SUD
Petite carte des découvertes de Dumont d'Urville au Pôle sud, d'après ses relations.
officiers, rentrer dans l'intérieur des glaces, car il y avait lieu de craindre, si le vent fraîchissait, d'être affalé contre la banquise et démoli par les lames et les écueils flottants.
Les corvettes avaient parcouru douze ou quinze milles inutilement, lorsqu'un officier, perché dans les haubans, aperçut un passage dans 1E.-N.-E. On se dirigea immédiatement de ce côté; mais, encore une fois, il fut impossible de se frayer un passage, et, la nuit venue, on dut s'amarrer à un gros glaçon. Les effroyables craquements qui avaient tenu éveillé le commandant, la nuit précédente, recommencèrent avec une telle violence, qu'il semblait que la corvette ne pourrait y résister jusqu'au jour.
On dut enfermer Je gouvernail. ^Page 3Sf>. )
Cependant, après une entrevue avec le capitaine de la Zélée, d'Urville fit route au nord, mais la journée se passa encore sans apporter de changement dans la position des navires; le lendemain, au milieu d'une pluie de neige fondue, la houle devint assez forte pour soulever toute la plaine glacée, dans laquelle les deux bâtiments étaient emprisonnés.
Il fallut veiller avec plus de soin que jamais aux glaçons, que ces ondulations faisaient bondir au loin, et l'on dut enfermer le gouvernail dans une espèce de cabane en bois qui le protégeait contre les chocs des glaces.
A part quelques ophthalmies produites par la réverbération continuelle de la neige, la santé des équipages était satisfaisante, et ce n'était pas une mince
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satisfaction pour les commandants, obligés d'être continuellement sur le quivive. Ce fut seulement le 9 février que les corvettes, favorisées par une forte brise, purent se dégager et se retrouver enfin dans une mer entièrement libre. On avait prolongé la banquise sur une étendue de deux cent vingt-cinq lieues.
Par un bonheur inespéré, les navires n'avaient aucune avarie, sauf la perte de quelques espars et d'une bonne partie du doublage en cuivre ; mais ils ne faisaient pas plus d'eau qu'auparavant.
Le soleil parut le lendemain et permit d'obtenir des observations qui donnèrent la position par 62° 9' latitude sud et 39° 22 longitude ouest.
La neige ne cessa pas de tomber, le froid fut vif et le vent violent pendant les trois jours qui suivirent. Cette continuité de mauvais temps, ainsi que la durée plus longue des nuits, avertirent d'Urville de la nécessité de renoncer à cette navigation. Aussi, dès qu'il se trouva par 62° sud et 33° 14', sur la route où Weddell avait pu cheminer librement en 1 823, et où lui ne rencontra que des glaces impénétrables, il fit route pour lesNew-South-Orkney.
D'ailleurs, un mois entier passé au milieu des glaces et des brumes de l'océan Antarctique avait ébranlé la santé des équipages, et il était sans profit pour la science de continuer plus longtemps cette croisière.
Ce fut le 20 que l'on reconnut l'archipel; d'Urville fut encore une fois forcé par les glaces de le prolonger par le nord, mais il put détacher deux canots, qui, sur l'île Weddell, recueillirent une ample collection géologique, quelques échantillons de lichens et une vingtaine de pingouins et de chionis.
Le 25 février, fut aperçue l'île Clarence, qui forme l'extrémité orientale de l'archipel New-South-Shetland, terre extrêmement haute, abrupte, couverte de neige, sauf au bord de la mer; puis, on cingla vers l'île Éléphant, de tout point semblable à la première, mais semée de pitons, qui se détachent en noir sur les plaines de neige et de glace. Les îlots Narrow, Biggs, O'Brien, Aspland sont successivement reconnus; mais, couverts de neige, ils n'offrent pas une place où l'homme puisse prendre pied. Puis, on aperçut le petit volcan Bridgeman, sur lequel deux canots essayèrent vainement de débarquer les naturalistes.
« La teinte générale du sol, dit la relation, est d'une couleur rougeâtre, comme celle de la brique brûlée, avec des taches grises qui semblent annoncer des pierres ponces ou de la cendre durcie. Au bord de la mer. ça et là, on voit de gros blocs d'une couleur noirâtre qui doivent être de la lave. Du reste, cet îlot n'a point de véritable cratère, mais il laisse échapper d'épaisses fumées qui sortent presque toutes de sa base, dans la bande occidentale; sur celle du nord, un voit encore deux fumerolles à dix ou douze mètres au-dessus de l'eau. On
n'en remarque point sur la bande de l'est, ni sur celle du sud, ni sur le sommet, qui est uniforme et arrondi. Sa niasse parait avoir récemment subi quelque grande modification, et il faut bien qu'il en ait été ainsi pour avoir maintenant si peu de rapport avec la description qu'en traça Powell en 1822. »
DTrville reprit bientôt la route du sud, et, le 27 février, reconnut une bande considérable de terre dans le S.-E., que la brunie et les flocons d'une neige très fine l'empêchèrent d'accoster. Il se trouvait alors sur le parallèle de l'île Hope, par 62n 57' de latitude. II en approeba de très près et reconnut d'abord une terre basse, à laquelle il donna le nom de Terre de Joinville; plus loin, dans le sud-ouest, une grande terre montagneuse qu'il appela Terre Louis-Pbilippe, et, entre elles, au milieu d'une sorte de canal encombré par les glaces, une île à laquelle il donna le nom de Rosamel.
« Pour lors, dit d'Urville, l'horizon bien éclairci nous permet de suivre des yeux tous les accidents de la Terre Louis-Philippe. En ce moment, elle s'étend depuis le mont Bransfield, dans le N. 72° E., jusqu'au S.-S.-O., où l'œil la suit jusqu'aux bornes de l'horizon. Depuis le mont Bransfield jusqu'au sud, c'est une haute terre, assez uniforme et formant un immense glacier sans accidents notables. Mais, au sud, la terre se relève sous la forme d'un beau piton (le mont Jacquinol), qui paraît égaler et même surpasser Bransfield; puis, à partir de là, elle s'étend sous la forme d'une chaîne de montagnes se terminant dans le S.-O. par un sommet encore plus élevé que tous les autres. Au reste, les effets de la neige et de la glace, ainsi que l'absence de tout objet de comparaison, contribuent à exagérer singulièrement la hauteur de toutes ces protubérances. En effet, nous trouvâmes, par les mesures qui furent prises par M. Dumoulin, que toutes ces montagnes, qui nous paraissaient alors gigantesques et au moins comparables aux Alpes et aux Pyrénées, n'avaient que des hauteurs très médiocres. Ainsi, le mont Bransfield n'avait que 632 mètres, le mont Jacquinot 648 mètres, et enfin ce dernier, le mont d'Urville, le plus élevé de tous, 931 mètres. A l'exception des îlots en avant de la grande terre et de quelques pointes dégagées de neige, tout le reste n'est qu'une suite de glaces compactes; dans cet état, il n'est pas possible de tracer la vraie direction de la terre, mais seulement de ses croûtes de glace. »
Le 1er mars, un sondage n'accuse que cent quatre-vingts brasses de profondeur, le fond est de roches et de gravier. La température est de 1e 9 à la surface et de 0,2 au fond de la mer. Le 2 mars est reconnue, au large de la Terre Louis- Philippe, une île qui reçoit le nom d'ile de l'Astrolabe. Le lendemain, une grande baie ou plutôt un canal, auquel on donne le nom de canal d'Orléans, est rei.
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entre la Terre Louis-Philippe et une bande haute et rocheuse qui, selon d'Urville. serait le commencement des terres de Trinité, jusqu'alors très incorrectement tracées.
Ainsi donc, depuis le 26 février jusqu'au 5 mars, d'Urville resta en vue de la côte, la longeant à peu de distance, mais n'étant cependant pas maître de ses manœuvres, à cause des bruines et des pluies qui se succédèrent sans arrêter. Tout, du reste, annonçait un dégel bien accentué; à midi, la température s'élevait jusqu'à cinq degrés au-dessus de zéro; partout, des glaces coulaient des filets d'eau, des blocs entiers se détachaient et tombaient dans la mer avec un bruit formidable; enfin un vent d'ouest ne cessait pas de souffler en grande brise.
Ce fut même la raison qui empêcha d'Urville de pousser plus loin son exploration. La mer était très dure, la pluie fréquente et la brume continuelle. Il dut donc s'éloigner de cette côte dangereuse et remonter vers le nord, où, dès le lendemain, il relevait les îles les plus occidentales du Nouveau-Shetland.
D'Urville prit alors la route de la Concepcion. Mais cette traversée fut très pénible, le scorbut ayant attaqué, malgré toutes les précautions prises, les équipages des deux corvettes, et surtout celui de la Zélée, avec la dernière violence. Ce fut aussi à ce moment que d'Urville mesura des hauteurs de lames, qui répondaient au reproche d'exagération fabuleuse qui lui avait été fait, lorsqu'il avait attribué cent pieds d'élévation <à celles qu'il avait essuyées sur le banc des Aiguilles.
Avec l'aide de ses officiers, afin qu'on ne put mettre en doute les résultats de ses observations, d'Urville mesura des lames, dont la hauteur verticale était de onze mètres et demi, et qui n'avaient pas moins de soixante mètres du sommet au point inférieur, ce qui faisait cent vingt mètres pour la longueur totale d'une seule lame. Ces mesures répondaient aux affirmations ironiques d'Arago, qui, de son cabinet, ne permettait pas à une lame de s'élever à plus de cinq ou six mètres. Il ne faut pas hésiter un seul instant à admettre, contre l'illustre mais passionné physicien, les mesures des navigateurs qui avaient observé sur place.
Le 7 avril 1838, la division jeta l'ancre dans la baie de Talcalmano. Elle devait y trouver un repos, dont les quarante scorbutiques de la Zélée avaient le plus grand besoin. De là, d'Urville gagna Valparaiso; puis, traversant toute l'Océanie, il mouilla, le 1er janvier 1S39, à Guaham, s'engagea ensuite dans la Malaisie, arriva en octobre à Batavia, et de là atteignit Hobart-Town, d'où, le 1er janvier 1810, il appareillait pour une nouvelle course à travers les régions antarctiques.
A cette époque, d'Urville ne connaissait ni le voyage de Balleny ni la décou-
verte de la Terre Sabrina. Son intention était de ne faire qu'une pointe au sud de la Tasmanie, afin de constater sous quel parallèle il rencontrerait les glaces. L'espace compris entre 120° et 160° de longitude orientale n'avait pas encore été exploré, pensait-il. Il y avait donc là quelque découverte à tenter.
Tout d'abord, la navigation se présenta sous les auspices les plus fâcheux. La houle était très forte, les courants portaient à l'est, l'état sanitaire était loin d'être satisfaisant, et, cependant, on n'était encore que sous le 58e degré de latitude, lorsque tout annonçait le voisinage de la banquise.
Le froid devint bientôt très vif; les vents se mirent à souffler de l'ouest-nordouest, et la mer s'apaisa, indice presque certain du voisinage d'une terre ou de la banquise. On pencha plutôt pour la première de ces hypothèses, car les îles de glace que l'on rencontrait étaient trop grosses pour s'être formées en pleine mer. Le 18 janvier, on atteignit le 64e degré de latitude, et l'on ne tarda pas à rencontrer d'énormes blocs de glace taillés à pic, dont la hauteur variait entre trente et quarante mètres et dont la largeur dépassait mille mètres.
Le lendemain, 19 janvier 1840, fut aperçue une nouvelle terre, qui reçut le nom de Terre Adélie. Le soleil était brûlant, et toutes les glaces semblaient en décomposition; de nombreux ruisseaux se formaient à leurs sommets et descendaient en cascades jusqu'à la mer. L'aspect de la terre était uniforme ; couverte de neige, elle courait de l'est à l'ouest et semblait s'abaisser en pente douce jusqu'à la mer. Le 21, le vent permit aux deux navires de s'en approcher. On ne tarda pas à découvrir de profondes ravines, creusées par les eaux provenant de la fonte des neiges.
A mesure qu'on s'avançait, la navigation devenait plus périlleuse. Les îles de glace étaient en si grand nombre, qu'à peine restait-il entre elles un canal assez large pour permettre aux corvettes de manœuvrer.
« Leurs murailles droites dépassaient de beaucoup nos mâtures, dit dTrville; elles surplombaient nos navires, dont les dimensions paraissaient ridiculement rétrécies, comparativement à ces masses énormes. Le spectacle qui s'offrait à nos regards était tout à la fois grandiose et effrayant. On aurait pu se croire dans les rues étroites d'une ville de géants. »
Bientôt les corvettes entrèrent dans un vaste bassin formé par la côte et les îles de glace qu'elles venaient de doubler. La terre s'étendait à perte de vue au sud-est et au nord-ouest. Elle pouvait avoir de mille à douze cents mètres de haut, mais ne présentait nulle part de sommet saillant. Enfin, au milieu de cette immense plaine de neige, parurent quelques rochers. Les deux capitaines expédièrent aussitôt des embarcations, avec mission de recueillir des preuves
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palpables de leur découverte. Voici ce que dit l'un des officiers, Du Bouzet, chargé de cette importante reconnaissance :
« Il était près de neuf heures, lorsque, à notre grande joie, nous prîmes terre sur la partie ouest de l'îlot le plus occidental et le plus élevé. Le canot de Y Astrolabe était arrivé avant nous; déjà les hommes qui le montaient étaient grimpés sur les flancs escarpés de ce rocher. Ils précipitaient en bas les pingouins, fort étonnés de se voir dépossédés si brutalement de l'île dont ils
étaient les seuls habitants J'envoyai aussitôt un de nos matelots déployer un
drapeau tricolore sur ces terres, qu'aucune créature humaine n'avait ni vues ni foulées avant nous. Suivant l'ancienne coutume, que les Anglais ont conservée précieusement, nous en prîmes possession au nom de la France, ainsi que de
la côte voisine, que la glace nous empêchait d'aborder Le règne animal
n'y était représenté que par les pingouins. Malgré toutes nos recherches, nous n'y trouvâmes pas une seule coquille. La roche était entièrement nue et n'offrait pas même la moindre trace de lichens. Il fallut nous rabattre sur le règne minéral. Chacun de nous prit le marteau et se mit à tailler dans la roche. Mais celle-ci, d'une nature granitique, était tellement dure, que nous ne pûmes en détacher que de très faibles morceaux. Heureusement, en parcourant le sommet de l'île, les matelots découvrirent de larges fragments de rocher détachés par les gelées, et ils les embarquèrent dans les canots. En les examinant de près, je reconnus une ressemblance parfaite entre ces roches et de petits fragments de gneiss que nous avions trouvés dans l'estomac d'un pingouin, tue la veille. Le petit îlot sur lequel nous prîmes terre fait partie d'un groupe de huit ou dix petites îles, arrondies au sommet et présentant toutes à peu près les mêmes formes. Ces îles sont séparées de la côte la plus proche par un espace de 500 ou (îOO mètres. Nous apercevions encore sur le rivage plusieurs sommets entièrement découverts et un cap dont la base était aussi dépouillée de
neige Tous ces îlots, très rapprochés les uns des autres, semblaient
former une chaîne continue, parallèle à la côte et qui s'étendait de l'est à l'ouest. »
Le 2-2 et le 23, fut continuée la reconnaissance de ce littoral ; mais, ce jourlà, une banquise, soudée à la côte, vint forcer les bâtiments à retourner vers le nord; en même temps, une rafale de neige, aussi subite que terrible, assaillit les bâtiments et les mit en perdition. La Zélée subit de fortes avaries dans sa voilure; mais, le lendemain, elle se retrouvait auprès de sa conserve.
Pendant ce temps, la terre n'avait pour ainsi dire pas été perdue de vue. Toutefois, le 29, devant la persistance singulière des vents d'est, d'Urville
LES EXPÉDITIONS POLAIRES. Ml
dut abandonner la reconnaissance de la Terre Adélie. C'est ce jour-là que l'ut aperçu l'un des bâtiments du lieutenant Wilkes, DTrville se plaint des intentions malveillantes que ce dernier lui prête dans son rapport, et assure que sa manœuvre, qui avait pour but de communiquer, fut mal interprétée par les Américains.
«Nous ne sommes plus, dit-il, au temps où les navigateurs, poussés par l'intérêt du commerce, se croyaient obligés de cacher soigneusement leur route et leurs découvertes, pour éviter la concurrence des nations rivales. J'eusse été heureux, au contraire, d'indiquer à nos émules le résultat de nos recherches, dans l'espérance que cette communication aurait pu leur être utile et élargir le cercle de nos connaissances géographiques. »
Le 30 janvier, on aperçut une muraille de glaces énormes, au sujet de laquelle les avis furent partagés. Les uns y voyaient une masse de glace compacte et indépendante de toute terre ; les autres, — et c'était l'avis de d'Urville, — pensaient que ces hautes montagnes avaient une base solide, soit de terre, soit de rochers, soit même de hauts fonds épars autour d'une grande terre. On lui donna le nom de côte Clarie, par 128° de longitude.
Les officiers, dans ces parages, avaient recueilli des documents suffisants pour déterminer la position du pôle magnétique austral ; mais leurs résultats ne devaient pas concorder avec les travaux de Duperrey, de Wilkes et de James Ross.
Le 17 février, les deux corvettes jetaient encore une fois l'ancre devant Hobart-Town.
Dès le 2o, elles reprenaient la mer, se portaient vers la Nouvelle-Zélande, où elles complétaient les travaux hydrographiques de YUranie, puis gagnaient la Nouvelle-Guinée, dont elles constataient que la Louisiade n'était séparée par aucun détroit, exploraient avec le plus grand soin, au milieu des courants et des récifs de corail, et au prix d'avaries assez graves, le détroit de Torrès, arrivaient le 20 à Timor, et rentraient à Toulon, le 6 novembre, après avoir relâché à Bourbon et à Sainte-Hélène.
A l'annonce de l'expédition de découvertes organisée sur un si grand pied par le gouvernement des États-Unis, l'Angleterre s'était émue, et, sous la pression des sociétés savantes, avait décidé l'envoi d'une expédition dans les régions où. depuis Cook, les capitaines Weddellet Biscoë s'étaient seuls aventurés.
Le capitaine James Clarke Ross, qui en reçut le commandement, était le neveu du fameux John Ross, l'explorateur de la baie de Raffin. Né en 1800, James Ross naviguait depuis l'âge de douze ans. Il avait accompagné son oncle,
■S VOYAGEURS DU XIXe SIECLE.
Leurs murailles droites dépassaient de beaucoup nos matures. [Page 389.)
en 1818. dans sa première exploration des terres arctiques; de 1819 à 1827, il avait pris part, sous les ordres de Parry, à quatre expéditions dans les mêmes parages, et, de 1829 à 1833, il y avait été le fidèle compagnon de son oncle. Chargé des observations scientifiques, il avait découvert le pôle magnétique nord; enfin il avait fait de longues courses à pied et en traîneau sur les glaces. C'était donc un des officiers de la marine britannique les plus habitués aux navigations polaires.
Deux bâtiments lui turent confiés, VE rébus et la Terror, et son second fut un marin accompli, le capitaine Francis Rowdon Crozicr, compagnon de Parry en 18-2-i, de James Ross en 1835. à la baie de Raffin, le môme qui devait, sur la
Le capitaine John Ross.
Terror, accompagner Franklin à la recherche du passage du nord-ouest. On ne pouvait faire choix d'un cœur plus vaillant, d'un marin plus expérimenté.
Les instructions, qui furent remises à James Ross par l'Amirauté, différaient essentiellement de celles qui avaient été données à Wilkes et à Dumont d'Urville. Pour ceux-ci, l'exploration des régions arctiques n'était qu'un incident de leur campagne autour du monde; elle faisait, au contraire, le fond même du voyage de James Ross. Des trois années, pendant lesquelles il serait éloigné de l'Europe, il devait en passer la majeure partie dans les régions antarctiques, et ne quitter les glaces que pour réparer ses avaries et refaire ses équipages fatigués ou malades.
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Aussi, les bâtiments avaient-ils été choisis en conséquence ; plus forts que les navires de d'Urville, ils étaient mieux en état de résister aux assauts répétés des glaces, et leur équipage aguerri avait été recruté parmi les marins familiarisés avec les navigations polaires.
UErebus et la Terror, sous le commandement de Ross et de Crozier, quittèrent l'Angleterre le 29 septembre 1839, et touchèrent successivement à Madère, aux îles du cap Vert, à Sainte-Hélène, au cap de Bonne-Espérance, où furent faites de nombreuses observations magnétiques.
Le 12 avril, Ross atteignait L'île de Kerguelen et y débarquait aussitôt ses instruments. La moisson scientifique fut abondante, des arbres fossiles furent extraits de la lave dont cette île est formée, et l'on y rencontra de riches gisements de charbon qui attendent encore l'exploitation. Le 29 était un jour fixé pour des observations simultanées sur divers points du globe. Par une fortune singulière, se produisit ce jour-là une des ces tempêtes magnétiques, qui avaient déjà été remarquées en Europe. Les instruments enregistrèrent à Kerguelen les mêmes phénomènes qu'à Toronto, au Canada, — preuve de l'immense étendue de ces météores et de l'incroyable rapidité avec laquelle ils se propagent.
A son arrivée à Hobart-Town, où il rencontra dans le gouverneur son vieil ami John Franklin, Ross apprit la découverte de la Terre Adélie et de la côte Clarie par les Français, et la reconnaissance simultanée des mêmes terres par l'expédition américaine de Wilkes. Ce dernier lui avait même laissé un croquis de ses relevés de côtes.
Mais Ross se décida à aborder les régions antarctiques par le 170e degré est, parce que, dans cette direction, Balleny avait trouvé, en 1839, la mer libre de glaces jusqu'au 69e degré de latitude. Il gagna donc les îles Auckland, puis les Campbell, et, après avoir, comme ses prédécesseurs, tiré d'innombrables bordées au milieu d'une mer semée d'îles de glaces, il atteignit, au delà du 63° degré, l'extrémité de la banquise et franchit le Cercle polaire le 1er janvier 1841.
Quant aux glaces errantes, elles ne ressemblaient en aucune façon à celles du pôle nord, ainsi que put facilement s'en convaincre James Ross. Ce sont des blocs immenses à parois verticales et régulières. Quant aux « ice-fields », moins unis que dans le nord, ils affectent une allure chaotique, et ces débris, vingt fois ressoudés et rompus, prennent, suivant une expression imagée de Wilkes, l'apparence d'une terre labourée.
La banquise ne sembla pas à James Ross « aussi formidable que l'ont représentée les Français et les Américains.» Toutefois, il ne put tout d'abord s'y risquer et fut forcé par l'ouragan de se tenir au large. Ce ne fut que le 5 qu'il put l'assaillir
de nouveau par 66° 45' tic latitude sud et 17i° 1(V de longitude ouest. Cette fois, les circonstances étaient on ne peut plus favorables, puisque le vent etla mcr,portantsur elle, contribuaient à la disloquer. Grâce à la puissance de ses bâtiments, Ross put s'y frayer un passage. D'ailleurs, à mesure qu'il s'enfonçait dans le sud, le brouillard devenait plus épais, et des chutes répétées de neige contribuaient à rendre cette route extrêmement dangereuse. Toutefois, ce qui déterminait l'explorateur à continuer ses efforts, c'est qu'il apercevait dans le ciel le reflet d'une mer libre, apparence peu trompeuse, car, le 9, après avoir fait plus de deux cents milles à travers la banquise, il entrait définitivement dans une mer, dégagée.
Le i 1 janvier, la terre fut signalée à cent milles en avant par 70° -47' de latitude sud et 172° 36 de longitude ouest. Jamais terre aussi méridionale n'avait été aperçue. C'étaient des pics hauts de neuf mille à douze mille pieds, — si ces hauteurs ne sont pas exagérées, comme tendraient à le faire croire les remarques de d'Urville à la Terre de Graham, — pics entièrement couverts de neige, et dont les glaciers trempent leur pied au loin dans la mer. Par-ci, parlà, de noirs rochers perçaient la neige, mais la côte était si hérissée de glaces, qu'il fut impossible de débarquer. Cette singulière rangée de pics monstrueux reçut le nom de chaîne de l'Amirauté, et la terre elle-même, celui de Victoria.
Dans le sud-est se montraient quelques petites îles; les bâtiments se dirigèrent de ce côté, et, le 12 janvier, les deux capitaines, avec quelques-uns de leurs officiers, débarquèrent sur un de ces îlots volcaniques et en prirent possession au nom de l'Angleterre. On n'y trouva pas la moindre trace de végétation.
Ross ne tarda pas à reconnaître que la côte orientale de la grande terre s'inclinait vers le sud, tandis que celle du nord se dessinait vers le nord-ouest. 11 prolongea donc le littoral est, en s'efforçant de pénétrer par le sud jusqu'au delà du pôle magnétique qu'il fixait vers le 76e degré, pour revenir ensuite par l'ouest et achever la circumnavigation de cette terre qu'il considérait comme une grande île. La chaîne des montagnes se continuait au long de la côte. Ross imposa aux sommets les plus remarquables les noms de Herschell, Wehwell, "Wheatstone. Murchison et Melbourne; mais, les glaces attachées au rivage s'élargissant de plus en plus, il perdit de vue les détails de la côte. Le 23 janvier, était dépassé le 74e degré, latitude la plus australe qu'on eût jamais atteinte.
Quelque temps, les navires y furent arrêtés par des brouillards, des coups de vent du sud et de violentes rafales de neige. Us continuèrent cependant à longer la côte. Le 27 janvier, les marins anglais débarquèrent sur une petite île
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volcanique, à laquelle ils donnèrent le nom de Franklin, située par 76° 8' de lalitude sud et 168° 12 de longitude est.
Le lendemain, fut aperçue une gigantesque montagne, qui s'élevait en pente régulière jusqu'à douze mille pieds de hauteur au-dessus d'une terre très étendue. La cime régulière, entièrement couverte de neige, était, d'heure en heure, enveloppée d'une épaisse fumée, dont la largeur n* avait pas moins de trois cents pieds de diamètre et qui en mesurait , sous la forme d'un cône renversé, le double à sa plus grande hauteur. Lorsqu'elle se dissipait, on distinguait un cratère dénudé, éclairé de feux d'un rouge vif, dont l'éclat s'apercevait même en plein midi. La neige montait jusqu'au cratère, et il fut impossible de distinguer la moindre coulée de lave.
Si la vue d'un volcan est toujours un spectacle grandiose, l'aspect de ce géant qui dépasse l'Etna et le pic de Ténériffe, son activité prodigieuse, sa situation au milieu des glaces du pôle étaient bien faits pour vivement frapper l'esprit des explorateurs.
Il reçut le nom d'Erebus, et l'on attribua celui de l'autre navire, Terror, à un autre cratère éteint, situé à l'est du premier, noms bien choisis et qui font vraiment image.
Les deux bâtiments continuèrent à prolonger la terre dans le sud, jusqu'à ce qu'une banquise, dont les sommets dépassaient de cent cinquante pieds les mâts des bâtiments, vint leur barrer le chemin. Derrière, on continuait d'apercevoir une chaîne de montagnes, les monts Parry, qui s'enfonçaient à perte de vue dans le sud-sud-est. Ross longea cette barrière dans l'est jusqu'au 2 février, qu'il atteignit par 78° 4', latitude la plus australe de cette campagne. Il avait suivi, pendant plus de trois cents milles, la terre qu'il avait découverte, lorsqu'il la quitta par 191° 23' de longitude est.
Suivant toute vraisemblance, les deux navires ne seraient pas sortis de la formidable banquise, à travers laquelle, au prix de fatigues inouïes et de périls sans cesse renaissants, ils réussirent enfin à se frayer un passage, sans les fortes brises qui leur vinrent en aide.
Le 15 février, une nouvelle tentative fut faite par 76° de latitude sud, pour
tyer d'atteindre le pôle magnétique. Mais la terre arrêta les navires par 70° 12'
et 164° de longitude est, à soixante cinq lieues communes de l'endroit où Ross
plaçait ce pôle, que l'état menaçant de la mer, l'aspect désolé de la contrée lui
interdisaient de gagner par terre.
Après être allé reconnaître les îles découvertes en 1839 par Ralleny, Ross se trouvait, le (i mars, au centre des montagnes indiquées parle lieutenant Wilkes*
< Mais, dit la relation, loin d'y trouver des montagnes, on n'y trouva pas de fond par six cents brasses. Après avoir couru dans toutes les directions cl dans un cercle d'environ quatre-vingts milles de diamètre autour de ce centre imaginaire, par des temps très purs qui permettaient de tout apercevoir à de grando distances, les Anglais durent reconnaître qu'au moins cette position d'un prétendu continent antarctique, avec les quelque deux cents milles de côtes indiquées à la suite, n'a pas d'existence réelle. Le lieutenant Wilkes aura sans doute été induit en erreur par des nuages, par des énormes bancs de brouillards qui, dans ces régions, trompent aisément les yeux inexpérimentés. »
L'expédition regagna la Tasmanie sans avoir un seul malade à bord, sans avoir éprouvé la moindre avarie. Elle s'y refit, y régla ses instruments et repartit puni une seconde campagne. Sydney et la baie des Iles à la Nouvelle-Zélande, l'île Chatam, furent les premières stations où Ross s'arrêta pour faire des observations magnétiques.
Le 18 décembre, par 62° 40' de latitude sud et 146° de longitude est fut rencontrée la banquise. C'était trois cents milles plus au nord que l'année précédente. Les navires arrivaient trop tôt. Ross n'en essaya pas moins de rompre cette redoutable ceinture. Il y pénétra de trois cents milles, mais se vit arrêté par des masses tellement compactes, qu'il lui fut impossible d'aller plus loin. Ce ne fut que le 1er janvier 1842 qu'il franchit le Cercle polaire. Le 19 du même mois, les deux navires furent assaillis par un orage d'une violence inouïe, au moment où ils touchaient à la mer libre ; YErebus et la Terror perdirent leur gouvernail, furent abordés par des écueils flottants, et, pendant vingt-six heures, se virent sur le point d'être engloutis.
L'emprisonnement de l'expédition dans la banquise ne dura pas moins de quarante-six jours. Enfin, le 22, Ross atteignit la grande barrière des glaces fixes, qui s'était sensiblement abaissée depuis le mont Erebus, où elle n'avait pas moins de deux cents pieds. A l'endroit où Ross la retrouvait cette année, elle n'en avait plus que cent sept. On reconnut cette barrière cent cinquante milles plus à l'est qu'on ne l'avait fait l'année précédente. Ce fut le seul résultat géographique de cette pénible campagne de cent trente-six jours, bien plus dramatique que la première.
Les bâtiments gagnèrent alors le cap Hom et remontèrent jusqu'à Rio- (!e- Janeiro, où ils trouvèrent tout ce qui pouvait leur être utile.
Aussitôt qu'ils eurent reçu leur complément de vivres, ils reprirent la mer, et atteignirent les Malouines, d'où ils partirent, le 17 décembre 1842, pour leur troisième campagne.
398 LES VOYAGEURS DU XIXe SIECLE.
Les premières glaces fuient rencontrées dans les parages de l'île Clarence,et, le 2o décembre, Ross se trouvait arrêté par la banquise. Il gagna alors les Nouvelles-Shetland, compléta l'étude des Terres Louis-Philippe et Joinville, découvertes par Dumont d'Urville, nomma les monts Haddington et Penny, reconnut que la Terre Louis-Philippe n'est qu'une grande île et visita le détroit de Bransfield qui la sépare des Shetland.
Tels furent les merveilleux résultats obtenus par James Ross dans ses trois campagnes.
Maintenant, pour juger la part qui revient à chacun de ces trois explorateurs des régions antarctiques ; on peut dire que d'Urville a le premier reconnu le continent antarctique, que Wilkes en a suivi les côtes sur le plus long espace, — car on ne peut méconnaître la ressemblance qu'offre son tracé avec celui du navigateur français; — enfin que James Ross en a visité la partie la plus méridionale et la plus intéressante.
Mais ce continent existe-t-il en réalité? D'Urville n'en est pas persuadé, et Ross n'y croit pas. Il faut donc laisser la parole aux explorateurs, qui vont se diriger prochainement sur les traces des vaillants marins dont nous venons de raconter les voyages et les découvertes.
Le Pôle nord.
Anjou et Wrangell. — La « polynia ». — Première expédition de John Ross. — La baie de Raffin est fermée! — Les découvertes d'Edward Parry dans son premier voyage. — La reconnaissance de la baie d'Hudson et la découverte du délroil de la Fury et de THecla. — Troisième voyage de Parry. — Quatrième voyage. En traîneau sur la glace, en pleine mer. — Première course de Franklin. — Incroyables souffrances des explorateurs. — Seconde expédition. — John Ross. — Quatre hivers dans les glaces. — Expédition de Dease et
Simpson.
Il a été parlé à différentes reprises du grand mouvement géographique inauguré par Pierre Ier. L'un des résultats les plus rapidement atteints fut la découverte par Behring du détroit qui sépare l'Asie de l'Amérique. Le plus importanl qui suivit, à une trentaine d'années de distance, fut la reconnaissance, dans la mer polaire, de l'archipel Liakow ou de la Nouvelle-Sibérie.
En 1770, un marchand du nom de Liakow avait vu arriver du nord sur la glace un grand troupeau de rennes. 11 se dit que ces animaux ne pouvaient venir que d'un pays où se trouvaient des pâturages assez abondants pour les nourrir.
LES EXPÉDITIONS POLAIIŒS. 399
Un mois plus tard, il partait en traîneau, et, après un voyage de cinquante milles, il découvrit, entre les embouchures de la Lena et de lTndighirka, trois grandes îles, dont les immenses gîtes d'ivoire fossile sont devenus célèbres dans le monde entier.
En 1809, Hedenstrœm avait été chargé d'en lever la carte. A plusieurs reprises, il avait tenté des courses en traîneau sur la mer gelée, et s'était vu, chaque fois, arrêté par des glaces en fusion qui ne pouvaient le porter. Il en avait conclu à l'existence d'une mer libre, au large, et il appuyait cette opinion sur l'immense volume d'eau chaude à dix degrés que versent dans la mer polaire les grands fleuves de l'Asie.
En mars 1821, le lieutenant (plus tard amiral) Anjou s'avança sur la glace jusqu'à quarante-deux milles au nord de l'île Kotelnoï, et vit par 76° 38' une vapeur qui l'amena à croire à l'existence d'une mer libre. Dans une autre expédition, cette mer, il l'aperçut avec ses glaces à la dérive et revint avec cette conviction qu'il était impossible de s'avancer au large à cause du peu d'épaisseur de la glace et de l'existence de cette mer libre.
Tandis qu'Anjou se livrait à ces explorations, un autre officier de marine, le lieutenant Wrangell, recueillait des légendes et des renseignements précieux sur l'existence d'une terre située par le travers du cap Yakan.
Du chef d'une peuplade tchouktehie, il aurait appris que, près de la côte et de certains récifs placés à l'embouchure d'une rivière, on peut, par un beau temps d'été, découvrir, à une très grande distance dans le nord, des montagnes couvertes de neige ; mais en hiver, il est impossible d'en rien voir. Autrefois, des troupeaux de rennes venaient de cette terre, quand la mer était prise. Ce chef lui-même, une fois, avait vu un troupeau de rennes retournant au nord par cette voie, et il l'avait suivi dans un traîneau pendant toute une journée, jusqu'à ce que l'état de la glace le forçât à abandonner son entreprise.
Son père lui 'avait aussi raconté qu'un Tchouktchi y était allé une fois avec quelques compagnons dans une barque de peau ; mais il ne savait ni ce qu'ils y avaient trouvé ni ce qu'ils étaient devenus. Il soutenait que ce pays devait être habité, et il racontait à ce sujet qu'une baleine morte était venue s'échouer à l'ile d'Aratane, percée de lances à pointe d'ardoise, arme dont les Tchouktchis ne se servent jamais.
Ces informations étaient fort curieuses, elles augmentaient le désir de Wrangell de pénétrer jusqu'à ces pays inconnus; mais elles ne devaient être vérifiées que de nos jours.
De 1820 à LSîï, Wrangell, établi à l'embouchure de la Kolyma, fit quatre
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