‹ Les voyages extraordinairesChapitre 56 sur 79 · I.F. SECRET DE L’ILE · texte numérisé non relu

I.F. SECRET DE L’ILE

Tout d'abord, ils parcoururent le cuirai. Il n'y avait aucune trace d’Ayrton. Le malheureux avait-il été entraîné par ses anciens complices? Avait-il été surpris par eux dans le corral? Avait il lutté et succombé dans la lutte? Cette dernière hypothèse n’était que trop probable- Cédéon Spilett, au moment où il escaladait l'ehceinte palissadée, avait parfaitement aperçu l'un des convicts qui s’enfuyait par le contrefort sud du mont Franklin et vers lequel Top s'élail précipité. C’était l'un de ceux dont le canot s’était brisé sur les roches, à l’ein bouehure de la Mercy. D’ailleurs, celui que Cyrtts Smith avait tué, et dont le cadavre fut retrouvé en dehors de l'enceinte, appartenait bien A la bande de Bob Harvey.

Uuant au corral, il n’avait encore subi aucune dévastation. Les portes en étaient fermées, et les animaux domestiques n’avaient pu se disperser dans la forêt, On ne voyait, non plus, aucune trace de lutte, aucun dégât, m à l'habitation, ni à la palissade. Seulement, les munitions, dont Ayrton était approvisionné, avaient disparu avec lui.

« Le malheureux aura été surpris, dit Cyrus Smith, et, comme il était homme à se défendre, il aura succombé.

— Oui ! cela est à craindre ! répondit le reporter. Puis, sans doute, les convicts se sont installés au corral, où ils trouvaient tout en abondance, et ils n’ont pris la fuite que lorsqu'ils nous ont vus arriver. Il est bien évident aussi qu’à ce moment Ayrton, mort ou vivant, n'était plus ici.

— Il faudra battre la forêt, dit l'ingénieur, et débarrasser l'Ifc do ces misérables. Les pressentiments de PencrofI' ne le trompaient pas, quand il voulait qu’on leur donnât la chasse comme à des bêtes fauves. Cela nous eût épargné bien des malheurs !

— Oui, répondit le reporter, mais maintenant nous avons le droit d’être sans pitié !

— En tout cas, dit l'ingénieur, nous sommes forcés d'attendre quelque temps ol de rester au corral jusqu’au moment où Ton pourra sans danger transporter Herbert à Granite-house.

— Mais Nal) ? demanda le reporter.

— .\'ah est en sûreté.

— Et si, inquiet de notre absence, il se hasardait à venir?

— Il ne faut pas qu'il vienne! répondit vivement Cyrus Smith. Il serait assassiné en route 1

— C'est qu’il est bien ptobable qu’il cherchera à nous rejoindre!

— Ah! si le télégraphe fonctionnait encore, on pourrait le prévenir! Mais

l/l LE MYSTÉRIEUSE

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c'est impossible maintenant! Quant à laisser seuls ici PencrofT et Herbert, nous ne le pouvons pas !... Eh bien, j’irai seul à Granite-house.

— Non, nonl Cyrus, répondit le reporter, il ne faut pas que vous vous exposiez ! Votre courage n’y pourrait rien. Ces misérables surveillent évidemment le corral, ils sont embusqués dans les bois épais qui l’entourent, et, si vous partiez, nous aurions bientôt à regretter deux malheurs au Heu d’un !

— Mais Nab? répétait l’ingénieur. Voilà vingt-quatre heures qu’il est sans nouvelles de nous! Il voudra venir!

— Et comme il sera encore moins sur ses gardes que nous ne le serions nousmêmes, répondit Gédéon Spilett, il sera frappé!..

— N’y a-t-il donc pas moyen de le prévenir? »

Pendant que l’ingénieur réfléchissait, ses regards tombèrent sur Top, qui, allant et venant, semblait dire : « Est-ce que-je ne suis pas là, moi?»

« Top ! » s’écria Cyrus Smith.

L’animal bondit à l’appel de son maître.

« Oui, Top ira! dit le reporter, qui avait compris l’ingénieur. Top passera où nous ne passerions pas ! Il portera à Granite-house des nouvelles du corral, et il nous rapportera celles de Granite-house!

— Vite! répondit Cyrus Smith. Vite ! »

Gédéon Spilett avait rapidement déchiré une page de son carnet, et il y écrivit ces lignes:

« Harbert blessé. Nous sommes au corral. Tiens-toi sur tes gardes. Ne quitte pas Granite-house. Les convicts ont-ils paru aux environs? Réponse par Top. »

Ce billet laconique contenait tout ce que Nab devait apprendre et lui demandait en même temps tout ce que les colons avaient intérêt à savoir. Il fut plié et attaché au collier de Top, d’une façon très-apparente.

« Top! mon chien, dit alors l’ingénieur en caressant l’animal, Nab, Top! Nab! Va! va! »

Top bondit à ces paroles. Il comprenait, il devinait ce qu’on exigeait de lui. La route du corral lui était familière. Eu moins d’une demi-heure, il pouvait l’avoir franchie, et il était permis d’espérer que là où ni Cyrus Smith ni le reporter n’auraient pu se hasarder sans danger, Top, courant dans les herbes ou sous la lisière du bois, passerait inaperçu.

L’ingénieur alla à la porte du corral, et il en repoussa un des battants.

<. Nab! Top, Nab! » répéta encore une fois l’ingénieur, en étendant la main dans la direction de Granite-house.

LE SECRET DE L IEE

Top s'élança au dehors et disparut presque aussitôt.

« Il arrivera ! dit le reporter.

— Oui, et il reviendra, le fidèle animal!

— Quelle heure est-il? demanda Gédéon Spilett.

— Dix heures.

— Dans une heure il peut être ici. .Nous guetterons son retour. »

La porte du corral fut refermée. L'ingénieur et le reporter rentrèrent dans la maison. Harbert était alors profondément assoupi. Pencroff maintenait si s compresses dans un état permanent d'humidité. Gédéon Spilett, voyant qu’il n’y avait rien à faire en ce moment, s’occupa de préparer quelque nourriture, tout en surveillant avec soin la partie de l'enceinte adossée au contrefort, par laquelle une agression pouvait se produire.

Les colons attendirent le retour de Top, non sans anxiété. Un peu avant onze heures, Cyrus Smith et le reporter, la carabine à la main, étaient derrière la porte, prêts à l’ouvrir au premier aboiement de leur chien. Ils ne doutaient pas que si Top avait pu arriver heureusement à Granitc-housc, Nab ne l'efit immédiatement renvoyé.

Ils étaient tous deux là, depuis dix minutes environ, quand une détonation retentit et fut aussitôt suivie d’aboiements répétés.

L’ingénieur ouvrit la porte, et, voyant encore uu reste de fumée à cent pas dans le bois, il fit feu dans celte direction.

Presque aussitôt Top bondit dans le corral, dont la porte fut vivement refermée.

« Top, Top ! » s’écria l’ingénieur, en prenant la bonne grosse tête du chien entre ses bras.

Un billet était attaché à son cou, et Cyrus Smith lut ces mots, tracés de la grosse écriture de Nab :

<i Point de pirates aux environs de Granite-house. Je ne bougerai pas. Pauvre M. Harbert! »

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