous rencontrâmes plusieurs autres grandes et hautes glaces,

ui semblaient des îles à les voir de loin, lesquelles vitâmes, jusqu’au grand banc, où nous fûmes fort contrariés de mauvais temps l’espace de dix jours ; et le vent venant à être un peu plus doux et assez favorable, nous débarquâmes par la hauteur de 44 degrés et demi de latitude, qui fut le plus sud que ûmes aller. Après avoir fait quelque 60 lieues à ouest- nord- ouest, nous apercûmes un vaisseau qui venait nous reconnaître, et puis fit dan à l'estnord-est, pour éviter un grand banc de glace contenant toute l'étendue de notre vue. Jugeant qu’il ie avoir passage par le milieu de ce grand anc, qui était séparé en deux, pour parfaire notre dite route, nous entrâmes dedans et y fimes quelque

10 lieues sans avoir autre apparence qu’un beau 2275 jusqu’au soir, que nous trouvâmes le dit fêlé, = nous donna bien à penser ce que nous aurions à faire, la nuit venant, et au défaut de la lune, ce qui nous ôtait tout moyen de pouvoir retourner d'où nous étions venus; et néanmoins, après avoir bien pensé, il fut résolu de rechercher notre entrée à quoi nous nous mimes en devoir. Mais la nuit venant avec brume, pluie et neige et un vent si impétueux que nous ne pouvions presque porter notre grande voile du grand mât, nous ôta toute connaissance de notre chemin. Car comme nous croyions éviter les dites glaces pour passer, le vent avait déjà rermé le passage ; de façon que nous fûmes contraints de retourner à l’autre bord, et n’avions loisir d’être un quart d'heure sur un bord puis, revenir sur l’avtre, afin d'éviter mille glaces qui étaient de tous côtés i et plus de 20 fois nous pensions périr.

Toute la nuit se passa en peines et travaux et jamais ne fut mieux fait le quart, car personne n’avait envie de reposer, mais bien de s é&vertuer à sortir des glaces et périls. Le froid était si grand que toutes les manœuvres du dit vaisseau étaient si gelées et pleines de gros glaçons, que l’on ne pouvait manœuvrer, ni se tenir sur le tillac. Après avoir bien couru d’un côté et d’autre, attendant le jour qui nous donnait quelque espérance : lequel venu avec une brume, voyant que le travail et la fatigue ne pouvait nous servir, nous résolûmes d’aller à un banc de glace, où nous pourrions être à l'abri du

d vent qu’il faisait, et amener tout bas, et nous

issant aller comme les dites glaces, afin que quand nous les aurions un peu éloignées nous remissions à la voile, pour aller retrouver le dit banc, et faire comme auparavant, attendant que la brume fut passée, pour pouvoir sortir le plus promptement que

nous pourrions. Nous iûmes ainsi tout le jour jusqu’au lendemain matin, où nous mîmes à la voile, allant tantôt d’un côté et d' autre, et n’allions en aucun endroit ee ne nous trouvassions enfermés dans de grands bancs de glaces. Le soir ape un vaisseau, qui était de l’autre côté d’un des dits bancs de glace, qui n’était pas moins en peine que nous, et quatre ou cinq jours en ce péril en extrême peine, jusqu’à ce qu’un matin, jetant la vue de tous côtés, nous aperçumes un endroit où l’on jugea que la glace était mince et que facilement nous la pourrions passer. Nous nous mimes en devoir et passâmes par quahtité de morceaux de glace me des grands bancs par la violence des vents. Etant parvenus au dit banc de glace, les matelots commencèrent à s armer de grands avirons et autres bois pour repousser les morceaux de glace 4 nous pourrions rencontrer, et ainsi passâmes le it banc, qui ne fut sans aborder des gros glaçons qui ne firent nul bien à notre vaisseau, toutefois sans nous faire dommage. Etant hors nous louâmes Dieu de nous avoir délivrés. Continuant notre route le 8 5 per d’autres, et nous engagcâmes de telle n ans, que nous nous trouvâmes environnés 5 tous côtés, sinon par où nous étions venus, qui fut occasion qu’il nous fallait retourner sur nos brisées pour essayer de doubler la pointe du côté du sud ; ce que nous ne pûmes faire — le deuxième jour, qui était le 26e du dit mois. rencontres de glaces nous ee beaucoup de déplaisir, croyant aussi que le p du cap 3 serait fermé, et a nous faudrait un mer longtemps avant que de trouver passage. Ne pouvant donc rien faire nous fûmes contraints de nous remettre-à la mer quelque quatre ou cinq lieues pour doubler une autre pointe du dit grand banc, et

me

gr retournâmes au nord-ouest pour doubler la te pointe. La nuit s’approchait et la brume 306 levait, qui nous fit mettre à la mer pour passer le reste de la nuit, attendant le jour. 27e jour du dit mois, nous avisâmes terre à l'ouest-nord-ouest de nous, et ne vimes aucune glace. Nous approchâmes de plus * pour la mieux reconnaître, et vimes que c'était Campeau, qui nous fit porter au nord pour aller à l’île du cap Breton. La nuit venant, nous fumes contraints de nous mettre à la mer jusqu’au lendemain, que fimes le nord-est et rencontrâmes une autre glace, que nous côtoyâmes, mettant le cap au nord-est et au nord

et mourir tous misérables. Comme nous étions en délibération de mettre notre bateau hors, une petite fraîcheur se leva, qui nous fit grand plaisir, et ainsi évitâmes les dites glaces. Comme nous efimes fait deux lieues, la nuit vint avec une brume fort épaisse qui fut occasion que nous amenâmes ne voyant plus rien ; et aussi parce qu’il y avait plusieurs grandes pen en notre route, que nous craignions d' abor-

, et demeurâmes ainsi toute la nuit jusqu'au lendemain 29 du dit mois, que la brume renforça de telle façon qu’à peine pouvait-on voir la longueur du vaisseau, et faisait fort peu de vent, néanmoins nous ne laissômes de nous appareiller pour éviter les dites

usqu’à ce que les et fimes cent

, et pensâmes nous assuré y ag out ugement. Ce qui nous donnait du déplaisir davan- , C'était le À de vue, et la nuit qui venait, et n'avions pas fait un quart de lieue sans trouver des banquises suffisantes de faire perdre À me Les vaisseau que ce fut. Or comme nous étions toujours

côtoyant les glaces il s’éleva un vent si impétueux

n ara la brume et t l'air ne. beau soleil. autour de nous, petit étang d' en-

et

Quand il fut pro-

fils du <>: de

père qui était à

Royal ; et y avait trois mois

qu'il était parti de France et cependant étaient encore à près de cent quarante lieues du dit Port Royal, bien à l’écart de leur route. Nous leur dîmes 2 nous avions eu connaissance des îles de Campeau, qui à mon opinion les r-ssura beaucoup, d'autant qu'ils n avaient point encore eu connaissance d' aucune terre et s’en allaient droit entre le cap St-Laurent et le cap Raye, par où ils n’eussent

2 Tout 1 ge.

vint à nous quelques canots, qui nous dirent qu il avait une de nos pataches qui était au port depuis un mois, et trois vaisseaux qui y étaient arrivés depuis 8 jours. Nous mîmes notre bateau hors, et fûmes trouver les dits sauvages, qui étaient assez misérables, et n'avaient rien à traiter que des rafraîchissements, qui étaient de petite valeur ; encore voulurent-ils attendre qu’il vint plusieurs vaisseaux ensemble, afin d’avoir bon marché des marchandises, et par ainsi ceux s’abusent qui pensent faire leurs affaires pour arriver les premiers. Le 17e jour du dit mois je partis de Tadoussac pour aller au grand saut trouver les sauvages Algoumequins et autres nations qui m'avaient promis l’année précédente de s’y trouver avec mon garçon que j° leur avais baillé, pour apprendre de lui ce 3 aurait vu en son hivernement dans les terres. eux qui étaient dans le dit fort, qui se doutaient bien où je devais aller, suivant les promesses que

j'avais faites aux sauvages, comme j’ai dit ci-dessus, commencèrent à faire bâtir plusieurs petites lus Promptement qu ils ce que j appris avant équiper des navires sur

espérance

prendre une patache, et

ut. Entre Tadoussac et

Québec notre barque faisait grande eau, qui me con-

traignit de ps 4 à Québec pour l’étancher, qui fut le 21 de mai.

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